Visage de ton absence

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296227804
Nombre de pages : 112
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VISAGE DE TON ABSENCE

ÉCRITURES ARABES
Collection dirigée par Marc Gontard

Derniers

titres parus dans la collection

N° 40 REZZOUGLeila, Apprivoiser

l'insolence.

N° 41 HADDADIMohamed, La malédiction. N° 42 BERF2AKFatiha, Le regard aquarel II. N° 43 BENKERROUM-COVLET Antoinette, Gardien du seuil.

N° 44 MOULESSEHOUL Mohamed, De l'autre côté de la ville. N° 45 GHACHEM Moncef, Cap Africa. N° 46 AL HAMDAN!Salah, Au-dessus de la table, un ciel.

N° 47 BENSOUSSAN Albert, Mirage à trois. N° 48 KOROOffi.IAmmar, Les menottes au quotidien. N° 49 ZENNOUGilles, Les Nuits. N° 50 FARESTewfik, Empreintes N° 51 TAMZAArriz, Ombres. N° 52 BOUISSEF-REKAB Driss, À l'ombre de Lalla Chafia. N° 53 KESSASFerrudja, Beur's story. N° 54 BOURKHIS Ridha, Un retour au pays du bon Dieu. N° 55 NouZHA Fassi, Le ressac. N° 56 HEUAL Abderrezac, Place de la régence. N° 57 KARou Mohd, Les enfants de l'ogresse. N° 58 NABULSI ayla, Terrain vague. L N° 59 SADOUNI rahim, Le drapeau. B N° 60 SEFOUANE Fatiha, L'enfant de la haine. N° 61 EL MOUBARAKI, Zakaria, premier voyage. de silences.

Albert BENSOUSSAN

VISAGE DE TON ABSENCE

Éditions L'Harmattan 5-7 rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Je dédie ce livre au visage effacé de la mère de mon père

@ L'Harmattan, ISBN:

1990 2-7384-0882-6

À ton absence il fallait un visage; à ce visage, probablement, un destin. EdmondJabes

I sbilia, je te cherche des mondes

partout

où la cassure de ton visage.

laisse passer

le mirage

La Brehaigne

À l'occident est une muraille qui est un reste de celle du temple... on l'appelle la porte de Miséricorde. Benjamin de Tudele

LES BAGNOULIS

Il s'applique à faire le vide en lui afin de se sentir une conscience d'espace. Il plonge à deux bras dans la tourmente. Il s'emplit d'infini tel un réseau pour la chasse aux étoiles. Il s'entoure, frileux, dans une chape d'astres. Chaque époque, n'est-ce pas, se' doit de connaître ses dieux. Or donc, il se faisait petit, humble parmi la foule, parmi la houle floue de tous ces bailleurs de planètes, de tous ces fossoyeurs d'îles, de tous ces bâtisseurs de ruines, craignant pour ses pas lorsque la terre se dérobait sous lui; ne sortant que la nuit, moins par souci d'effacer l'aveu de son ombre projetée que pour mieux accommoder son regard aux étran9

ges clartés, aux silhouettes indécises, aux actes incongrus, cherchant le fil directeur hors de la pleine lumière, dans l'arène aux frontières mouillées. Martelant ses paupières lorsqu'il s'éveillait aux ténèbres, dévidant sa lente respiration humaine, s'enchaînant aux secondes éphémères, adhérant à la grande roue, à chacune de ses dents. La spirale mord en lui, et il commence d'en gravir le pourtour, se vrillant dans la nuit lactée, tendu de vigilance et d'ascension confuse, ligoté aux pieds et aux mains par la foi. Le voici recroquevillé dans sa coque, chair d'albumine plaquée aux parois. II a dissous sa densité, il a fondu son poids dans la gravitation du silence. Il n'est rien qu'un bond qui oublie son tremplin, un embrun qui s'évade et renie l'écume.

Il est 22 heures. Ma lettre ne partira que demain. Elle la recevra dans cinq jours car le courrier fait escale à Mokeibo depuis que le vent des dunes s'est mis à souffler. Je peux espérer recevoir sa réponse dans deux semaines, peut-être un peu plus, et, pendant ces
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longues journées, je n'aurai d'autre ressource que d'imaginer sa réponse, d'autre pain pour ma faim que d'entretenir le feu de son visage, sous l'auvent des paupières, tout au bout de la mer, tout au fond de la nuit, appliqué à me parler. Il me faut attendre, dans l'énervement des palmes aiguisant leur denture, dans l'insomnie des chemins de ronde et la crispation des ressacs. Malgré les soubresauts de l'attente, quelle monotonie de mes jours! Sous l'apparence de l'aventure, avec le chatoiement des herbes tropicales, le dépaysement des murs de bambou, le ravissement d'autres étoiles, quelle monotonie de mes jours! Le lundi, si désespérément loin du bout de la semaine. C'est alors que l'on reprend le travail pourvu qu'il soit bruyant, brouillon, abrutissant. Un travail que l'on désire malsainement, auquel on s'applique avec une ardeur anormale. C'est l'émondage de la brousse et la chasse aux insectes, les multiples corvées au quartier ou à la digue, c'est le ratissage des areg fellagans. Le lundi, l'armée est florissante, renaissante, efficace. Les grandes opérations prennent toujours l'éclat des lundis. Les jours suivants usent mes forces dans l'agacement de l'espoir. Je dors mal, j'ai l'écœu-

Il

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