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Voyage initiatique d'un adolescent...

De
153 pages
Lancelot, un adolescent, taille la route. Il voyage pour tenter de faire le deuil de la récente disparition de sa mère. Un vieil homme est sur sa route. Il cherche, lui, des nouvelles de son père. Les deux vont faire un bout de vie ensemble, une sorte d'initiation à l'envers. Chacun va donner beaucoup à l'autre. Deux autres personnages surgissent dans ce roman, un ado, bourré de mal de vivre, orphelin tout frais lui aussi, et un enfant privé brusquement de son papa. Tout ce petit monde sans maman, sans papa, va essayer de se reconstruire.
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Voyage initiatique d’un adolescent...

Lancelot et le vieux

Ethnographiques
Collection dirigée par Pascal LE REST

Ethnographiques veut entraîner l’œil du lecteur aux couleurs
de la vie, celle des quartiers et des villes, des continents et des îles,
des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des blancs et des
noirs. Saisir le monde et le restituer en photographies instantanées, de
façon sensible et chaude, proche et humaine, tout en préservant la
qualité des références, des méthodes de traitement de l’information et
des techniques d’approche est notre signe et notre ambition.

Déjà parus

MohamedDARDOUR,Corps et espace chez les jeunes français
musulman. Socioanthropologie des rapports de genre, 2008.
Jacques HUGUENIN,Les Panthèresvieilles » :La révolte des «
Grises toutes griffes dehors, 2003.
Pascal LEREST,Des Rives du sexe,2003.

Bertrand ARBOGAST

Voyage initiatique d’un adolescent...
Lancelot et le vieux

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-10505-8
EAN: 9782296105058

C’estchiant leTGV, çavavraiment trop vite.J’adore regarder le
paysage par les fenêtres dans les trains normaux comme
leToursParis qui met des plombesavant d’arriveràlacapitale, làil n’yarien
àfixer, tout est trop fugitif.Je me replonge dansLe Monde, il est
déjàde laveille, mais il yaune interview deTontonDavid.
-Jeune homme, vous voudriez bien échanger votre journal quand
vousaurez finiavec monMatch?
Je lève les yeux et regarde ce vieux qui me parle.Il est juste en face
de moi.Quelâge peut-ilavoir ?
-Dès que j’ai fini l’article surTonton, je vous le passe.
-Ton oncle est connu ?
-Non, l’interviewé c’estTontonDavid.
Il est marrant ce vieux.Il n’apas l’air de connaître le chanteur.
Il s’est replongé dans son magazine.Je l’observeàladérobée.Il
porte un costume noiràlacoupe moderne, ce n’est pas du
prêt-àporter.Le costard est sur mesure, le reste c’est chemise griseavec le
crocodile, cravate et pochette rouges.Des chaussettes noires
égalementLacoste et desWeston vernies.Il est super bien fringué le
papy.Ilaune grosse montre que je ne reconnais pas, elle doit valoir
un paquet de fric.Il est très mince, son visage est ridé mais il n’apas
le teint grisâtre des vieillards.Il n’apas de taches brunes non plus sur
les mains.Ses cheveux sont bien noirs, il doit les teindre.Ses yeux
sont d’un bleu éclatant.Je suisassez doué pour deviner lesâges et je
pense qu’ilaplus de 80 balais.J’ose.
-Quelâgeavez-vous ?
Il ne répond pas toute de suite.Et termine saligne.Il lève les yeux
et me fixeavec son regard perçant.
-Toi tuas 17ans.
Putain comment il sait ça.J’enai 17 depuis hier, mais je sais que
j’en parais 15.Je suis petit, blond et imberbe, mais très beau !Et
d’habitude on me donne même plutôt 14ans… les bâtards !Et
pourquoi il me tutoie ?Je lui dis tuaussi.
-Exact et toi tu enas combien ?
-Devine.
- 88.
-Exact.
C’est marrant qu’onait bon tous les deux.Je lui fileLe Mondeet
refuse sonParis Match, les grands de ce monde me font chier.

