Vanhares

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Vous qui tenez ce livre, Êtes-vous en quête de rêve ? De péripétie ? De magie ? De Féérie ? De complot ? d'intrigue ? Si non, posez-le. Ce livre n'est pas pour vous. Lors de ce récit, vous suivrez Algorn, un jeune homme dont le sang est imprégné des plus grands pouvoirs que ce monde ait vu naître : celui des dragons. Entrez à Neptusa ! Accompagnez Algorn dans ses quêtes et ses rencontres aussi bien merveilleuses que maléfiques. Découvrez le monde à ses côtés ! Mais veillez à rester sur vos gardes. Entrer dans ce monde ne garantit pas d'en sortir.
Publié le : jeudi 14 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026205050
Nombre de pages : non-communiqué
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Ben DAVID
Vanhares L'apparition du Crylace
© Ben DAVID, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0505-0
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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Neptusa Neptusa, pays libre autrefois... puis déchiré par la guerre. Une guerre, née d’un conflit confrontant ses peuples : Lorestre, Cryozaurian, Gotherian, Hulfique, Nain, Humain, unis contre un ennemi commun : les Otsis. Aux origines de ce vaste pays, lorsque celui-ci prospérait lors de son âge d’or et que son puissant souverain, Yggdrasil, régnait sur tous ses rois et ses sujets sans connaître le moindre conflit, chacune des races de Neptusa vivait en une parfaite harmonie que rien n’aurait pu troubler et ce, pendant des siècles. Les Lorestres, de magnifiques créatures aux oreilles pointues et démesurément longues, le corps sveltes, dont la peau était d’un vert très pâle, vivaient dans l’immense contrée sylvestre de Neptusa. Les Cryozauriens ressemblaient beaucoup à leurs frères lorestres si ce n’est que leur peau était blanche comme de la craie, leur chevelure d'argent aussi éclatante que la crinière d’une licorne. Les Gotherians quant à eux, étaient une race assez mystérieuse, beaucoup de légendes vantent que leurs yeux peuvent ensorceler aussi bien les mortels que les immortels et changer de couleur au gré de leur humeur. Leurs cousins, les Hulfiques, étaient sans doute la plus terrifiante de toutes les races du royaume, leurs yeux rougeoyants ressortaient telles des braises au milieu d'un tas de cendres contrastant avec leur peau noire comme les ténèbres, leur force n’avait d’égale que leur férocité au combat et leur soif de gloire. Les Nains, vivant dans les entrailles du monde, étaient la plus appréciée des races, s’entendant à merveille avec ceux qu’ils considéraient être leurs frères : les Humains dont certains possédaient une taille égale à la leur. Ainsi une hypothèse suggérait que ces deux peuples étaient parents d’une certaine manière que les âges passés se gardèrent de révéler.
Cet équilibre de vie et de paix fut un jour troublé. Les Otsis, des créatures mi-homme mi-dieu, débarquèrent à Neptusa. Ils étaient d’une divine beauté et pourvus d’une connaissance scientifique aussi impressionnante que dangereuse.
Les lois de Neptusa permirent aux Otsis de s’intégrer au milieu des autres habitants du royaume. Ils furent respectés à leur juste valeur mais plus tard, craints et haïs. Car des êtres aussi parfaits ne pouvaient exister, leur apparence divine semblait être une maladie que tout peuple du pays considéra comme dangereuse vis-à-vis de la sauvegarde de leurs espèces, ce qui naturellement n’était qu’une excuse voilant la jalousie qui sévissait dans leurs cœurs. Aussi, ils décidèrent ensemble du destin de cette race caricaturant les dieux. Leur existence étant, soi-disant, un blasphème, l’extermination semblait de rigueur. « Les massacrer jusqu’au dernier », tels étaient les mots du bras droit d’Yggdrasil, Lucien. Les batailles furent sanglantes, monstrueuses. Il fut impensable que les peuples de Neptusa ayant vécu libres, heureux, et en paix, aient pu donner naissance à de tels tableaux peints de sang. Bientôt les Otsis s’amenuisèrent jusqu’au nombre de vingt. Tout fut bouleversé par la trahison d’un clan de la patrie gotherianne, le clan Zalkorn.
