//img.uscri.be/pth/052e2be67515ab29ecb8b5eab174e9e9cc11cca6
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Variations sur le paradoxe - I

De
218 pages
L'ouvrage étudie la place de la "double contrainte" (double bind) dans la théorie de l'école de Palo Alto et, parallèlement, dans l'univers des Cahiers valéryens. Il se concentre sur trois paradoxes autoritaires - "soyez spontanés", "soyez libres" et "désobéissez" -, dont le dénominateur commun serait une "servitude volontaire" d'autant plus difficile à assumer.
Voir plus Voir moins
VARIATIONS SUR LE PARADOXE - I
PARADOXES DANS L’ECOLE DE PALO ALTO ET LESCAHIERSDE VALERY
Du même auteur chez le même éditeur :
Le statut du paradoxechezPaul Valéry,2005.
www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
©LHarmattan,2007 ISBN :978-2-296-02540-0 EAN :9782296025400
Edmundo Morim deCarvalho
VARIATIONS SUR LE PARADOXE - I
PARADOXES DANS LECOLE DE PALO ALTO ET LESCAHIERSDE VALERY
L'HarmattanHongrie Könyvesbolt KossuthL. u. 14-16 1053 Budapest
LHarmattan 5-7,rue del’École-Polytechnique; 75005Paris FRANCE
Espace LHarmattanKinshasa Fac..desSc.Sociales, Pol.et Adm. ; BP243, KIN XI Université de KinshasaRDC
LHarmattanItalia ViaDegliArtisti,15 10124Torino ITALIE
LHarmattan Burkina Faso 1200logementsvilla96 12B2260 Ouagadougou 12
Epistémologie et Philosophie des Sciences Collection dirigéepar AngèleKremer-Marietti
La collectionÉpistémologie etPhilosophie desSciencesréunit les ouvrages se donnant pour tâche de clarifier lesconceptset les théories scientifiques, et offrant letravaildepréciser lasignificationdes termes scientifiques utilisés par leschercheursdans le cadre desconnaissances qui sont les leurs, et tels que"force","vitesse","accélération","particule", "onde", etc. Elleincorpore alorscertainsénonsaunéfice d'uneréflexioncapable derépondre,pour toutsystèmescientifique, aux questions qui seposentdans leurcontexte conceptuel-historique, defonà déterminercequ'est théoriquementet pratiquement larecherchescientifique considérée. 1)Quelles sont lesprocédures,lesconditions théoriqueset pratiquesdes théories invoquées, débouchant surdes résultats ? 2)Quelest,pour lesystème consiré,lestatutcognitifdes principes,lois et théories, assurant lavalidité desconcepts ?
Déjà parus
Joseph-FrançoisKREMER,Lesformes symboliquesde la musique, 2006. FrancisBACON,De la justiceuniverselle,2006. na SOLER(dir.),Philosophie de laphysique,2006. RobertPALEM,Organodynamisme etneurocognitivisme,2006. ChristianMAGNAN,Lasciencepervertie,2005. ChristianMAGNAN,La naturesansfoi ni loi,2005. Lucien-SamirOULAHBIB,Méthode dévaluation duveloppement humain,2005. ZeïnebBenSaïdCHERNI,Auguste Comte,postérité épistémologique et ralliementdesnations,2005. Pierre JORAY(dir.),Laquantification dansla logique moderne, 2005. AdrianBEJAN, Sylvie LORENTE,La loi constructale,2005. Pierre-André HUGLO,Sartre : Questionsde méthode,2005. Angèle KREMER-MARIETTI,Epistémologiques,philosophiques, anthropologiques,2005. EdmundoMORIMDE CARVALHO,Lestatutdu paradoxe chez Paul Valéry,2005.
Variations autour du paradoxe comme autant de déclinaisons de l'Absolu — "cybernétique", esthétique, logique, psychologique, philosophique et théologique ! Variations autour d'un "minimum-maximum", d'un "rien-tout", d'un "fini-sans fin", d'un "changement-permanence". Le paradoxe oscille entre le tout et le rien en trans-formant parfois le territoire intermédiaire dans une terre de personne (et de tout le monde), une terre maudite et dérisoire, peuplée d'êtres-artefacts, de menteurs sans visage et de poètes ambigus.Apogée de la dénégation entre la litote et l'hyperbole, entre l'ambivalence et la "fin" de l'ambivalence, entre l'asymptote et la coïncidence, entre la contradiction et l'absence de contradiction, entre la totalité et le chaos, entre le fini et l'infini — ne rien affirmer pour tout dire, n'être rien pour convoiter l'être et le tout au-delà du fini, se réduire à un point mininum pour se situer le plus proche possible de la Limite maximale.
