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Watahanka à l'ombre du miroir

De
389 pages
En sortant de l'annexe psychiatrique, Bob n'était déjà plus un homme ordinaire. Le sommeil le propulse rapidement dans des visions morbides. Visionnaire, malade imaginaire ou suicidaire, Bob a connecté l'autre monde, celui des ombres. Génératrice d'une vie qui lui échappe, l'univers d'en bas correspond à la séparation de l'âme. En quête de lumière, Bob ira vers la clarté spirituelle de l'âme. Ballotté dans les eaux troubles de l'existence, Sirius sera sa terre d'asile. Voyageant dans le voile des pensées, Bob se préserve comme il peut. Dès que le feu prend possession de son corps, il se nourrit à la source des fées. Contrée des pensées agréables, la communauté des fées reste son seul bâton de parole. C'est un voyage sensitif au-delà des paysages de la terre.
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Watahankaàl ombredu
miroirDan Bearsnacke
Watahankaàl ombredu
miroir
AUTOBIOGRAPHIE (FICTION)' Editions Le Manuscrit, 2003
ISBN: 2-7481-3167-3 (pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-3166-5 (pour le livreimprimØ)Le jour se lŁve, quelle banalitØ !.
Aucoursdemanuitsilencieuse,jeviensdegØrer
les Ømotions refoulØes du temps. La naissance de
Julien a provoquØ une lØsion de l Œtre, une scission
du bonheur.
Je cherche les mots, vous le dire simplement, je
ne le sais pas ?.
Laissez-moi vous parler sans ambages, mon lan-
gage est dyslexique. J ai perdu la notion du temps,
les troubles du sommeil lØzardent mon espace vi-
tal. Unenuitou unan,j existepeut-Œtredansl anti-
chambre de mon corps depuis plus longtemps. Une
ombre d ailleursprononce des discours saillants qui
sont aiguisØs à la lame du couteau. Manipulateur,
simulateur, menteur et tricheur, l avocat du diable
exorde une mise à mort de l me. La paresse du rØ-
veil est lØgitime, mon mØtabolisme subit des trans-
formations chimiques. Dans l immensitØ de cet ins-
tant, je suis un grain de rien. Ce grain de sable an-
nonce la future tempŒte, vous Œtes dØjà au centre
de la question. Une autre question se posera rapi-
dement, jusqu oø prendrez-vous la dØcision de me
7Watahanka à l’ombre du miroir
suivre. BalayØ par des altercations d une voix extØ-
rieure,monhistoireestledØbutd unemutationphy-
siologique. Cette rØalitØ est un mauvais rŒve, une
dØduction d une mauvaise passe. Un train qui s ar-
rŒte à la mauvaise gare, une erreur d aiguillage, un
pays fant me et voil la trilogie d un ØcorchØ vif.
Mais,pourquoijeresteraiprostrØdevantlebancdes
accusØs, je suis simplement fatiguØ. La fatigue est
unsympt mecourant,unphØnomŁnemodernedela
sociØtØ. Je peux accepter cette dØduction, mes pau-
piŁressontsilourdes, aneresteraqu unemauvaise
nuit.
Malheureusement, une voix mystØrieuse chu-
chote dans mon subconscient comme une chanson
d ailleurs. Mon imagination est fertile, je sombre
dansununiversoødesombressebaladentautourde
monlit. Jesuisdansunsommeilprofondetpourtant
je ne rŒve pas, pourquoi moi. La derniŁre question
est posØe sur le grimoire de mon histoire.
Aucun dØtail ne plaide en faveur d une descente
auxenfers,unenuitbizarreestàlaportØedechaque
individu. Mais la vØracitØ de l’homme en noir a
occultØ l avenir, les doutes assaillent l inconscient.
Pourtantcematinl ,lesoiseauxchantentetdansent
dans la ritournelle des saisons. Ils sifflent au zØnith
des Øtoiles, l esprit garde encore la subtilitØ du bon-
heur. Un grain de sable, c est comme le ver dans le
fruit, alors que faut-il dØduire de cette nuit ?.
Bordeaux s’Øveille comme dirait le poŁte, mon
rØveil n intØresse personne.
Je m appelle Bob, à l habitude de chaque matin,
s ajoute aujourd hui une angoisse pesante. La nais-
sance d un enfant apporte la vie, je dois justement
retrouver Samantha à la clinique. Encore une fois,
8Dan Bearsnacke
je redoute ce pressentiment, je songe encore à ce
sentiment sordide. Vous voyez, la premiŁre prØmo-
nition est tenace, une molØcule d ailleurs a modifiØ
mon avenir. Un sentiment flou s est installØ dans la
nuit, jesuisunautrehomme cematin. J ai unepen-
sØe pour Samantha, le mØdecin a du pratiquer une
cØsarienne. Elle Øtait à bouts de souffles, toute la
journØe du vingt et un novembre mille neuf cents
quatre-vingt treize,
la sage-femme a triturØ son corps. Finalement,
notrefilsestnØàonzeheuresdusoirparlavoiechi-
rurgicale. Parla rapiditØ etl urgencede l opØration,
j’aiquittØSamanthasansl’embrasser. DansquelØtat
se trouve Samantha, je me pose la question.
Deux tasses de cafØ bien noir ne suffisent pas à
balayer ce sentiment d impuissance.
J enfile un jeans, un pull-over classique, me dØ-
cidant à prendre la route. A la clinique, l infirmiŁre
mesourit,pointantdudoigtlachambredeSamantha.
Quelle Ømotion, quelle joie d y croire, de retrouver
mabelle qui vaenfin m accueillir dans ses bras.
Unpeunerveuse,Samanthamemontredessignes
d’insatisfactions,derejet. JemetssanervositØsurle
compte d un accouchement douloureux, le mØdecin
aduopØrerSamantha. AprŁsunebonnedemi-heure
de discorde, je la laisse se reposer, la porte se refer-
mant, dans l univers que je ne connaispasencore, à
l’instant oø jevous parle. Samantha agitØe pardeux
nuits difficiles a le droit d exprimer sa colŁre, elle
a subit le stress de l accouchement. Moi dans toute
cette affaire, je m effondre sur moi-mŒme. L alchi-
mie de la nuit m’a introduit un virus, je m enfonce
dans l antre de celui-ci. Je suis un mutant, j Øtais
dØj unsimulateur. Mespropossontcontradictoires,
l’affirmationdeSamanthan Øtaitpascontradictoire.
9Watahanka à l’ombre du miroir
Je rentre à la maison, ma demeure intØrieure est en
feu. L’aube noire Øtait un prØsage du futur, je paye-
rai cash mes mensonges. Effectivement, l identitØ
de mes visions est incohØrente au monde rØel. Un
voilesØparemaviecommelejouretlanuit,lesØlØ-
mentssontdissociables. Jesuisuncitoyenordinaire,
un Øtrangerm’apoussØ sur le bandesaccusØs. J in-
voque,j imploreleciel,unerØponseestnØcessaireà
l aube de lendemains meilleurs.
Comment envisagerez-vous l avenir dans une
conjoncture aussi complexe ?.
Depuisquelquessemaines,jen envisagepasd al-
ternatives vis à vis de cette dØrive. Les gestes et les
sons sont morts, les ombres prospŁrent dans l orga-
nisme. Mutant solitaire est une dØfinition honteuse
d une maladie honteuse. Samantha est implacable,
elle est capable d altØrer mes neurones. ThØorique-
ment, je suis ma tre de la situation, mais j exige le
jugement de Dieu. Il est le seul juge de mon rØ-
cit, si la communautØ des pensØes existent dans ce
bas monde, je lui demande l asile politique. Pour
l heure, les fleurs se fanent, l Ønergie du corps est
au point mort. La dyslexie reprend le dessus, les
troubles du sommeil tuent lentement la kundalini.
