Z. Tumeur amoureuse

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Si : 1/Vous vous êtes déjà inscrit(e) sur un site de rencontre en ligne 2/ Internet a largement modifié votre approche de la sexualité, que vous soyez célibataire ou en couple. 3/ Vous avez déjà échangé des sextos ou des photos de vos charmes avec de parfait(e)s inconnu(e)s de la toile. 4/ Internet est à vos yeux un merveilleux supermarché libérateur de vos indicibles fantasmes. Alors, ce livre est votre histoire !
Publié le : mardi 2 décembre 2014
Lecture(s) : 212
EAN13 : 9782336363981
Nombre de pages : 200
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Clémence O.Z.
Tumeur amoureuse
i :
1/ Vous vous êtes déjà inscrit(e) sur un site de rencontre en S
ligne
2/ Internet a largement modifé votre approche de la sexualité,
que vous soyez célibataire ou en couple
3/ Vous avez déjà échangé des sextos ou des photos de vos
charmes avec de parfait(e)s inconnu(e)s de la toile
4/ Internet est à vos yeux un merveilleux supermarché libérateur
de vos indicibles fantasmes
Alors, ce livre est votre histoire !
Née par une nuit de pleine lune entre le Cap-Sicié et le stade Mayol
à Toulon, Clémence O. a, dès son plus jeune âge, perpétué le courant
philosophique hédoniste du « pas de regrets que des souvenirs » initié par le
marin mandréen de la Corniche. Sujette à des crises aiguës d’agoraphobie, Z. c’est seule, recluse sous l’olivier de sa demeure varoise, que Clémence O.
a accouché de son premier roman, véritable plongée abyssale dans les
tréfonds de son cortex. Tumeur amoureuse
Distribution : L’Harmattan Roman
ISBN : 978-2-343-04500-9
18 €
Z-29_octobre_135x215.indd 1 21/11/2014 13:08
Clémence O. Z.
Tumeur amoureuse





Z.
Tumeur amoureuse












Voir catalogue en fin de volume.
































ISBN : 978-2-343-04500-9

4 Clémence O.



Z.
Tumeur amoureuse


Roman
















REMERCIEMENTS
À KA/M.E sans qui mon existence n’est que futilité.

À César, mon ami, dont les frasques amoureuses sont
une inépuisable source d’inspiration littéraire.




Couverture :

Conception graphique par Albin « César » Mougeotte

« Le danger que l’on pressent,
mais que l’on ne voit pas,
est celui qui trouble le plus. »