Ce clan se rangea aux côtés des Otsis, nul ne sut pourquoi, et ensemble ils mirent fin au conflit en lançant sur leurs ennemis une vague de terreur qui les paralysa pendant des décennies, profitant de ce temps mort pour élaborer un plan de bataille et mettre un terme au massacre que Lucien avait soumis à Yggdrasil. La clairvoyance et le génie militaire des Otsis, alliés aux compétences redoutables du clan Zalkorn, eurent tôt fait de venir à bout de ceux qui avaient tenté un assaut contre la patrie gotherianne, là où les Otsis étaient à présent protégés. Cette collaboration fut mutuellement profitable aux deux alliés, les Zalkorn agrandirent leurs pouvoirs et approfondirent leurs connaissances de la médecine. Les Otsis, quant à eux, se convertirent aux rites ancestraux du clan et devinrent de parfaits assassins aux terribles capacités… ce qui ne plut guère à certains Gotherians, qui eux, n'avaient jamais, au grand jamais, profité d’aucun savoir des puissants Otsis. La clairvoyance de leur roi, Vanhares Torac, cinquième du nom à diriger Gotherilia, la brillante cité gotherianne, et ses habitants fut mise en doute. Un conflit politique interne éclata, les ennemis de Vanhares profitèrent de l’occasion pour l’évincer. C’est ainsi que le peuple manda au nouveau roi que la menace pesant sur leur
patrie soit au plus vite écartée car les risques auxquels l’ancien monarque les exposait eurent tôt fait de porter leurs nerfs et leurs inquiétudes à vif. Dares, le nouveau roi, proclama que la vermine Otsis devait à tout prix être livrée aux peuples libres de Neptusa pour la sécurité de ses sujets. Afin que cette guerre trouve une conclusion, l’alliance conclue entre les Otsis et les Gotherians devait mourir. Cependant, personne n’osa livrer les fugitifs car s’en prendre à l’un d’eux aurait été comme s’attaquer directement au clan Zalkorn qui avait d’ailleurs converti les Otsis à leurs pratiques. Un ordre régla par la suite toute la question : « Que les Otsis me soient livrés, tous et sans exception. Si un individu s’y oppose, il sera alors considéré comme traître et sera puni de mort. »
Pour s’opposer d’une façon qui marquerait les esprits de toute la patrie gotherianne, le chef du clan Zalkorn organisa l’assassinat du Poliraz, son chef religieux ainsi que le mage le plus puissant du royaume, dont le statut social était proche du statut royal. Toute l’action se déroula pendant que les Otsis étaient livrés au roi, mais tout ceci ne fut qu’un leurre et le Poliraz mourut, assassiné de la main d'un maître. Après que la victime eut rendu son dernier souffle, le chef des Zalkorn déclara avec véhémence au peuple rassemblé pour l’exécution des Otsis, prévue après la reddition : « Désormais, le clan Zalkorn, qui par le passé vous protégeait plus efficacement qu’une armée entière, vous et vos enfants, vous tourne le dos. Nous n’avons plus rien à voir avec les couards que vous êtes devenus, dissimulés derrière cette caricature de roi, dépourvu de la sagesse de la famille Vanhares » avait-il dit en pointant Dares et ses courtisans du doigt. « Nous ne reviendrons plus car ce roi que vous avez vous-mêmes élu vous conduira à votre perte et nous ne voulons pas mourir dans une guerre née d’un simple caprice… »
Pendant des siècles, on n’entendit plus parler du clan Zalkorn et des Otsis. Puis trois cents ans s’écoulèrent avant que la race Otsis ne s’éteigne complètement. Pour venger leurs frères assassinés et massacrés, ils firent appel à un ancien démon retenu dans le plus profond des cahots de l'enfer. La créature fut invoquée avec succès, coûtant la vie à ce qui restait d’Otsis, mis à part une femme qui elle seule avait pu survivre au rituel. Malheureusement le démon invoqué ne se réincarna pas comme prévu pour faire don de sa force. Il fuit sous sa forme fantomatique, privant la dernière Otsis de la vengeance que souhaitaient ses frères en l’invoquant. C’est alors que cette femme, privé de but, s’en fut et personne n’entendit plus jamais parler d’elle. De son côté, le clan Zalkorn bâtit une cité loin des regards et près du secret, qui