Xénofolie

De
Publié par

Publié le : samedi 1 janvier 1994
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782296279650
Nombre de pages : 158
Prix de location à la page : 0,0075€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

JEAN-PIERRE PERRIN-MARTIN

XENOFOLIE
Le Service des étrangers enregistre une disparition de cercueil

/

Récit

Editions L'HARMATTAN
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@

L'Harmattan,

1993

ISBN: 2-7384-2008-7

Ce récit est œuvre d'imagination mais il doit beaucoup aux observations de [' auteur. Les éléments tirés de la réalité y sont regroupés de façon originale. Chaque personnage recueille des traits empruntés à plusieurs. Si d'aventure quelqu'un reconnaissait qu'il a fourni modèle à tel ou tel comportement, qu'il sache que [' auteur ne croit pas les gens définitivement fixés dans leur attitude d'un moment!

XÉNOFOLIE
Le Service des étrangers enregistre une disparition de cercueil

Un bateau rouge et noir descendait les courbes de la Sprée. Nicole le regardait manœuvrer et rêvait. Habituée à réussir, elle avait mal accepté le mauvais coup que lui avait porté le secrétaire général de la préfecture. L'imprécise mission dont elle était chargée à Berlin, avait, aux yeux de toutes les personnes informées des mœurs administratives, la forme d'une mesure d'éloignement, d'une punition, d'une disgrâce. Nicole était contrariée mais, conscience professionnelle, sens du devoir, de la chose publique, de l'Etat, elle essaierait de découvrir quelque chose et de renseigner le préfet et le gouvernement sur les filières turques dont les racines étaient supposées à Berlin. Le consulat avait mis à sa disposition un bureau au deuxième étage du numéro cinq de la Bartholomeusstrasse. Elle regardait la Sprée et elle songeait aussi à la dernière information que lui avait confiée Monsieur Findoiseau : 7

« Madame Ozyurt achèterait à ses enfants des yaourts aux fruits, non pas ceux qui sont parfumés à la fraise ou à l'abricot mais ceux qui contiennent des morceaux de fruits, les plus chers. Sa voisine en aurait conçu de la jalousie, elle-même se contentant de yaourts nature. Dans

la cité régnerait une sorte de haine contre les Turcs. »
Findoiseau portait des lunettes rondes, deux lucarnes où patientaient ses yeux de fonctionnaire. Il était chauve mais moustachu: une petite brosse jaune taillée carrée. Rien à voir avec les moustaches turques qui vous surplombent le destin, sauvages, immenses. Findoiseau assimilait les règlements, relisait les circulaires article après article et se remémorait les consignes orales d'application. Il aurait droit à prendre sa retraite dans deux ans et personne ne lui enviait son poste. Les six guichets du Service des étrangers fonctionnaient sous sa responsabilité. On y refusait les titres de séjour et de travail aussi souvent que possible. Le bateau prenait son temps pour négocier les virages et le soleil jetait des éclats rouges dans les vitres de la Bundesbank, un bâtiment gigantesque, en face, à la mesure du deutschemark.

Un huissier apporte une enveloppe:

« Message

urgent! » Il s'incline comme les Allemands savent faire. C'est adressé à « Madame la Chargée de mission ». A la préfecture, Nicole était qualifiée au masculin de « Madame le Directeur de cabinet ». A Berlin, elle est chargée de mission au féminin. Findoiseau s'est inquiété

de la nouvelle formule qu'il convenait d'utiliser. « J'ai cru
de mon devoir de vous tenir immédiatement informée du dernier événement survenu dans l'affaire Ozyurt. Le cercueil de l'enfant Osman Ozyurt aurait disparu. Deux femmes venues déposer des fleurs sur une tombe proche auraient remarqué le désordre qui régnait. La police municipale en aurait été avertie et aurait dressé procès-verbal. 8