César

1.
Un indicible sentiment de gâchis m’envahit pendant
que je fixai, une fois encore, le corps droit comme
l’injustice de mon fier César, mon ami, pendu là, inerte,
à la poutre centrale, blanche, immaculée, de notre salon.
Sa tête, au teint de cire, penchée sur le côté droit, lui
conférait des allures de pantin désarticulé, un bout de
viande inanimé autrefois homme, un néant dont la vie
s’était extraite pour rejoindre le royaume du rien ou,
pour les plus optimistes, du peut-être.
Nu tel le ver qui ne tarderait pas à proliférer en son
fruit, César, les mains le long des flancs, m’évoquait une
œuvre du photographe de Brooklyn Joel-Peter Witkin,
nature morte parmi les vivants.
Je me remémorais la raison exacte pour laquelle son
cadavre, déjà froid, dodelinait à quelques centimètres du
fauteuil club orangé dans lequel je trônais. J’en étais
responsable, en partie du moins ! Les cellules du défunt ne
s’approvisionnaient déjà plus en énergie, laissant
progressivement place à une rigor mortis dont je mesurais
la plus infime évolution.
Je tentais de remettre en branle mon
électroencéphalogramme d’une platitude sans égale, la haine
s’immisçant en chacun de mes pores à la vue de ce cadavre
flottant, marionnette abandonnée par son Gepetto.
César, mon César, avait bien dû laisser un bout de papier,
une missive explicative, lui le jongleur du mot, le Tyson
de l’antanaclase, le Paganini de l’hypallage.
Il ne pouvait être parti comme ça, poussé par un
impossible amour. Après tout ce que l’on avait partagé,
c’était un peu raide. Raide à son image du reste, puisque
le mort m’avait offert le plaisir visuel ultime d’opter pour
une pendaison dans le plus simple appareil.
J’avais vidé la moitié de la bouteille de Single Malt
écossais qui tanguait dangereusement sur le coin gauche
de la table basse. Sous l’effet combiné de l’alcool et des
plantes médicinales fortement dosées en THC de notre
ami chimiste, mon cortex prenait des allures de
périphérique parisien cérébral au mois de novembre.
Tel un cyborg, je passais en revue les moindres
recoins de la vaste pièce qui nous servait de salon. Je
scrutais le lieu à la recherche du petit post-it collé sur le
bord gauche du miroir ou de l’avion en papier atterri en
catastrophe au-dessus du lustre art déco, subtil jeu de
piste d’une mort annoncée. La vieille horloge posée sur
la cheminée en marbre indiquait 3h28 du matin. Dans
la pièce, des dizaines de bougies argentées, dont les
flammes oscillaient sous l’effet des larges pales du
ventilateur situé au plafond, accentuaient un peu plus encore
la théâtralité de la scène. Alors que je poursuivais mon
repérage minutieux en quête d’un indice explicatif,
nombre de questions se bousculaient dans mon mou de
veau crânien.
Chose rare, mes glandes lacrymales demeuraient
muettes, elles qui avaient été si prolixes depuis ma plus
tendre enfance paraissaient s’être tues à tout jamais.
Mais le doute, lui, subsistait ! Le dernier voyage de
César résonnait-il comme le clap de fin du film de sa vie ?
Mon frère d’arme avait-il déjà revêtu son nouvel
uniforme de membre d’une armée des ombres, ou ce
départ précipité signifiait-il l’espoir d’un après ?
Pou10 vait-on imaginer un grand réalisateur de nos vies apte à
assurer un service après vente lorsque la caméra avait
fini de tourner ? Notre œuvre, grande ou dénuée de tout
intérêt, resterait-elle unique et sans lendemain ? Je me
perdais en conjectures philosophico-religieuses et puis
boum, je l’ai vu ! Mon premier réflexe fut de sourire en
découvrant l’indice, supposé explicatif, coincé entre les
orteils de mon fier César. Le bougre avait poussé la
mise en scène jusqu’à nous la jouer Agatha Christie
plantaire. Un ultime trait d’humour noir en forme de
révérence, quel talent ! Passée la stupéfaction amusée, la
mission qui m’attendait me refroidit presque autant que
mon César devait déjà l’être.
Ha non ! Je n’allais quand même pas devoir… Il le
savait pourtant que j’en étais phobique, moi, de cette
foutue mort. Quinze années de psychanalyse n’avaient
pas suffi à atténuer cette crainte d’un après auquel
j’avais, depuis trop longtemps, cessé d’espérer. La mort
guidait ma vie, et cela depuis mon premier souffle fétide
sur un monde dont je me sentais étrangement éloigné.
Comment avait-il pu m’imposer cela, lui, César, mon
frère, le seul qui, finalement, me connaissait par cœur ?
Tout en me pinçant les narines du pouce et de l’index
de la main gauche sans, je l’avoue, a posteriori, en
comprendre la raison, je saisis du bout des doigts le petit
papier jauni.
Et là, le choc ! Lui à qui j’avais tout enseigné, de la
théorie à la pratique, lui à qui j’avais distillé tous les
ingrédients, les plus subtiles ficelles pour s’ouvrir à la
psychologie féminine, avait donc troqué le sexe facile
pour l’amour impossible, la vie pour la pendaison. La
note explicative de ce suicide hâtif, je l’imaginais au
moins belle, poétique, ultime pied de nez à un monde
que nous exécrions. Les trois mots écrits à l’encre noire
firent ressurgir ma nausée.