Le paradoxe est le principal artisan de tout effort tendu vers un dépassement des apories liées à la finitude. La pensée se découvre immortelle, en réfléchissant sur la mort, perpétuelle, en assumant la succession irréversible et réversible de ses opérations — originaire, en contournant tout commencement, finale, en suspendant toute fin, — ou non-contradictoire, en se voulant asservie au principe d'identité, —
1)
LE PARADOXE DEL'"INDIVIDU-COLONIE". Les auteurs deUne logique dela communicationsont Paul Watzlawick, JanetH. Beavin,DonJackson.Lelivrefut, d'aprèsJohnWeakland, essentiellementécrit parPaulWatzlawicketJanet Beavin (Àlarecherche de l'école de PaloAlto, Jean-JacquesWittezaele etTeresaGarcia, éd.du Seuil,1992,p. 244). Dans lapresque"impossibilité"deséparer, dans le tail,lesauteursdel'École de Palo Alto,puisqueleurs publications, d'unemanière générale, sont souvent signées par plusieurs membres, nous les considérerons comme une "personne" tout en sachant qu'elle recouvre une "colonie"...Nous n'ignoronsdoncpas le caractèrefictifdu regrou-pement qui s'opèresous lelabel "École de PaloAlto".Nous nel'avons pas créé, et nous l'utilisons parcommodité, demanièrefonctionnelle.En outre,nous respecteronsce choix pour unequestiond'homogénéité, justifiépar les publicationscollectives, encequiconcerneles textes ultérieurs signésdemanièreindividuelleparP.Watzlawick.Il fautdire queleproblème del'unité, comprenantdesdifférenciations qui vont jus-qu'àlaremettre encause,sepose ailleurs.où il n'est plus questionde double bind.Pour leparadoxe del'"individu-colonie",voir: StephenJay Gould,Lesourire duflamant rose,"Un vrai paradoxe", éd.duSeuil,1988, pp. 74-92. Cela concernelesiphonophorenomme"Physalia" ou"galère espagnole", appartenantau phylumdesCnidaires,procheparentde coraux etdes méduses.Ilcomporte,grosso modo,une"personne-méduse"et une multitude de"personnes-polypes"correspondantà cequi paraissentêtre ses tentacules.Il s'agitd'une colonie de"personnes", d'un "singulier-multiple", àmi-chemind'un stadepolype etd'un stademéduse.Les siphonophores sont-ilsdescolonieset leurs partiesdes "personnes" ou sont-ils un seul organisme différencié en plusieurs parties organiques ? Voici laréponse deGould :«Ni l'un ni l'autre et lesdeuxàlafois.Ils se situentau milieud'uncontinuumdont lesextrêmes setransforment progressivement l'unen l'autre» (p. 91). «Lanatureseprésenteparfoisà nous sous laforme de continuumset nond'objetsdistinctsaux-limitations précises.L'undes nombreuxcontinuumsdelanatures'étend descoloniesaux organismes» (p.89).En fait,leprésupposé de
INTRODUCTION
7
ou unie,touten poursuivant le démêlage du pluriel, du fini, dudis-continu, del'ambivalent, dudispersé,leurcontentiondans soncadre apaisé,limpide, dépassant toujours ses limites.Leparadoxe est l'aveu d'une ambivalencequidoitcesser séancetenante, d'une contradiction qui s'évanouitàpartirdu moment où lescontraires sont rapprochés. Selon lesdifférentsenjeuxauxquels ilestconfronté,leparadoxe est chargé derendrel'incompatible compatibleou le compatible incompatible :soit ildurcit lesextrêmesau seind'uneopposition devenue absolue :l'ambivalence éventuelleyest figée,renduestati-que; soit il les rendparfaitement réversibleset symétriquesau sein d'uneopposition qui s'abolitd'elle-même :l'ambivalenceyest portée à son maximumd'instabilité, en unesorte deperpetuum mobile,rendant impossibletoutarrêtàl'undesextrêmes (Vous serez jamais "dedans", caràpeine,vous pensez l'être,vousêtesjà"dehors"...).