L'affaire créerait une émotion forte dans la population. » Findoiseau a rédigé tout cela au conditionnel, son mode habituel dans ses dialogues avec ses supérieurs, tant qu'il ne dispose pas de certitudes inattaquables. Quand il reçoit les immigrés, il conjugue à l'indicatif et à l'impératif. C'est ainsi qu'il a mené sa carrière jusqu'au poste de directeur de Service en louvoyant entre les éventualités du côté du pouvoir et la fermeté du côté des administrés. Cette façon de faire convient à ses chefs. Les refus de séjour, les mises en demeure de quitter le territoire, les reconduites à la frontière sont des décisions souvent inhumaines, salissantes. Findoiseau sait les prendre à son compte. Derrière les lunettes rondes, les yeux ne bronchent pas quand il formule les indicatifs et les impératifs à la victime. Tout juste si le malheureux voit bouger la lèvre inférieure sous la petite moustache. C'est dit calmement, à voix basse, et ça coupe comme un rasoir. Mais entre celui qui prononce les sentences de désespoir, et ses chefs, flottent des conditionnels qui permettent de se dégager d'éventuels scandales. Cette affaire de cercueil disparu provoque du trouble, est grosse de conséquences. Findoiseau l'a senti. Il s'est dépêché d'en informer ses supérieurs en déployant des conditionnels. Qui sont exactement ses chefs? Les huit derniers mois, il dépendait directement du secrétaire général.Les difficultés n'avaient pas manqué: manifestations publiques, recours gracieux et hiérarchiques, décisions cassées par le tribunal administratif, campagnes de presse... Le Collectif antiraciste local dénonçait chaque semaine le Service des étrangers. Le secrétaire général s'y embourbant, le préfet jugea bon de lui en retirer la charge et de la confier à son nouveau directeur de cabinet, tout fraîchement nommé, Nicole. Non seulement les dossiers accumulés étaient délicats à gérer mais, de surcroît, le secrétaire général avait mal pris la chose. Findoiseau 9

passa sous le contrôle de Nicole, mais l'ancien ch~f, au courant des dossiers, ne manqua pas d'embarrasser la nouvelle arrivée qui les découvrait. Les conditionnels quadruplèrent et les yeux, rangés derrière leurs vitrines rondes, regardèrent passer les contradictions comme s'ils ne les remarquaient pas. Un matin, Nicole fut chargée de mission à Berlin par le Ministre, fit ses valises, et, en son absence, le secrétaire général reprit le contrôle du Service des étrangers. Cependant, pour la filière turque et ses ramifications, il convient de tenir au courant Madame le directeur de cabinet aujourd'hui chargée de mission puisque sa mission précisément porte sur ce sujet.

* * *

Petit enclos à proximité de l'église, le cimetière avait été agrandi quatre fois pour être à l'échelle des décès qui augmentaient, comme la population, au gré de l'urbanisation. L'ancien mur et le petit abri à côté de la porte témoignaient du temps jadis. C'est de ce côté-là que les tombes étaient les plus anciennes. Les nouvelles surfaces avaient moins d'allure. Les femmes qui vinrent vers dix-huit heures, ce samedi-là, ne savaient pas grand-chose de la cité que la directrice du Centre social qualifiait de « défavorisée ». Les informations qui leur parvenaient passaient par le journal local et les propos qu'on échange au club du troisième âge et chez le boucher et le boulanger en atten-

dant son tour: « Est-ce que ce n'est pas malheureux tout ça ? - On se demande où on va. » Sur la voie rapide,
quand la fille de la plus jeune des deux les emmenait toutes les deux faire leurs courses au supermarché, elles 10