11 « Zara, tumeur amoureuse. » Le cancer du cœur
s’était propagé à toute allure, précipitant mon ami dans
une tombe qu’il avait lui-même creusée. Comment
avait-il pu tomber si bas, lui que j’avais couronné
empereur ?
Si César respectait la tradition romaine dans toute sa
splendeur et décadence, il revoyait quand même la
redistribution des rôles de manière quelque peu drastique.
J’étais peut-être Brutus, mais un arrière-goût de haute
trahison me collait au palet. M’abandonner ainsi après
tous ces voyages sur les sinueux chemins du stupre avait
tout du crime de lèse-majesté. Je respectais néanmoins
cette mise à mort, cet acte de liberté ultime, moi qui,
jamais, n’avais osé franchir le Rubicon. La ciguë eut
certes apporté une dimension philosophique au tableau,
mais rendons à César ce qui est à César, la pendaison
avait quand même une sacrée gueule !
Toujours quelque peu perché cérébralement, je
scrutais mon complice, perché physiquement. Le contact de
poils soyeux sur mon mollet droit me fit bondir. C’était
Moïse, notre chat, enfin celui de mon pendu. Moi, les
félins d’appartement, j’y étais allergique, au sens propre.
César avait, de manière tout à fait originale, prénommé
l’animal Moïse puisque, à peine sevré, le quadrupède
avait été repêché dans un étang à truites, en
Champagne. Malgré son caractère débonnaire, le félidé
miraculé avait très rapidement pris un malin plaisir à
marquer son territoire en aspergeant les fauteuils et
autres canapés de son urine nauséabonde.
César, pragmatique dans l’âme, avait alors pris la
sage décision de faire castrer la pauvre bête. J’eus
préféré qu’il la fît tondre eu égard à mon terrain allergique,
action que je trouve personnellement beaucoup moins
traumatisante psychologiquement que l’ablation des
castagnettes dudit matou. Mais non, il en serait ainsi.
12 Moïse devait, sur l’autel du bien mobilier, perdre une
partie de ses attributs génitaux.
César avait courageusement emmené chez le
vétérinaire son Moïse, action humanitaire dont je n’ai cessé
de le remercier jusqu’à son dernier souffle pour ne pas
m’y avoir mêlé. Car, depuis ce jour, brillait dans l’œil du
félin une lueur machiavélique lorsqu’il fixait son maître.
Le châtré paraissait être animé d’un esprit de revanche
dont l’ingéniosité me médusait chaque jour un peu plus.
Tel un sphinx au milieu de mes mollets, Moïse
contemplait la scène. Étonnamment, l’animal semblait
comprendre que son bourreau des balloches, le
souffredouleur de ses attaques éclairs minutieusement étudiées,
n’était plus.
Zara avait donc eu raison de la résistance
psychologique de mon ami, le poussant précipitamment vers
cette fosse commune entrouverte dès leur première
rencontre. La rose des sables s’était répandue en lui tel un
mortel poison, un suicidaire élixir passionnel. Le
bonheur avait toujours été, pour César et moi, un concept
se résumant à de petits moments de vie, des vagues de
félicité dans un océan de noirceur. J’avais pourtant mis
en garde mon fier empereur contre l’amour, ce
sentiment qui fait de notre cœur une prison.
Malheureusement, l’incarcération s’était transformée en peine
capitale !
13 2.
Avant que je ne l’introduise dans le merveilleux
monde des rencontres en ligne, je dois admettre que
César avait une connaissance pour le moins sommaire
de la gent féminine. À son actif, une seule tentative de
vie à deux avec sa première et unique conquête, Élise.
L’idylle avait pris brutalement fin après que la
demoiselle susnommée découvrit dans l’historique de
l’ordinateur du salon un onglet sobrement intitulé
Fist4Men. La chose ayant troublé l’esprit de la
pudibonde, cette dernière avait pris son courage à deux
mains et découvert des images d’une perversion dont
elle ne soupçonnait pas même l’existence. Ce Fist4Men
nécessitait sans conteste une mise au poing !
Au retour du travail, César eut toutes les peines du
monde à expliquer à sa chère et tendre son arrivée
fortuite sur ce site alors qu’il le jurait haut et fort, il
cherchait désespérément un ouvrage biographique sur
Hervé Bazin. Le clou du spectacle eut lieu lorsque mon
ami prétendit, sans sourciller, envisager une bifurcation
professionnelle dans le bâtiment afin de trouver une
explication tangible au terme « cône de chantier » tapé
dans la barre de recherche de son ordinateur. Là, hélas,
les images parlèrent d’elles-mêmes et Élise chancela en
découvrant des hommes casqués enfourchant ces gros
objets bigarrés. Cette péripétie mit prématurément fin à
14 la vie de couple de César et nos chemins, bientôt, se
croisèrent.
– Dans l’absolu, que des études de langue te
conduisent à devenir journaliste pour un magazine porno, ça se
tient !
Je n’avais jamais appréhendé la chose sous cet angle,
mais cette pointe humoristique décalée de César me
plaisait. Depuis, nous ne nous étions plus quittés.
Nous étions si éloignés dans la forme et finalement si
proches dans le fond lui et moi. Tout, sur le papier jauni
des années déjà passées, nous opposait… Et pourtant !