fut baptisée « Kalreiya ». Les années défilèrent et le 31 décembre 3981, un écho déchira l’esprit de tous les mages et de toutes créatures réceptives à la magie. Sous l’alignement parfait des douze lunes des dieux auxquels les hommes vouaient un culte et sous l’étoile de l’Ombre, un enfant naquit. Les croyances humaines révélaient que le premier né voyant le jour sous cet alignement particulier d’astres qui n’avait lieu que tous les dix mille ans, serait le prédateur ultime de tout mal. Mais cette croyance incertaine fut plus tard sujette à discussion vis-à-vis de cet unique nouveau né, car l’étoile de l’Ombre destinait cet enfant à un avenir moins certain que les précédents héros nés une dizaine de millénaires plus tôt, car cette étoile symbolisait clairement dans chaque croyance et culture de Neptusa, la mort, le meurtre, la haine… Le plus bouleversant a toujours été que les rares êtres vivants nés sous cette étoile mouraient tragiquement ou devenaient des tueurs de sang-froid. De tels malchanceux, il n’y en avait qu’un tous les soixante-dix ans. Cet écho se répandit telle une traînée de poudre et tous furent au courant de la naissance d’un potentiel héros. Malheureusement, l’énergie vibrante et unique de ce nourrisson cessa d’émettre seulement moins d’un an après sa naissance. Tout le pays se demanda s’il était possible que l’enfant soit mort alors que les héros de leurs légendes étaient invincibles tant qu’ils vivaient, et affaiblis lorsqu’ils étaient amoureux. Pourquoi sa trace avait-elle disparu ? L’étoile de l’Ombre leur apporta la funeste réponse…
1 Les Crylaces, une légende Algorn se réveilla brutalement. Le souvenir de son dix-septième anniversaire qui avait trotté dans son esprit toute la journée passée, le fit se lever à toute vitesse. Il haïssait les anniversaires, la raison en était toute simple : il fut toujours le seul à penser qu’il était stupide de fêter ce jour rappelant que chaque seconde qui s’écoulait du sablier du temps nous rapprochait plus près du trépas. Il se gardait bien d’émettre son opinion à ce sujet pour ne pas faire perdre une occasion à sa famille d’être heureuse pour lui, ou pour rien. S’asseyant sur le bord de son lit, il se saisit de la bassine d’eau posée sur sa table de chevet, s’éclairant avec la faible lueur de sa lampe à huile posée juste à côté. Il se rinça le visage une fois, puis deux. La surface de l’eau redevint lisse comme du verre laissant apparaître son reflet. Algorn était un jeune garçon d’une beauté peu commune chez les hommes, dégageant assurance et crainte à la fois. Ses longs cheveux noirs indisciplinés encadraient un visage blanc comme la lune. Quant à ses yeux, ils étaient aussi jaunes que de l’or et cerclés d’un rouge sang à vous en faire frémir. Pourtant ce garçon attirait plus la sympathie que la peur ; il était courtois, avide de connaissance, doublé d’un combattant émérite. Il mesurait environ six pieds de haut, ses muscles étaient fins, saillant, souples, mais surtout efficaces, rendus puissants grâce à ses journées passées à couper du bois et à subir l'entraînement du maître d'arme. Algorn avait tout pour lui, mais il ne s’en rendait pas compte. Quand il ne sortait pas pour couper des bûches, il demeurait chaque jour enfermé dans sa chambre à étudier tout ce qui pouvait l’être et ce, depuis des années. Il se redressa, revêtit une chemise puis un large pantalon noir, se dirigea près de la cheminée, où le reste d’un feu hâlait la pièce d’une teinte écarlate, pour s’accroupir près d’un coffre en bois renforcé d’acier. Algorn ouvrit le coffre, avec la minuscule clef en argent qu’il portait autour de son cou, révélant une multitude de grimoires de toutes tailles. Il en prit un avec une couverture de cuir sombre et cramoisi, dont le titre apparaissait clairement en lettres brillantes :Pyromancie de Fyron Flammoire. Il posa le livre sur son bureau, saisit sa lampe à huile, la plaça près de lui et ouvrit le grimoire au chapitre « Sortilèges des flammes solaires » et lut l’introduction : « Les flammes sont pareilles aux hommes, elles se nourrissent d’air.