longeaient la cité, et, sur le trottoir passaient des Marocains basanés, des Turcs à moustaches et des Africains noirs qui regagnaient leur foyer caché par là derrière. Quelques-uns portaient des sacs bariolés chargés de marchandises. Aline et Rose étaient âgées respectivement de soixante-douze et soixante-huit ans. « A nos âges, on a du mal à comprendre. Le soir je ferme ma porte à double tour et double verrou et je vérifie les volets! » Et la fille de Rose, tout en conduisant, avait expliqué, au retour, que certains ne se gênaient pas: Ils achetaient des yaourts au prix fort, avec les morceaux de fruits, alors qu'elle revenait à la maison avec des yaourts nature. Elles avaient entendu parler de la mort de cet enfant-là. Un malaise à la sortie de l'école, inexplicable. Pauvre gamin! D'autres parlaient de crime raciste. La préfecture avait démenti. Il avait douze ans. Le journal avait publié sa photo: cheveux noirs éparpillés sur le front et le sourire. « Un bon petit! Mais qu'est-ce qu'ils viennent faire chez nous? Ils ne seraient pas plus heureux chez eux, hein? » A l'enterrement, cinq voisins, douze instituteurs et adhérents d'associations de solidarité, un élu de la commune et une centaine de Turcs aussi rudes que I'hiver en Anatolie. Le reporter avait photographié l'assistance entre les croix du cimetière. A l'issue d'un après-midi d'amitié du troisième âge, Aline et Rose s'étaient dit l'une à l'autre qu'elles iraient porter un pot de géranium sur la tombe de Germaine, la dernière décédée du club. « Croyez-vous qu'ils mettent un croissant sur leurs morts? - Ce sont des Musulmans.

- Même nos cimetières vont changer. »
Le lendemain, elles faisaient l'actualité. Elles étaient les premières à avoir vu. La tombe avait été violée: la terre amassée était éparpillée, creusée; les parpaings de 11

ciment qui la bordaient, déplacés, de guingois; les gerbes de fleurs jetées aux alentours avec la planche de chêne où était inscrit provisoirement: « Osman Ozyurt, 1978-

1990. » Le cercueil avait été dérobé. Des policiers municipaux de service vérifièrent et dressèrent procès-verbal. Aline et Rose furent entendues par l'inspecteur chargé de

l'enquête et interviewées par les journalistes. « Je préfère
ne plus en parler» répétait Aline chez le boulanger et tous

les clients lui posaient des questions. « Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? » demandait Rose avant d'entrer
chez le boucher et elle assurait de suite que notre monde devenait fou et qu'elle n'en avait pas dormi de la nuit. Le préfet pria son secrétaire général de suivre attentivement ces événements de nature à troubler l'ordre public. Le secrétaire général se prit à regretter que Madame le directeur de cabinet fût si loin. Il perçut d'ailleurs un éclat d'ironie dans le regard que le préfet avait jeté sur lui.

* * *

Entre le comptoir et les murs, sept tables et une vingtaine de chaises. C'est petit et crasseux. Le patron du bistrot, en chemise blanche, a la tête rentrée dans les épaules. Point de cou. Le corps est inerte, avachi, mais les yeux noirs sont aux aguets. « Monsieur Huseyin est-il là ? Je désirerais lui parler. » Le patron ne bronche pas, les avant-bras restent soudés au zinc, la tête aux épaules. Sans répondre à Nicole qui s'est adressée à lui en allemand, il profère un message en turc. Et Huseyin se lève de la dernière table, dans le recoin au fond. Il balaye l'espace 12

d'un geste d'accueil solennel, comme on fait au théâtre, et

invite Nicole à s'asseoir à sa table: « Je vous écoute. »
Aux tables voisines, des jeunes aux cheveux étranges, teints en jaune et bleu, ébouriffés, restent silencieux à regarder leurs verres vides. De temps en temps, une fille pousse quelques grelots de rire nerveux. Pourquoi ritelle? Personne n'a rien dit. Près de la porte, un gros bonhomme lit son journal interminablement. Le soir rend la rue Naunynstrasse plus sombre, la rue des Turcs. Le patron, statue blafarde, continue sa pose. Dans le quartier de Kreuzberg, les maisons sont mystérieuses. Aux murs délabrés, couverts d'inscriptions sulfureuses font suite des façades ravalées, presque coquettes, et les portes cochères donnent sur des cours entourées d'autres immeubles eux-mêmes percés d'autres passages de plus en plus étroits qui finissent par donner accès sur des entrepôts et des ateliers. Des têtes de femmes emballées de foulards s'inclinent aux fenêtres pour surveiller les cours, des enfants passent en courant d'un escalier à l'autre. Nicole s'est aventurée dans un de ces labyrinthes et s'est retrouvée dans la Naunynstrasse où séchaient de grands tapis rouges et blancs, des peaux de lapins et des coloquintes. Huseyin connaît Ozyurt. Ill' a aidé lors de son passage à Berlin, comme on s'aide en tre camarades. Il éclate de rire quand Nicole lui explique ce que signifie pour elle le « trafic ». Le patron du bistrot lève les sourcils et pivote les yeux de leur côté... Huseyin pâlit quand elle lui apprend la mort du petit Osman. Elle ne dit rien de la disparition du cercueil. * * *