Si j’avais vécu en César jusqu’à mes premières années
d’adulte, aujourd’hui j’étais sans conteste plus proche
d’un Néron sous antidépresseurs que de cet empereur
introverti. Une mutation incontrôlable et incontrôlée
avait transformé le têtard que j’étais en crapaud. La bête
visqueuse, le repoussant batracien avait finalement
quitté la mare sans crier gare, au grand dam d’un entourage
familial et amical médusé. L’enfant chétif et névrosé
était parvenu à briser sa carapace, ses chaînes, et les
excès en tous genres avaient supplanté la peur.
Peur des autres, d’un lendemain en forme d’hier, des
conséquences de mes moindres actes, de mes troubles
psychologiques chaque jour un peu plus prononcés, de
ma violence trop longtemps contenue… Le côté
sombrement extrême de mon Moi avait jailli après des
années de gestation et plus rien ni personne ne pouvait
contenir une folie quasi destructrice. Le mot concession
était sorti précipitamment de mon vocabulaire et
choquer n’était pas sans me procurer un certain plaisir
narcissique.
– Enfin lorsque tu parles d’un canard de charme, tu
veux dire érotique, m’avait questionné César, les joues
rosies par une introversion quasi maladive, lors de l’un
de nos premiers échanges dans l’enceinte de cette salle
15 de sport où nos chemins se croisaient quotidiennement
depuis déjà quelques semaines.
– Non, lui avais-je rétorqué. Un truc bien hard. Si tu
veux, je t’emmènerai sur un tournage pour te rincer
l’œil. Tu verras, c’est déroutant. C’est tout l’imaginaire
pornographico-fantasmatique de nos années
d’adolescence, forgé à la force du poignet et à coups de premiers
samedis du mois sur Canal Plus, qui s’évapore en un jet
qui n’est même pas le tien. Des heures de gymnastique,
du plan gynéco en veux-tu en voilà et une certaine
projection dans un monde irréel où le concept d’écarter les
cuisses se mue en métier.
Le visage de César était couleur craie et ses yeux
perdus dans le vague, mais le plus étonnant, sans
conteste, résidait dans les petits mouvements incontrôlés et
répétitifs de sa mâchoire inférieure. La vision, si
étrange, m’hypnotisait. Je retrouvais là, dans
l’expression du faciès de mon ami, les mimiques
caractéristiques de Morty, adorable petit lémurien du film
d’animation Madagascar.
Je ne crois pas au hasard et, si les bifurcations de
mon existence sur le sinueux chemin de la vie m’avaient
conduit jusque dans cette salle de sport où le culte du
corps et les déhanchements de bassin primaient, il
devait y avoir une explication sous-jacente à cette
rencontre fortuite avec César. Cette explication, plus
que le simple fait de combler mes pauses déjeuner par
de l’exercice physique et faire oublier temporairement à
mon corps le poids des années, était, j’en étais persuadé,
une mission quasi caritative. Je l’ai vu et j’ai su que, tout
comme moi quelques années auparavant, mon ami se
sentait trop à l’étroit dans son rôle lisse en surface et
empli d’aspérités intérieures.
Pour César, le seul écart à sa feuille de route d’un
ennui indicible s’était déroulé en compagnie de la
secré16 taire qui partageait son quotidien professionnel depuis
plusieurs années. Un séminaire dans un palace
normand avait donné des ailes à la demoiselle qui faisait de
mon César sa cible prioritaire. Lui ne restait pas
insensible au charme de la plantureuse blondinette dont la
bouche laissait augurer de divines promesses
d’aspiration. Le second soir, après quelques cocktails,
confortablement assis au somptueux bar de l’hôtel,
l’improbable couple avait regagné ses chambres respectives. Au
moment du « bonne nuit » de rigueur, Mélanie, de son
prénom, avait laissé entendre au novice qu’elle ne
refuserait pas une petite visite de sa suite afin de profiter des
reflets mirifiques de la lune sur la mer. Quel
romantisme !
Excité comme un puceau au milieu d’un harem,
César s’était rué sur la demoiselle pour la conduire jusqu’à
son lit kingsize. Là, il lui avait couvert le corps de
baisers tandis que Mélanie ôtait un à un ses légers
vêtements. Était-ce l’air marin, le cocktail au bois bandé
ou encore les formes rebondies de la petite secrétaire,
toujours est-il que le coup partit tout seul. César sentit
son caleçon s’humidifier de sa semence. Face au drame
de ce faux départ, le pauvre n’eut d’autre choix que de
se lever et prétexter quelque remords eu égard à leurs
situations respectives dans la société pour laquelle ils
travaillaient. Ce mensonge lui permit de ne pas affronter
l’indicible.
La petite blonde, fortement désappointée par ce
brusque revirement de situation, sortit en furie de la
suite et passa la nuit à calmer ses nerfs en même temps
que ses sens dans les bras du barman de l’hôtel, au
grand dam de César.
Mèche sur le côté façon Versaillais en plein rallye
dominical, absence totale de confiance en lui malgré une
culture quasi mirandolienne, folie créatrice contenue,
17 expérience de la gent féminine quasi nulle, César était
emprisonné dans un corps de Docteur Jekyll à la
recherche de son Mister Hyde. Et ce Mister Hyde, ce
serait moi !

