Visa pour le froid

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C'est une joie sans mélange lorsque naît enfin, chez les Comara, le fils tant attendu. Tout ce qui peut se pencher sur un berceau : famille, voisins, griot, sorcier... est unanime : Ngama est appelé à une vie pleinement réussie. Dans la république subsaharienne de "Maraoué", la vie est rude. Ngama n'est pas "un enfant ordinaire". Sorte d'Ulysse en âge d'assurer sa propre survie, Ngama commence ses errances.
Publié le : jeudi 1 février 2007
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EAN13 : 9782296157217
Nombre de pages : 141
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Visa pour le froid
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AÏDANSÉLA BLANCHE ChezPublibook(éditeur électronique)
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ISBN :978-2-296-01499-2 EAN :9782296014992
Ibrahim DOUMBIA
Visa pour le froid
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Tousmes remerciements à la familleLEFEBVRE
Le chaud soleil couchant de la savane arborée venait de disparaître à l’horizon, laissant derrière lui une soirée rafraîchissante à Boukro dans la République de la Maraoué. Et très vite la nuit s’avança sous un ciel éclairé de lune et d’étoiles. Les lampadaires des voies publiques illuminaient peu à peu la ville. Dans une chambre au fond d’une cour située dans un quartier populaire de la ville, une femme était sur le point d’entrer en gésine. Elle fut transportée de toute urgence à la maternité du quartier. Une heure après, elle donnait naissance à un Comara. Une immense joie dans toute la famille. L’enfant qui venait d’arriver au monde était porteur d’espoir : né un vendredi, jour vénérable des musulmans, sous un ciel plein d’étoiles, et le premier fils du chef de la grande famille Comara. Des signes qui ne trompaient pas. Des sacrifices furent commandés pour éclairer et rendre limpide et propice la destinée du nouveau-né.
Zakaria le père Comara, avait épousé Madjouma pendant la période coloniale et seize ans après, elle lui donnait ce fils. Madjouma était une femme docile, soumise, une épouse exemplaire pour les Comaras.Son pagne était solidementattaché: une battante, une dévouée dans son mariage et à la cause de son mari. Elle avait même cautionné, organisé, les mariages de ses coépouses pour le bonheur de Zakaria. Avait-elle le choix ? Car, pour se faire aimer, elle se faisait tort. C’est la femme indigne, sans courage qui s’oppose à l’arrivée d’une nouvelle femme de son mari, disait-elle. Fallait-il la croire ? Cette situation de partage d’homme lui rongeait l’esprit, car la nouvelle venue était toujours choyée par Zakaria. Elle avait combattu, résisté à toutes ses coépouses dans une cohabitation hérissée. Aucune des trois femmes épousées après Madjouma n’avait pu offrir un fils à Zakaria. Toutes les trois avaient quitté le foyer. Elles étaient venues et
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avaient trouvé Madjoumalà et sont parties lalaissant là, commele baobab au milieudelasavanequi résiste àtous les feuxde brousse :unefut répudiée,l’autre abandonna son mariage à cause delarivalitéquotidienne, et la dernièrepartitavecunautrehomme,fuyant lapolygamie. Madjoumalafidèle à Zakariavenaitdevoir ses longues annéesdemariagerécompensées par lanaissance de ce fils tantsiré.Et pourtant, Madjouma avaitjà deux fillesdanscemariage, et les frèrescadetsde Zakaria avaient tousdes fils sauf lui,ilsétaient fécondscomme des souris.Madjoumavenaitdemettrefinà cesouci: avoir un garçon.
