Yesterday's gone - saison 1 - épisode 3 : La peur du noir

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Vous aimez les séries TV ? Vous êtes accros à The Walking Dead, Dexter, True Blood, Lost ou American Horror Story ? Ce livre est pour vous.
Le premier thriller post-apo conçu et écrit comme une série télé : hyper addictif !

Troisième épisode : seulement 3.99€ en numérique !




Le phénomène

- Un livre pensé comme une série télé : l'histoire se déroule en 6 saisons de 6 épisodes
- Pas de " héros " mais plusieurs survivants que l'on suit tour à tour et que l'on a hâte de retrouver
- Des auteurs 2.0 qui travaillent en collaboration sous le nom de " collectif Inkwell "
- Un phénomène d'édition aux États-Unis : plus de 1000 commentaires 5 étoiles sur Amazon.com.



L'histoire

Le choc passé, l'heure est venue de réagir, et de choisir. Dans ce monde déserté, certaines trajectoires vont se rejoindre, d'autres se séparer, mais quelque chose donne à penser que toutes sont appelées à se croiser.
La priorité : échapper à ces créatures atroces, ces abominations aux dents acérées qui se sont répandues sur Terre tel un fléau et qui les pourchassent.
Avant de chercher à comprendre, il faut survivre. Et apprivoiser l'horreur...





Publié le : jeudi 11 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823845471
Nombre de pages : 81
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couverture
SEAN PLATT & DAVID WRIGHT

YESTERDAY’S
GONE

Épisode 3
« La peur du noir »

Traduit de l’anglais
par Hélène Collon

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Chapitre 1 – Paola Olson

16 octobre, tôt le matin.
Bell Springs, Missouri.

Paola se réveilla en sursaut, comme si elle venait de rêver qu’elle tombait. Sauf que ce qui la tirait aussi brusquement du sommeil, ce n’était pas la pesanteur mais une voix qui lui chuchotait son nom à l’oreille.

Elle s’attendait donc à trouver quelqu’un debout à son chevet. Pourtant, il n’y avait personne. La voix avait dû être un écho de son rêve.

Elle tendit l’oreille au cas où. Mais elle n’entendit que le léger ronflement de sa mère, qui dormait la bouche ouverte ; ce petit bruit doux comme une respiration de bébé, elle le connaissait si bien qu’il la berçait plus qu’il ne l’irritait. Elle distinguait mal ce qui l’entourait ; c’était à peine si sa mère était visible dans l’ombre qui régnait dans la pièce tel un nuage noir.

Elle cligna des yeux à plusieurs reprises et tenta de savoir de quel côté du rêve elle se trouvait.

Je dois être encore en train de rêver, le vrai monde n’est pas si glauque.

Elle reposa sa tête sur l’oreiller et ferma les yeux. 99… 98… 97… 96… 95… D’habitude, elle ne dépassait guère 65 avant de sombrer. 94… 93…92…91…90…

— Paola !

Cette fois, la voix était plus claire. La petite fille n’eut plus aucun doute sur sa réalité.

Elle s’assit toute droite sur son lit improvisé. C’était la voix de son père, et elle venait du fond du hall d’accueil, toujours plongé dans la pénombre.

— Paola, tu es là ?

C’est forcément un rêve !

Il n’y avait pas d’autre explication. Elle en était certaine maintenant. Comment son père aurait-il pu la retrouver ici, au milieu de nulle part ?

— Paola !

Elle repoussa les coussins et se leva. Si c’était lui en vrai, tant mieux ; sinon, un papa-du-rêve ferait l’affaire pour le moment. Les zones d’ombre de la pièce n’étaient pas rassurantes ; pourtant, Paola sentait qu’elle n’avait rien à craindre. Quand un rêve tournait mal, il suffisait de se réveiller. Et ça, elle savait le faire ; elle avait même beaucoup d’expérience dans ce domaine. C’était comme ça qu’elle orientait parfois ses rêves pour éviter les cauchemars.

— Paola, ma puce ?

Paola fit halte au chevet de sa mère. Ainsi elle la discernait mieux. Elle vit ses yeux rouler sous ses paupières tandis qu’elle entourait son oreiller de ses bras et le serrait contre sa poitrine. Un petit grondement naquit dans sa gorge, caressa un instant l’idée de sortir par sa bouche, mais choisit finalement le nez et s’en échappa avec un sifflement.

