Voleurs de lumière

De
Publié par

Grâce au vieux qui l'a recueillie, Gwen a pu développer ses aptitudes particulières, et elle est devenue voleuse d’élite. Elle exerce ses talents dans la cité bulle du consul Leroy, où l’obscurité engloutit les hommes et la lumière s’achète à prix d’or.

Lorenz, son ancien amant, lui propose un contrat périlleux, au-delà des forêts obscures, au cœur de la ville des passeurs de lumière.

Pour réussir, la jeune femme devra affronter ses peurs et accepter ses origines.

Publié le : mercredi 21 octobre 2015
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374530697
Nombre de pages : 43
Prix de location à la page : 0,0011€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Extrait
La ruelle de la Malmaison était peu éclairée : à peine quelques malheureuses lanternes de fer et de parchemin huilé étaient-elles accrochées aux façades défraîchies des maisons. Les petits globes lunaires qui y flottaient en diffusant leur pauvre lumière blafarde ne pouvaient pas vraiment repousser l’ombre rampante de la nuit. L’obscurité avançait rapidement entre les bâtiments de pierre, engloutissant le quartier des Hampes. Gwen remonta le col de son long manteau en réprimant un frisson. Malgré ses aptitudes exceptionnelles, la jeune femme ne pouvait ignorer complètement le malaise qu’apportaient les ténèbres. Le froid sinistre de la nuit vous envahissait lentement, grimpant le long de vos chausses, se coulant sous vos habits, s’insinuant dans le moindre recoin de votre être comme dans les fissures des façades. Une chape de brume noire vous enveloppait et, si on n’y prenait garde, si on ne luttait pas avec suffisamment de cœur, elle finissait par vous emporter dans l’ombre.



Bien sûr, certains nantis disposaient d’assez de lumière pour mépriser les ténèbres, mais même dans les palais illuminés de jour comme de nuit, la peur était tapie sous l’apparente gaieté. Loin du luxe, ici, dans le quartier des Hampes, elle régnait en maître incontesté. Dans la cité bulle, ville sous cloche des territoires de l’Ombre, les quartiers pauvres ne pouvaient pas prétendre à autant d’heures de jour que les riches. C’était une décision claire et nette du consul Leroy, le tyran qui régnait sans partage depuis un demi-siècle. Gwen le haïssait depuis ses douze ans, pour des raisons très personnelles, et un jour elle le tuerait, elle se l’était promis. Pourtant, en attendant l’heure de la vengeance, elle ne remettait pas en cause ses décisions. Car si Leroy était une vraie crapule, c’était une crapule puissante dans cette ville tordue. Et après tout, concernant la lumière, l’administration consulaire assurait un service minimum. C’était peu, mais c’était indispensable dans le monde de l’Ombre. Une longue nuit suivie d’une courte journée artificielle, cela valait toujours mieux que le noir complet que produirait l’anarchie. Il était de toute façon impossible de fuir, car, au-delà de la coupole, il n’y avait que les Sombres Forêts, territoire de ténèbres où personne ne pouvait survivre en dehors des chemins officiels que l’armée contrôlait et éclairait pour que les marchands conventionnés et les nobles munis d’un laissez-passer puissent rejoindre d’autres cités bulles ou les portes de lumière. Ce privilège était réservé à un tout petit nombre, le père de Gwen en avait d’ailleurs fait partie. Mais ce temps-là était révolu et la jeune femme n’appartenait plus – depuis de nombreuses années déjà – à la caste des nantis. Elle devait donc, au moins en la matière, se conformer aux règles en vigueur dans la cité. Si les gens voulaient plus de lumière, ils n’avaient qu’à payer. Sinon ils pouvaient toujours se satisfaire des globes lunaires à l’intérieur de leurs taudis ou se laisser engloutir une fois pour toutes. Gwen connaissait plusieurs familles qui, lassées de lutter, avaient fait ce choix. Mais la plupart résistaient jusqu’à la dernière étincelle.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.