Unbaptêmehonorablefut organiséunesemaine après sanaissance :unlier, beaucoupde colas, des friandises,la boisson « gnamakoudji » (jusdegingembre) àflots, del’argent, beaucoupderiz,pour les invités. Madjoumafutcouverte depagnesetdargent par les Comaras (père,oncles,tantes, cousins,frères).Ilsétaient tous fiersdelagénitrice dubébé.Les tam-tamset les griots faisaient partie delafête.Lenomdu nouveau-né proclamélorsdela cérémoniefutNagama cequi voulait dire :venu pourça.Levenu pourçaindiquait le bonheur, la chance,laréussite,larésistance aux malheursetàla malchance.Unepolémiquese déclencha, car lesComaras étaientdes grands fidèlesdAllah, et lenomdeleur fils ne venait pasduCoran.Larrière arrièregrand-père du nouveau-néportait lenomde Nagama.Il fut unComara puissantdeson l’époque :un homme distingué, brave et sans faille.Sa baraka avait nourri toutesa descendance. Pour lafamille,les signes propices quientouraient la naissance du tout petit indiquaient laréincarnationde l’arrière arrièregrand-père :unautregrand Comara à l’image del’ancêtre.gitimequ’il porteson nom.Malgré
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les critiques, l’enfant garda le nom Nagama, le futur sauveur des Comaras. Nagama commença à marcher à quatre pattes deux mois plus tôt que les autres enfants de son âge. La famille voyait ainsi la confirmation de l’augure exprimé à sa naissance. Seulement, un an et demi après, il ne se tenait pas debout comme les autres et ne marchait pas encore. Pire, il arrêta de marcher à quatre pattes et se déplaçait sur sa fesse droite.Àlongueur de journée, Nagama sillonnait toute la cour sur sa fesse nue, durcie comme la peau d’un éléphant. Madjouma commença à s’inquiéter sérieusement.Elle apporta son fils chez le chasseur Koné, voyant et guérisseur.Des amulettes furent fabriquées et attachées à la hanche et au pied droit de Nagama. Koné voyait une main de sorcier qui voulait stopper et anéantir la progression du petitComara. On lavait Nagama matin et soir de décoction de plantes mises en marmite de terre cuite par Koné. Nagama fut même emmené une fois au cimetière en pleine nuit pour une cure de désenvoûtement. Des sacrifices, encore des sacrifices pour faire décoller les fesses de Nagama du sol.Àtrois ans, il ne se tenait toujours pas sur ses pieds. Le père Zakaria traita Madjouma de femme maudite, bradant son fils à toutes les portes.Elle était responsable de ce qui arrivait à Nagama. Zakaria soupçonnait même sa femme d’appartenir à une association de sorcières quimangeaientà petit feu l’âme de leur fils. La sorcellerie était très complexe : ne pouvait êtremangépar les sorciers, que celui qui avait un parent sorcier et membre de la sorcellerie. Zakaria étant convaincu qu’il n’était pas sorcier, le sorcier de leur enfant ne pouvait être que Madjouma. La mère malheureuse se battait nuit et jour pour que son enfant ressemble aux autres enfants. On l’appelaitla marcheuse: celle qui allait nuit et jour rendre visite aux voyants, aux guérisseurs, aux
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féticheurs, aux marabouts. Madjouma la marcheuse avait épuisé toutes ses économies, s’était endettée, mais son fils restait collé au sol comme un ver de terre. Malgré tout, elle continuait àmarcheret on entamait la quatrième année de Nagama. Une amie de Madjoumaluiconseilla dallerconsulter le DrBakassa.Bakassa étaitconnudetoutelaville,l’undes premiers médecinsdela Maraouéinpendante.La famille était persuadéeque Nagaman’était pas malade maisensorcelé,il n’était pas questiondemaladiepour blanc(maladiequi sesoignepar un médecin).Mais pousséepar le désespoir, Madjoumasuivit lesconseilsde sonamie etallavoir le DrBakassa, àl’insude Zakariaqui nevoulait pas.Aprèsconsultationetexamens,le Dr Bakassainforma Madjoumaquel’enfant souffraitd’une formationdes osdubassin, et quel’immobilisationdu bassin pendant quatresemaines suffirait pour qu’il guérisse.Madjouma devait rentreràl’hôpitalavec Nagamapour lui installer une culotte en plâtre. L’hospitalisationétait gratuite.Il fallaitconvaincre Zakariaqu’il s’agissaitbiendemaladiepourblanc. Aussitôt informé,il fut prisd’une colère denfercontresa femmquestion d’hospitaliser Nagama et si vouse : « pas vous rendez à l’hôpital, ne revenez plus jamais chez moi ici », conclut Zakaria. Madjouma fit la sourde oreille et le lendemain, elle ramassa quelques affaires, prit son enfant sur le dos et entra à l’hôpital.Elle avaitdéjà mangétoute unetête, ce nest pas un boutdoreillequ’elle auraitdu mal à avaler. Nagama fut soigné par le Dr Bakassa. Madjouma ne pouvait pas retourner à la maison après lapose du plâtre : elle avaitsoiàson mari,uncrimeodieux pour les musulmans qu’étaient lesComaras.Lafemmesoumise venaitde détruiretout son passéglorieux quiaurait pu la conduire dans leparadisdAllah.Ondisaitalors quela clé
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