13

Le préfet pense maintenant qu'il a été malavisé d'envoyer Nicole à Berlin. Son secrétaire général est un maladroit doublé d'un prétentieux, qui ne saura pas prendre les décisions qui conviennent dans cette affaire qui devient grave. La mort de ce petit garçon a ému non seulement la communauté turque mais toutes les familles immigrées de tous les quartiers populaires. Entre les jeunes de ces cités-là, quelles que soient leurs origines, fonctionne une solidarité viscérale. Devant la mort d'un des leurs et surtout d'un plus jeune, d'un petit, leur émotion devient tragique.

Qui a écrit sur le mur du cimetière: « Enterrez vos morts chez vous! La France aux Français! » ? Inscription
postérieure à la disparition du cercueil. Les enfants turcs ne sortent plus dans la rue. Les enfants marocains plus guère. Mais à l'entrée du supermarché, leurs aînés ont montré des couteaux. C'est ici que les choses deviennent urgentes, pas à Berlin. Il faut très vite donner à l'opinion publique des explications apaisantes. Comment mettre fin à cette mission du Ministère de l'Intérieur sans tomber dans le ridicule? Quand il a envoyé Madame son directeur de cabinet là-bas, il a fait état de sa maîtrise de la langue allemande et des relations qu'on lui connaît dans les milieux protestants: « Vous êtes tout à fait qualifiée pour une mission aussi délicate. Je n'ai pas pu refuser au ministre de vous détacher quelques semaines. »

* * *

14

Nicole a décliné l'offre d'un studio de fonction à la disposition de la diplomatie française. Elle loge chez des amis à Berlin-Est. C'est un plaisir de passer à présent d'un côté de la ville à l'autre sans contrôle, en se promenant. Elle se souvient des heures d'attente et des formalités policières qu'il fallait subir à la gare de la Priedrichstrasse. Les choses restent pounant différentes à l'ouest et à l'est comme entre des vainqueurs et des vaincus qui se retrouveraient à la même table. Günther est pasteur protestant. Sa femme Erika craint de perdre son emploi de conseillère pédagogique. La réunification a des conséquences. Leurs trois enfants s'interrogent sur ce que vont devenir leurs programmes et leurs filières scolaires sous les décisions de l'Ouest.
« Nous sommes en voie de colonisation»

explique

Günther en souriant. Nicole est liée d'amitié avec eux depuis une dizaine d'années. Les occasions de rencontre avant la chute du mur étaient rares et laborieuses. Les autorisations se demandaient six mois ou un an à l'avance en arguant de colloques, de symposiums, d'œcuménisme. « Bien sûr, nous sommes heureux que le mur soit tombé. Mais le mark est arrivé! »
.