Je play mon mini-disc et écoute macompileBobMarley.Dans une
heure on està La Rochelle.C’est chiant leTGVmais on en gagne du
temps par rapportaux tortillards que j’aime tant.

Salut, moi c’est Victor. En fait je suis celui qui écrit. Je me permets
de me glisser dans le roman de temps en temps, pour exister ou pour
ne pas mourir tout de suite. Je suis encore plus malheureux que
Lancelot, c’est pas peu dire. Vous saurez bientôt pourquoi il est
malheureux, pourquoi on est malheureux tous les deux. Je vais vous
raconter tout ça, j’espère que vous supporterez mes brèves
apparitions avec ou sans larmes, avec toujours du chagrin,
beaucoup de chagrin.

La Rochelle estannoncée, le train ralentit.Enfin quelque choseà
regarder par les fenêtres.Je me lève, chope mon sacàdos et laisse le
vieux toujours plongé dans mon journal.Me voilà au début de mon
aventure.Nous sommes le 2 mai.Papainstalle normalement notre
future vieàdeuxà NewYork.Les cendres de maman sont dans mon
sac.J’ai unan devant moi.Mon budget est calculéau plus juste,
mais j’ai de quoiassumer mavie itinérante.Alamort de leur mère,
certains jeunes partentàpiedàl’étranger, d’autres se trouvent un
psy, beaucoup dépriment.Moi j’ai choisi le voyage vialeTGV,avec
labénédiction de papaet un peu de son fric.J’aiaccompagné maman
tout seul pendant ces derniers six mois, il me devait bien ça.Côté
études, j’ai eu mon bacà16ans.Ensuite il yaeu lamaladie de
maman et je ne suis pas rentré en fac.
Je reprendrai mes étudesauxEtats-Unis dans unan.Je suis libre.
Vierge mais libre.Beau et libre.Curieux et libre.Malheureux mais
libre.

8

Je suis arrivé sur le port, je m’installeàlaterrasse d’un café et
commande donc un café.Il fait beau.Le soleil de 16 heures
réchauffe l’atmosphère.Je suis bien.
-Vousavez oublié votre journal jeune homme.
Le vieux est là, devant matable.Tout sourire.
-Une fois tu me vouvoies, une fois vous me dites tu.On pourrait
peut-êtreadopter définitivement le tu monsieur…
-Joseph.Mon prénom c’estJoseph.
-Eh bien moi c’estLancelot.Tu prends un café.
Je n’avais pas de papy, mes deux grands-pères sont mortsavant ma
naissance.J’ai toujours rêvé d’enavoir un.Et en voilàun qui
s’incruste.Enfin juste le temps d’un café.
-Tu vas où ?
C’est parti.Le vieuxJoseph est comme tous lesadultes, trop
curieux.Il vame confesser, compatir et commettre l’inévitable
« mon pauvre petit, que c’est triste tout ça».Je ne réponds pas.
-Tuas raison, il ne faut jamais répondreaux questions idiotes ou
indiscrètes.Je dois me trouver un hôtel, tu m’accompagnes ?
Pourquoi pas.Moiaussi j’ai besoin d’un hôtel.Le chercheràdeux ce
seraplus sympa.Nous voilàpartis, moiavec mon sacàdos, lui tirant
savaliseHermèsàroulettes.

C’est déjàle quatrième hôtel.Tout est complet.La Rochelleabrite
cette semaine un séminaire de curés, un congrès de médecins, un
salon de bateaux miniatures, un festival de films d’entreprise…Tout
un mondeàloger.Et nous on est comme deux cons.C’estJoseph qui
gère.Je le laisse faire.Il ne se décourage pas et rentre dans son
cinquième hôtel.C’est le style palaceavec voiturier, groom et porte
tournante.
Je ne le suis pas, j’attends dehors sasortie dépitée.Mais non, le
voilàtout joyeux.
-Jeune homme, tu es devenu mon petit-fils et on vadevoir en tout
bien tout honneur partager lamême chambre.
-S’il n’yaqu’un lit c’est non.

