Une saison en cancer

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Ce livre est la chronique d'une maladie, une suite de coups de tonnerre.L'auteure raconte comment sa vie bascule lorsque son mari est frappé d'un cancer : opération, chimiothérapie, radiothérapie, rechute. Le malade annonce qu'il doit mener une nouvelle vie : séparation, rejet des proches, liaison avec un de ces médecins. Marie Daniel relate, dans un style lucide et ironique, l'histoire d'un homme désespéré, prêt à tout pour sauver sa vie.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 16
EAN13 : 9782296504974
Nombre de pages : 182
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Marie DANIEL
Une  saison  en  cancer
Récit
c e livre est la chronique d’une maladie, une suite de coups de 
tonnerre. 
Coup de tonnerre.  L’auteure  raconte  comment  sa  vie 
bascule lorsque son mari est frappé par un cancer : opération, 
chimiothérapie, radiothérapie, rechute. 
Coup de tonnerre. Le malade annonce qu’il doit mener 
une nouvelle vie.  il quitte sa femme, rejette ses proches, vit 
apparemment seul. 
Coup de tonnerre. il a une liaison avec un de ses médecins, il 
vit avec elle... mais il aime toujours sa femme.
Marie Daniel relate, dans un style lucide et ironique, l’histoire 
d’un homme désespéré, prêt à tout pour sauver sa vie. 
Marie Daniel a travaillé comme rédactrice, journaliste et traductrice.
Auteure de plusieurs romans, elle vit à Paris et au Pays basque.
18 €
ISBN : 978-2-296-99227-6
HC_DANIEL_SAISON-CANCER.indd 1 29/08/12 16:46
Marie DANIEL
Une  saison  en  cancer





Une saison en cancer






































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99227-6
EAN : 9782296992276
Marie DANIEL







Une saison en cancer

Récit



























Pour mes filles






2006

La Terre s’Ouvre



Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants,
poussés d’un bout vers l’autre ; quelque terme où nous pensions nous
attacher et nous affermir, il branle, et nous quitte, et si nous le suivons
il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d’une fuite éternelle ; rien ne
s’arrête pour nous. (…) Nous brûlons du désir de trouver une assiette
ferme (…) mais tout notre fondement craque et la terre s’ouvre
jusqu’aux abîmes.

