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Voyage en dents de scie

De
138 pages
Sans la bénédiction de sa mère, Ndèye Guèye la Dakaroise partit un beau jour pour Reppoo, un village perdu au fin fond de la brousse. Le voyage fut long et difficile compte tenu de l'état désastreux des routes et des pistes, mais aussi des multiples obstacles naturels. Dès son arrivée, le cérémonial du baptème fut évacué et il fallut repartir avant la nuit. Mais le retour s'avéra plus difficile encore...
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VOYAGE E NS N ET DE CE D SI Roman
Voyage en dents de scie
AMINATA SECK oyageendentsdescie roman
 LHARMATTAN, 2014 5-7, rue de lcole-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99860-5 EAN : 9782296998605
I
Je me htai, le visage livr au vent glacial du matin, subjugue par la paix inhabituelle du premier jour de lan nouveau. Les veilles festives avaient puis la ville et elle dormait encore, hibernant dans une trange lthargie. Rien ne bougeait et cela meffrayait tant que je prcipitai le pas dans les ruelles dune Mdina encore ensommeille. Jarrivai au niveau dun immense immeuble jaune, grimpai les escaliers uss de ses entrailles silencieuses et sombres, sonnai  lune des portes du sixime tage. Je nattendis aslon tem s.Khadi avint mouvrir, avec un visage respirant la paix douce, le sourire aux lvres. Khadija tait la matresse de maison et sa maison maccueillait. Je la saluai et entrai. Je menfonai dans un moelleux fauteuil, rassrne dans ce salon aux murs roses, orns de tableaux de matres et de portraits daeux glorieux ou anonymes. Khadija ne portait pas sa cinquantaine dannes; institutrice radieuse au charme discret, elle mouvait par sa convivialit et ses manires avenantes. Rama est encore l ? demandai-je  brle-pourpoint. Rama est partie il y a environ une heure; aprs tavoir longuement attendue, elle a prfr ne pas sattarder davantage. – Oui, je men doutais un peu; jai eu du mal  me rveiller aprs avoir pass une nuit blanche…, avouai-je. – Rassure-toi, ma belle, car la crmonie o vous deviez vous rendre ensemble nest pas trs importante. Siga, la grand-mre du bb, veut imprativement et malgr la rprobation de son gendre, organiser un grand 7
M CK AINATASEbaptme au village selon leur coutume. Et tu sais bien que Ngor ne gagne pas beaucoup dargent… – Et moi qui pensais quelle finirait par se contenter de cette petite crmonie dans la maison conjugale! Siga nest vraiment pas raisonnable ! hurlai-je dindignation. – Nous avons trois mois devant nous, le temps ncessaire pour collecter assez dargent. Khadija est la sœur ane de Ramatoulaye et de Ngor. Elle est une femme formidable, toujours optimiste et sereine. Je pris cong delle et descendis de limmeuble. Je men loignai quand jentendis une voix mappeler. Je levai la tte et vis Bijou au balcon du troisime tage. Elle me fit signe de lattendre. Elle vint rapidement, toujours aussi dynamique qu son habitude. – Salut, Ndye, tu es bien matinale aujourdhui, maborda-t-elle avenante.– Ah oui ! Je reviens de chez Rama. Et o est-ce que tu vas comme a avec ton panier? demandai-je sans grand intrt. – Au march Tilne, bien entendu. Ah ! Joubliai, tous mes meilleurs vœux ! – Merci  toi, et que cette anne mille neuf cent quatre-vingt-six soit une anne de prosprit, de russite et de bonheur pour toi et les tiens. – Cest gentil de ta part, mais  la manire dont je lai dbute, je ne peux mempcher de croire quelle ne me prsage rien de bon. Dire que jai pass le reste de la nuit blottie sur les marches de lescalier… – Invraisemblable… – Je ne te raconterai ce qui mest arriv que si tu massures de ta discrtion ! – Je te le promets, assurai-je. – Bon, commenons par le dbut… 8
Voyage en dents de scie « Javaisprojet de voir successivement tous mes quatre amants en une seule nuit, me croyant plus maligne que les autres. Je devais tout dabord rencontrer Mamadou, le plus g, mari et pre de six enfants, qui devait chapper  lœil vigilant et souponneux de sa femme. Il mavait donn rendez-vous dans une grande ptisserie de la ville  dix-huit heures. Je devais ensuite passer chez Momar: il devait memmener voir un film de vingt heures jusqu vingt-deux heures, heure  laquelle je devais me rendre chez Moustapha jusqu minuit. Enfin, jenvisageai de passer le reste de la nuit avec llu de mon cœur, Matar. Javais parfaitement tout prvu. Toutefois, Momar arriva impromptu chez moi,  ma grande surprise. Jtais  la fois trouble et courrouce. Je le fis asseoir dans le salon. Il prit plaisir  contempler ma figure impeccablement maquille. – Je ne tattendais pas de sitt, dis-je avec une voix que je mefforai  rendre suave pour dissimuler colre et confusion. – Je suis pass justement pour te rappeler que notre rendez-vous est  vingt heures, je crains que tu ne loublies. Je tiens beaucoup  tavoir  mes cts ce soir. Tu as une belle robe, tu tapprtes  sortir ? Ne sachant que rpondre, je fis non de la tte. Alors, il se dtendit et entreprit de faire le zouave. Jtais dans mes petits souliers, le cœur battant la chamade, je feignis de naccorder le moindre intrt au monologue de Momar; comme si de rien ntait, il papotait de plus belle de tout et de rien. Je ralisai  cet instant que, contrairement  ce que je croyais, il tait loin dtre naf, convaincu que je mapprtais  sortir. La pendule murale indiquait dix-huit heures lorsque je rsolus  me secouer; dun ton srieux, je madressai  Momar en ces termes :
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