C est un terme spirituel qui suggŁre la transmission
des fluides ØnergØtiques, une liaison du bonheur en
quelquesorte. Desangesdel amour,làoøtoutesles
trompettes de la vie annoncent leurs retours. Aux
portesdel’hiver,jeprieàl’Øglise.Lanaissancede
mon fils est une priŁre en soi, la foi a exhaussØ mes
v ux. Lessensationsdelanuitrattrapentmavie,les
anges ressemblent à un escadron de la mort.
QuandjeretrouverailalumiŁreestl ultimedØbat,
c est la derniŁre suggestion du jour.
10Dan Bearsnacke
Vous avez le droit de vous posez en simple tØ-
moin. Sans la robe noire de l inquisiteur, ni la peau
du damnØ, un Œtre humain ne pourra plus nier la vØ-
ritØ. Maintenant,vousavezl opportunitØdeconsul-
ter ces archives ou d annuler le processus de guØri-
son. Une nuit difficile m attend, je rejoins mes vi-
sions.
11CHAPITRE 1
Je suis rentrØ de l h pital sans l’embrasser, je vis
aujourd huiavecuneØtrangŁre. JedØliresurdespro-
posaussipersonnels,elleØtaitsousanesthØsiegØnØ-
rale. La syllabe de ma vision est non, la raison ne
prendra pas le dessus sur les ØvØnements de la cli-
nique. En observant la bise de l automne, je scrute
des signes imperceptibles du temps. Aucune jour-
nØe ne changera la donne du couple, une immensitØ
dehaines estpropagØeaprŁslanaissance. Lesque-
rellesetlesdisputesaugmententdejourenjour,nos
vies sont en danger. Les six premiers mois sont in-
fernaux, je garderai le secret mØdical par respect de
notre union. Je craque et les sentiments craquellent
souslafrØquencedescrises. Nousneverronspasen-
semblelesfloconsdel hiver,noussommesdØjàdes
Œtres sØparØs.
Je meretrouveseul,monfilsdors paisiblement.
Leparquetdelasalledebaingrince,lamachineà
laverfaitun boucan monstre. Samanthaestailleurs,
elle ne partage plus mon lit. Une sØparation semble
inØvitable, les engueulades fusaient de partout et je
ne supportais plus ses disputes. Je suis en porte à
faux, les situations de crises Øtaient ingØrables.
13Watahanka à l’ombre du miroir
Vous savez, j ai tendu les mains vers l ignomi-
nie, quant à la vie, elle m a poussØ vers le chaos.
Quand le voisin hurle devant le palier, une bombe
raisonnedansmatŒte. BienØvidemment,l essorage
d une vieille machine sur des lattes en bois entra ne
un bruit d enfer. Le tambourinage sur la porte est
d une violence inou e. Je plonge la tŒte dans le sac,
mes bras se rØfugient dans les vibrations d un autre
monde. Jevoudraienleverleson,ilpeutsouleverle
seuil de l appartement, je reste de marbre. Le cycle
delamachineestencours,j’aipeurdedØbrancherla
prisedeterre. JedØsireraiappelerquelqu uncomme
unappeld airquitrouvelasortie. Maislemagicien,
oui chers amis, c est la profession de cet homme,
vocifŁre devant chez-moi. TØtanisØ, je le suis restØ.
Quelquesminutesdeplusàvivredansl atmosphŁre
que je n arrive pas à dØcrire, je dØcouvre une vision
Øtrangedelavie. Je suis si peu de choses en ce mo-
ment,mespiedsgambergentsurlesolenlui-mŒme.
Je ne se sais pas oø je suis, mais le corps parle si
bien. C est peut-Œtre une simple prØparation de ce
qui m attend pour l avenir, la main de Dieu quitte
mon c ur. Jeprie,toutesmespensØesvontverslui.
Le docteur Bannock et tous les autres ont essayØ,
en vain, d’y apporter leurs compØtences. Le pas-
sage à la sØparation, rupture inØvitable due à la suc-
cession des ØvØnements, est une mØmoire indØlØ-
bile. Les blouses blanches m ont proposØ l inter-
nement. RØponse magique, le mØdecin chef a sanc-
tionnØmadouleur,parl altruismemØdicaldel asile
psychiatrique. En refusant sa proposition, j ai pro-
pagØ l onde de choc vers mon âme.
Une vision de vØritØ ne suffit-elle pas à entØri-
ner cette sanction de sØparation. Le docteur Ban-
nockcontinuesonchemin,pourmapart,j aicassØle
peuqu’ilrestaitdansmavie.Lourdoutropnoir,je
14Dan Bearsnacke
suisledØbutantd unesagahorsnorme,commencØe
àl annexepsychiatrique. J Øtaisdansl obligationde
mespensØes,unesecondeplustard,l autrec tØm a
tendu la main, vers l exode d’un monde parallŁle.
J’ai idØalisØ l avenir comme la roue de la fortune,
le corbeau noir a observØ les excrØments de la pre-
miŁrenuit. JevoudraiintØgrerceciteluncauchemar,
ungroscoupdefatiguesurvientfrØquemment,aprŁs
unemiseendemeurepsychique. LacollŁguedumØ-
decinn aprisaucuneprØcaution,arrachantledernier
fondementrationneldemonŒtre. J ose-vousl affir-
meràcausedemonvoyageàtraverslesâges. L’autre
côtØ du miroir est une autre terre, se priver d’une
imagination fertile à dØplacer les points d ancrages
m’aurait poussØ à l aliØnation mentale. OffusquØ,
agacØ et prostrØ devant des rØvØlations si prØcises,
j’aiadmisl ØventualitØd’uncontactØpidermique. Je
vous le dis maintenant chers amis, en ayant scrutØ
lessignesimperceptiblesdeWatahanka. Cefameux
miroirdesoi,l oølesrØponsesexistentbienau-del
de la terre. Je suis Øvasif sur la perception des pen-
sØes, mais je crois à la connexion psychique. Pour-
quoi, j ai compris la sØparation du couple en deux
secondes, si je n ai pas un sixiŁme sens sensitif. Je
ne crois pas à la rØincarnation et à la superposition
de plusieurs vies, je suis lucide. Si j Øtais vraiment
unfou sanguinaire ouunbarbaredansuneancienne
vie,jepayecashaujourd hui. Jeressembleunpeuà
cechevalierCathare,siloindesonØpoque. Jemain-
tiens ma vie par un don inopinØ de clairvoyance, je
suis un voyant des sphŁres invisibles. Je n ai pas la
chance d en parler avec le docteur Bannock, je sub-
siste dans l astral. L’enthousiasme à survivre, la rØ-
gressiondel mesurled med Isgut,n ariendefar-
felue. J’invente mon monde imaginaire comme une
bouØe de sauvetage, c est le sanctuaire de ma peine
humaine. Si loin de mes projections quotidiennes,
lasØparationavecSamanthaentaillecelibrearbitre.
15Watahanka à l’ombre du miroir
La facultØ d absorber une Ønergie exige la ma trise
desoi,jenepossŁdepascetteforce. Lacomparaison
duchevalierCathares arrŒteàlafrontiŁredusavoir,
je reste emmurØ dans mon pouvoir.
AccepterezvousledØcalaged unŒtre,projetØaux
portes de l hØrØsie dix ans aprŁs, sans procŁs ?
Commeunesuspension,l histoires estarrŒtØesur
le silence opaque d un noyau familial. Ah !. Les
mainsdesanges,voil leliensalvateurdemacontrØe
d ailleurs que je baptiserai Ypria. Il n y a pas de
honteàdØcoderl autremonde,lavallØed Ypriafait
partiedesrites spirituels guidØs par le Grand Esprit.
Mais la routine professionnelle dicte sa loi, la tour
d ivoire est plus venimeuse que l oiseau emblØma-
tique du malheur.
A la douleur se rajoute la solitude d Œtre broyØ
par un silence indescriptible. Je n ai pas l occasion
de sacraliser leurs messages, l Øtendue de mon tra-
vail se lit dans les terres bordelaises. Personne ne
souhaite comprendre la dØtresse d’un homme seul.