Ça ressemble aux rêves dans lesquels je joue à cache-cache. Je les aime bien ceux-là.

Elle se dirigea sur la pointe des pieds vers l’endroit d’où lui semblait provenir la voix de son père en passant devant sa mère, Desmond et John, la joue toujours collée au bar, puis laissa Jimmy derrière elle et pénétra dans la salle à manger.

Les rêves du jeu de cache-cache étaient ses préférés ; elle les attendait avec impatience et essayait même de les provoquer en influençant son compte à rebours dans ce sens. C’était toujours avec son père qu’elle jouait ; tout seuls tous les deux. Et elle y était plus jeune que dans la vraie vie. C’était avant de se sentir trop grande pour appeler ses parents papa et maman. Avant que son bien-être ne cède devant l’évidence : elle ne pouvait plus les idolâtrer car, en fin de compte, ils n’étaient pas parfaits.

Le plus souvent, elle cherchait la meilleure cachette possible, et c’était là que son père l’appelait. Plus elle y restait longtemps, plus il était impatient de la trouver. Il l’appelait sans relâche en fouillant toute la maison, en regardant par les fenêtres et en ouvrant toutes les portes. « Paola, ma puce, montre-toi, qu’on puisse enfin être ensemble. Ne me fais pas languir plus longtemps. Dès que je t’aurai trouvée, on partira à la recherche de maman, toi et moi ! » disait-il.

Et ça finissait toujours comme ça. D’abord, il la dénichait – sous le lit, dans le placard, derrière le chêne du jardin ou le ballon d’eau chaude à la cave, dans le garde-manger… Alors il la faisait sortir en feignant de pousser un grand rugissement. Quand ils avaient fini de pouffer, ils s’en allaient main dans la main à l’aventure, en quête de maman.

Il ne mettait jamais plus de quelques minutes à la trouver, et ces rêves-là avaient beau varier, ils se terminaient toujours de la même façon : une fois réunis, tous trois mangeaient des glaces, regardaient un film… bref, les mille activités que, dans la vraie vie, Paola regrettait tant de ne plus pouvoir faire.

Cependant, ce rêve-ci avait quelque chose de différent.

D’habitude, ça commençait bien et ça ne faisait qu’aller de mieux en mieux. Alors que là, il virait déjà au cauchemar affreux. L’ombre d’une mystérieuse et dégoûtante présence déformait tout ce qu’il y avait de familier dans le rêve habituel de cache-cache, et tout à coup la nostalgie réconfortante se muait en horreur inconnue.

Paola aurait juré qu’elle se trouvait dans les cuisines ; et pourtant, un long couloir s’ouvrait à présent devant elle. Cela accentuait encore son impression de faire un rêve. Quand elle dormait, elle revenait toujours sur ses pas.

J’étais dans le hall. Puis j’ai traversé le restaurant pour entrer dans les cuisines. Et maintenant, voilà que je suis dans un couloir dont je ne vois pas le bout. On dirait qu’il fait des kilomètres de long, comme à l’hôtel la fois où on est allés à Las Vegas. Quand on vivait encore ensemble, tous les trois.

Paola fit volte-face. Le couloir sans fin s’étendait de part et d’autre d’elle, comme vu dans un miroir, jalonné de mille portes identiques. Décidément, non, ce n’était pas le rêve de cache-cache, mais un de ses autres rêves récurrents, quand son père voulait lui montrer quelque chose sans jamais y arriver. Dans ces rêves-là, elle se sentait perdue, seule ; elle essayait de le rattraper, le suivait pendant une éternité le long de couloirs tortueux ou dans des escaliers en colimaçon. Les bâtiments où elle se trouvait alors étaient invariablement bizarres, et ne cessaient de changer d’aspect.

À présent, elle ressentait à peu près la même impression sauf qu’autour d’elle, cette fois, les choses n’étaient pas toutes molles. C’était le moyen qu’elle avait trouvé pour s’assurer qu’elle rêvait : il lui suffisait de poser la main sur un mur, un arbre ou tout autre objet inanimé ; s’il cédait sous la pression, c’était un rêve.

