Siége de Paris. Revanche à prendre. Des opérations à exécuter pour débloquer Paris

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Lachaud (Paris). 1870. France (1870-1940, 3e République). In-18. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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SIEGE DE PARIS
REVANCHE
A PRENDRE,
DES OPÉRATIONS A EXÉCUTER POUR DÉBLOQUER PARIS
PARIS.
E. LACHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
4, PLACE DU THÉATRE-FRANQAIS, 4
1870
A PRENDRE
La position critique où se trouve en ce moment la
France demande que chacun offre à son pays non-seule6
ment le secours de son bras, mais celui des idées qui lui
viennent, quelque bizarres qu'elles puissent être. Les
pensées peuvent être bonnes, quel que soit l'âge de l' in-
dividu chez qui elles ont poussé, comme elles peuvent être
des. utopies,
Toujours est-il qu'il est bon, je crois, que chacun
émette ses idées, même utopiques; car s' il peut s'en glisser
parmi elles de sensées, on aura servi sa pairie. Là est
le but qui me pousse à donner le jour à des pensées et
aux résultats de travaux que je ne dirai pas longs et pé-
nibles, mais cependant assez sérieux. Nous allons traiter
des points très-différents. Puisse-t-il se trouver quel-
que chose d'utile dans ce qu'on va lire !
Gomment la France peut-elle se sauver ?
Paris est assiégé. L'ennemi occupe tout l'Est de la France,
sauf quelques places fortes qui sont pour lui des points
noirs d'une importance plus ou moins grande; Il doit y avoir
-4-
autour de Paris 400,000 hommes, peut-être plus. Metz oc-
cupe 150,000 hommes environ. Les autres places fortes,
quoiqu'elles ne soient pas assiégées, gênent Cependant
beaucoup les Prussiens pour la facilité de leurs communica-
tions, et par suite les forcent à détacher des corps s'élevant
à près de 100,000 hommes sur toute la ligne de communi-
cation.
Nous pouvons donc estimer à environ 600 à 700,000 hom-
mes le nombre des ennemis qui foulent le sol français.
Une des premières choses à faire pour débarrasser le ter-
ritoire national est de forcer l'ennemi à lever le siège de
Paris. Pour arriver à ce résultat, il y a deux moyens :
1° Attaquer l'ennemi et le battre:
2° Forcer l'ennemi à lever le siège, faute de vivres et de
munitions.
Examinons ces deux moyens :
1° ATTAQUER L'ENNEMI ET LE BATTRE.
L'ennemi doit avoir, comme nous l'avons vu, près de
400,000 hommes autour de Paris. Pour battre cette armée
il n'y a que trois méthodes : L'armée assiégeante peut être
battue par l'armée assiégée ;
Elle peut être battue par une armée de secours ;
Ou enfin elle peut être battue par le concours simultané
de l'armée assiégée et de l'armée de secours.
L'armée assiégeante peut être battue par l'armée assiégée.
Ceci paraît ridicule au premier abord et l'est en effet en
général pour une place forte ordinaire, puisque l'armée as-
siégeante doit être au moins deux ou trois fois plus forte
que l'armée assiégée et que cette dernière est généralement
composée, sauf exceptions, de soldats pris où l'on peut, c'est-
à-dire de débris de troupes qui sont démoralisées par une
défaite. Il n'y a pas loin à chercher pour trouver des excep-
tions, il n'y a qu'à se rappeler Sébastopol. A Paris, l'armée
— 5 —
régulière n'est pas nombreuse, mais peu à peu, ce qui ne
pouvait être considéré comme troupes régulières le devient,
et il y a, dit-on, maintenant, 150,000 hommes, tant mobiles
que troupes de ligne. Il y a, en outre, dans Paris, 400,000 gar-
des nationaux, dont une partie vient de se mettre à la dis-
position du commandement militaire pour un service actif.