Blaise Pascal, Pensées Mon mari est mort le samedi 13 mars 2006 – du moins,
c’est ce qu’il dira plus tard. Dans un sens, il n’a pas tort.
Ce jour-là est un samedi comme un autre. Mon mari et
moi sommes seuls à la maison. Nos deux filles sont à
l’étranger. Mon mari se lève vers huit heures et m’apporte le
café au lit. Quand je vais dans la cuisine une heure plus tard,
je le trouve debout devant l’évier. Il est en train de nettoyer
quelque chose, j’aperçois une substance noire dans le fond
de l’évier, j’ouvre la bouche pour demander ce que c’est,
mais déjà il s’écroule par terre et un flot de sang sort de sa
bouche. Il tombe vers moi, je l’attrape tant bien que mal.
Mon mari mesure un mètre quatre-vingts et pèse soixante-
dix-huit kilos. Malgré mes efforts, sa tête cogne contre le
mur. Je le couche par terre, sur le côté, sur le carrelage de la
cuisine. Il y a du sang partout. Qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce
que je fais ? Est-ce qu’il est encore temps ? Est-ce qu’il est
déjà mort ?
Mon mari reprend conscience, il me parle, la panique
descend d’un cran. Il me dit d’appeler Antoine, un ami
médecin, qui habite à côté. Je dis non, car Antoine est
psychiatre. À la place, j’appelle les pompiers. Je n’arrive pas à
me souvenir du numéro, j’appelle au hasard le 12, je tombe
sur les renseignements téléphoniques. On m’oriente vers le
18, qui répond tout de suite. Les pompiers viennent
rapidement, mais l’attente paraît longue. Mon mari reste
conscient, il continue à me parler, ça m’empêche de
paniquer. Il reste par terre dans sa flaque de sang. Je n’ose
pas le bouger. Il réclame une couette, je le couvre. Comme il
est tombé sur le côté, il est couché sur le côté, ce qui me
paraît bien. Comme les bébés dans leur crèche, il ne peut pas
s’étouffer. Je cherche des serviettes, j’éponge le sang. Puis les
pompiers arrivent. Ils débarquent à quatre avec leurs grosses
bottes, leurs couvertures de survie, leurs bouteilles
d’oxygène. Ils croisent nos voisins de palier qui les regardent,
les yeux écarquillés. Ils sont compétents, calmes et gentils. Ils
me posent des questions, ils font le nécessaire. Pendant
11 qu’ils s’activent, je vais m’habiller, car je suis toujours en
pyjama, éclaboussé de sang. On appelle le SAMU, un
médecin arrive. Je demande si on va l’emmener à l’hôpital,
bien que ce soit une évidence. Je ne me suis pas encore faite
à l’idée que notre week-end tranquille soit si brutalement
interrompu. Oui, ils vont l’emmener à l’hôpital. Le médecin
appelle les hôpitaux des alentours pour savoir où il y a de la
place. Nous habitons la banlieue de Paris. On finit par
dénicher un lit dans Paris même. Le médecin dit que c’est
sans doute un ulcère à l’estomac.
- Vous n’auriez pas dû attendre d’en arriver là, dit-elle,
l’air désapprobateur. Il aurait fallu le soigner avant.
Mon mari sera transporté dans l’ambulance du SAMU, je
devrai le rejoindre à l’hôpital par mes propres moyens. On le
met sur un brancard, on le recouvre d’une couverture en
aluminium, on le pose par terre sur le palier pour attendre
l’ascenseur. Je m’agenouille à côté de lui, je lui dis de ne pas
s’inquiéter. Il parait petit et fragile, emmitouflé dans sa
couverture. Il me regarde, il ne dit rien. Les pompiers me
conseillent de prendre mon temps, ce n’est pas la peine
d’avoir un accident. Tout le monde s’en va, et je reste
désemparée dans la cuisine. Faut-il nettoyer le sang ? Faut-il
prendre une douche ? Je donne à manger au chat, et je m’en
vais.
Le médecin du SAMU a eu tort. On ne pouvait pas
soigner mon mari plus tôt. Il n’avait pas de symptômes. Par
contre, il avait des problèmes professionnels. Il dirige une
agence de voyages, et ce secteur souffre de la percée de
l’Internet, surtout les petites agences comme la sienne. Il est
vrai qu’il a été très fatigué cet hiver. Il sortait du RER,
mangeait, et se couchait aussitôt après le journal télévisé.
Souvent à neuf heures il était au lit. Une semaine avant son
hémorragie, nous sommes partis à Malaga. Nous avons dû
interrompre nos promenades plusieurs fois pour qu’il rentre
se reposer à l’hôtel. Mais c’était comme ça depuis des
années. On pensait qu’il souffrait de stress, le médecin
12 proposait des antidépresseurs. Jamais il n’a eu mal à
l’estomac.
L’hôpital est un labyrinthe, avec des kilomètres de
couloirs. Je finis par trouver le service hépato-gastro-
entérologie, je vais au bureau des infirmières pour demander
mon mari. Un médecin m’indique la chambre, mais ajoute
qu’on est en train de l’examiner, et qu’on ne me laissera pas
rentrer. Je n’écoute pas. Je trouve la chambre, je frappe, je
rentre. Des gens sont en train de s’affairer autour de mon
mari, mais au moins je sais où il est, et il sait que je suis là.
J’attends dans le couloir. Le patient dans la chambre à côté
de mon mari appelle l’infirmière d’une façon persistante. Elle
finit par s’énerver, et je l’entends dire :
- Vous devez patienter. Le monsieur à côté est en train de
mourir, on ne peut pas s’occuper de vous tout de suite.
Je me lève, je la rattrape.
- C’est mon mari dans la chambre à côté, et vous venez
de dire que... ?
Mais elle me rassure.
- Non, ne vous inquiétez pas, j’ai dit ça pour le faire
patienter.
Finalement, on m’appelle. Mon mari est faible, mais
semble calme. On va faire une endoscopie, il faudra une
anesthésie, ça prendra tout l’après-midi. Il n’a pas l’air
inquiet. Le fait d’être pris en charge par des gens compétents
et d’être soumis aux procédures de routine a quelque chose
de rassurant. L’hôpital est étincelant, bien équipé. Mon mari
a une chambre seul avec toilettes et douche privées. Cela
aussi rassure.
Je rentre à la maison pour préparer des affaires, et je
m’attaque au sang. Le sang est dur à nettoyer. C’est
beaucoup moins facile que dans les polars. Il me faut des
heures pour tout faire partir, en frottant dur. Je ne sais pas si
tout ce sang est sorti de la bouche de mon mari avant qu’il
tombe, ou pendant, ou après. Je suis incapable de le dire. Je
mets les serviettes à tremper, la couette est sans doute
13 foutue. Je retourne à l’hôpital, j’attends le retour de
l’endoscopie. C’est très long. Je n’arrive pas à lire, j’arpente
les couloirs. Enfin mon mari arrive sur son brancard, encore
dans les vapes. Rassurée de l’avoir vu, je le laisse se reposer.