Un bØbØ de quelques mois, une grande responsabi-
litØd amouretunmondededØsolationquim ouvre
lesbras. Jeplongevraimentdanslamort,unepartie
de moi s est Øteinte le jour de sa naissance. Pour-
tant onm a toujoursditd assumer,donnant l essen-
tiel des fibres de sang. Mon devoir est le transfert
des cellules d amour vers mon fils Julien. Je n ai
pas le temps de perdre la tŒte, le touchØ, l Øcoute et
lapausedØtenteformentlatrilogiedubonheur. Dans
ma maison, c’est une autre histoire de terrien.
Loin des circuits touristiques ou des rencontres
mØlancoliques, la sono de la cha ne hi-fi remplace
les dialogues du bonheur matinal. Vous voyez, les
abeilles communiquent avec l’Øveil de leurs sens,
16Dan Bearsnacke
la musique du matin devient un concerto accordØ
aux bruits essentiels d une journØe. Ma ruche à moi
est creuse, comme un raz de marØe dØcapant les ra-
cinesdel me,jusqu auderniersouffle,làoølesal-
vØolespulmonairesseramifient. Entrelepointd im-
pactetlepointdenon-retour,j utiliserailamagiede
corpssubtils,silasubtilitØexistedansl’autremonde.
C’est là que je me sentirai le moins ØbranlØ, je crois
à la parole sensitive des mes. La dispersion est le
plusgranddanger,maisc estlaseulesourced Øner-
giequeletempsm adonnØe,bienau-del decequo-
tidien morose. Je vis dans la plØnitude lunaire, mes
nuits absorbent le sol funeste de la mort. DŁs que le
feu brßle mes entrailles, je m Øvade vers la terre du
milieuquicroitenmoi. Ypriaestuncodedemabase
de donnØe que je mØmorise tous les jours, un rayon
desoleilcØleste. Sij avaisunentourageouuneamie
autourdemoi,jenemeseraijamaisrØfugiØdansdes
tours imaginaires. Voil pourquoi, je me suis mar-
ginalisØdel intØrieur,entrelesdiffØrentesØtapesde
l’autodestruction. Le monde de l Ovalie qui est un
universfraternelafermØlesyeux,j Øtaisenposition
de hors jeu. J’Øtais en dehors de la sociØtØ, je n’ar-
rivais pas à dialoguer avec les potes. Le dimanche
fermait les portes de l amitiØ, je restais figØ devant
lesilencedeshommes. IlyavaittouslesparamŁtres
visàvisdel humanitØ,maisj’ØtaisunŒtredØcalØ. Je
respiraisdansuneautresphŁre,lesombresprenaient
leschosesenmain. Jenepeuxpasvousrendreatten-
tif à la complexitØ d un Œtre coupØ en deux, comme
le jour et la nuit. Toute ma vie sociale s est dØrobØ
sous le poids des ombres. Le rugby ne me donnait
aucune satisfaction, je voulais parler de ma peine,
alorsquelerugbymantrempesonmaillot. Jemebat-
taispourresteraucontactdesØquipiers,maiscomme
le passØ d’une rupture, je suis restØ un ouvrier des
mines d Antiope. Chaque semblable a un contraire,
j’ai trouvØ dans le pays imaginaire, un semblable à
17Watahanka à l’ombre du miroir
la vallØe fertile d Ypria. En sueur dans mon lit, la
peur au ventre,j aiforgØl ombre du miroir dans les
catacombes de la damnation. Si vous trouvez que
j exagŁre, l image visuelle n est pas une illumina-
tion. J ai gardØ en moi ce secret, je ne voulais pas
offusquer mes proches.
Le psychiatre de quartier me donnera des neuro-
leptiques ou des antipsychotiques, c est le remŁde
d en bas. Je souffre dans le souffre nausØabond de
l exploitationminiŁre,jesuisl esclavedelanuit. Je
dors dans ces songes nØbuleux, cette idØe bizarre de
novembrenemequittepasd unpouce. Laprescrip-
tion des mØdicaments est formelle, voir et entendre
ce qui n existe pas, et pourtant !.
Dans ce cas, je souffrirai en silence, je me ber-
cerai au son des hurlements nocturnes. La vie en
quelque sorte, d un homme dØcouvrant l ombre qui
sommeille enlui, disposØàla rencontreØsotØrique.
Abasourdi, sonnØ, je joue le r le du boxeur à la
chape de plomb, absorbant les coups, le visage tu-
mØfiØ. La vie au quotidien est un enfer permanent.
Le point d impact entre les deux mondes me cloue
sur place, je suis mal avant de commencer la jour-
nØe. Robymeproposel austØritØd unevienormale,
je suis dØj l incarnation d une autre entitØ. Bien
sßr, je dØborde d imagination car mes collations de
route sont des avions fant mes. C est extrŒmement
difficile de combler une fissure, si l onde de choc
n a pas laissØ le temps au temps. Le caractŁre lu-
natique de Roby, balancier de l absolu, n a pas la
mŒme patience lunaire d Ypria. Ce bureau si vaste,
ØclairØ de toutes parts par les fenŒtres, me dØvorent
de l intØrieur. Lucide ou extralucide, le mØdium qui
sechargedesaffairescourantes,neconnectepasles
messages d ivoires. Je tente vainement de montrer
18Dan Bearsnacke
un visage qui a de la gueule, alors que la perception
estlevidetotal. Jen arrivepasàexprimerl emprise
du sas, la discothŁque de la banlieue bordelaise m a
pris l intimitØ d enfant. Je divague à la recherche
d’une issue de secours, aussi simple que l arrŒt sur
image d un homme buvant un verre de whisky. Sa-
mantha est une femme qui ne bougeait pas trop, ac-
coudØe au bord du divan. M approchant d elle, le
dragueur version bouffon a interprØtØ son show de
clown. Lasuite,vouslaconnaissezdØj ,lesblouses
blanches m ont donnØ leurs verdicts. Le passØ de
cette rencontre est un souvenir ludique, le prØsent
ressemble à un manque cruel. Mon souffle ne se lit
plusdanslesmainsd Ypria,laprincessedupalaisest
partiedanslegouffred unecivilisationantique. Ma
raison de vivre s expose à l abandon des gestes ØlØ-
mentairesdesurvie,l oølescaressesrefusentd agir.
UnerencontredupassØquin engagepasunerupture
de l avenir, à moins que mon karma s achŁve dans
lefutur. Lesondesdechocsduquestionnementsont
des empreintes invisibles, pourtant elles ont gravØ à
jamais mon destin.
A l Øquation de l inconnue je rØpondrai prØsent,
maisdevantcecassetŒteàdeuxinconnues,masolu-
tionrationnelleestinsolvable. Enbraille,c estrudi-
mentaireØtantdonnØ,quelepointdecontactsefera
toujours danslenoirtotal. Enadmettantunbonden
avant de l espace temps, je sais que mon sanctuaire
est dans les mains d Ypria, le regard d Eve illumine
des visions sereines. Eve est la princesse du palais,
elle m a remis les clØs de l espoir pour le dixiŁme
anniversaire. C estunbonddanslefutur,jeneveux
pas qu elle reste anonyme. Elle est le symbole de
mon histoire, la garante d’un avenir meilleur.
Maisactuellementiln estpasquestiondepeindre
les murs en bleue, ma dualitØ verbale est souvent
19Watahanka à l’ombre du miroir
violente. En laissant les horreurs se dØvelopper, le
petit Gardien du Seuil lØgifŁre mon standard tØlØ-
phonique. Mon droit se situe dans les t ches in-
fectes d un homme dØshonorØ, sans oublier les pe-
tites phrases suaves d un homme de pierre. Rentre
et tire-toi, notre discussion n Øtait qu un jeu abusif,
commentnepascrierausecours. JedØrapeversl in-
fimesortilŁgedelamortpsychique,toutemajournØe
estcomposØedecrisesetdeconflitsininterrompus.
