//img.uscri.be/pth/dd5322465615aabd1937213da21446b6f1622823
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Voyage d'un "indigène" vers l'horizon

De
210 pages
Ce roman nous emmène dans un premier temps au pays colonisateur, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la mère patrie dans laquelle le colonisé découvre sa condition de « nègre », après avoir quitté celle d' « indigène » vécue dans son propre pays. Un pseudo-changement de condition humaine pour Bibi, le narrateur, entre ces deux mondes (Afrique et Occident), consistant à remplacer un « bonnet noir » par un « noir bonnet » sur la tête du colonisé. La solution à ce cercle vicieux consiste à entreprendre le voyage retour au pays natal, imaginé comme un voyage vers l'horizon.
Voir plus Voir moins
frigates_lock_horizon (CC).
PONDYEVINA
VOYAGE D’UN « INDIGÈNE » VERS L’HORIZON
LITTÉRATURES ET SAVOIRS
Voyage d’un « indigène » vers l’horizon
Littératures et Savoirs Collection dirigée parEmmanuel Matateyou Dans cette collection sont publiés des ouvrages de la littérature fiction mais également des essais produisant un discours sur des savoirs endogènes qui sont des interrogations sur les conditions permettant d’apporter aux sociétés du Sud et du Nord une amélioration significative dans leur mode de vie. Dans le domaine de la création des œuvres de l’esprit, les générations se bousculent et s’affrontent au Nord comme au Sud avec une violence telle que les ruptures s’accomplissent et se transposent dans les langages littéraires (aussi bien oral qu’écrit). Toute réflexion sur toutes ces ruptures, mais également sur les voies empruntées par les populations africaines et autres sera très éclairante des nouveaux défis à relever.  La collectionLittératures et Savoirs est un espace de promotion des nouvelles écritures africaines qui ont une esthétique propre ; ce qui permet aux critiques de dire désormais que la littérature africaine est une science objective de la subjectivité. Romans, pièces de théâtre, poésie, monographies, récits autobiographiques, mémoires... sur l’Afrique sont prioritairement appréciés. Déjà parus Paul Serges NTAMACKEPOH et Marcel NGANGO,Tropicales Mosaïques, 2016. Luc Gaétan Félix BENGONO KONO,L’abominable mariage de Balbine, 2016. Yves Alain SECKE,À la spontanéité des mots de tête, 2016. Moïse FEUNKAM DE TALLA,Brumes étincelantes, 2016. William OMER,Le cahier des éloges, lettres et illuminations, 2015. Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK,La sonnette d’alarme,2015. Emmanuel MATATEYOU (ed),L’écriture du roi Njoya. Une contribution de l’Afrique à la culture de la modernité, 2015. Emmanuel Célestin MBARGA,La sacoche mystérieuse, 2015. Maboa BEBE,Ewande. Amour, peurs, espoir, 2014. TOMA de l’EAU,Soir au village ou Globalisphère, 2013.
PONDYEVINA
Voyages d’un « indigène » vers l’horizon
Du même auteur SIBETTATE I :Le Seigneur soit avec qui ?, Éditions Menaibuc, Paris.© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09929-3 EAN : 9782343099293
A Vous, EVINA NNA Daniel & Ngo PONDY Salomé. Quelle grâce que d’avoir été choisi pour être le symbole de votre union : PONDY EVINA ! A moi de me hisser à la hauteur de ce patronyme symbiose. Avec tout mon amour. Votre fils.
AVANT-PROPOS
Le récit soumis à votre lecture débute en métropole conquérante, pour par la suite se poursuivre et s’achever au Sibetate, territoire fictif colonisé d’Afrique tropicale.