Or ce monde-ci était dur. Malgré l’architecture aberrante et en constant réaménagement, les choses ne bougeaient pas quand elle appuyait dessus.

— Tu t’en sors très bien, ma puce. Tu y es presque. Encore quelques pas.

Le couloir disparut d’un coup, et avec lui les portes. Paola battit des paupières et se retrouva dans les cuisines, devant une longue table métallique – anormalement longue. Juste sous ses yeux, un couteau de boucher improbable, si grand qu’il semblait sorti d’un dessin animé.

Paola le ramassa. Le contact du métal était froid sous ses doigts. Elle le retourna dans sa main et contempla son reflet déformé dans la lame en se demandant, si elle était bien en train de rêver, pourquoi elle avait l’air si réelle.

Elle le reposa, puis se remit en marche et parcourut des centaines de mètres, lui sembla-t-il, avant de sortir des cuisines. Elle se retrouva alors dans le nuage de brume laiteuse qui engloutissait le monde.

Là encore, elle marcha longtemps ; mais au moins ici les distances étaient-elles vraisemblables, et non illusoires comme dans l’interminable couloir de l’hôtel. Elle foula des cailloux aux arêtes vives, des bouts de bois et une flaque de verre brisé qui lui blessèrent douloureusement les pieds. Baissant les yeux, elle fut surprise de voir sa peau très blanche constellée de taches rouges qui devenaient brunes sur l’asphalte noir.

Elle avait mal, et l’impression de rêver s’estompa.

À ce stade elle aurait pu s’obliger à se réveiller, mais tout à coup elle aperçut une zone dégagée, de forme carrée, dans le ciel nocturne ; à la place du brouillard, un néon clignotant annonçant : Papa par ici. À côté, une grosse flèche rouge pointant dans la direction que suivait déjà Paola. Elle décida de poursuivre son chemin.

Juste après avoir dépassé le néon, elle découvrit une station-service coiffée d’un auvent blanc ; ses rangées de lampes à fluorescence jaunies par l’âge transperçaient la brume. Cet îlot de lumière lui donnait des allures de peinture à l’huile enfermée dans un gros cadre noir. Toute la clarté du monde semblait concentrée sous son auvent éclatant au milieu des ténèbres ambiantes, et plus particulièrement sur un homme de haute taille négligemment appuyé contre une pompe à fuel.

Paola fut prise d’un frisson.

C’était son père, mais pas tout à fait. Mêmes cheveux, même sourire, mêmes yeux, mais les vêtements n’allaient pas – comme si l’homme s’était déguisé en père de Paola mais en passant complètement à côté des petits détails qui composaient son style. Il portait même un chapeau comme dans les vieux films, ou dans Indiana Jones. Et ce chapeau sonnait faux. En revanche, la barbe de trois jours qui hérissait son menton semblait parfaitement réelle. Paola s’élança, oubliant tout à fait la douleur sous ses pieds.

— Papa ?

— Paola !

Il ôta son chapeau, tomba à genoux et la serra dans ses bras.

— Tu m’as manqué ! Je me suis fait tellement de souci !

— Et moi je suis drôlement contente que tu sois sain et sauf ! Tu sais où sont passés tous les gens, toi ?

— Non, mais en revanche, je sais comment trouver le fin mot de l’histoire. Il faut que tu viennes tout de suite avec moi ; on reviendra chercher ta maman avant qu’elle se réveille.

— On devrait aller la chercher avant !

— Non, parce qu’elle dort ; on serait obligés de la réveiller.

— Elle ne nous en voudra pas. Viens, papa, ajouta-t-elle en indiquant la direction de l’hôtel.

Il soupira et secoua la tête.

— Tout ira bien, mon cœur, je te le promets. Elle ne se rendra même pas compte de ton absence. Dès qu’on sera de retour, on ira tous les trois manger des glaces. Tes nouveaux amis seront les bienvenus, tout le monde sera content. C’est comme jouer à cache-cache, sauf que cette fois, ta maman dort au lieu de se cacher.