Personne n accepterait te tendre son âme, d Œtre
indØfiniment la victime du jeu. La guerre des nerfs
est impitoyable, Roby est un homme sans me.
L’instinctnesepartagepasaubalcondesvisions,je
suis un visionnaire de l instant prØsent. Je n avais
rien à partager, la communication Øtait tronquØe par
ces faux-fuyants. Aucune balise humaine, aucun
repŁre affectif, voil ce que j endurais jour aprŁs
jour. Je vis dans un paradoxe d enfer, mais donner
l amour à son fils et pleurer devant le berceau, ce
n est pas un paradoxe.
A la version de l homme de la boulangŁre, il n y
aaucunlØzard,quatreheuresdumatinrestelesignal
d unejournØeharmonieuse. Leboulangersentirales
odeursdelavie,ilauraapportØsonsavoirauxpalais
des bonnes gens. Par contre ma solitude matinale
n estpaslesignedejoursmeilleursconcernant,mes
huit heures de boulot.
Diagnosticsansantidote,lesblousesblanchesont
mis le point sur mon Øtat de dØlabrement. ConsØ-
quencedel isolement,leursdiscoursontbrisØl har-
monie fragile, mais cohØrente de ma vie de terrien.
La tangente de l me et la connexion d un monde
inhØrent à celle-ci sont deux paramŁtres, qui m ont
ØcartØ d un chemin de brave citoyen. Dieu a peut-
Œtre regardØ les six mois de guerre, en Øtudiant les
20Dan Bearsnacke
notionsdeculpabilitØ. VictimedecepassØ,jemØrite
la rØdemption du temple solaire. La nØbuleuse à la-
quelle appartient mon sixiŁme sens est ØnergØtique,
j’ai dØcuplØ cette force par l amour de mon fils. Je
pleuraisàc tØdesonberceau,maisjenepleuraispas
à proximitØ de son âme. Bien au contraire, je protØ-
geais son aura comme une fØe qui berce un enfant
perdu. J utiliseunemØtaphore,jesuisdouØdansles
clichØs visuels. Je pouvais endosser la double cas-
quette,pŁred unjouretenfantperdud unesemaine.
SansrØconfort,lesminutess’ØgrŁnentmedeman-
dant une force surhumaine. Une sensation prend
forme, elle m’envoie ailleurs. Tout le monde est l ,
pourtantlaparoleseperddanslebourbierdesmines
d’Antiope. For atourenØgat,lesentimentquianime
mon organisme est une enclave miniŁre. Le monde
de la nuit, celui qui se juxtapose aux ombres de la
nuit. Des coups de tambour d un voisin en rage, en
passantparlescauchemarssordidesd Antiope,com-
ment revenir au plaisir de l humanitØ. Dans la jour-
nØe de l annØe mille neuf cents quatre-vingt-treize,
monchefhiØrarchiqueaccompagnØdeRobyestbien
là. Ils me parlent tous les deux d un manque de ri-
gueur, j aurai eu l’occasion d Øvoquer mon manque
existentiel. L’ me a passØ le cap des mondes de dØ-
solations, là oø rien ne vit, en cette nuit. Ils n au-
raient sßrement jamais compris la douleur. Je suis
restØdansunsilencedeplomb,j aifermØmagueule.
J’Øtais furieux contre moi-mŒme, je connais trop
bien les ravages de l humiliation. En acquies ant
sans fioritures le verdict, j acceptais la frustration
une fois de plus. A l approche de la nouvelle lune,
jemarchedansquelquechosequejen assimile pas.
LanuitetsoncortŁgededoutesmebercentailleurs.
Je fais le rapprochement visuel, en gravant les pa-
roles d une chanson fran aise, je ressens les mŒmes
frissons. LeschevaliersCatharesontressentilapeur
21Watahanka à l’ombre du miroir
du dernier soir, l oø la tangente de l ombre enve-
loppe leurs âmes. AssiØgØs depuis des semaines, ils
ont traversØ le couloir de la mort, hØrØtiques pour le
clergØ,marginauxsorcierspourl histoiredeFrance.
L’odeur de la mort s approchant lentement vers soi,
reprØsente l espace temps du silence. Le corbeau
n y changerarien car lesFondateursont scellØ leurs
destins, un jour banal d une dØcision arbitraire. Je
comprendscettedimensiondel absoluequinecom-
porte aucune restriction, ni rØserve, car le sort est
inscrit sur les tablettes de l’histoire. Si je pouvais
refairelemonde,jedemanderail asilepolitiqueàla
confrØrie des Cathares, j ai traversØ le couloir de la
mort. Je n aurai plus à subir la peur du deuxiŁme
soir,Jeseraienharmonieavecmonkarma,l osmose
des pierres formerait la mØtamorphose de mon Œtre.
Vous voyez, chers lecteurs ma puce est nØe à une
mauvaise Øpoque, je crois à la Langue de pierre. Je
meraccrocheàl ØventualitØd uncheminspirituel,la
tra trisedes hommesm aenvoyØvers leprØcipice.
Je n’ai pas rØgressØ dans la folie d une autre
Øpoque, ma vision profonde de l h pital renvoie
l image d une injustice familiale. DØcØdØ un jour
de novembre, ma certitude est une confusion de
l esprit, par consØquent condamnable aux yeux du
monde judØo-chrØtien. Aucun marabout ne m’a en-
sorcelØ, j ai vu la mort, moi l Øtranger d’une lignØe
catholique. J ai gardØ le silence sur cette vision
apocalyptique, Antiope ne se traduit pas verbale-
ment. Ce lieu jugule les meurtrissures internes les
plus violentes, leslarvesexistent dans lesmØmoires
physiologiques.
Simple divorcØ, ma ligne de conduite est simple
22Dan Bearsnacke
commeunejournØed hiver,aucarrefourdel intros-
pectionhivernale. Enpaix,ilm estimpossibled ou-
blierlasolitude,lafamilleseposeenjurØsd uneaf-
faire d Øtat. Mon Øtat est si macabre, la sagesse de
l’ medevrarallierlasolidaritØdesang. Maislespro-
verbesdelaBibleseperdentparfoisdanslapeurdes
songesCathares. JenedØnigrepasleprØsent,jecrois
en Dieu. Si mon peuple m a laissØ pour compte, je
garde le sourire. La rØcupØration des bulles vides,
je les rØcupŁre à l Øveil de Julien. M occupant des
couches, j arrive à les trier, aux souches de l espoir.
Danscesconditions,au-del delafatiguemorale,je
rØpondsprØsentauposte. LerØveildeJulienestim-
portant, mŒme à six heures du matin, je suis à mon
poste dŁs qu il ouvre ses yeux marrons. Le bibe-
ronestlecontactd unboutdevie,chaqueweek-end
j’embrasse son estomac, rendant les secondes plus
douces. Il pØtille d’amour, communiquant un dØsir
ardentdel envie,l envied aimerau-delàdesmonts
imaginaires. Celiend ailleurs,jelebichonne. Oh!,
Seigneur, je l aime aux confinements de l absurde.
Sa venue est un cadeau du ciel, pourquoi bois-tu le
calicedemonsang?.
Siprompteàdonnerl amour,pourquoirefuses-tu
l’amour dans mon c ur ?.
Tu ne rØponds pas, d ailleurs comment oserait-tu
rØpondreàtantdesilences. BienØvidemment,j aide
la haine en moi et de la colŁre contre toi. L’agneau
que je suis, tu le laisses à la merci des loups.
Deux questions, qui gŁlent mon c ur, me four-
voient dans l angoisse de ce choix. Je me dis, qu’à
chaqueretourdeweek-end,lesrossignolsdel amour
me guØriront. Le silence du retour, encercle mon
propre cri. En sortant de mes facultØs initiales, je
prØserve l amour. Il fait si froid dans ma tombe,
23Watahanka à l’ombre du miroir
pourtant j y vais au nom de mon fils. Ma pater-
nitØ, je souhaite la rØussir. Je sors de moi-mŒme,
en oubliant l horreur du quotidien. Vous voyez, je
ne contr le plus ma vie, quelque peu droguØ ou en-
sorcelØ. J assume mon r le de pŁre, mØdiateur des
terres extrŒmes. MalgrØ tout, mon Ønergie est va-
cillante,dŁsqueleretours amorceauxportesd An-
tiope.
