Villa Donalii

De
Publié par

Ce recueil comporte onze nouvelles : pianissimo, la cabine, la conférence, etc. L'auteur y poursuit son interrogation sur le temps et le rêve commencée avec le roman « Chemin de halage » et le recueil de nouvelles « Rires inachevés ». Ces nouvelles peuvent être lues comme autant de petites histoires surréalistes.

"Il venait de jouer l'ultime morceau du programme, un prélude de Chopin. Il baissa le couvercle du piano, se leva de son tabouret, salua le public avec grâce et courtoisie, et lorsque les applaudissements commencèrent à mollir, il disparut dans les coulisses et on ne le revit plus. C’était la dernière fois qu’il s'affichait dans une salle de concert."


Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782955245422
Nombre de pages : 125
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
© 2015. Yvon Charles Pérus.
Tous droits réservés.
http://yvoncharlesperus.blogspot.fr/ Versions eBooks réalisées par IS Edition
www.is-edition.com ISBN (version papier) : 978-2-9552454-3-9
ISBN (versions numériques) : 978-2-9552454-2-2 Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L 122-5, d'une part, que les "copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, "toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite" (art L 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Résumé
Ce recueil comporte onze nouvelles :pianissimo, la cabine, la conférence, etc. L'auteur y poursuit son interrogation sur le temps et le rêve commencée avec le roman « Chemin de halage » et le recueil de nouvelles « Rires inachevés ». Ces nouvelles peuvent être lues comme autant de petites histoires surréalistes.
Note de l’éditeur
Cliquez ici pour atteindre la table des matières de la version complète.
Pianissimo
(1)
Ilvenait de jouer l'ultime morceau du programme, un prélude de Chopin. Il baissa le couvercle du piano, se leva de son tabouret, salua le public avec grâce et courtoisie, et lorsque les applaudissements commencèrent à mollir, il disparut dans les coulisses et on ne le revit plus. C’était la dernière fois qu’il s'affichait dans une salle de concert.
On apprit par la suite qu’il avait annulé toutes les représentations déjà planifiées.
Pendant quelque temps, un public de mélomanes se concerta au sujet de sa surprenante attitude. On se demandait pourquoi il avait baissé le couvercle du piano à la fin du concert. Voulait-il faire comprendre qu'il faisait ses adieux à la scène ? D’autres avaient remarqué qu’il n’était pas revenu sur scène pour le bis, contrairement à son habitude. On soupçonna un grave problème de santé, mais les coups de fil à l’imprésario infirmèrent cette hypothèse. On apprit seulement que le virtuose ne souhaitait pas donner d’explications.
Grégoire, le pianiste disparu, n’avait pas de famille, ses parents et sa sœur unique ayant péri dans un accident de la route. Durant sa période de gloire, on le croisait parfois dans des restaurants chics en compagnie de femmes élégantes. Cependant il ne s’était jamais marié. Quand on le questionnait sur son célibat, il répondait qu’il avait épousé la musique, et que cette union suffisait à combler son existence. En quinze années de concerts et de vente de disques il avait amassé une telle fortune qu’il pouvait se passer financièrement de vie professionnelle. On s’attristait qu’un artiste d’un tel talent ait pu abandonner sa carrière à moins de quarante ans. Certains lui prêtaient un certain égoïsme, du moins une certaine insouciance à mépriser ainsi ceux qui avaient contribué à sa renommée et à sa richesse pendant la phase publique de son existence.
Quelques médias publièrent des articles sur ce merveilleux interprète de Chopin, de Schumann et de Liszt, en retraçant sa carrière et en brodant sur le mystère entourant son départ précipité. Mais au bout de cinq ans, il avait disparu de la mémoire médiatique. L’imprésario s’occupait d’autres artistes, et dans les salles on applaudissait d’autres talents.
(2)
Dix ans s’étaient passés depuis le dernier concert. Le printemps commençait à donner des signes de victoire sur l'hiver. Ce matin-là, le temps était agréable, malgré une petite fraîcheur. Une femme d’une trentaine d’années se promenait en solitaire sur une haute dune. Elle portait une robe longue assez discrète, d’un ton clair, avec des ornements en arabesques qui semblaient cousus en filigrane. Sa démarche était souple et élégante, son regard semblait errer entre ciel et terre comme ces personnes qui hésitent entre le rêve et la vie réelle.