On peutdonnerdu paradoxeunelecturequantitative et qua-litative.Au point de vuequalitatif,leparadoxerenvoie àunetotalité parfaitement homogène et pure, d'où l'onchasséuncertain nombre d'"éléments" (corps,sentiment, désir,mort, etc.)etau seindelaquelle onassisteimpuissantàleur "retour",transformantainsi lepuren impur,l'homogène endisparate,le continuendiscontinu,l'identique endifférent.Leparadoxeillustreici lejeudelapuissance etde l'impuissance :ilest l'aveucaché d'une défaite.Ilfait la clôture protectrice et signaleune contradiction insoutenable. Dansce cas-là,il apparaîtcommel'affirmationd'unetotalitéimpossible.Lesaporiesde latotalité concernent spécialement letoutdes touts — latotalité universelle dont le centre estcirconférence et la circonférenceintrou-vable.Au pointdevuequantitatif,leparadoxe condenseun jeu d'inversions proportionnellesetde croissances parallèles:"plus il ya dex,moins il ya dex" ("pluscela est présent,moins telest le cas"), ou "plus il ya dex,plus il ya denon-x" ("pluscela change,pluscela resteidentique").Leparadoxeviseun renversementet unetrans-formationdepôles radicalementantagonistes: duNon-être enÊtre, de l'Instanten Éternité, duPlurielenUn, etc.,souventàpartird'une identité des "contraires" oudes "opposés" qui lesassocie en vue d'abolir toutantagonisme.Par-delàlapureréversibilité des positions ("A" seretrouvantdans "B"et "B"dans "A"), du négatifetde l'affirmatif ("A"est "Non-A"et "Non-A"est "A"), descontraires ("A" est "Anti-A"et "Anti-A"est "A"),leparadoxeviseleneutre.Ildoit
8
VARIATIONS SUR LE PARADOXE-I
transformer la Vie enMortet la Mortencommencementd'unevie sansaucune comparaison possible aveclavieterrestre,laquelle est devenue entre-temps l'équivalentd'unemort obtuse et irrécupérable puisquesans retour.
Leparadoxe est l'avant-sne,leprélude,lelieudepassage verscequi ne comportepasde contradictions — lieu hors lieu,temps sans plis,sujet transcendé, aboliet renaissant sous lesauspicesdu concept.Leparadoxe est lepointderencontre desextrêmesen vue d'une assevers uneinstancehors-mélange etau-delà detoute contradiction.Cependant, celle-ci risque d'être engloutiepar legouffre d'où onessayaitdel'extraire...L'Être, au-delà del'être etdu non-être, nepeutêtrequ'un pur rien.L'envolest une chute.Lapureté del'Être n'estacquisequepar un "vidange" total qui letransforme en un pur statisme et inaltérabilité, en un point sansconsistanceréelle. En se rejoignant,lesextrêmes provoquent une dissolutiondu "lieu" où ils sontassemblés, cequiest leprélude àl'affirmationd'unautre"lieu" où ils nepourront jamaisêtreréunis, et ils s'effacentalorsdevant la souveraineté del'Un hors-conflits,impassible,inaltérable,non-en-gendré.S'il yaun usage"identitaire"du principe de contradiction,il y a aussi un usage contradictoire du principe d'identité : celui-ciest faillible dans le domaineterrestre, cardes mouvementsen senscon-traireydéchirent toutêtre, etabsolumentcertaindans le domaine lesteou supra-temporel, car l'Êtresurmontel'épreuve ducontra-dictoire.Leparadoxejouela contradictioncontrel'identité(dans le casdes identités finieset provisoires)et l'identité contrela contradic-tion (dans le casdel'Identité absolue,radicalement singulière et totalement fermée àtoutchangement).Mais là encore,leparadoxe est censés'évanouir puisqueletype des identités misesencorrélation sont estimés incommensurables.Néanmoins,il suffitdemettre cecien doutepour quelaronderecommence...
Dans salutte contreletemps,leparadoxetransformele successifen simultané,lelinéaire encirculaire,lafinencommen-cement,l'avantenaprès.Il vise àlierdans le"àlafois",qui s'offre d'un seulcoup ouen uneseulefois,lapremière et la dernièrefois. Nous n'allons pascesserderetrouver l'enjeuducercle, du tempsetdu paradoxe, étroitement liésdans l'énonciationd'uneraison victorieuse
INTRODUCTION
9
desaléas historiques,lesquelscorrespondraientàsa défaite,oudans celle dudivinenveloppant les multiples snesdu fini.Toutefois, en introduisant letrouble dans unetotalité acquise, enavouant une ambivalenceou une dualitélàdevait régner uneidentitésans par-tage,leparadoxepeut jouer un rôle"subversif"et "contestataire",tout àfait "positif",malgrésonapparentenégativité, dans l'appréhension des problèmes, desenjeuxetdes situations.Lalecture du paradoxene peutêtre ainsi que"plurielle":il yalàun paradoxe du paradoxe, puisques'ilest souvent unemanière de"tourneren rond",il peuten être aussi l'"empêcheur"...Lerôle du paradoxenous semble, d'une manièregénérale,"négatif" quandilessaie d'en finiravecle contradic-toire(par uneidentité de contraires)et "positif" (quandilfait l'absoluitéuniverselle du principe d'identité, en y faisant jouer même fugacement une ambivalence,unécart,une différence).Notrethèse générale est lasuivante :leparadoxe est, dans soneffortd'abolir le contradictoire, est unemanièrequiéchoue— sonannulationest une reconducstion ; a"victoire" une"faite".Laquestiondu langage demeurera,pourainsidire, en premièreligne denos variations, et nous nousefforcerons, dans lamesure denos moyens, de différencier leparadoxe des figures les plus proches (la contradiction,l'oxymore, etc.).Nousallons faire des lectures patienteset minutieuses, enavan-çant pourainsidirepasàpas pouréclairercesdiversenjeux, etau coursdesquelles nous feronsappelàtout un réseaude citations ordonnépar notre"regard"critique.Nous n'ignorons pas quenoscon-sirationsci-dessus ont uneportéetrès générale— nousallons essayerdeleurdonnerdans lasuite denotretravail unaspect plus abordable, en les situantdans uncontextethéoriqueprécis. Elles serontalors peut-être,nous l'espérons,moins obscures.