La famille, sans oublier Samantha à qui je paye
une pension alimentaire, ne se doute pas de cet Øtat
de choc. Ils ne sont pas dupes, rassurez-vous, l os-
mose n’existera pas aux premiŁres neiges, le blanc
des yeux est rouge tre. Les sympt mes de la dØ-
pression sont bien l , mon c ur utilise ses forces
vives contre l envahisseur. Pour combien de temps
reste la question brßlante, je somatise ce combat,
alors l angoisse voyage dans ce monde de dØsola-
tion. L’expression, la dØrision sont les atomes cro-
chus. Mes moyens de dØfenses sont en dØsØquilibre
totaldepuislesØvØnementsdel accouchement. J in-
voque le Grand Esprit, l absence provoque les lØ-
sions les plus tenaces dans l’intimitØ de mon Œtre.
Je voudrai m enlacer dans les bras de Samantha,
oui, j aimerai embrasser ma belle que j ai quittØe le
vingt et un novembre. Je culpabilise ØnormØment,
je suis peut-Œtre responsable des ØvØnements antØ-
rieurs. Aujourd hui, il ne me reste que les dØbris à
rassembler dans une jarre de l -bas.
Berceau d’une prise de conscience, la vallØe
d Ypria offre la pause dØtente d un corps ab mØ. La
princesse du lieu est la garante de ce regard neuf.
A l antipode des mines d ors, l antidote d Ypria
balaye l’exploitation des ombres nocturnes. Entre
ces deux p les, je dØambule tant t à l Øcoute des
contrØesvierges,souventverslesventscontrairesde
24Dan Bearsnacke
ma mŁre terre. Heureusement la belle du palais dis-
tille une sØduction d espoir, des flashs visionnaires
s’inscrivent dans les cellules d une âme meurtrie.
Reflet formidable de cette intelligence artificielle,
l’aciditØ s estompe sur une langue de pierre trop
chargØe. L’aigreur des six premiers mois a dØposØ
la terreur sur les dalles d un croisement existentiel.
Cette fracture est rØelle, les blouses blanches ont
dØviØ l espace temps. Quand je ressens la prØsence
dupetitGardienduSeuil,commentvousexpliquez,
l’arrŒt sur image. Au levØ du jour, je dois garder
la face d un Œtre rationnel car je travaille dans ce
monde.
York, digne reprØsentant des ombres, papillons
hybrides de la mort, aura le temps de rØcupØrer. Il
dØteste la lumiŁre, c est un vampire moderne des
âmespures,laissØesàlamorguedesenfantsperdus.
RenfermØ sur moi-mŒme, ankylosØ par la peur, la
souffrancegagnesonterritoire. Leslarmesauxyeux,
jedØambuleenpleinjour. LescouloirsdemasociØtØ
ne sont pas sombres, je les imagine à l image du
couloir de la mort.
Pourquoi me direz-vous chers lecteurs ?.
Le silence psychique des Œtres devant l inconnu,
la pauvretØ de mes contemporains est digne d une
pitiØ stØrile à cette vØritØ. Je n ai eu aucun encou-
ragement et sans dØfense ni armures, je dois aimer.
Le suicide est un cri à l infamie, d un simple bisou
qui ne vient pas. La drogue douce ne donnera pas
l’absolution, j use et j abuse de la cafØine. La ma-
chine à cafØ, installØe au rez-de-chaussØe, m oblige
à descendre dans l antichambre de mon c ur. Per-
dant pied vers la terre du milieu, je joue le r le du
gladiateur armØ de sa force surhumaine. C est vrai,
il ne s est rien passØ un jour de novembre, je me
25Watahanka à l’ombre du miroir
suis trompØ sur ma vision. La nuit, ne se cache pas,
le petit Gardien du Seuil obØit aux lois d Antiope.
Spectre aux orbites rouges, il se pose comme l Ølu
desdØfunts,làoølesossuairesjonchentlesolpous-
siØreux des galeries d Antiope. Le deuil d une vie,
lemouvementdesombresverslaclartØoulerenou-
veau. Sensitivement, je peux faire le lien, le sque-
lette qui est le mien est dØtenteur des jarres. Ypria
est ce point concret, mes besoins sur terre sont pris
encompte. Amoinsqu ilexisteenmoi,unpotentiel
ØnergØtique, j’aurai l avenir dans mes mains. Entre
les lignes, j essaye de vous rendre attentif au dØca-
lage du premier jour, en passant par tous les paliers
d une recherche accrue.
Accepterez vous cette profondeur si ma vision
s adonne à tant d introspection ?.
Je suis à l ge de coton oø les ficelles enfantent
des nœuds coulants, la corde au cou, j’ai une annØe
d outretombeàma triser. L actifdelaquestion,Øvo-
quØe le dix-neuf janvier deux mille trois est le pas-
sif d’une annØe mille neuf cents quatre-vingt-treize,
sinistre à souhait. N est ce pas, lutin sombre d un
chantier titanesque !. Je commence à dØcrypter la
situation à sa vraie valeur, liquØfiØ par un regard
perdu. Monfilsquin aquequelquesmois n estpas
un leurre. Suffoquant dans la sensation du vide, les
vases communicants flottent sur rien. Ineptie de ma
situation, les visages prØsents sont absents ou im-
puissants, du fait d un dØcalage interne. La dou-
leurestvivace,rØgissantlatourdecontr le,ellesu-
bit les assauts des kamikazes ennemis. Les organes
sont touchØs, malgrØ tout le rØconfort des pensØes
Cathares, la fuite est impossible. Je respire aux ur-
gencesd unefoi pieused un benjamin chrØtien,j ai
sonnØàlaportedeDieu. CadØcuplel enviedeconti-
nuer à peindre l arc-en-ciel en bleue, l oø les murs
26Dan Bearsnacke
s’encrassent de peaux mortes. Les rouleaux com-
presseursdesFondateursbroientmesvaisseauxsan-
guins,ladualitØestunesaloperieengendrØeparl im-
pact des ombres.
La terre du milieu, je la visualise puisant dans ce
puits,oøJulienm attend. DŁsqueletintementdela
cloche vibre chaque vendredi soir, je fonce le cher-
cher. Puisant une Ønergie fØroce contre la fatalitØ,
l’amour lØgitime de la vie, me comble de bonheur.
Ce petit bout qui me regarde fixement, s endort im-
mØdiatement dans les bouchons, à l abord de la pØ-
riphØrie bordelaise. Masquer le vrai, dans le but de
transmettre les corps subtils de la vie est un exer-
cice de style inconnu à mes yeux. Pourtant, la prØ-
sence à son contact est un dØclic, s amor ant à son
rØveil. Julien, qui est son petit prØnom a la lumiŁre
dans son cœur. Coquin, toujours à l Øveil, il est la
perle qui m’aide à rentrer dans le monde invisible,
seul lien tangible pour rester debout. AprŁs le c lin
ettouteslest chesquiincombentàmonr ledepŁre,
je me prØpare à le coucher. Je ne peux pas rØsister à
l’enviedesoufflersursonventre. SesØclatsderires
sont phØnomØnaux, comme des bulles de fØes, nous
communiquons ensemble. La complicitØ de nos re-
gardsestunebalisedelendemainsmeilleurs,loindes
prØoccupations solitaires,làoø mon me cherche sa
terre mŁre. L abstraction des minerais de granite à
Antiope, n’apasla teneur duquartzrosequele ciel
m’envoie, la princesse d Ypria possŁde la fØconditØ
du bonheur. Je n y croyais pas forcØment, il faudra
bien que je passe à l action, sinon le bloc compact
d’une pierre à angles saillants perforera l aorte de
l’espoir. Vousvoyez,jereparsauprØsentdudix-neuf
janvier, je n ai pas honorØ Watahanka. Exclu de la
meute,lavoiedurenards occupedesesrenardeaux.
