Vérité et mensonge

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Contes merveilleux, nouvelles réalistes, récits fantastiques, tel est le savoureux mélange de ces vingt-et-un textes que l'écrivain grec Nirvanas (1866 - 1937) a rassemblés sous le titre de Vérité et mensonge - histoires pour enfants et philosophes. Mais ne nous laissons pas prendre au piège d'une appellation énigmatique et ambiguë. Derrière la diversité apparente de ces histoires, se dessine une cohérence interne à travers un surprenant jeu de miroirs et d'échos.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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EAN13 : 9782296508491
Nombre de pages : 130
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Vérité et mensonge
Histoires pour enfants et philosophes
Paul Nirvanas
Contes merveilleux, nouvelles réalistes, récits fantastiques, tel est
le savoureux mélange de ces vingt-et-un textes que l’écrivain grec
Nirvanas (1866-1937) a rassemblés sous le titre de Vérité et mensonge
– Histoires pour enfants et philosophes. Mais ne nous laissons pas
prendre au piège d’une appellation énigmatique et ambiguë. Derrière Véritéla diversité apparente de ces histoires, se dessine une cohérence
interne à travers un surprenant jeu de miroirs et d’échos. En réalité,
c’est tout un monde complexe que Nirvanas nous révèle, avec ironie et mensonge
et causticité, au-delà de la fausse banalité de ces « histoires », qui
nous sont destinées, à nous, « philosophes », qui apprenons vite à
en goûter la satire cachée. Histoires pour enfants
Ces récits sont, bien entendu, des mensonges puisque toute ction et philosophesest mensonge, mais un mensonge qui dit aussi le vrai, en nous
rappelant à notre propre condition, marquée par la décrépitude
et par la mort. Cependant, le pessimisme de Nirvanas, inscrit au
cœur des nouvelles, est avant tout jubilatoire. Et c’est là tout le
charme de ces fctions, alliant humour, sarcasme et poésie…
Né en 1866, Paul Nirvanas (pseudonyme de Petros
Apostolidis) a débuté très tôt dans la carrière littéraire et dans
le journalisme. Tout en exerçant les fonctions de médecin
dans la Marine militaire, il a beaucoup écrit, dans toutes
sortes de registres. Figure importante de l’intelligentsia
grecque, il était célèbre pour son esprit et la causticité de
ses jugements littéraires. Il est mort à Athènes en 1937.
Traduit du grec, présenté et annotéISBN : 978-2-296-99507-9
14 euros par Renée-Paule Debaisieux
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Vér e m ge Paul Nirvanas


Vérité et mensonge
Histoires pour enfants et philosophes




















Etudes grecques
Collection dirigée par Renée-Paule Debaisieux

Domaine grec moderne

Joëlle DALÈGRE (dir), La Grèce inconnue d'aujourd'hui. De
l'autre côté du miroir, 2011.
Jean Antoine CARAVOLAS, Jules David et les études grecques
(1783-1854), 2009.
Isabelle DEPRET, Eglise orthodoxe et histoire en Grèce
contemporaine. Versions officielles et controverses
historiographiques, 2012.
Jean-Luc CHIAPPONE, Le Mouvement moderniste de
Thessalonique 1932-1939, 2009.
Yannis MARIS,Quatuor, nouvelles policières grecques, traduit du
grec et présenté par Geneviève Puig-Dorignac. NE, Le mouvement moderniste de
Thessalonique (1932-1939). Tome 1 : Figures de l’intimisme.
Périklis YANNOPOULOS, La Ligne grecque, la couleur grecque,
traduit et annoté par Marc Terrades.
Joëlle DALEGRE, La Grèce depuis 1940.
Martine BREUILLOT, Châteaux oubliés.
Ioannis KONDYLAKIS, Premier amour et autres nouvelles,
présentation et trad. par Vassiliki et Pierre Coavoux.
Constantin CHATZOPOULOS, Deux femmes (Traduit et
commenté par Nicole Le Bris).
Grégoire PALEOLOGUE, Le peintre.
Ion DRAGOUMIS, Samothrace, présentation et trad. M. Terrades.
Edmont ABOUT, La Grèce contemporaine, 1854, réédition
présentée et annotée par J. Tucoo-Chala.
Venetia BALTA, Problèmes d’identité dans la prose grecque
contemporaine de la migration.
Paul CALLIGAS, Thanos Vlécas, présentation et trad. R.-P.
Debaisieux. Des prisons, présentation et trad. R.-P.
Constantin CHATZOPOULOS, Dans l’obscurité et autres
nouvelles.
Constantin CHATZOPOULOS, Automne. Paul Nirvanas