Quelle est la nature exacte de sa mission? Qui pourrait

la lui définir? Personne. C'est à Nicole elle-même de se la préciser. Elle ira papillonner où il lui plaira et conclura ses vagabondages par un rappon d'une cinquantaine de pages dans le style qui convient aux esprits supérieurs: bref aperçu méthodologique, quelques statistiques, deux ou trois percées surprenantes sur des zones inexplorées, une vision transversale et des perspectives. Amen! Ce sera lu puis classé par un haut fonctionnaire qui en dira trois mots

à Monsieur le Ministre: « Cette petite est intelligente. »
Reviendra-t-elle à sa préfecture de départ, respectueuse des prérogatives du secrétaire général, ou sera-t-elle mutée? Gardera-t-elle un prudent silence ou fera-t-elle un 15

éclat? C'est à méditer. Elle envisage de compliquer les choses en écrivant au préfet que la mission s'avère plus difficile que prévu; Elle a besoin des services d'un inspecteur de police. Sa lettre expliquera que l'enquête prend un tour policier qui comporte des risques qu'elle ne saurait prendre seule et exige des compétences qui ne sont point les siennes. Puisqu'ils ont manigancé ce voyage comme une intrigue contre elle, elle n'a qu'à compliquer les choses à leurs dépens. Est-il d'ailleurs besoin de les compliquer? Ne se compliquent-elles pas d'ellesmêmes? Nicole expédie sa lettre puis en a un certain regret. Cette mort d'enfant, ce cercueil volé, les douleurs, les colères, les peurs qui s'allument, méritent sans doute mieux qu'un imbroglio préfectoral. Nous sommes passés de la comédie au drame et même à l'histoire. Günther lui fera rencontrer à l'Est et à l'Ouest des personnes informées des problèmes de l'immigration. A son avis, les ~,ources à considérer se situent dans la police et dans l'église. Mieux vaut dire « les polices» puisqu'il en existe trois ou quatre catégories à l'Ouest, plus secrètes ou plus ordinaires, et au moins deux à l'Est. La décomposition de la Stasi, combinée à l'unification des services, embrouille

le puzzle. « De ce côté-là j'ai peu d'accointances et
j'inspirerais plutôt du silence, dit Günther. Mais, du côté des églises, j'ai des amis, et l'immigration, comme l'aide au Tiers-Monde, est l'une de mes spécialités. Les églises aussi sont au pluriel, depuis la Réforme. N'oublie pas cela, Nicole! Tu parles à un protestant. Elles ont su cependant coordonner leurs informations et leurs efforts beaucoup mieux, je crois, que les polices. L'œcuménisme fonctionne mieux chez nous que chez les flics. Laisse-moi le temps de préparer les entrevues. Les questions turques relèvent surtout de l'Ouest, encore que sont signalés, ces jours-ci, des squatts turcs dans des immeubles abandonnés 16

de Berlin-Est. Du temps du mur existaient aussi des filières qui prenaient pied de ce côté-ci avant de filer de l'autre. Je ne sais ce qu'il en reste. Berlin est encore une plaque tournante de l'immigration. Laisse-moi quelques jours pour te trouver des interlocuteurs qui t'en diront davantage! » Nicole se promène. Elle regarde les sculptures qui ornent les places publiques à l'Est ou à l'Ouest, et les photographie. * * *

Pourquoi la disparition du cercueil crée-t-elle plus d'émotion que la mort ?.. Ramassé inanimé à deux cents mètres de la sortie de l'école, vers six heures du soir, Osman Ozyurt fut transféré à l'hôpital par le SAMU. Il Y décédait dans la nuit sans avoir repris connaissance. Le médecin de garde a diagnostiqué un traumatisme crânien. La police a ouvert une enquête. Le directeur de l'école a signalé que l'enfant s'était trouvé mal à l'issue d'un cross quinze jours plus tôt. L'assistante sociale a entendu parler d'épilepsie mais a refusé de signer une déposition: « C'est aux médecins de se prononcer ». Le père n'a pas porté plainte. Il est sans titre de séjour régulier depuis que la Commission des recours a définitivement rejeté sa demande d'asile. Il parle fort malle français. Les journaux ont conclu à un accident. Pris de malaise, le jeune garçon serait tombé malencontreusement, la tempe heurtant l'angle d'un banc en ciment. L'inspecteur Costinard incline la tête. Ses yeux fixent leur objectif à n'en plus démordre, sans battements de 17

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.