Watahanka n est qu une illusion vocale, troublant
parsonsilence,alorsquelaprincesses’affaireàson
27Watahanka à l’ombre du miroir
devoir royal. Paradoxe de l espace temps, hØrØsie
de l appartenance Cathare, vous Œtes embarquØ vers
l autrec tØ. Secretdespuissancespsychiquesouel-
phiques, la pensØedel’esprit n est pasune frontiŁre
fermØesurelle-mŒme. Jemetsdel ardeuràlat che,
sans laisserderØpità lamatiŁre, toujourshabilesde
mes mouvements. Qui sait peut-Œtre qu un jour Ju-
lien fermera son âme, les Fondateurs n ont pas les
nØcessitØes de l me. Ce n est pas facile de nØgo-
cier les virages du temps, quand les pensØes se fau-
filentdanslesfaillesdesmondesorganiquesoucos-
miques.
MalgrØ la situation, je continue à respirer, à lui
donner l’essentiel, Julien est mon trØsor. DØcuplant
mesrØservesd Ønergie,jel inondedetendressemal-
grØ les quelques mois d existence. La fin de l an-
nØe mille neuf cents quatre-vingt-treize correspond
àunegrandetristesse. Boomerangsansappel,jeme
crispe de douleur. La maxime de ce capital courage
est la suivante, il n y a aucune place à l hØsitation,
ni à la dØsolation. Pourtant, aujourd hui, dŁs qu il
estdansunsommeilprofond,jecraque. Lesgenoux
à terre dans la cuisine, je crie mon dØsarroi que je
dØcouvre à peine. Le retour est pØnible, j avale la
salive du Fondateur. Je suis un homme qui a perdu
son identitØ humaine. La nouvelle entitØ est para-
normale,l esclavaged Antiopen estpasunmauvais
rŒve. Connecterlec tØsombredesoi,allonshautles
c ursmessieursles juges, j accepte ladamnation!.
CommentdigØrerceconstat,enrØfutantlarØalitØ.
Mieux encore, comment me convaincre d’une issue
aussi simpliste, quand l me se retrouve si seule.
Les hØros de ma jeunesse sur papier glacØ, dorment
dans la quiØtude des lecteurs. Je n ai pas le talent
d unØcrivaindumageàtroisdimensions,correcteur
28Dan Bearsnacke
blancdeserreursdefran ais. Lesmursdel apparte-
ment n ont pas la fibre de l artiste, encore moins le
fluide des mots. Homme du dØfoulement artistique,
accompagnant les peintures rupestres de la prØhis-
toire,jechercheleflambeaudesdØsertsarides. Une
vision comparable à celle d Ypria, se balance juste-
ment aux monts Cathares. Des ch teaux sont ØrigØs
dansunmassifdepierresetderocailles,jetendsles
bras vers la libertØ. De ce paysage escarpØ, entaillØ,
fissurØ,jegardelavictoiresurlapuissancedesFon-
dateurs. La montagne est nue, laissant les rides se
profileràpertedevue. LaprØsencedescompagnons
de routes augmente la beautØ du rŒve, ivresse gran-
diosed unelibertØacquiseparl ordredesTempliers
rouges. La machine à remonter le temps, invention
prolifique aux dØg ts du prØsent, ouvre le Livre sa-
crØ. C’est la vibration du contØ Cathare, vous sa-
vez, la libertØ à chacun de vivre ses rŒves. Voil
mavengeanceàl herbeblanche,ledocteurBannock
m’aenvoßtØunefoisdetrop àl aubeblanched’une
miseàmortcØrØbrale. Aucontrairedeleursdires,le
contØadmirel authenticitØdemon me,laprovince
d’Ypria fŒte le chØrubin, qui est en moi.
«Bob,oøestletiragedelacommunautØdecom-
munes du sivom bordelais !. »
« J ai fini leprojet duquartier Nord, demain j at-
taque le dossier consultatif des piŁces administra-
tives. »
« Quoi !. Tu as la tŒte en pommes givrØes, Mon-
sieur leMaire vavenir dans quelquesminutes. »
Outre tombe ou autre monde, je reste perplexe
devant l Øcho. Le taux d’adrØnaline compulsif, me
tamponnentlesjoints. Lapressionestenplace,Roby
peut claquer la porte comme le conquØrant d une
29Watahanka à l’ombre du miroir
guerre des nerfs. Je ne corresponds pas à son prin-
cipe, je refuse de baisser l Øchine. A contre sens
decesmanœuvresgratuites,j utiliseraimonsixiŁme
sens, dØveloppØ malgrØ moi. A l Øcoute des signes
extØrieurs,jesurvolerail Øtendued Ypria,quicalme
le brasier de l instant prØsent. Oh ! Merlin je vole,
visualisant des kilomŁtres carrØs, l oø la faune se
prØlassesurlesterresrocailleuses,merciàtoi. Mage
d une autre galaxie, j ai le droit au respect en Øpou-
sant les traditions ancestrales du fief athØe. Per-
dant la sØrØnitØ de mon caractŁre, je retrouve arbi-
trairement la nØbuleuse du cosmos. Latour d ivoire
m emprisonnelesnerfs, la Voie lactØerØanime l es-
prit. Maisl espritdoisresterauboulot,alorsl agres-
sivitØ de Roby m agresse aussi. Je n admets pas la
cruautØ des mots, les symboles sont toujours plus
fortsquelesactes. Jem’entapedemonsieurlemaire
enminusculesoududirecteurgØnØralenmajuscules,
je rØclame le respect. Un bout de moi est souillØ à
vie, j ai parlØ, maintenant je suis son Øpave de jour.
Humble ou authentique, Ypria ne demande rien, la
valeur de l Œtre est son jardin secret. Mais je suis
un novice de quelques Øtincelles, les flambeaux du
Livre sacrØ existent sur les parchemins. Si seule-
mentj avaislacapacitØdereliertouscesmomentsde
joies, le voile n est pas dissipØ. Le week-end passe
par ce tumulte, car Julien rØclame l amour total. Je
n ai pas capitulØ, les cellules ont une mØmoire phØ-
nomØnale, mŒme au plus jeune âge.
Je suis rØglØ comme une horloge suisse, aprŁs sa
siestedudimancheaprŁs-midi,jeledorloteuneder-
niŁrefois. Juliensouritdemalices,ilestgrandtemps
de le ramener. Il se cale au temps qui passe. A l ac-
coutumØe du retour, je rØveille mon fils en le dØpo-
sant dans les bras de Samantha. M’annon ant une
nouvelle radieuse, elle semble retrouver le chemin
duBonheur. Personnenem’aproposØunthØrapeute
30Dan Bearsnacke
àlasoucheducriprimal,n oubliezpascherslecteurs
une donnØe de base. Matrice de la mØmoire, l’âme
a subi une onde de choc injustifiØe. Du tribunal po-
pulaire en passant par le verdict cassant des blouses
blanches, ils ont sondØ le terrain psychotique. Ja-
mais, j ai eu la possibilitØ d exprimer mon ressenti,
alors je joue à l oursin voltigeur, larguØ au ponton
de l h pital psychiatrique. Ce n est qu un panier à
crabesdemØdecins,leursmotsraisonnentencoreau
chevetdupalaisprimal. ParconsØquentmoncafØest
noir, le nuage de lait n aura pas la chance de disso-
lution, ma quŒte intergalactique est dØj loin. Les
raisons logiques l emportent toujours, sur de nou-
vellesbases,l avenirdeJulien serameilleur. Jesuis
soulagØ, mais l’essentiel de mes interrogations est
ailleurs. L’enchevŒtrement des situations de crises
passØes, n iront jamais vers le rachat des gŒnes in-
tronisØes au royaume Cathare. Ce que je sais n’est
pas dØcodable, encore moins dØfendable devant une
cour d assise. Membre à part entiŁre d une famille,
montalismann aurapaslenomdeBobetpourtantje
doisgarderl anonymat. L incarnationdel men’est
pasunepoØsieinfantile,larØgressionn estpasladØ-
compositionducervelet. Étranger,motbarbaredela
fracture, voilà ce qui me tue en douceur. L’accepter
est une gajure, le choix imposØ par les Fondateurs,
m’opposerontdansl ØternitØdesfissuresd Antiope.