Si le chiffre des gardes nationaux qui veulent prendre part
à une sortie s'élève à 200,000.hommes, on voit que l'on réu-
nira un chiffre de 350;000 combattants, qui est égal ou à
peu près au chiffre des assiégeants. Il y a évidemment à
faire entrer en ligne de compte que cette armée assiégée
n'est pas bien organisée, tandis que l'armée assiégeante est
disciplinée, habituée au feu, ayant des chefs capables, une
artillerie formidable, etc., et jusqu'à présent victorieuse. Or,
une sortie dans la limite d'action des forts devra toujours
réussir si l'on emploie assez de forces ; mais, en dehors, il
est à craindre que l'armée ennemie ait le dessus, et elle a
évidemment toutes les chances pour cela à. forces égales ;
car demandez aux Américains du Nord ce qu'ils ont pu faire
avec leurs armées indisciplinées et mal instruites au début
de la guerre de la Sécession ; demandez à l'histoire pour-
quoi quelques armées républicaines de 1792 ont fui devant
l'ennemi, malgré leur enthousiasme et leur courage. Le cou-
rage ne suffit pas quand on a à combattre des troupes régu-
lières dans les conditions où sont les troupes prussiennes.
Il est évident que l'on peut toujours percer un point,
mais on arrivera ainsi, à la fin de la première journée, à
8 ou 10 kilomètres au plus de la.ligne des forts, après avoir
battu la fraction que l'on avait devant soi. Mais en dix heu-
res au plus, toute l'armée prussienne peut être amenée en
un point quelconque ; puisque la ligne concentrique que.
l'ennemi occupe autour de Paris est d'environ 80 kilomètres,
pour parcourir la moitié, 40 kilomètres. Si l'on acceptait la ba-
taille le lendemain, on aurait donc affaire à toute l'armée en-
nemie et on pourrait être battu. Il faut donc se hâter de démolir
tout ce que l'ennemi a établi et rentrer aussitôt à l'abri des
forts. Quelques jours après, recommencer la même opération
sur un autre point, mais toujours avec des forces doubles,
si c'est possible. Si ces opérations sont bien dirigées, l'ar-
mée assiégeante finira par devenir faible et sera forcée de
lever le siège ; mais il y a à craindre que l'assiégeant ne
fasse venir des renforts, tandis que l'assiégé s'affaiblissant
également n'en peut recevoir. On n'est donc pas sûr de
réussir par ce moyen.
_ 6 —
L'armée assiégeante peut être battue par une armée de
secours.
L'armée de secours aura les mêmes désavantages que l'ar-
mée de Paris ; elle n'aura pas une organisation, meilleure,
et elle sera moins vite formée, car tout le monde a pu re-
marquer avec quelle facilité un habitant de Paris fait, je ne
dirai pas un soldat, mais un militaire sachant manier son
arme, marcher au pas et aligné, etc. Quant à faire un sol-
dat, la population de Paris combattra bien, très-bien même,
mais elle n'est pas faite pour la discipline. L'armée de secours
sera donc moins farinée encore que. l'armée de Paris, elle
n'aura pas d'organisation bien sérieuse, les chefs inférieurs,
ou ce qu'on appelle les cadres, laisseront beaucoup à désirer,
l'armement sera imparfait et imparfaitement connu. Il y aura
donc du danger à amener cette armée contré l'armée prus-
sienne; même trois hommes contre deux, on ne petit répon-
dre sûrement du succès/ et des, troupes aussi nouvelles
venant à être battues sont des troupes perdues (hommes et
matériel).
Enfin,,l'armée assiégeante peut être battue par l'armée
assiégée, de concert avec l'armée de secours.
Ce,système d'opération est très-dangereux à.employer. Il
est contraire d'ailleurs aux règles de la stratégie. Quand une
armée se trouve . entre deux, autres; assez éloignées l'une de
l'autre, ce sera le cas de l'armée prussienne, elle doit, à un
moment donné, laisser devant l'une des parties une faible
fraction de son monde et se porter avec le reste contre l'autre
armée.:''
Napoléon, 1er n'a pas fait autre chose lorsqu'il était entre
la Seine et la Marne et que les armées ennemies suivaient
ces vallées. Avec une force beaucoup moindre,. il; détruisit
des armées entières: Malheureusement, le nombre de ses
troupes était trop restreint.;.
Pour que les armées de l'intérieur ;et de, l'extérieur atta-
quent, simultanément, il faudra .que l'armée, dé secours s'en-
tende avec l'armée assiégée, de manière que celle-ci fasse
une sortie à heure dite . Mais il est facile de se rendre compte
— 7 —
des difficultés qu'il y a à s'entendre pour attaquer de deux
côtés au même moment, surtout quand les communications
ne reposent elles-mêmes que sur des probabilités; généra-
lement on ne réussit pas,, à moins que le général de l'armée
assiégeante ne soit inhabile. Une dès rares attaques de ce
genre qu'on ait vues aboutir est celle du prince Eugène sur
l'armée française assiégeant Turin, en septembre 1706.