Tant que le feu est nourrit, il est immortel.
S’il est assez chaud, il peut occire l’eau. S’il est assez puissant, il saura déchirer une muraille. » Après ces lignes énigmatiques, Algorn lut les quelques calculs savants exposant la complexité du sort. Quelles que furent ces formules, il les comprit. Ainsi était l’essence d’un sort ne nécessitant aucune formule d’invocation, seulement basé sur des mathématiques de runes. La formule était le diapason du mage, accordant celui-ci au sort. Mais interpréter une formule nécessitait la compréhension totale de toutes les runes naines et logiques mathématiques établies par leurs ingénieurs, car seul le peuple nain fut capable de transcrire sur papier la nature d’un sort d'essence magique. Autrefois cela paraissait aussi difficile que de contenir du feu grâce à du papier. Mais l’impossible ne fut pas au rendez-vous lorsque la découverte naine éclata au grand jour. Algorn avait étudié incessamment durant trois longues années pour apprendre et appréhender cet art et à présent aucune formule ne lui résistait. Le jeune homme, lorsqu’il se sentit prêt, ferma les yeux, posa sa main droite au-dessus de sa lampe et y attira la flammèche. Elle se posa sur sa paume sans le brûler et virevolta à travers la pièce. Algorn soumit la flamme à tous ses caprices, la faisant tournoyer assez vite pour dessiner des traits de lumière ou la lançant telle une balle pour, ensuite, l’attirer de nouveau
vers lui pour la relancer. Lorsqu’il finit de jouer, il reposa la flamme au creux de sa main puis se concentra avant de lancer le sort des Flammes Solaires.
— Prépare-toi à défier le soleil, lança Algorn à l’adresse de la flamme.
Sur ces mots, il prit une profonde inspiration et commença à démultiplier la puissance du feu reposant au creux de sa main. La petite flammèche grossit à vue d’œil. Sa couleur d’origine, le rouge et or, laissa place au blanc. Sa chaleur s’intensifiait, la lumière qu’elle dégageait devenait à chaque seconde insoutenable. La pièce devint étouffante et Algorn ne cessa de maintenir sa concentration mais il dut arrêter un moment, car la magie commençait à lui coûter cher et sa chambre se transformait en four. Sa magnifique flamme blanche se dissipa en un clin d’œil, abandonnant Algorn dans un noir total. Avançant à tâtons jusqu’à la fenêtre, le jeune homme l’ouvrit en grand. La fraîcheur du matin lui fit tout de suite du bien. Il dût attendre que la chaleur de la pièce s’évacue avant de refermer.