SØismedel indiffØrence,jehaisl affrontementpsy-
chique, il s est larvØ par l ampleur de la t che. Si
Samantha sonnent les cloches, je suis canonisØ par
sa SaintetØ des ombres. Effectivement le repas de
famille s est brisØ comme le glas des morts.
Chapeau, point bas à ma dualitØ, car Samantha
a fait le deuil des pØtales rouges. La vie continue
envers et contre tout, alors faut-il que je tremble à
l’idØe d’une vie meilleure, l concernant ?.
31Watahanka à l’ombre du miroir
Difficilement explicable, les repŁres de mon ap-
partementsontsansØnergie,Merlinm ajustedonnØ
les roucoulements des pigeons.
Le silence, voil la peur qui me pousse vers les
zones d’ombres. Ma certitude est terrifiante dans le
concept de l amour incomprØhensible. Toujours sur
la brŁche, au nom de quoi, la foi m’obligera à su-
birdessensationsdepouvoir. Montraumatismeàla
main mise, je dØcortique et je recolle les morceaux,
au grØ de mon esprit travailleur. Pas un mot, je fais
mapropresauceauconfinementdemesnuitsendia-
blØes. Jesuisfou,pourquoiSamanthauserat ellede
ce pouvoir ?.
Pour ma part, la dualitØ dØsolidarise mon Øner-
gie, l oø la bioØnergie rassemble les corps subtils.
Ypria est un compromis qui berce ma perception
d unautremonde. Entreledermeetl Øpiderme,une
connexion de la vie existe, loin des discours Øpider-
miques. Des nuages blancs viennent de balayer les
gouttes de sangs, je rŒve sur une autre planŁte. Je
somnole vers les couches astrales, en m Øloignant
du sommeil. Si j avais un crayon et du papier, je
dessinerailesmontsenneigØsdu silencequipercent
mon esprit. L’image est apaisante, je peux vision-
ner en paix une terre brßlØe. Je peux m approcher
dufeu,gr ceàceprocØdØdelangage. Enayantl es-
prit ravagØ par les flammes, je dirai que je suis un
incendiaire mØtonymique. De cause à effet, de res-
semblance en espØrance, j observe le feu. Bien au
contraire,jesurvolel ØtenduedesdØsastresetjeres-
pire l odeur du feu. Des mØtaphores, toujours des
mØtaphores, je m amuse à cacher la vØritØ. Je vous
ledisàvous,chersanonymes. Laterredumilieuest
une alternativevisàvisde laterre ferme. Mes jour-
nØes sont fades, j avance sans marcher dans le droit
chemin. Encoreunenuitetencoreunsigned’Ypria,
32Dan Bearsnacke
j’arrive à supporter le silence des miens. Quand on
croitauxtextessacrØs,lelangagedeguØrisonexiste
par le partage de la peau. Massage sensitif, trans-
fert des codes de sØcuritØ, je respire vers la terre du
milieu. Stop!. Maisjem ØchappedelarØalitØ,l ab-
senced amourstimulemeshallucinationsfØeriques.
Oui, j extrapole sous les couches nuageuses d’un
autremonde. Le manquedevitamineset demagnØ-
siumparasitemoncerveau,j implosenerveusement.
Un jeu virtuel de Lara Croft au pays des merveilles,
consumemesneurones. L’hØrØsieestunsignecom-
pulsif, d une maladie sous-jacente. Au nom de mon
fils, je l ai absorbØ la vØritØ, lØguant mon corps aux
sciencesoccultesdesmaraboutsd Europe. Manipu-
lateursouincendiairesàsouhait,ilsontdescornesde
bufflesavariØsàlaviandefra che,inadØquateàmes
sympt mes. LadualitØ physiquegagnela partie, les
odeursnausØabondesirradientmon me. Aumalaise
inquisitoire, le bßcher est la seule solution, je suis
peut-Œtre un zombie rØincarnØ d une autre vie. Je
suisunhommefaceàl Ønigmed’unecureincurable,
lesmØdicamentsusuelsn enlŁventpaslesouffredes
grottes lointaines d Antiope.
Descauchemars,toujourscessensationssordides,
qui guident mes nuits. Sortant par la bouche, le feu
envahit mon territoire. De ces jets saccadØs, mon
imaginationgalopanteenvisageunpactediabolique,
moi le profane d autres idØaux. missaire du doc-
teur Bannock, l ange York consulte l aura de feu.
La folie ou l hØrØsie, j ai titillØ la magie noire, par
le biais des expØriences interdites. Ces signes tra-
duisent un vampirisme aigu, mon quotidien est un
no man s land. La douleur, surtout ne jamais l Øvo-
quØe, je mens au monde entier. Les papillons de la
nuit, l escadron de la mort sont les inventions d’un
Œtre dØrangØ. Je suis conditionnØ à l asile, le monde
33Watahanka à l’ombre du miroir
de dØsolation est le symbole d en bas, les papillons
sont les ic nes du royaume.
J ai un visage, qui aspire à une vie paisible, le
pensez-vous ?.
Bient t deux ans que cela dure. L’abstinence
sexuelleàlaquellejedoisfaireface,necontribuepas
à la plØnitude du lendemain. A bout de souffle, les
mØdicaments calment le sympt me. Le cri, se perd
dansl immensitØdecedØsertintØrieur,oøriennevit.
Roby, confident de bureau me console par des mots
siillusoires,quel ocØandemerdesubmergeuneres-
piration vacillante. Je raisonne simplement, je suis
las de reluquer toutes les jupes fendues. Je sombre,
l oø les grains de sables accompagnent les futures
tempŒtes. Entre naufrage ou noyade, mon Œtre est
engorgØdesØcrØtionsd ailleurs,oølesrŒvesnesont
pas ludiques, au soir d’un manteau d hiver. Dingue
danslaconception,lepuzzledel avenirestfissurØà
la rencontre d hormones solitaires.
AlanuittombØedecemoisd hiver,àcinqheures
du soir, comme d’habitude, je me rends chez le bu-
raliste du coin. VannØ, exaspØrØ, le S.O.S. dØtresse
restera une rØponse mØcanique. "Cela fait soixante
francs,mercibeaucoup."LePenthousedumois,que
j ai achetØ est le cordon qui me relie à la terre. Un
sourire virtuel, un mot defemme me galvanise dans
l espoir de guØrison. videmment chers lecteurs, la
nuditØdeleurs sexes est un pØchØ de bon paroissien
indigneàlapriŁre. LerejetdelaFran aisedesjeux,
me pousse à un des sept pØchØs capitaux, la luxure
solitaire. Ch timent extrŒme d une me seule aux
portesdel’inquisition,jen aipaslesfinancesd une
ritournellerose. DØdaindudivinousanctionpØnale,
je me sens hØrØtique au complexe d une hØrØsie to-
tale. Le cardinal de sa SaintetØ, n approuverai pas
34Dan Bearsnacke
ma mØthode d’alchimiste moderne à la cause d’une
identitØ perdue. Parler, communiquer par le sexe,
quand le monde entier vous laisse orphelin, voil la
fracture sociale de l me.