Danscelivre,nousallons multiplier les tentatives poures-sayerde cerner l'enjeu paradoxal, et il prolongel'entreprisequenous avonscommencée avec"Le statut du paradoxechezPaul Valéry". Cette"variation",sur l'école de PaloAlto, expose déjàlaplupartdes carrefoursauxquels nous tenons: ceuxdelalangue etdelalogique, des rapportsdu savoiravecleréel non-conceptuel, delaquestiondu sujet théorique, del'amplitude à accorderau "vrai", etc.Lepremier accent,reconnaissable d'unestratégieparadoxale, estceluidu "cer-cle".Au niveau symbolique etdepuisParménide,le cerclen'ani fin ni commencementet setrouve affranchidetout passé etdetoute
10
VARIATIONS SUR LE PARADOXE-I
dimension temporelle(saufcelle d'unéternel présent opératoire). Notreregardportera, dans un premier temps,sur le caractèrescienti-fique du systèmemisen jeu par l'École de PaloAlto.Cetype de système, en prise avecleproblème duchangement, constitue en tant quetel un mécanismequiconditionne et quiapprivoisele changement pour que"pluscela change,pluscela demeure identique".Il ya ainsi unparadoxe du système,lui-même en rapportavecleparadoxe de la "norme", celle-cidevant régir l'ensemble detoutes les situations, positions, actes, événements, etc.,sans jamais pouvoirêtre corrigée, renverséeouchangéeparceux qu'elle concerne.Lanorme est in-variante,totale,nécessaire et universelle,signe etemblème ducarac-tèrescientifique du système.Mais, elleseraimpuissante à atteindrela réalitéspécifiqueou particulièrequ'elle doiten principe cerner (celle delafamille) puisqu'ellesefondesur l'effacementet l'exclusionde celle-ci.La"norme"signeune extériorité devenueimpossibleou "redondante", étantdonnéle caractère autosuffisantdu système.Ilest logiquequ'on finissepar reconnaîtrelanorme commeun purartefact théorique, cequi porte,parconséquent,leparadoxe àsoncomble.Le nominateurcommunde cesconceptionsest leparadoxe dela double contrainteoudouble bind.Dans lastratégie de PaloAlto,nous découvrironsaussi un"paradoxe du silence",lequelest produit par l'a priori initial quetout sertà communiquer.Il s'agitencoreunefoisde laprojectionabsolutiste d'un "axiome" (lastratégieyest lamêmeque dans le casdelanorme) qui fait fidu réelet qui letransforme en un appendice delathéorie"observatrice".On y supprimetouterésistance "non-conceptuelle".Nousaborderons les rapportsdu paradoxe au langage(comment lesituerdans uncadreformel), du paradoxe àla "maladie" (lorsqu'ilest offertcommeunélément thérapeutique)etdu paradoxe au savoir (en posant laquestiondu sujetdela connaissance). Leparadoxe du savoirest fonsur lanégationdu "sujet" sous la pressiond'uneobjectivation radicale,sans laquelleil nepourrait revendiquer uneposition privilégiéeface àl'ensemble desdiscours concurrents.Ce dernier point serasoulevé aucoursd'une analyse de certainsaphorismesdu "Tractatus"de Wittgenstein,qui serventde conclusionau livre-manifeste del'école de PaloAltoet quiconcernent les rapportsdu sujet théorique àun monde-toutdont ilconstituela limitesupérieure.Ce"jeudelalimite" trouvera,par lasuite, d'autres snes, d'autres joueurset paris.Dans notre deuxièmepartie,nous revenonsà cequenous n'allons pascesserderevenir:lesCahiersde Valéry.Nousemprunterons trois voiesen rapportavecl'École de Palo