En résumé, on peut battre l'armée assiégeante sous les
murs de Paris, mais il faudrait un' concours dé circonstances,
heureuses tellement considérable que ce moyen peut être re-
gardé comme très-difficile à appliquer. ,
2° FORCER L'ENNEMI A LEVER LE SIEGE, FAUTE DE VIVRES ET
DE MUNITIONS.
, Ce moyen est beaucoup plus facile à appliquer, parce que
l'ennemi ne peut envoyer que de faibles parties de son ar-
mée pour escorter les nombreux convois qui lui sont néces-
saires, et par suite,, ii est facile d'attaquer ceux-ci avec des
forces tellement supérieures que l'on ne puisse être battu,-;
même avec de jeunes soldats.
L'ennemi peut tirer ses vivres de tous les côtés, mais il ne
peut avoir de munitions que de l'Allemagne.
Au Nord, il serait possible, avec un corps d'armée de
30,000 hommes s'appuyant sur les places fortes, de gêner
beaucoup l'ennemi pour ses ravitaillements.. Il ne pourra
d'abord pas s'avancer beaucoup de côté, puisque les villes
fortifiées l'arrêteront.
Les principales directions sont donc l'Ouest, le Sud et l'Est.
Deux armées suffiront pour couvrir ces directions. Leur
force devra être la plus grande possible,, mais, dès le début,
il faut que l'armée de l'Ouest ait au moins 200,000 hommes
et celle de l'Est 400,000. ,
L'armée de l'Ouest peut prendre pour Basé d'opérations les
positions suivantes :
1° Nevers, Bourges, Tours, Le Mans, Surdon;
2° Gien, Orléans, Châteaudun,. Nogént-le-Retrou et
Laigle ;
3° Montargis, Pithiviers, Chartres, Dreux et Vernon.
Nous supposons donc que cette armée est de 200,000 hom-
mes ou 7 corps de 30,000 hommes environ.
— 8 —
Avantages et inconvénient des différentes bases
d'opérations.
La base Nevers, Bourges, Tours, Le Mans et Surdon est
évidemment celle qui remplit les meilleures conditions comme
moyens de communications et places de dépôt, car si elle.n'a
pas de places fortes pour mettre ses magasins à couvert, elle
a des villes peuplées qui peuvent, avec du travail, être mises
assez vite dans un état de défense suffisant pour résister à
un coup de main. D'ailleurs, les vivres de réserve ne doi-
vent pas être en grande quantité sur cette base ; ils peuvent
se trouver dans les lignes en arrière, et, avec le chemin de
fer, arriver aussi régulièrement que possible. L'importance
est donnée à cette base par le chemin: de fer qui relie ses
différents points, .et qui permet de porter des troupes d'une
extrémité à l'autre en dix heures, en supposant qu'on marche
plus vivement que dans les mouvements qui se sont faits au
commencement de la guerre actuelle. On peut compter
40 kilomètres.à l'heure, mettons 30 si l'on veut : ce sera alors
treize heures.
De Surdon au Mans...... 85 kil.)
Du Mans à Tours 99
De Tours à Vierzon..... 113
De Vierzon à Saincaise.. 91
De Saincaise à Nevers... -10
Total: 398/40 = 10 heures.
40
Cette armée serait ainsi placée.
.... Un corps d'armée à Surdon,
Un au Mans,
Trois- à Tours,
Un à Vierzon,
Un à Nevers.
Chacun de ces corps serait sur une ligne de fer et pourrait
recevoir de s approvisionnements en vivres et en munitions
avec la plus grande facilité.
—9
Le corps de Surdon aurait une division à Laigle.
Celui du Mans, une division à Nogent-le-Retroù.
Il y aurait un corps d'armée de Tours à Châteaudun.
Le corps de Vierzon aurait une division à Orléans.
Et le corps de Nevers une division à Gien, dont un régi-
ment à Montargis.