A midi, elle descendit sur la plage et chercha un endroit pour se restaurer. Il n’y avait là que des buvettes assez sommaires, construites en planches. Elle entra dans la seule qui était ouverte, et fut presque étonnée que l’on consente à lui servir à manger. Le patron était un homme d’une quarantaine d’années, jovial et simple, mais peu enclin à la conversation. En servant la commande, il expliqua en quelques mots qu'on n'était pas tout à fait en début de saison, qu'il fallait compter encore deux semaines pour voir arriver la clientèle, puis il se retira.
Elle était assise au milieu de la petite salle, s’occupant à avaler lentement les pâtes amoncelées dans son assiette de faïence blanche. Elle se sentait légère et d’humeur gaie depuis le début de la matinée, mais soudain une interrogation plutôt embarrassante lui traversa l’esprit, comme une fausse note tombant au milieu d'un solo délicat. Quelle était la
raison qui l'avait conduite sur cette plage ? Il lui paraissait étrange d’être là en cet instant, alors que deux jours plus tôt elle n’avait aucun contact avec ce lieu.
Les décisions qu'elle prenait dans la vie étaient si souvent imprévisibles qu'elle se demandait quel mystérieux chef d’orchestre avait le pouvoir de déclencher toutes ces variations. Elle essaya de pénétrer dans ses souvenirs les plus proches. La veille, elle avait eu subitement envie d’aller à la mer, de respirer, de quitter son habitat quotidien. C’était un besoin irrésistible, presque douloureux, alors qu'habituellement elle aimait égrener ses heures de loisirs dans sa jolie maison en bordure de la ville, décorée entièrement à son goût, le fidèle havre de paix qu'elle retrouvait après son travail dans un bureau de l’administration locale.
Mais elle avait ressenti un besoin assez dérangeant, sans rapport avec un objet précis, une relation ou un lieu, mais relié au silence. Il consistait au désir d'un silence particulier qu’elle n’avait plus éprouvé depuis de nombreuses années. Ce silence n’était pas ordinaire, sinon il lui aurait suffi de s’enfermer dans sa chambre pour le savourer pleinement. Il était tellement insaisissable qu’elle ne parvenait plus à le rencontrer au fond d’elle-même, malgré ses efforts répétés, tout en n’ayant aucun doute sur son existence.
La veille, l’idée de la mer lui était venue à l’esprit à la manière d’une empreinte sur la neige sur un vaste plateau. Elle avait pris le train ce matin sans intention précise, et deux heures plus tard elle arrivait dans cette petite station balnéaire. Elle avait aussitôt escaladé la grande dune, s’était abreuvée de l’horizon large, et avait respiré l’air marin si revitalisant.
Les choses avaient pris une tournure féerique à partir de la montée sur la dune. Elle n’y avait rencontré personne, mais elle avait senti en elle une folle envie de rire et de pleurer, d’embrasser le vent et la lumière. Elle se sentait si légère qu'une mélodie aurait suffi pour l'emporter dans de splendides régions célestes, au bord de rivières parfumées, sur des pentes de pierres précieuses.
(3)
Elle venait de terminer son plat lorsqu’il y eut un bruit dans la salle, juste derrière elle. Aussitôt son cœur se mit à battre. Une sorte de trac et un intense bonheur se mêlaient en elle. Elle reconnaissait parfaitement les pas qui résonnaient sur le plancher. Elle s’en souvenait avec une incroyable précision. N’osant se retourner, elle dirigea son regard vers la fenêtre pour diluer sa vision dans l'atmosphère de la plage, mais la vitre était haute, et ce fut un rectangle de ciel bleu qui apparut. Les quelques nuages qui l’avaient accompagnée dans sa promenade s’étaient dissous.
Les pas s’arrêtèrent à la table voisine. La chaise que l’on glissait crissa un peu sur le plancher. Suivirent une nappe de papier et des couverts. Il n’y eut aucune commande. Pas un mot. Un peu plus tard le patron apporta un plat.
Tournant lentement la tête vers son voisin, elle s’aperçut qu’il mangeait tranquillement, sans le moindre bruit. Une paix transparaissait sur son visage. L’homme continua comme s’il n’avait pas remarqué son geste de curiosité. Elle eut envie de lui souhaiter un bon appétit, quelque chose d'amical et d'anonyme, mais elle se rétracta, de peur de troubler sa sérénité. Elle se contenta d'imiter son silence, essayant de se montrer détendue malgré la forte émotion qui l’étreignait.
Quand il eut achevé le plat, il nettoya ses lèvres avec une serviette de papier, puis tourna vers elle un regard amusé.
FIN DE L’EXTRAIT
Résumé Note de l’éditeur Pianissimo (1) (2) (3) La cabine La conférence
Le cercle du temps
Entre deux versants En bateau La pendule du sacristain
Table des matières complète
Rencontre du passé et du futur Capture Mémorial des brumes Une bâtisse
Résumé Note de l’éditeur Pianissimo (1) (2) (3)
Table des matières complète
Table des matières
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.