9

-C’estdonc oui, il yadeux lits.Après toi jeune homme.
Incroyable, je commence mon périple en partageant lachambre
d’un centenaire.C’est ouf mais c’est tranquille.Acetâge çane
bande plus.Je ne risque pas le viol cette nuit.
Nous voilàdans notre chambreavec vue sur lamer.Je ne sais pas
le prix, mais celadoit être très cher.Josephadécidé de payer la
chambre et en plus il m’inviteàmanger.J’aiaccepté sans
enthousiasme, je n’ai pas envie de faire le gigolo.S’ilalamoindre
demande vicelarde je me tire.Il range soigneusement sesaffaires
dans l’armoire, c’est prodigieux tout ce que contient savalise.Ila
aligné sur son lit une chemise, un caleçon et des chaussettes.Le voilà
qui se déshabille.Il enlève sachemise, son pantalon, ses chaussettes
et merde il enlève son sous-vêtement.Pas gêné le vieux est tout nu.
Je vois son sexe rabougriaux poils gris, ses couilles flasques qui
descendent.Apart ça, il est plutôt pas malàpoil, ce n’est pas si laid
le corps d’un vieux, en tout cas je ne suis pas dégoûté.Il rentre dans
lasalle de bain.J’entends l’eau couler.

Je suis dans mon bain.J’ai sixans.Je joueavec mon dauphin
mécanique.Ilavance tout seul dans l’eau.Maman estassise sur le
bord de labaignoire et me regarde en souriant.Elle me laisse
m’amuser.Il vafalloir passerau shampoing.J’ai horreur de ça.
Maman est patiente.Elleattend que je commenceà avoir froid pour
passeràlatorture.Je laregarde.Elle estbelle mamaman.

Papy sort de lasalle de bain enroulé dans une serviette.
-Je suis en pleine forme et j’ai faim.Tu vas prendre tadouche ?
-Ecoute,Joseph, je suisassez grand pour savoir ce que j’ai envie
de faire.Tu ne vas pas jouer mon tuteur, je ne penche pas, je suis
bien droit dans mes bottes et je n’ai vraiment pas besoin de chaperon.

10

Joseph rigole et nerépond rienàce chapelet de banalités.C’est con
tout ce que je viens de sortir, de lamétaphoreàcent balles.J’ai envie
de me laver mais pas question d’obéir.Je suis moi, un sale môme ou
plutôtàl’instant, un môme sale.Je décide.
-On vaprendre un pot.
Le bar de l’hôtel est sympa.Il yaun pianiste qui joue du jazz.Les
fauteuils en cuir rouge sont confortables.Je suis bienavec mon coca
rondelle.Le vieux sirote un truc bleuàbase de curaçao et de gin.Je
commence mon périple dans le luxe.Il faudraquand même demain
que je redescende un peu dans l’échelle sociale.
-Pourquoi tu ne t’es pas déshabillé dans lasalle de bain ?
-Par habitude, je t’ai choqué ?
-Non.Je croyais qu’un vieux c’était plus moche que ça àpoil.
-Tu me trouves très vieux.
-Pas vraiment.Tuas l’air encore souple.Mais tuas les couilles qui
vont bientôt toucher le sol !
-Je fais de lagym, mais pour mes vieilles roubignoles je n’ai rien
trouvé !
-Ce n’est pas grave, demain on se quitte, je ne les verrai plus…
Nousavons trouvé un super restaurant de fruits de mer dans une
petite rue pas loin de l’hôtel.Le vieux ne pose plus de questions.
Nous parlons littérature,Joseph est une vraie encyclopédie, ilatout
lu.Visiblement mes lectures le déçoivent.Il veut que je liseCéline
pour commencer et me promet de me préparer cette nuit une liste de
bouquinsàlire très vite.Je n’ai rien contre, l’école ne m’apasappris
grand-chose côté livres et j’ai envie de découvrir de bons écrivains.
Je me suis déshabillé dans lasalle de bain et j’ai pris madouche.
Quand je suis retourné dans lachambre, le vieux dormait déjà, tout
calme et sans ronfler.Je me coucheàmon tour, il n’est que 22
heures mais je suis crevé.