— Je t’assure qu’elle ne nous grondera pas si on la réveille. Les autres non plus. Au contraire, ils seront tout excités. C’est si je m’en vais sans rien lui dire qu’elle sera fâchée.

— Mais c’est moi, ton père ! Et de toute façon, c’est ma semaine. Ces jours-ci tu es censée être avec moi.

Ça, ça ne lui ressemble pas du tout.

— Je préfère retourner à l’hôtel, papa.

Son père se releva, remit son chapeau et lui décocha un sourire de star de cinéma.

— Allez ma puce, on en a pour un quart d’heure maximum.

Paola secoua la tête et recula d’un pas. La sensation de rêver recommença à s’estomper.

— Bon, d’accord, céda-t-il. On va aller la réveiller, mais il faut faire attention. Tu sais bien qu’elle traite les gens comme des merdes quand elle n’a pas assez dormi.

Paola se figea.

Jamais papa-du-rêve ne dirait une chose pareille sur maman. Jamais il ne dirait de gros mots. Mon vrai papa non plus d’ailleurs.

— Pourquoi tu dis ça, papa ?

Elle comprit bien vite qu’elle n’obtiendrait pas de réponse : soudain, le visage de son père changea ; la bouche d’abord, horriblement béante, puis le nez, qui se mit à bouger, se déformer, se retourner comme un gant, le tout en un seul mouvement à la fois rageur et fluide. C’était comme si le démon accouchait sous les yeux de Paola, comme si toutes les horreurs qu’elle avait vues ou inventées, ou dont elle avait entendu parler, se matérialisaient tout à coup en se dotant de deux jambes filiformes étirées en longueur.

Sa peau vira au rouge vif et devint humide et luisante ; au-dessous, les muscles et les os semblaient bouillonner comme si un mixeur lui fouaillait les entrailles. Ce monstre s’apparentait à la chose noire qu’ils avaient vue sur la route, mais avec des différences que Paola n’aurait pu préciser car sur le moment elle s’en était promptement détournée. Ce qui n’était pas le cas à présent : elle se rendit compte avec épouvante qu’elle ne pouvait quitter des yeux la créature qui n’était pas son père.

Ses yeux noirs, maléfiques, étaient les seuls à ne pas s’ajuster en permanence dans un visage qui paraissait chercher son aspect définitif. Paola eut tout à coup mal à la tête ; elle avait la sensation qu’on essayait de lui planter des bâtons dans le crâne. Des bâtons ou… des doigts. Alors elle se rendit compte que la chose enserrait bel et bien sa tête dans ses mains, et essayait par tous les moyens de s’introduire dans son esprit.

Des souvenirs se mirent à défiler devant ses yeux. Des événements auxquels elle n’avait pas pensé depuis des années.

J’ai cinq ans et on brode un petit coussin parce que la petite souris va venir chercher ma dent et me laisser une pièce. Il faut qu’on se dépêche parce que ma dent bouge dans ma gencive. Papa entre dans la pièce. Il sourit. Il a fini de fabriquer le minuscule lit de la petite souris. Au cas où elle serait fatiguée et où elle voudrait se reposer avant de finir son travail de la nuit.

Son mal de tête s’accentua, comme si son crâne cédait sous la pression inexorable des doigts du monstre. Tout d’un coup, elle ne savait plus ce que son père avait fabriqué pour la petite souris. Puis elle ne sut plus à quel âge la petite souris était venue chercher sa dent. Enfin le souvenir tout entier disparut, et elle se creusa la tête comme pour retrouver un nom qu’elle aurait entendu une seule fois cinq ans plus tôt.

Il creuse dans ma tête comme maman creuse dans le jardin. Il remplit ses paniers de souvenirs et non de fleurs, et il les arrache en tirant sur la racine. Puis il les emporte avec lui.

Elle poussa un cri et voulut frapper les bras du monstre pour les éloigner d’elle, mais son corps refusa d’obtempérer. Elle n’avait plus aucun contrôle sur lui. Elle était devenue pire qu’un pantin.

Un instant plus tard, elle gisait sur le sol en ciment froid de la station-service, incapable de se rappeler ce qui s’était passé ni comment elle était arrivée là. Elle ne se savait même plus comment elle s’appelait.

Sa seule certitude : elle était sur le point de mourir.

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