La distance de Surdon à Laigle est de 40 kilomètres envi-
ron, soit à pied une journée et demie de marche, ou en che-
min de fer une heure et demie.
Du Mans à Nogent-le-Rotrou il y a 56 kilomètres, soit à
pied deux jours de marche ou,en chemin de fer deux heures.
De Tours à Châteaudun, 100 kilomètres, soit à pied trois
jours de marche, ou en chemin de fer trois heures.
De Vierzon à Orléans, 80 kilomètres, soit trois jours à
pied, ou trois heures en chemin de fer.
Enfin de Nevers à Gien, 90 kilomètres, soit trois jours à
pied, ou trois heures en chemin de fer.
Chacune de ces divisions avancées devrait avoir conti-
nuellement à sa portée un matériel suffisant pour transporter
toute l'infanterie et l'artillerie. La cavalerie ferait retraite
par les voies ordinaires en cas de besoin.
N'oublions pas le but de cette armée. Elle ne doit pas
combattre l'ennemi, elle doit pour le moment l'empêcher
d'avoir des vivres. La base ci-dessus, malgré les lignes de
fer, ne remplit' le but que d'une façon incomplète, car elle
laissera à l'ennemi les contrées en avant de la première
ligne, et quoiqu'on ait pu faire évacuer le plus possible,
celui-ci trouvera toujours quelque chose, et en tout cas
pourra par vengeance détruire tout le pays. Quant a empê-
cher l'ennemi d'aller chercher ses vivres au delà, elle pourra
parfaitement le faire.
L'ennemi pourra aller en général en ravitaillement en
Normandie, sur la direction du Mans, sur la direction de
Tours, sur la direction de Bourges ou sur la direction de Ne-
vers. Je ne parle pas des intermédiaires, parce que ce qui se
fera pour les points désignés sera à fortiori convenable pour
les autres.
Pour la direction du Nord, il n'y a rien à faire avec cette
armée. Il en faudrait une spéciale. On ne suppose pas que
l'on ait laissé à l'ennemi un matériel de chemin de fer, et
l'on présume que des ponts ont été détruits sur les lignes de
Tergnier à Creil et à Amiens, de manière que l'on ne puisse
rétablir le,chemin de fer que dans un espace de temps très-
long, ce qui empêchera l'ennemi d'amener autour de Paris,
2
pour s'en servir sur les lignes de l'Ouest, le matériel pris
dans l'Est où même le matériel prussien; puisque le gabarit
est le même.
Supposons que l'ennemi veuille venir faire un ravitaille-
ment dont le centre soit à Caen. Il ne faut pas lui supposer
de. faute; or, qu'il sache ou qu'il ne sache pas qu'il y une ar-
mée dans l'Ouest, voici la manière dont il marchera : comme
il est à peu près sûr de son flanc droit couvert par la, Seine
et la mer, deux, trois ou quatres colonnes de voitures pas-
seront sur les-différentes routes parallèles à la, rive gauche
de,la Seine. S'il y a un corps d'armée au Nord, l'ennemi sera
obligé de détacher plus de troupes. Ces voitures, seront
accompagnées du nombre d'hommes ordinaire pour l'escorte
d'un convoi et d' une autre escorte composée d'un corps d'ar-
mée. A. une journée de marche en avant seront les uhlans. et
à une demi-journée sera une : colonne d'infanterie, qui com-
prendra probablement une brigade de manière à couvrir le
convoi en cas d'attaque en tête., Enfin sur le flanc gauche à 20
ou 25 kilomètres de la route suivie par les voitures le plus
à gauche, se trouvera un corps d'infanterie qui sera de deux
ou trois divisions. Plus au Sud, en avant du corps d'infante-
rie, une nuée de uhians, qui pousseront jusqu'à 30 ou 40 kilo-
mètres de la route suivie par, ce corps d'armée. Enfin, en
arrière, un régiment ou une brigade. Tout le long de la
Seine, s'il ne sont pas bien sûrs du Nord, ils, laisseront des
postes à tous les ponts. Ce seront probablement des postes
de cavalerie, car cette arme leur sert peu au siégé, tandis que
leur infanterie est utile. Peut-être même n'enverront-ils avec
ce convoi qu'une division d'infanterie avec, trois, quatre, ou
cinq divisions de cavalerie.