De ces images impassibles de femmes nues, je
n’airien,exceptØlamasturbation,seulremŁded’ur-
gence au silence persistant. Si Merlin, Seigneur de
la magie avait le temps de se manifester, je lui di-
rai la colŁre, la haine qui est en moi. Le Pape en
personne refuse de se dØplacer vis à vis de mon Øtat
endØmique,d undØsertintØrieur. LenumØrovertest
libre,ilauralalignedØviantlesspermatozo des aux
souches de nul part. Mon monde est inhØrent au se-
cours des bonnes gens, incohØrent à l avenir. Alors
je fantasme sur elles, page aprŁs page, je glousse
mon charabia à la vie. En poussant la chansonnette,
lamayonnaiseprendformeauxcontoursdeschattes
fendues et percØes. Les appels à la communication
sefigentsur lepapierglacØ,en positionouverte. Le
glaiveàlamain,lapositioncouchØed uneconquŒte
corporelle actionne le songe mystique. Ypria, mal-
grØ toute l Øtendue du royaume, attend le retour du
corbeau, porteur du message. En attendant, je dis-
perse mes maux poussifs sur le sexe mou des dØsirs
visuels.
L’Øjaculation,guidephysiqueestl outilØmotion-
nel de ma vie. Rassurez-vous, il n’y a aucun en-
nemi à dØtruire, ce n est pas le jeu sournois d’un
hommefou,simplementuneclØdel imaginaire. Un
animalblessØ,gisantausolalachancedetrouver
un congØnŁre qui s arrŒtera, lØchant la plaie suppu-
rØe. Le dØsarroi de la chair est une dØflagration, un
besoin de tout quitter, au-del des cimes de la Cor-
dillŁre des Andes. Magie des monts lointains, l’en-
taille Cathare dØnoue une pneumonie aiguº au cli-
matdes miens. Endeltaplaneoudans unplaneur,je
35Watahanka à l’ombre du miroir
voudrai leur montrer, l horreur d une douleur affli-
geante à ma santØ. Si le systŁme est bancal à la jux-
tapositiondel implosionmØtØorologique,pointerle
doigt sur l il du cyclone calmera le mal. Envahis-
sant l impasse de mon c ur, j hØrite d’un avenir tu-
multueux. Pieuse espØrance, je vis dans la spirale
desombres. LanativitØn apasØcrit,danslelivrede
l ancientestament,lepouvoirdeYork. Lespsaumes
parlent du pŒcheur, de celui qui masque son c ur
à l Øternel. Apparemment, il ne pense qu lui, je
dois me dØbrouiller seul. La masse de la foule a le
mŒme concept du chacun pour soi, Dieu pour tous.
Quand la mort s approche des mines d Antiope, les
papillons de la mort prennent le tr ne. York est le
ma tre,jen existeplus. Pureimaginationd uneØja-
culationprimaire,maiscommentvoulezvousexpli-
quer mes insomnies. Le rejet est possible, au dØtour
du bonheur attendu.
Malheureusement, l Œtre humain à la rØplique fa-
cile,"jenesaispascommentt aider". Cematinres-
semble à tous ceux qui se sont succØdØ durant les
deux derniŁres annØes. Si des zones d ombres per-
sistent à la comprØhension d une dØcision, je lŁve
les voiles des harems d Ali Baba. Las, je tente ma
chanceparlebiaisdesannonceslocatives. Sousloue
mon appartement trois piŁces, bonne prØsentation
exigØeetrespectdupropriØtaireindispensable. Dans
les catacombes du silence, pourquoi refuser l appel
d airdelachance. Toque,toquec estl hommepaille
sanschapeau,àlarecherched unebottedefoin. En
disant la mØtaphore de l ancien Bob, elle aurait cla-
quØ la porte sous mon nez, en cherchant au centre
d orientation l Øvangile des cloportes.
PasdutoutdistinguØouguinchØ,j aiosØmemon-
trer sous un jour digne. Je l ai abordØ sereinement,
sans problŁme particulier.
36Dan Bearsnacke
«Bonjour,j aivul’annoncesouslarubriqueloca-
tiond appartement,jemeprØsenteBobetlaproposi-
tiondepartagervotrebienm atotalementintØressØ.
En plus a co ncidera à mon dilemme financier, je
suis dans l incapacitØ financiŁre à louer un ou deux
piŁces pour l instant. »
« Moi c est GØgØ et pourquoi pas, la chambre est
encore libre. Je te tutoie tout de suite. Un mois à
l’essai et concrŁtement on y verra plus claire. Je te
donneundoubledeclØ,tuaslapossibilitØd utiliser
lacuisine. Jetedemandeuneavancesurcharge,cor-
respondanteauxchargescourantes. Voil mapropo-
sitiondeloueur,tuesleseulàdØciderdemoncontrat
sans baille. »
« J accepte GØgØ, je suis dans la mouise pour re-
fuser un signe positif du destin. »
AprŁslesrapportsdebiensØanceetdeconformitØ,
j’enlŁve vite mes habits de lumiŁres, les troquant
contre ma djellaba dØsertique de l homme feu. Les
points d eaux sont si rares, je marche dans l Ømer-
gence biologique, d un monde de dØsolation. Je
pense que deux doigts sont suffisant pour dissoudre
danslatassenoiredechezGØgØ,lesfutursgrainsde
sables. Comment lui expliquer, la folie de mes pen-
sØes,jenelesaispasencore. Ellen imaginepasque
la bande à Roby est teigneuse, GØnØral des lØgions
humaines des puces organiques du passØ. Chefsans
diplomatieetsanscompromis,ilm agouvernØd’une
main de ma tre. Outrage de trois ans, Roby l a pØ-
rennisØàvielejour,leFondateurl aprocrØelanuit.
C’est si bon de savourer leurs pouvoirs arbitraires,
au chevet de mes ma tres obscurs. De la coalition
soudØe des corps subtils, je suis passØ en quelques
jours, a la trappe, dict t d une personne sans nom.
37Watahanka à l’ombre du miroir
Les usurpateurs de mon indØpendance m ont trans-
fØrØ dans le cagibi des innocents, ma dØsobØissance
rebelle est le signe particulier de mon indocilitØ. Je
vois quand mŒme les hommes en carnassier gØant,
alorsjenemØritequel’exildeschevaliersCathares.
Unbureauvasteetmorbidem’atØlØtransportØdans
une grotte sombre, sans bruits à l exception des vi-
brations extØrieures d une fontaine. Au milieu du
chambardementbureaucratique,jesuisunhommeà
l Øcouteduvent. Mescompagnonsderoutesontin-
disposØs à parler à cette vie l , un fonctionnaire par
dØfinition utilise son dictionnaire du parfait soldat
de plomb. Merlin je suis un chercheur de lumiŁre,
Ypria m a montrØ la voie des cimes. Je ne possŁde
pas une aura de pierre, usant de tous les subterfuges
hiØrarchiques. Mes convictions profondes sont so-
lennelles, la danse du soleil se dispense d Øchelons,
de grades et j en passe. Mais les rŁgles des Eaux
bordelaises n ont rien de barbares, pourtant la solu-
tion de leurs auras chimiques n est pas saine. L al-
chimiedel’ambitionpersonnelle,n ajamaisfaitbon
mØnage avec les oracles des textes sacrØs. Je crois
aux connexions de l esprit, mon savoir est trŁs sub-
til, judicieux dans ces pensØeslesplus secrŁtes. Les
dØcisions punitives, je ne les contesterai jamais, par
consØquent n espØrez rien en retour, vous les ingØ-
nieurs. La dØlicatesse sentimentale est une ineptie
d aujourd hui,maislapolitessedurespectestlemi-
nimum syndical. Ce n est pas la peine d’Øvoquer
l ouvrage de vos phrases douteuses, alors sortez les
gants de vos poches, messieurs les ingØnieurs. Je
n ai plus de forces, luttant trop souvent contre mes
visions sensorielles, l oø vos complots sont viscØ-
raux. Concernantleprincipedelafonctionpublique,
l acharnementn estpasunpassedroitàtouteslesat-
taques cØrØbrales. Je dis simplement que le respect
est une fonction intØgrante de la charte du fonction-
naire, j en fais partie.
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