Algorn sourit, il progressait de jour en jour. Le fait de maîtriser des sorts presque aussi dangereux que des catastrophes naturelles ne lui apportait rien si ce n’est de la satisfaction et de l’épuisement en perspective. Si la magie n’avait pas été interdite l’an passé, il aurait pu aspirer au titre de Mage mais la peine encourue pour quiconque la pratiquait encore était très lourde : le bûcher et Algorn n’avait aucune envie de mourir. Cette loi fut établie par Lucien, le bras droit du souverain de Neptusa, Yggdrasil. Celui-ci lui avait à coup sûr, suggéré à son suzerain, que la magie devait être réservée aux nobles pour asseoir leur pouvoir et leur autorité, veillant ainsi à taire d’éventuelles conséquences que la guerre contre les Otsis avait engendrées. Cette mesure n’était pas nécessaire d’autant plus que la magie était essentielle au quotidien, mais personne à Fyline n’avait étudié la magie d’une manière assez poussée pour représenter un réel danger au pays.
Algorn se rassit devant son bureau et manipula à nouveau une petite flamme pour le plaisir de sentir la magie lorsque l’on frappa à sa porte.
— Algorn ! appela une voix féminine.
Algorn, paniqué, referma le poing sur la flamme pour l’éteindre et jeta son livre de pyromancie sur son lit qu’il recouvrit aussitôt de sa couverture puis enfin, il ouvrit. Ce fut Aline, sa mère, qui apparut dans l’encadrement de la porte. C’était une belle femme blonde au visage tranquille et au regard doux.
— Bonjour Algorn.
— Bonjour Maman, c’est pour quoi ?
— J’ai besoin que tu ailles faire quelques courses pour le petit déjeuner.
— C'est nouveau ça... bon très bien, d’accord... mais laisse-moi le temps de me préparer et j’arrive.
Sur ces mots, Aline acquiesça et se déroba du cadre de la porte qu’Algorn referma au même moment. Il chaussa, en vitesse, une paire de bottes en peau de sanglier, revêtit une tunique grise et une veste en laine épaisse. Avant de sortir, il s’empara de son grimoire de pyromancie pour le ranger. Enfin, il sortit de sa chambre, se retrouvant dans le couloir du premier étage de la demeure des Lériga, l’étage même où se trouvaient les appartements de chaque membre de la famille. Algorn traversa le couloir, chacun de ses pas était étouffé par un épais tapis mauve aux arabesques dorées, seul vestige et seul souvenir portant la couleur des mages. Pourtant, les murs de pierre blanche dégageaient une certaine présence magique car nombreuses furent les fois où Algorn livra bataille contre sa grande sœur Nayli à coups d’éclair argenté et de flamme blanche rebondissant en tout coin et recoin des pièces dans lesquels ils s’affrontaient. En l’occurrence, ce fut le couloir qui supporta le plus longtemps ces joutes infantiles bien que cette magie ne fût pas dangereuse mais seulement désagréable lorsque l’on était touché.
Algorn descendit l’escalier de bois noir menant droit au salon : une pièce spacieuse aux nombreux fauteuils de velours disposés autour d’une antique table basse lorestre, le tout étant orienté vers l’âtre d’une cheminée, de vives flammes brûlant en son foyer. Sous cet ameublement se trouvait un tapis indigo aux motifs identiques à celui se trouvant à l’étage.
« Le temps des mages me manque… » songea Algorn.
À droite du salon, la porte menant à la cuisine s’ouvrit et se referma aussi vite, laissant juste le temps de faire apparaître Aline.
— Désolée, j’étais un peu occupée, voilà la liste, dit-elle en tendant un morceau de papier où les achats étaient griffonnés.
— Très bien, je n’en aurai pas pour longtemps, promis Algorn.
— Prends ton temps, mon chéri, ton frère et tes sœurs ne se réveilleront pas avant une heure ou deux.
— D’accord… répondit Algorn dont le son de la voix trahissait la méfiance.
— Couvre-toi, il fait plutôt frais ce matin.
— Entendu, à tout de suite, Maman.
Algorn se dirigea vers l’entrée et s’empara d’un manteau en peau de loup et le mit avant de sortir.