Le général en chef de l'armée de l'Ouest doit avoir de l'ar-
gent pour, payer des espions, en quantité suffisante. Il devra
savoir le moment où ce convoi se prépare, car les ennemis
ne feront probablement; de détachement que pour plus d'un
millier de voitures. On verra donc facilement si- des voitures
sont préparées pour une longue route (on les graisse, on les
examine, surtout les essieux, etc.; et on en rassemblé beau-
coup). Il devra ensuite savoir la direction, prise. Il doit avoir
tous les renseignements nécessaires à la fin dé la première
journée de marche. Ce qu'il, est surtout: important de con-
naître, c'est la quantité des troupes desj différentes armés qui
escortent le convoi; Les troupes et les voitures non chargées,
feront peut-être 30 kilomètres par jour Or, de Paris à Caen
—11 -
la ligne de chemin de fer, qui est la route la plus courte, a
239 kilomètres, huit jours de marche.
Il est évident que les uhlans viendront jusqu'à Laigle et
Surdon; alors ils préviendront de la. présence des Français
dans ces endroits et ils chercheront à en connaître la force.
Par suite des renseignements, ou le général prussien se pla-
cera avec toutes ses troupes face aux Français et restera
immobile, couvrant les convois qui chercheront, les vivres,
les chargeront et se mettront en. marche vers Paris
Ou il continuera à marcher à hauteur, du milieu et de la
queue des convois, ce qui est peu probable , car se serait une
faute trop grande ;
Ou il attaquera immédiatement les troupes à Laigle.
et ensuite, si elles sont battues, celles qui se trouvent à
Surdon;
Ou enfin, il n'osera pas achever sa mission et s'en retour-
nera en arrière sans vivres, en demandant de nouvelles forces,
au général en chef prussien à Versailles..
En tous cas, de Versailles à Laigle il y a 140 kilomètres envi-
ron, soit cinq jours de marché au moins; Il faut compter une
journée perdue en attendant les renseignements; il restera
quatre jours au général français pour prendre ses dispositions.
Si celui-ci est prévenu que les forces prussiennes . sont, de
40,000 hommes environ, il. enverra immédiatement ordre à
tous les corps d'armée de faire les mouvements suivants :
Le corps de Surdon viendra à Laigle. Un jour de marche..
Le corps du Mans par chemin de fer à Surdon . Un jour de
marché.
Les deux corps de Tours par chemin de fer à Alençon et
de là à Mortagne. Deux jours de marche.
Le corps de Vierzon à Tours. Un jour de marche;
Et le corps de Nevers à Tours. Un jour de marche;
La division du corps du Mans viendra de Nogent-le-Rotrou
à Laigle en deux jours.
Le corps de Tours; qui était à Châteaùdun, par transports
mixtes à Mortagne,en deux jours. (On entend par transports
mixte l'emploi de deux moyens de locomotion, à pied et en
chemin de fer du à pied et en voiture.)
La division du corps de Vierzon viendra d'Orléans à Châ-
teaudun en deux jours et la division du corps de Nevers, de
Gien et de Montargis, à Orléans eh deux jours. .
En deux jours cinq corps d'armée, environ 140;000 hommes,
seront concentrés dans un espace de moins, d'un jour de
marche, car de Mortagrie à Laigle et, à Surdon il n'y a.pas
— 12 —
plus de 30 kilomètres. Il restera donc encore deux jours au
général français pour prendre ses dernières dispositions.
Les deux corps restés à Tours seront prêts à partir en
chemin de fer au premier ordre pour le cas où les espions
auraient donné des renseignements faux sur les forces
ennemies.
Considérons la première hypothèse. Le général prussien,
se placera entre Montreuil-Argillé et Vimoutiers, occupant
fortement ces deux points, distants l'un de l'autre de 18 à
20 kilomètres et attendra les événements.
Sa ligne de retraite sera sur Elbeuf, ou peut-être Louviers,
et de là par la rive droite de la Seine si elle est libre.
Le général français se dirigera immédiatement avec toutes
ses forces sur.la Barre-en-Ouche pour remonter la Rille.
Il est probable que le général prussien se mettra en re-
traité aussitôt qu'il verra se diriger sur la Barre-en-Ouche;
en tout cas, il faut attaquer aussitôt qu'on sera arrivé sur ce
point, en appuyant la droite avec des forces suffisantes vers
Broglie; si l'on a été bien renseigné et que l'affaire soit bien
dirigée, les Prussiens doivent être détruits ou faits prison-
niers.