Dimanche 14 mars
Journée communication. J’appelle Corinne, notre fille
aînée, vingt-sept ans, qui travaille à Londres, j’appelle Daniel,
le frère de mon mari, qui habite à Rouen, j’appelle Anne, une
amie de longue date, qui a eu un ulcère quelques années plus
tôt. L’après-midi je retourne à l’hôpital. L’endoscopie
confirme que l’hémorragie a été causée par un vaste ulcère
gastrique. Un ulcère en soi n’est pas grave. Soit on opère,
soit on traite avec des médicaments. Mon mari, rassuré sur
son sort, commence à s’inquiéter pour son agence de
voyages. Combien de temps restera-t-il à l’hôpital ?
Comment l’agence marchera sans lui ? Quels moyens faudra-
t-il employer à long terme pour relancer l’activité ? Ça finit
par m’agacer. Le plus important en ce moment, ce n’est pas
l’agence, c’est lui. Le soir, j’appelle Sophie, notre deuxième
fille, vingt-trois ans, qui fait des études à Montréal, et Paul, le
deuxième frère de mon mari, qui habite aux Pays-Bas. Ce
soir je suis plus calme, et j’inquiète moins les gens. Les
nouvelles de l’hôpital sont rassurantes, mon mari va mieux,
et je vais mieux aussi.

Lundi 15 mars
Journée intendance. Je vais faire des courses, je fais de la
soupe, je prépare des repas à l’avance. Je n’ai presque rien
mangé pendant le weekend, ça ne peut pas durer. Je porte la
couette tâchée de sang chez le teinturier, on me dit que les
tâches ne partiront pas, je décide de la jeter, et les serviettes
avec. Je donne des nouvelles aux voisins, je réponds au
téléphone, puis je pars à l’hôpital.
14 Mardi 16 mars
On fait une deuxième endoscopie, pour voir l’ulcère de
plus près.

Mercredi 17 mars
Les résultats de l’endoscopie sont pour demain. Mon
mari est pressé de reprendre sa vie. Allongé dans son lit,
attaché à une demi-douzaine de tuyaux, il m’annonce que
dans quinze jours nous irons à New York.
C’est un voyage prévu de longue date. Sophie doit venir
de Montréal pour nous rejoindre. En apprenant qu’il entend
toujours partir, je suis consternée. Mon mari a eu une
hémorragie, il a fallu appeler les pompiers, le SAMU est
venu, il a été hospitalisé d’urgence et il veut aller à New York
comme si de rien n’était ? S’il a un ulcère, il faut se faire
soigner, non ? Il faut au moins se reposer. Qu’est-ce qu’on
fera s’il arrive quelque chose dans l’avion ? Ou pendant le
séjour ? J’essaie de protester, il ne veut rien entendre. Mon
mari est quelqu’un de très déterminé. Mais à l’idée de revivre
la journée de samedi à l’américaine – sang, peur, panique,
angoisse – je n’y tiens plus, je craque. Mon mari s’excuse, il
dit qu’il ne s’est pas rendu compte à quel point ça a été un
choc pour moi. Mais il ne change pas d’avis.

Jeudi 18 mars
Je ne vais pas à l’hôpital. Si mon mari veut partir en
voyage, il n’a qu’à se débrouiller avec ses médecins.