Dehors, tout était calme, c’était le matin, un matin d’automne. Le soleil levant à l’horizon, de sa couleur orangé, teintait le ciel d’une vive couleur rose atténuée par l’éclat d’argent des nuages. Les levers de soleil de l’automne étaient toujours magnifiques. Algorn fit un pas sur le sol jonché de feuilles mortes que les arbres endormis abandonnaient au gré du vent. Il ne se lassait pas des visions que les saisons lui offraient : de là où il se trouvait, il dominait le village, chaque maison, les bâtiments, murailles, tours de guet, rien n’échappait à son regard car sa demeure était bâtie sur les hauteurs, lieu où les personnalités importantes du village vivaient. Galin Lériga, le père d’Algorn, était le propriétaire de plusieurs mines de fer et d’argent. Ce que celles-ci lui rapportaient dépassait de loin la fortune d’un riche seigneur. Exploitées depuis près de cinquante ans, ces mines offraient des revenus astronomiques. Un jour, Algorn succéderait à son père bien qu’il n’ait jamais été très enthousiaste à l’idée que cela se produise : rester derrière un bureau à se battre avec des chiffres n’était pas très passionnant.
Algorn traversa l’allée principale du jardin pour dépasser le haut portail d’acier, aux nombreuses pointes acérées, qui était toujours ouvert tant que nul danger ne se présentait devant leur porte. Il suivit un chemin, passant devant de grandes habitations et manoirs semblables à la demeure de sa famille, qui déboucha face à une cathédrale couleur crème. Elle était pourvue de nombreuses fenêtres hautes et minces aux vitraux criards, des statues représentant des anges et des loups étaient sculptées sur le bâtiment, disposées un peu partout de façon ordonnée. Algorn, continuant d’avancer, se trouvait dos à la cathédrale et descendait les marches de pierre d’un large escalier débouchant sur un pont enjambant une rivière. Il s’aventura ensuite dans les rues du village pavées de gris, passant entre les habitations de pierres blanches.
Pour un village, Fyline avait des allures de grande ville. Chaque rue était d’une rare propreté, éclairée par des lampadaires végétaux aux feuilles brillantes comme des lucioles : des alys. Les bâtiments possédaient tous au moins un étage. Algorn traversa la grande place, centre de Fyline. Une statue y était érigée, celle de Wenusa, la légendaire reine du pays des glaces éternelles. Les derniers Cryozauriens du pays, pour se repentir du massacre des Otsis, s’étaient rendus en pèlerinage à travers tout Neptusa, allant de ville en ville pour aider ceux qui pouvaient l’être pour se soulager de leur culpabilité vis-à-vis des Otsis et Fyline, ayant toujours été un village marchand prospère et riche, accepta que cette statue soit érigée en l’honneur de la nouvelle reine cryozaurianne et de l’amitié qui régnerait entre les Cryozauriens et Fyline. Après cela, cette race disparut on ne sait ni où ni comment.
Les fleurs autour du monument projetaient des spores lumineuses recouvrant la statue d’un halo bleu. Jamais cette lueur ne tarissait, jamais les fleurs ne fanaient et nul mage ne sut expliquer ce phénomène si ce n’est que cette magie était propre aux Cryozauriens. Algorn marcha quelque temps, sous l’éclat d’or des alys, et arriva devant la boutique d’un certain Brado Lériga. C’était un fermier qui exposait ses produits en ville comme tout bon commerçant, ainsi cela évitait aux clients de se rendre hors du village pour acheter ce qu’ils recherchaient.
Pour les habitants de Fyline, sortir du village était synonyme de mort. Seules les épaisses murailles de la ville empêchaient les créatures les plus dangereuses, vivant en forêt et au bas des montagnes, de pénétrer à l'intérieur ; les fermes à l’extérieur de Fyline étaient tout aussi bien fortifiées. Algorn entra dans la boutique. Que ce ne fût pas l’heure de l’ouverture lui importait peu , car la famille Lériga était en quelque sorte la clientèle privilégiée de Brado. — Brado ! C’est moi, Algorn !
