Si la France voulait... Par l'auteur de "Rochefort député". (Signé : Adolphe Clément.)

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Librairie centrale (Paris). 1868. In-18, 24 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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SI LA FRANCE VOULAIT...
PARIS — IMPRIMERIE L. POUPART-DAVYI., RUE DU BAC, 3°
SI
LA FRANGE VOULAIT...
PAR
L'auteur de ROCHEFORT DEPUTE.
SOMMAIRE :
I. — Préface aigre-douce. Un exorde ex abrupto
II. — Oui ou non ?
III. — Est-ce oui ?
IV. — Est-ce non ?
V. — C'est non !
VI. — En avant !
PARIS
LIBRAIRIE CENTRA
9, RUE CHRISTINE, 9
1868
Tous droits réservés
SI LA FRANGE VOULAIT...
I
PRÉFACE AIGRE DOUCE
« La reconnaissance est un fardeau, et tout far-
« deau est fait pour être secoué, » riposte le neveu
de Rameau à son ami le philosophe. Si d'aucuns
s'allégent vraiment de la façon, la pratique de l'af-
freux chenapan n'est point usagère chez moi, et je
préfère m'acquitter tout simplement de ma dette
envers qui de droit. C'est pourquoi je débute par
des remerciements très-humbles au public pour
l'accueil bienveillant, inespéré, qu'il a daigné faire à
ma petite brochure Rochefort député. En trois se-
maines près de deux mille exemplaires ont été
enlevés par lui, et cela, sans que son choix ait été
stimulé par aucune annonce, aucune réclame, au-
cune appréciation de la presse. J'avais servi celle-ci,
comme il est d'habitude de le faire; elle a jugé que
la chose ne valait point la peine de s'en occuper, et
je le comprends. Je constate le fait sans aigreur;
il m'est permis, je pense, de le constater : bien plus,
je le dois au public dont la bonne volonté lui em-
prunte un double mérite à mes yeux, et puis, tire-
rais-je même de la circonstance une petite satisfac-
tion d'amour-propre, que ce serait pardonnable
encore; mais le plaisir est d'un maigre profit, et j'y
résiste.
Il me faut, toutefois, faire une exception pour le
Courrier de l'intérieur, qui a donné de mon opus-
cule un compte-rendu succinct et très-indulgent.
Le voilà compris dans le tribut que je payais tout
à l'heure, et moi quitte avec lui. Son excuse vis-à-vis
de ses confrères est que, dernier venu dans la presse,
il n'a pu déjà se mettre à l'allure de ses anciens qui
ne quittent point leur attitude harpocratique pour
si peu.
Je ne m'illusionne point, d'ailleurs, et je com-
prends qu'un titre très-actuel et le patron populaire
dont je m'étais fait le client ont été pour beaucoup
sinon pour tout dans mon quasi-succès. Mais (car
il y a un mais), je prends acte du précédent, et je
me dis :
Si la bienveillance du public est acquise à l'heu-
reuse rencontre d'une sympathie individuelle, quelle
ne sera point celle réservée à une communion in-
time d'idées et de sentiments dans les matières qui
lui tiennent le plus étroitement au coeur?
Eh bien ! ce bonheur, je crois l'avoir aujour-
d'hui; le croyant, j'ose compter sur la continuation
de cette bienveillance, et, toute modestie mise de
côté, j'avoue que j'y compte.
J'arrête ici ce préambule miel et absinthe, assez
à temps, je l'espère, pour éviter la fatigue et peut-
être plus au lecteur, et j'aborde immédiatement te
sujet qui est la raison de cet écrit.
UN EXORDE EX ABRUPTO
Et, certes, jamais question ne fut plus opportune,
plus pressante, plus impérieuse !
Il s'agit de savoir si un grand peuple a rompu
à tout jamais la chaîne de ses traditions histo-
riques ;
.Si ce peuple, qui a prouvé maintes fois sa mer-
veilleuse aptitude à la conduite de ses affaires, se
déclarera plus longtemps incapable d'agir en dehors
d'une tutelle ;
Si, après avoir été l'initiateur des autres peuples,
alors que tout marche autour de lui, emporté dans
le mouvement que lui-même s'est efforcé d'impri-
mer, seul, par une contradiction choquante, il s'en-
têtera dans le repos ;
Enfin, il s'agit de savoir si ce grand peuple veut
vivre ou s'il est décidé à mourir.
En dépit des théories ubiquistes et humanitaires
qui se font jour (et j'y donne en plus d'un sens, au-
tant que pas un), l'individu ne se perdra jamais,
sans doute, dans la masse vivante, et la nation, ce
groupe individu, n'est pas encore au point de se
noyer dans l'ensemble des sociétés éparses qui com-
posent la famille humaine. C'est toujours la plus
grande douleur pour le bon citoyen que d'assister
à la déchéance de la patrie, dont les annales lui ont
raconté la haute fortune et qu'il n'a cessé de rêver
glorieuse et prospère. Le malheureux, en butte à
toutes les vicissitudes du sort, garde du moins l'es-
pérance, et il la place même au-delà de cette vie éphé-
mère qui peut, à tout moment, décevoir son attente;
celui-là est véritablement inconsolable-, l'oeil obsti-
nément fixé sur l'avenir, il sait que rien de l'homme
ne peut arrêter la logique inflexible des destinées.
Ainsi s'explique ce voile d'immense mélancolie
qui pèse sur les dernières années des peuples con-
damnés à périr.
Mais, à la vérité, il est faux que nous en soyons
là, et cette hypothèse ne vient ici que pour le be-
soin de ma thèse. Le peuple français est, à propre
ment parler, comme ce malade imaginaire dont
l'estomac est excellent et qui refuse toute nourri
ture, dont la jambe est ferme et admirable de res-
sort et qui ne veut point marcher, dont le bras est
plein de vigueur et qui s'obstine à le laisser ballant
le long de son flanc inerte ; une fantaisie inexplica-
ble s'est logée dans un coin de son cerveau et fait
que cet ensemble harmonieux d'organes attend
vainement la force qui doit le mettre en jeu et que
lui vivant veut être comme s'il était mort.
Or, notre malade a donné depuis quelque temps
des signes certains que sa fantaisie va lâcher prise,
déjà sa jambe se raidit, son bras fait mine de se
soulever, son oeil s'éclaire, ses tempes, son front,
ses lèvres se rident sous le souffle intérieur de la
passion, tous les symptômes de la volonté se ré-
veillent les uns après les autres ; encore quelques
jours, et voilà qu'il se lève et qu'il marche!... Vous
verrez bien.

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