Si l'ennemi ne bougeait pas on s'avancerait ainsi :
Un corps d'armée par la Ferté-Fresnel et Clos-la-Fer-
rière sur Montreuil, un se dirigeant vers Broglie et de là sur
Montreuil, et enfin deux par la Barre-en-Ouche. Si les Prus-
siens se mettent en retraite vers le Nord, l'armée, concentrée
dans un espace de 20 kilomètres,au plus, cherchera à arri-
ver à Bernay avant eux, sinon on les poursuivra sur Elbeuf.
Lorsque le corps prussien sera détruit on ne s'amusera pas
à en suivre les débris, parce que des renforts pourraient
leur.arriver ; on marchera de suite à la rencontre, du convoi,
qu'un corps d'armée: français dirigera vers le Sud, pendant
que les autres troupes se dirigeront vers leurs positions pri-
mitives.
Si l'ennemi vient à attaquer un point quelconque: et que l'on
ne puisse: avoir des forces doubles ou presque doubles, il
faut battre en retraite,, car avec des troupes nouvelles pri-
vées de chefs capables, on ne peut espérer de lutter en rase
campagne avec des troupes bien commandées, et bien disci-
plinées.
Si l'ennemi dirige des forces sur Le Mans et que, l'on puisse
avoir l'avantage du nombre, les mêmes mouvements se
feront et en moins de temps, en ayant soin de ne laisser au-
cune troupe au Nord de la ligne d'opération des Prussiens
- 13 -
et d'opérer toujours en appuyant sa droite de manière à
déborder la gauche prussienne.
De même pour les attaques sur les autres points.
Si les Prussiens ont un de leurs convois enlevés de cette
façon ou même peut-être avant, il est probable- qu'ils déta-
cheront du siège 100,000 ou .150,000 hommes pour venir com-
battre l'armée qui occupe la ligne de Tours, etc., etc.
Il y a deux moyens raisonnables d'attaquer cette armée
répartie sur un espace aussi grand :
Ou une attaque sur une aile.
Ou une attaque sur le centre. C'est pour cela surtout qu'il
faut.que l'on ait des espions sûrs qui préviennent à temps
des mouvemeuts des troupes prussiennes:
En supposant une attaque sur une aile, elle peut avoir lieu
sur l'aile droite ou l'aile gauche, c'est-à-dire sur Gien-Ne-
vers ou Surdon-Laigle.
L'attaque sur Gien-Nevers ne peut se faire, car l'armée
prussienne serait obligée de défiler devant le front de la
Loire, qui représente de Tours à Orléans un véritable
bastion.
L'attaque sur l'aile gauche, Surdon-Laigle, est contraire
aux principes de la guerre, parce que l'armée française tout
entière se dérobant, appuyant à droite et se dirigeant sur
Evreux qui se trouve à 100 kilomètres ou quatre jours de marche
de Versailles, couperait les communications de l'armée prus-
sienne avec cette dernière ville, et celle-ci devrait combattre
avec ses communications coupées. Si les Prussiens perdent
la bataille, ils sont entièrement anéantis, et si, malgré tout,
ils la gagnent, l'armée française opère sa retraite sur Char-
tres et de là sur Orléans, sans aucun danger.
L'attaque au centre sur Tours ne peut non plus avoir de
succès, car l'armée française se concentrant entièrement
derrière Orléans, les Prussiens ne peuvent prêter leur flanc
à cette armée. Supposons qu'ils commettent cette faute, et
s'avancent jusqu'à Vendôme seulement : l'armée française
passant la Loire à Orléans, marche sur Châteaudun et coupe
les Prussiens de leurs communications. Si les Prussiens
allaient jusqu'à Tours, ce serait bien plus facile encore.
Restent aux Prussiens deux lignes d'attaque, une sur Le
Mans et une sur Orléans.
Si l'attaque a lieu sur Le Mans, on peut attendre l'ennemi
derrière la Sarthe et l'Huisme ; peut-être y a-t-il une position
convenable : il faudrait des cartes spéciales et voir le terrain
pour reconnaître la chose. Il faudra surtout renforcer l'aile

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