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Yobi, l'enfant des collines

De
82 pages
Né dans la 2ème moitié des années 50 au Ruanda-Urundi, territoire scindé en 2 pays en 1962 (Burundi et Rwanda), Yobi grandit sur sa colline, au Burundi, comme les autres enfants de la campagne. L'introduction de l'école entraîne une rupture entre les instruits et le monde rural. Au cours de cette scolarité, la plupart des jeunes se découvraient Hutu ou Tutsi. En discutant avec son grand-père, Yobi comprit qu'il suffisait d'être riche pour être Tutsi et pauvre pour être Hutu. Mais il se rendit compte que c'était aussi plus compliqué que cela... Il s'agit là d'un premier roman.
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YOBI
Yobi est né dans la deuxième moitié des années 50 au Ruanda-
Urundi, territoire, alors sous tutelle belge, et fut scindé en 1962 en ces
deux pays: le Burundi et le Rwanda.
Il grandit sur sa colline, au Burundi, comme les autres enfants de la
campagne. Malheureusement, les maladies infantiles emportaient de temps
en temps les moins résistants. Sur cette colline, toutes les personnes
vivaient dans les mêmes conditions. Des relations sociales d’inter-
dépendances liaient les unes aux autres selon la tradition. Puis, l’arrivée
du catholicisme tissa aussi d’autres liens.
L’introduction de l’école entraîna la coupure des instruits avec le
monde rural. C’est, au cours de leur scolarité, que la plupart des jeunes se
découvraient HUTU ou TUTSI. En discutant avec son grand-père, Yobi
comprit qu’il suffisait d’être riche pour être TUTSI et pauvre pour être
HUTU. Mais, plus tard, il se rendit compte que c’était plus compliqué que
cela.
A Usumbura, la capitale, les instruits au contact des occidentaux,
trouvèrent de nouvelles richesses qui étaient pour objets de convoitise et
non partagées équitablement. Ces instruits, allaient-ils vivre harmonieuse-
ment, comme dans les collines, ou leur soif de posséder et de dominer
allait-elle prendre le dessus ?
La crainte de Yobi se concrétisa en 1972 : un conflit éclata, le sang
coula dans le pays.
Les études conduisirent Yobi en France où il fit connaissance d’ “un
autre monde”. Au retour dans son pays, il assista aux premiers pas de la
démocratie.
Malheureusement, cette expérience politique se termina par une
tragédie, plongeant le Burundi dans une longue guerre civile.
5YOBI L’ENFANT DES COLLINES
Yobi naquit dans la deuxième moitié des années cinquante sur une
colline enclavée, la colline de Mbuye au Ruanda-Urundi.Voilà un langage
bien moderne. Enclavée par rapport à quoi, puisque chaque colline se
suffisait à elle-même ? Il apprit qu’il était né un matin, pendant la récolte
du maïs. La date exacte du calendrier romain fut précisée par le curé qui
l’avait baptisé, en se fiant aux indications des parents, puisque ceux-ci
étaient de civilisation orale. Il paraît que naître à cette période de l’année
porte bonheur.
Un spécialiste de l’histoire du Burundi l’informa plus tard que Mbuye
èmefut la capitale du royaume du Burundi au XVIII siècle.
Le petit grandit comme les autres enfants de la colline. Les maladies
infantiles emportaient de temps en temps les moins résistants. Les pauvres
Kasilida et Yohani furent de ceux-là.
Les habitants de chaque colline avaient leur propre source d’eau où
tous les enfants allaient puiser. Ceux qui avaient des vaches les faisaient
paître sur la colline et ceux qui n’en avaient pas faisaient paître leurs
chèvres ou leurs moutons. Quand les enfants gardaient ces herbivores, ils
en profitaient pour pratiquer leurs jeux favoris : la course à pied ou faire
rouler des pierres sur les pentes des collines. Parfois ils s’adonnaient
tellement au jeu qu’ils oubliaient leur travail de garde. Les troupeaux en
profitaient alors pour ravager les champs des cultures. La punition était
pourtant connue : des coups de bâton sur le derrière et la privation du
souper. Cela n’empêchait pas les enfants d’oublier leur devoir. Quand ils
gardaient les troupeaux avec des adultes, ceux-ci leur racontaient ce qui
s’était passé pendant leur jeunesse. C’est ainsi que l’histoire se
transmettait. Tous les enfants de la même colline connaissaient la même
histoire, avaient les mêmes activités et vivaient dans les mêmes conditions.
7En tout cas, sur la colline de Yobi c’était ainsi. Plus tard, il réalisa qu’il en
était ainsi sur toutes les autres collines. Toutes les personnes vivaient dans
les mêmes conditions, et pourtant il y avait des relations sociales de
dépendances entre les unes et les autres. Certains propriétaires terriens
louaient une partie de leurs terres à ceux qui n’en avaient pas ou peu
moyennant en contrepartie des journées de travail, une partie des récoltes,
ou des cruches de bière selon les fréquences convenues. Cette pratique fut
supprimée par les tenants du pouvoir de la deuxième République. Les
personnes qui habitaient et entretenaient des terres sous ce type de
contrats pendant dix ans en devenaient ensuite propriétaires.
Sur la colline de Yobi, deux familles ont bénéficié de ces
changements : les Bakanibona et les Rugidi.
D’autres relations sociales se tissaient aussi à travers des cadeaux :
une personne qui avait reçu en cadeau une vache de quelqu’un devenait
son allié, avec obligation un jour de lui en redonner une autre. Les
mariages également nouaient des liens entre les familles. C’est ainsi que les
gens des collines voisines devenaient parents par le biais des mariages.
En ce temps-là, l’éducation incombait à tous les parents de la colline,
et chaque enfant le savait. Même les parents des autres collines
intervenaient s’ils venaient à surprendre les bêtises des enfants ou s’il
fallait ramener ceux-ci sur le droit chemin. C’est ainsi que le respect mutuel
était de mise dans toutes les relations. Le mot parent dépassait le sens
familial.
Quand un adulte croisait un enfant, il ne l’appelait pas par son nom
mais disait : « Ah ! Le fils ou le petit-fils d’un tel. » Sur la colline, les
adultes appelaient Yobi, umuhungu (fils) wa (de) Buhembe.
A propos des noms, chaque enfant d’une même famille portait son
nom personnel. Avec le catholicisme vint s’ajouter au nom le prénom.
Le catholicisme tissa également d’autres liens. Les filles eurent des
marraines. Elles les considéraient comme leur mère ; les garçons, des
parrains, et les comme leur père.
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