Vendredi 19 mars
Mon mari m’appelle vers midi pour me demander d’aller
le chercher. Il sort pour l’après-midi, mais devra retourner le
soir car il y a d’autres examens à faire. D’ailleurs, hier il a
passé un scanner. Je ne relève pas. Les scanners ne me font
15 pas peur, j’en ai déjà passé moi-même, l’un pour les sinus et
l’autre pour l’arthrose. Je ne vois rien venir.
Mon mari fait un saut au bureau, revient deux heures plus
tard, et m’apprend qu’il a un cancer de l’estomac. Il le sait
depuis hier. Ils vont opérer dès que possible. Le chef du
service lui a dit que le pronostic n’était pas bon. Le cancer
remonte probablement à plusieurs années, et il est très
étendu. Le cancer de l’estomac, c’est toujours grave, et en
plus il y a une lésion sur le foie, qui peut également être très
grave. Il est allé à son bureau pour annoncer la nouvelle à ses
collaborateurs.
C’est comme si on m’avait donné un coup de massue.
Mon mari se montre courageux.
- Nous avons passé trente-six ans ensemble, nous avons
eu de la chance.
- Ce n’est pas assez, dis-je stupidement.
- Oui, mais c’est comme ça.
Il me laisse digérer la nouvelle. Il téléphone. Je me blottis
dans un coin du canapé, paralysée par le choc. Nous, un
cancer ? Non, ce n’est pas possible ! Pas à nous, non, pas ça.
J’écoute mon mari parler au téléphone. Il parle à son frère,
puis à un ou deux amis. Il est très direct, il est étonnant de
sang-froid. Voilà, je voulais te dire, j’ai un cancer, c’est très
grave, je vais sans doute mourir, oui, bon, que veux-tu, c’est
comme ça. Il est même brutal. Un des amis nous dira plus
tard qu’il n’a pas dormi de la nuit.
Notre soirée n’est pas gaie non plus. Je fais à manger.
Mon mari mange un peu, je ne peux rien avaler. Je le ramène
à l’hôpital, je rentre à la maison, je ne dors presque pas. Mon
mari n’a que cinquante-cinq ans.

Samedi 20 mars
Rencontre avec le chirurgien qui va opérer. Nous
l’attendons de neuf heures du matin à quatre heures de
l’après-midi dans la chambre de mon mari. Il est au bloc
16 opératoire, il viendra quand il peut. Nous profitons de
l’attente pour mettre au point quelques détails pratiques.
D’abord la maison. Nous avons acheté l’année dernière
un ancien entrepôt de plombier, qui est en cours de
rénovation. Le bâtiment, au cœur de Paris, sera divisé en
deux : la moitié pour nous, l’autre moitié pour nos amis Jean
et Géraldine, qui sont architectes. Ce sont eux qui font les
plans et organisent le chantier. La rénovation est à peine
commencée. Que faut-il faire ? On aurait du mal à revendre
la maison dans son état actuel, et on perdrait beaucoup
d’argent. Nous décidons de poursuivre les travaux, mais de
prévoir un logement indépendant au dernier étage. Si jamais
je me retrouvais seule à l’aboutissement des travaux, je
pourrais prendre un locataire pour réduire les dépenses.
Ensuite l’argent. Je ne travaille plus depuis dix ans, j’écris
des romans. J’en ai publié trois, mais ça ne rapporte presque
rien. Je n’ai pas d’autres revenus, je dépends de mon mari.
Nous examinons ma situation financière, nous revoyons le
financement des travaux.
Puis nous discutons de ce qu’il faut dire aux filles. Nous
convenons de dire la vérité à Corinne, qui est arrivée à Paris
ce matin, mais non à Sophie. Sophie est loin, elle est en train
de passer des examens, elle ne pourra rentrer en France
qu’en avril. On lui dira que son père se fait opérer d’un
ulcère. Si elle pose des questions, nous lui dirons la vérité,
sinon nous attendrons qu’elle vienne.
Voilà pour le plus important. Qu’est-ce qu’il faut régler
d’autre ? L’enterrement, tant qu’on y est. Nous passons en
revue les cimetières de la banlieue parisienne, où nous
habitons, et de la Normandie, où mon mari a grandi. (Peine
perdue, nous le découvrirons plus tard : on ne se fait pas
enterrer là où l’on veut.) Nous partageons le déjeuner offert
par l’Assistance Publique. Puis, comme le temps se fait long,
nous jouons à un jeu anglais qui nous a distraits autrefois en
voiture quand les filles étaient petites. I Spy with my little eye,
something beginning with- Something beginning with L pour lit,
17

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