Vérité et mensonge
Histoires pour enfants et philosophes



Traduit du grec, présenté et annoté par
Renée-Paule Debaisieux




































© L’HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99507-9
EAN : 9782296995079










« Le soir, quand nous nous rassemblions autour d’elle, grand-mère nous
racontait tout cela et encore beaucoup d’autres choses, et il n’y avait jamais de
fin. Alors nous lui disions :
– Tu as vu tout ça de tes propres yeux, grand-mère ?
Elle nous répondait :
– J’ai vu tout ça de mes propres yeux, comme je vous vois maintenant. »
(Le Conte sans fin)





PRÉFACE


Un troublant jeu de miroirs



L’expression courante de « jeu de miroirs » suscite, en général,
chez le cinéphile, la vision finale du palais des glaces du film
d’Orson Welles, La Dame de Shanghai. Mais comment mieux
qualifier que par cette expression le jeu auquel se livre l’écrivain
grec Nirvanas, en particulier dans son recueil Vérité et mensonge –
Histoires pour enfants et philosophes, que nous présentons ici ?
C’est un jeu où le lecteur se perd, avec bonheur, au milieu
d’éléments réfléchissants, décelables à la fois dans la diversité des
textes et dans le personnage même de l’auteur, un jeu de miroirs,
qui fait penser immanquablement aux multiples combinaisons et
aux jeux de reflets d’un kaléidoscope.
C’est à la découverte de ces diverses facettes de l’écrivain et de
son recueil d’« histoires » que nous convions le lecteur.

Une figure kaléidoscopique

1Entre sa naissance en 1866 à Marianoupolis (Mariupol) , ville
portuaire d’Ukraine – partie intégrante de l’Empire russe à
l’époque – et sa mort à Athènes en 1937, l’écrivain Paul (Pavlos)
Nirvanas déploie une activité que l’on ne peut résumer dans le
cadre d’un simple classement chronologique. Il serait également
extrêmement réducteur de la présenter sous la forme, désuète il est
vrai, de « L’homme et l’œuvre », tant l’individu, tout autant que
son œuvre, se manifestent sous des aspects pluriels.

1 Cette ville, située au bord de la Mer d’Azov, était une minuscule
bourgade en 1778, qu’en quelques années l’implantation d’une forte
communauté grecque, venue de Crimée, a transformée en une ville
importante et active. Dénommée Jdanov pendant la période soviétique,
elle a retrouvé son nom de « Mariupol » en 1989. 2Nirvanas est donc né en Russie, de parents grecs , venus
s’installer au Pirée en 1871, alors que l’enfant avait 5 ans. Un
enfant qui avait commencé par parler le russe, et qui regrettera plus
tard d’avoir quasiment tout oublié, ayant suivi en Grèce ses
premières classes sous la férule de précepteurs particuliers, en grec
et en français. Un enfant qui s’appelait d’ailleurs Pierre (Petros)
Apostolidis, Nirvanas étant un pseudonyme adopté à partir de 1893
pour certains de ses écrits, en particulier littéraires – mais il en a
pris environ treize autres !
Cette brève présentation offre déjà quelques éléments
susceptibles de brosser la figure d’un personnage, qui, d’entrée de
jeu, apparaît comme particulièrement insolite.
Derrière le seul jeu de facettes évoquées par son nom et ses
pseudonymes, on découvre un jeune homme qui a débuté très tôt –
dès l’âge de 18 ans – dans la composition littéraire, dans le
journalisme et la critique littéraire, tout en effectuant des études de
médecine qui l’ont conduit à exercer les fonctions de médecin dans
la Marine militaire (il est enseigne de vaisseau et médecin-major),
avant de prendre sa retraite en 1920.
Il s’est marié deux fois, la première fois en 1909 avec Lili
Michoglou dont il a eu deux enfants, et dont il a divorcé ; la
deuxième fois en 1926 avec Sophie Sigala, dont il a eu trois
enfants.
Et, parallèlement, il a écrit, énormément, dans toutes sortes de
3 4registres : deux romans , une bonne centaine de nouvelles , cinq
recueils de poésie, sept pièces de théâtre, auxquels s’ajoutent des
écrits qui échappent à tout classement pré-déterminé : articles de
critique littéraire et artistique, essais, portraits et mémoires,
traductions de poèmes (qui constituent un total d’environ deux
cents pièces), et près de trois cents chroniques sur les thèmes les
plus divers…