11

Maman, moi et Gabriel sommes tout nus sur la GrandPlageà
Saint-Trojan dans l’île d’Oléron.D’ailleurs tout le monde estàpoil,
cette partie de plage est naturiste.Je construis un beau châteauavec
mon cousin.Ila6ans, j’enai quatre.Maman nous surveille tout en
lisant un magazine.Papan’est pas là, il travaille.Ce n’est pas grave,
de tout façon il n’est jamais là.Je suis tout bronzé,Gabriel encore
plus, maman un peu moins, elle se protège, ellealapeau fragile.Elle
amis son chapeau de paille rouge.C’est son seul
vêtement.Qu’estce qu’elle est belle mamaman !

Je me réveille.Le vieux estassisàlapetite table sous latélé.Ila
allumé lalampe de lasalle de bain et laissé laporte ouverte.Sous
cette faible lumière il écrit.Je me rendors.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf coups.Un lointain
clocher m’asonné l’heure.Je regarde mamontre, il est 11 heures.
J’ai raté les deux premiers coups de cloche.Le vieux n’est plus là.Je
me lève.J’ouvre l’armoire.Elle est vide.Plus de valiseHermès non
plus.Le salaud, ilaurait pu me direau revoir.Sur latable il yaun
mot.C’est maliste de livres.Céline,Proust,Flaubert, des plus
anciens, des plus récents, il ya au moins cinquante noms et une
centaine de livres sansaucun ordre chronologique.Je vais mettre une
vieàtout lire.

J’ai mis deux jours pour écrire ces lignes. Mes larmes coulaient
sur le clavier de l’ordinateur. Il fallait que je m’essuie sans arrêt.
Aujourd’hui je ne chiale pas. Je vais mettre mon personnage en
situation. Lancelotva revivre quelques moments de bonheur. Pas du
concret, que des souvenirs. Moi aussi c’est tout frais. Ma maman est
dans sa tombe, monpère à l’usine.

12

Je n’aiaucun courage, sauf celui d’écrire. Depuis l’enterrement,
je suis enfermé dans ma chambre. J’écris. Du matin au soir, du soir
à l’aube, j’écris. J’invente une histoire. Je raconte une vie qui ne
sera jamais la mienne. Mais je décris des chagrins qui sont bien les
miens. Jepleure de nouveau. Putain de mort. J’ai besoin de ma
mère. J’efface mes larmes. Ce petit journal que je glisse dans ce
manuscrit, sera sûrement supprimé si un éditeur s’intéresse à mon
écrit. J’ai besoin de me mettre en scène un peu, c’est aussi pour
papa, il faut qu’il comprenne. Il faut que tu saches, papa, que je
t’aime toi aussi très fort, mais je n’arrive pas à faire le deuil de
maman. Jeretourne à ma fiction.

Je suisdans le car, direction l’île d’Oléron.J’ai besoin de ce
pèlerinage.J’ai passé les dix premièresannées de mavie tous les étés
sur l’île.Maman était prof et nous séjournions là-bas toutes les
grandes vacances dans lamaison héritée de lagrand-mère.Un jour
lesautres enfants ont voulu vendre et mes parents quiavaient déjà
l’appartement deParis sur le dos, n’ont pas pu racheter les parts de la
maison.On n’aplus jamais remis les piedsà Oléron.Le caraprès
s’êtrearrêté dans tous les villages me dépose sur lagrande place du
Château d’Oléron.Acette époque il n’yapas de touristes.Et je n’ai
aucun malàtrouver une chambreauJeanBart.Le patron me
demande un peu inquiet monâge.Mes 17ans certifiés par lacarte
d’identité que je lui tends le rassurent.Je loue un vélo et me voilà
parti pourSaint-Trojan.Le patron m’aindiqué les pistes cyclables.
Tout est plat, les chemins sont superbes et le temps est magnifique.
Je retrouve sans peine lapiste dans laforêt qui mèneàlaGrand
Plage.Làc’est plus dur, çamonte et çadescend, j’en chie, je n’ai pas
l’habitude de faire du vélo.Me voilàsur laplage, il est 11 heures, le
soleil chauffe.Je suis tout seul, je me mets tout nu.Gabriel et maman
sont morts, ils sont déjàtout pourris depuis longtemps.Moi je suis là,
àpoil, vivant et seul.