18 3.
Pour César et moi, la salle de sport était vite devenue
un espace trop exigu à nos envolées lyriques. Laisser
libre cours à nos questionnements tantôt religieux,
parfois musicaux et de plus en plus axés sur le sexe ne
collait pas franchement avec l’esprit du lieu. Profitant de
notre amitié naissante, nous avions décidé, dans un
premier temps, de poursuivre les échanges oraux de
notre binôme lors de déjeuners hebdomadaires du
mercredi chez l’Aveyronnais, notre cantine.
– Ta belle saucisse sèche et un bon verre de vin, ce
n’est certainement pas le régime alimentaire idéal, mais
alors quel orgasme gustatif, avais-je crié à la cantonade
des cadres saint-Mandéens, têtes baissées dans leurs
assiettes afin de ne pas déborder sur le temps imparti à
cette pause repas chronométrée.
Jean, le propriétaire des lieux, avait ri de bon cœur en
nous apportant une assiette de ses rillettes apte à faire
chavirer les sens du plus endoctriné des végétariens.
– Si tu peux agrémenter le tout de tes cornichons
mon Jean, avais-je renchéri en déposant une petite
claque sur le séant de notre pantagruélique restaurateur.
– En fait, le regard des autres, le jugement, tout cela
tu t’en fous, s’était exclamé César en dégustant le
médoc couleur rubis qui emplissait nos verres.
– Les autres, quels autres ? Tu les connais toi ces
inconnus autour des tables ? Tu penses les revoir,
19

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