2
Son père dirigeait une succursale d’une importante maison de commerce
grecque.
3
Το Αγριολούλουδο (= La Fleur sauvage) et Το Έγκληµα του Ψυχικού
(= Le Crime de Psychiko).
4
Dont Vérité et mensonge – Histoires pour enfants et philosophes, faisant
l’objet de la présente publication.
10La diversité des apparences ou des « formes » prises par
Nirvanas, mais, en même temps, leur permanence à l’intérieur de
cette variété sous une série de combinaisons différentes, font
penser non pas à une succession de figures, que prendrait l’écrivain
selon les circonstances ou les époques, mais à un véritable
kaléidoscope, vision d’un être multiforme, dans une cohérence
néanmoins parfaite.
Ce n’est pas le lieu de s’interroger ici sur la façon dont
Nirvanas vivait la multiplicité des facettes de sa personnalité, et il
n’est pas le premier, ni le dernier écrivain à exercer des activités
plurielles, à mener de front activité professionnelle (exigeante),
activité littéraire, activité journalistique et éditoriale. On pense,
bien entendu, à des poètes qui sont connus pour avoir déployé une
activité diplomatique de premier plan, tels que Claudel, Saint-John
Perse, ou encore, du côté grec, Séféris. Mais surtout la situation de
Nirvanas rappelle celle de Victor Segalen, médecin de la Marine,
comme lui, bien que l’on ne puisse pas établir de véritables
rapports littéraires entre les deux écrivains.
La diversité de Nirvanas est – pourrait-on dire – un élément
définitoire de son être. A la fois médecin militaire et écrivain, mais
un écrivain protéiforme, doté de plusieurs pseudonymes comme
autant de personnages : tout laisse à penser qu’il s’était lui-même
volontairement composé une certaine variété d’activités et de
personnages – au sens quasi théâtral du terme. On ne peut
qu’évoquer ici immanquablement la figure de Pessoa. Nirvanas
est-il un « précurseur » de Pessoa ?
Pour essayer de cerner un peu mieux Nirvanas, considérons en
5premier lieu le jeu sur les pseudonymes qu’il emploie pour signer
ses écrits.

Un kaléidoscope de noms

C’est à partir de 1893, alors qu’il est âgé de 27 ans, que Petros
(Pierre) Apostolidis, selon l’état civil, se choisit comme nom de

5 Ces considérations sur les pseudonymes reprennent en partie mon étude
publiée dans l’ouvrage collectif La Signature, dirigé et présenté par
Frédéric Bravo (Presses Universitaires de Bordeaux, 2011).
11plume « Pavlos (Paul) Nirvanas », pseudonyme qu’il utilisera le
plus couramment.
On ne peut pas manquer de s’interroger sur l’oscillation
manifeste entre Pierre Apostolidis et Paul Nirvanas, à moins que
l’on ne déplace la question sur un phénomène de dédoublement,
voire de fragmentation…
Comment faut-il l'appeler ? Nirvanas, à coup sûr, puisque c'est
ainsi qu'on le trouve nommé dans les dictionnaires et
encyclopédies de la littérature grecque.
Il faut signaler toutefois qu’il appartient seulement à la
deuxième génération qui porte le nom d'Apostolidis, à l’état civil.
Le choix de pseudonymes, et plus particulièrement le choix d’un
pseudonyme privilégié (Nirvanas), aurait-il un rapport avec ce nom
tout « neuf » d’état civil ?
Cette valse des noms éveille un questionnement identitaire.
Servent-ils de masques ? Dans quel but ? Pour cacher quoi, ou
qui ?
A l’état civil, il porte le nom de Petros/Pierre Apostolidis. Ce
nom d’Apostolidis avait été attribué à son père, à l’école, au lieu
du sien propre, « Koumiotis », jugé par le maître d’école comme
trop vulgaire. Le phénomène était courant en Grèce après
l’indépendance grecque (1830). Et ce nom d’Apostolidis, qui
sonnait plus « grec » (en raison de ses sonorités en affinité avec le
grec ancien), avait été enregistré à l’état civil, à une époque où les
noms de famille commençaient à être fixés en Grèce.
Ce changement de nom fait l’objet d’une observation de
Nirvanas :
6« Mon père a fait l’erreur de garder ce nom dénué d’âme. S’il
avait repris son nom de famille, je n’aurais pas cherché, quant à
moi, un pseudonyme, et au lieu de signer maintenant “Pavlos
7Nirvanas”, je signerais “Petros Koumiotis” » .

6
C’est nous qui soulignons.
7 Nirvanas, Άπαντα (= Œuvres complètes), Tome 3, Φιλολογικά
αποµνηµονεύµατα, « Αλέξανδρος Παπαδιαµάντης » (= Mémoires
littéraires, « Alexandre Papadiamantis »), Athènes, Editions Giovanis,
1968, p. 359. Les traductions du grec en français ont été effectuées par
Renée-Paule Debaisieux.
12

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