« Voyage vers l’horizon »nous amène ainsi au pays colonisateur aux lendemains de la seconde guerre mondiale, à la « mère patrie » dans laquelle le colonisé découvre sa condition de « nègre » après avoir quitté celle d’ « indigène » vécue et en cours dans son propre pays. Un changement de conditions humaines pour ce dernier entre ces deux mondes – Afrique et Occident – ; changement consistant à peu de choses près à remplacer un bonnet noir par un noir bonnet. La solution à cette espèce de cercle vicieux consiste alors pour le colonisé – en l’occurrence Bibi -, à entreprendre le voyage retour au pays natal, imagé par un voyage vers l’horizon, lequel le conduira à s’évertuer à se débarrasser de la croix que lui fait porter le colonisateur pour le salut de ce dernier.
S’il y a des relents de religion dans« Voyage vers l’horizon », le présent récit porte néanmoins essentiellement sur la décolonisation qui est le passage obligé consistant à traverser préalablement les nuages et la zone de turbulence après lesquels le ciel, enfin éclairci, permettrait de revoir l’horizon disparu depuis des siècles d’esclavage puis de colonisation, et de voler sereinement vers cette belle ligne azur. La décolonisation du Sibetate se déroulera effectivement dans le feu et le sang, le sang des martyrs arrosant et fertilisant le sol pour la culture sur brûlis en vue de l’éclosion de l’orchidée noire de la résurrection. Cet ouvrage n’est cependant pas un manuel d’Histoire au sens académique du terme, mais un roman qui puise dans l’Histoire d’un pays donné et s’y abreuve.
« Voyage vers l’horizon »essaye par ailleurs à sa manière, de restaurer la place de l’Homme noir dans l’Histoire et le Devenir des races et des civilisations, conscient du fait que des tiers se sont crus autorisés de le déclarer homme sans Histoire ni civilisation, et aussi homme sans horizon. C’est l’occasion ici de rendre un hommage à Cheikh Anta Diop dont les recherches, travaux et découvertes en la matière s’imposent à tous de par leur rigueur. Enfin, je voudrais exprimer des gratitudes particulières à l’endroit de deux missionnaires occidentaux dont je fus l’élève. Mes pensées vont ainsi à Charles O’Neil qui m’inocula et développa en moi l’amour de l’esthétique littéraire. Mes souvenirs également pour le maïeuticien de la philosophie, Hubert Lagacé, qui sut réveiller par la suite en moi le virus dormant de cette discipline.
8
D’INDIGENE A NEGRE
1 Bibi débarqua en Europe un soir d’octobre du milieu du vingtième siècle, à l’issue d’un voyage de près d’un mois en bateau, ponctué de quelques escales sur la côte atlantique africaine. Un parent éloigné, de la première vague des travailleurs immigrés, l’hébergerait en début de séjour. Ce n’était encore que l’automne. Mais frileux, Bibi crut avoir débarqué en plein hiver. Il avait entendu parler et lu à propos de cette saison frigorifique qui fait grelotter les gens, claquer des dents et pâlir la peau. Son hôte dut lui prêter ses vêtements d’hiver avant la saison. Cet accoutrement trop chaud pour l’automne attirait davantage le regard des autochtones sur le Noir. La dernière guerre mondiale avait certes donné l’occasion d’entrevoir pour la première fois une relative affluence de Noirs de passage, à destination des fronts de bataille. Il s’agissait de soldats enrôlés depuis l’Afrique, et dont les survivants étaient rentrés dans les colonies respectives de leurs origines dès la fin de la guerre. Ils n’avaient vraiment pas eu le temps de se fondre dans la population, car essentiellement confinés dans les champs de bataille pendant leur séjour métropolitain. Cette population disait d’ailleurs cyniquement d’eux – dans un jeu de mots - qu’ils avaient quitté leurs «cavernes» d’Afrique pour lescasernes d’Europe « trop luxueuses pour eux ». Bibi était ainsi des premiers contingents d’Africains à expérimenter la proximité quotidienne et la vie dans une communauté blanche. Rencontrer « du Noir » dans la rue était alors rare. Que deux Noirs se croisent était tout simplement un évènement pour les deux. Alors à ces occasions, quoique inconnus l’un de l’autre, ils se souriaient, visiblement très heureux d’avoir enfin 1 Voir « Le Seigneur soit avec qui ? », du même auteur.