La boutique aux murs parcourus d’étagères où étaient exposés les produits fermiers, était large avec un petit comptoir qui occupait le fond de la pièce. Un homme petit et barbu au crâne dégarni entra par l’arrière-boutique , l’air surpris. — Algorn ? C’est bien toi ? Cela fait tellement longtemps.
Brado fit le tour du comptoir pour embrasser Algorn.
— Bonjour mon oncle, comment vas-tu ? répondit celui-ci.
— Cela fait combien de temps ? Un mois ? Deux ?
— Moins de trois, me semble-t-il.
— Ah ! Ces mages, toujours enfermés pour étudier. Comment te sens-tu ? Après que cette maudite loi sur l’utilisation de la magie fut instaurée, ta tante et moi nous nous sommes inquiétés pour toi et ta sœur. Est-ce que ça va aller ?
— Oui, tant que personne ne nous dénonce, Nayli et moi continuons toujours à pratiquer la magie, ce que le roi peut instaurer nous est égal, après tout la situation de Fyline a toujours été ambiguë, ce qui peut nous porter à croire que nous sommes indépendants.
— C’est vrai, mais tu sais ce qu’il en est de ces dirigeants ? Lorsque tu es plus malin qu’eux, ils cherchent à te supprimer, regarde : la magie n’est permise qu’aux nobles, c’est pour museler des gens exceptionnels comme toi et Nayli, pour affirmer leur pouvoir sur nous autres. Pour ma part, je pense que le pouvoir se mérite et que le sang n’est pas ce qui détermine la noblesse ou la royauté de quelqu’un. Bon ! Peu importe, de quoi as-tu besoin ?
— Eh bien, tout ce qui se trouve sur cette liste, répondit Algorn en lui tendant le morceau de papier. Brado le lut brièvement et se dirigea vers les étagères pour récolter ce que la liste requ érait, tout en parlant à son neveu :
— Au fait, j’ai reçu une lettre d’un de tes cousins ; les marchands du nord arriveront bientôt, peut-être trouveras-tu ton bonheur chez eux ?
Les marchands dont parlait Brado arrivaient chaque hiver et été pour vendre leurs marchandises à Fyline, devenue un lieu de commerce incontournable. Mais Algorn ne trouvait rien qui, jusqu’à maintenant, lui ait plu. — Cela m’étonnerait grandement, à présent que la magie est punie de mort, plus aucun marchand ne peut se permettre de revendre des grimoires, des objets enchantés ou ayant appartenu à un mage. — Ils ne revendent plus que de la quincaillerie, si je comprends bien ?
— Non, seulement ils ne vendent plus rien qui m’intéresse.
— Tu devrais devenir forgeron pour t’occuper l’esprit, il ne manquerait plus que ça à ta collection de métiers musclés. Après ton savoir faire en tant que magicien, chasseur et bûcheron, ce ne serait pas de trop ! ironisa le fermier.
— Sans doute, répondit-il avant que Brado ne fasse tomber une conserve qui se brisa au sol.
— Chienne de vie ! jura-t-il. Je nettoierai plus tard. En tout cas , j’ai bien ri en voyant la trombine de ton père lorsqu’il avait appris que son fils prodige coupait du bois dans la forêt.
Puis il cracha par terre.
— Très élégant, commenta Algorn.
Ce geste s’expliquait du fait que Brado était le frère aîné de Galin, le père d’Algorn, et qu’il n’avait jamais vraiment supporté de voir son petit frère succéder à son père alors qu’il avait toujours pensé que cette place lui revenait en tant que futur chef de famille.
— Pardon, mais connaissant le rang social qui est le tien, ton père n’a pas supporté l’idée que son enfant se rétrograde au niveau d’un simple bûcheron ou d’un chasseur.
— Je me moque de ce qu’a pu penser mon père en ce sens, je ne regrette aucun de mes choix, et s’il pense qu’il faut se démarquer des gens pauvres en ne s’abaissant pas à exécuter la plupart de leurs basses besognes pour paraître chaque jour un peu plus honorable et fréquentable, alors je préférerais quitter la maison.
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