13

Je m’offre un bon bainde soleil.On est en période de forts
coefficients et lamarée montante vient me chatouiller les pieds.Je
me réveille.J’ose entrer dans l’eau.Elle est froide, délicieusement
glaciale.Je me baigne dans cette eau tumultueuse.Je ne reste pas
longtemps, c’est trop dur.Mais quel plaisir !Je suis violet, je suis
bien.
Je me rhabille.Laplage est toujours déserte.Je répands le petit
sachet de cendres que j’aiamené sur le sable mouillé et regarde la
vague qui nettoie tout d’un seul coup.Je fais le chemin inverse.J’ai
faim.J’achète un sandwich vendéenavec du jambon de pays et des
tomates et vais le manger sur le port du château d’Oléron.Le soleil
est toujours là, je me mets torse nu.Je m’allonge sur un banc et je
m’endors.

Je joueaux échecs contre maman.Je suis concentré, j’ai 12ans.
Echec et mat.J’ai encore gagné.Maman rit.Si j’avais perdu j’aurais
fait lagueule.Pas elle.C’est lagaieté même.Elleadore son
Lancelot, je l’adore.Papan’est pas là, encore pas là, tant pis pour lui.
On se donne trop d’amouravec maman, on n’enaplusassez pour
lui.

Je suis réveillé par des cris d’enfants.De jeunes garçons de l’île
s’amusentàplonger du haut des remparts dans le port.Ils n’ont pas
l’air d’avoir froid.Ils hurlent de rire et baissent leurs maillots de bain
en sautant.Ils sortent de l’eau fesses et devantàl’air.Lapudeur
n’est pas faite pour eux.Je les regarde en souriant.Je décide de
regagner mon hôtel.C’est en fait lapremière fois que j’ai une
chambre d’hôtel pour moi tout seul.Hier il yavait le vieux.

14

Avant je passe à la maisonde lapresse et j’achète en pocheVoyage
au bout de la nuit.Il y enaune dizaine d’exemplaires.Il doit êtreau
programme d’une classe de lycée.
Je me procure également un carnet épaisàspirales.Il est grand
temps de commencer mon journal.En payantàlacaisse, un homme
d’une soixantaine d’années m’aborde.
-TuaimesCéline ?
-Non, c’estàcause du vieux.
-Le vieux ?
-C’est un peu compliqué.J’ai rencontré un vieux dans leTGVet
nousavons sympathisé, il s’est étonné de mon inculture dans le
domaine de lalittérature et il m’arédigé une liste de livresàlire.Le
premier de laliste c’estCéline, donc j’achèteCéline.
-Tu connais les vignes de larégion ?
-Non je ne connais rienau vin, j’adore en boire malgré mon jeune
âge.C’est maman qui m’a appris entre deux verres de coca.
-Tu habites l’île ?
Attention, c’est parti pour les questions.Ilaune tête sympathique,
je réponds.
-Après le décès de maman, j’ai décidé de tailler laroute pendant
unanavant de rejoindre mon pèreà NewYork.L’île d’Oléron est
mapremière étape, nous y venionsavec maman dans mon enfance et
j’ai été toutàl’heure jeter ses cendres dans…
Les larmes me montent d’un seul coupaux yeux et je parviens tout
de mêmeàpoursuivre en chialant.
- lamer.
L’homme m’apris le bras.
-Je m’appelleAllainMesplay, je suis écrivain, communiste et
sénateur.Dans l’ordre que tu veux.Monautre passion c’est le vin.
J’ai repris l’exploitation de mes parentsàDolus, nous faisons du vin,
du pineau et du cognac, c’est mafemme qui s’occupe de cette
activité.Si tu es libre, je te fais découvrir notre travail.On t’abrite ce
soiravec mafemme, onaun petit gîteadorable.Et demain ou quand
tu veux, je te remets sur laroute, je pourrais te pousser en voiture où
tu voudras,La Rochelle,Rochefort ouSaintes.

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