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Silhouettes contemporaines

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285 pages

Quand on n’a pas encore abandonné sa lyre,
Que, pour passer le temps, on se mêle d’écrire.
S’il vous vient à l’idée, en rêvant, par hasard,
De mettre sous les yeux du lecteur un vieillard,
Par exemple, blasé, dégoûté de la vie,
Sans nulle illusion et dont l’unique envie,
Puisqu’il est convaincu que nous devons partir.
Serait de s’en aller, s’il se peut, Sans souffrir,
Ayant les qualités ci-dessus, le système
Le meilleur, ce serait de se peindre soi-même.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Louis-Martial Barizain Monrose
Silhouettes contemporaines
At autres
A MONSIEUR CAMILLE DOUCET SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
Mon cher Ami,
Veuillez accepter la Dédicace de ce livre, et me permettre de vous serrer publiquement la main, en vous remerciant de tous les nombreux et importants services que vous m’avez rendus depuis quarante années.
A vous de cœur,LOUIS MON ROSE
AVANT-PROPOS
Parmi tant de travers dont notre espèce abonde, Il en est un surtout étrange : c’est que ceux  Qui se moquent de tout le monde Ne veulent pas souffrir que l’on se moque d’eux  La prétention est plaisante,  Je ne l’admets dans aucun cas.  Raillez-moi donc du haut en bas,  J’ai de l’esprit et je m’en vante :  Tant pis pour ceux qui n’en ont pas !
PREMIÈRE PARTIE
SOUVENIRS RÉTROSPECTIFS
CONFESSION
Quand on n’a pas encore abandonné sa lyre, Que, pour passer le temps, on se mêle d’écrire. S’il vous vient à l’idée, en rêvant, par hasard, De mettre sous les yeux du lecteur un vieillard, Par exemple, blasé, dégoûté de la vie, Sans nulle illusion et dont l’unique envie, Puisqu’il est convaincu que nous devons partir. Serait de s’en aller, s’il se peut, Sans souffrir, Ayant les qualités ci-dessus, le système Le meilleur, ce serait de se peindre soi-même. Eh bien donc je le fais avec humilité, Je m’en vais m’exposer avec sincérité, Et dire sans égard pour moi, sans réticence, Tout ce que je ressens et tout ce que je pense. J’ai soixante-sept ans ; je devrais, étant vieux, Être au moins raisonnable, et je suis envieux. J’enrage de vieillir ; je vois avec envie Ces jeunes idiots qui, galvaudant la vie, La jetant au hasard, comme je fis jadis, Ont l’air de se moquer des vieillards. Je maudis Mes désirs insensés, dès lors mon impuissance : Je devrais cependant, et par expérience. Me pénétrer enfin de cette vérité, Que l’on ne peut pas être après avoir été ; Mais non, j’ai beau lutter, me raisonner, me dire Que les jeunes sont là pour s’amuser et rire, Leur gaîté me fait mal. C’est un de mes travers : La jeunesse m’agace et me prend sur les nerfs. Je possède une amie intime, jeune fille De vingt ans, de l’esprit, gaie, aimable, gentille, Dont le joyeux babil et l’accueil empressé Calment souvent en moi les regrets du passé. Et dont parfois la douce et touchante caresse Sait rendre à mon vieux cœur des retours de jeunesse ; En homme de bon goût, j’ai, naturellement, Cru devoir lui donner place en mon testament. Eh bien, depuis ce jour, je n’ai plus qu’une idée : C’est que la pauvre enfant sans cesse est obsédée De l’unique désir de me voir déguerpir ; Que j’entrave, en vivant, ses projets d’avenir ; Que si je m’en allais, avec mon héritage Elle pourrait un peu redorer son ménage, Changer son mobilier, se donner du confort ; Qu’en ne trépassant pas je lui fais un grand tort ; Que, lorsque rarement elle me fait visite, C’est sa seule pensée, et quand elle me quitte, Qu’à peine dans la rue, elle se dit tout bas :
Mais cet animal-là ne crèvera donc pas !Que pour elle, en un mot, je devrais disparaître. C’est ma conviction, je me trompe peut-être. J’ai deux amis auxquels je crois absolument. Tous deux ils m’ont offert, prouvé leur dévouement Et je crois, sans vouloir médire ici des hommes, Que deux amis c’est beau, dans le siècle où nous sommes. Chacun, pour moi, ferait avec joie et bonheur Ce que moi je ferais pour lui de tout mon cœur. De leur attachement j’ai des preuves sincères, Et nous avons toujours vécu comme des frères. Eh bien, quelqu’un viendrait me prouver sans pi lié Qu’ils ont trahi tous deux notre vieille amitié, Certes, j’en sentirais une peine cruelle, Pourtant je trouverais la chose naturelle, Tant je suis accessible aux mauvais sentiments. J’ai promis d’être vrai, vous voyez si je mens. Dans l’un des deux surtout j’ai pleine confiance ; Il sait sur mon avoir qu’il n’a pas espérance. Lorsque je passerai de la vie à trépas. L’autre est mon héritier, je n’en répondrais pas. J’ai promis de parler en pleine conscience, Donc il m’est interdit de garder le silence Sur la conviction que j’ai bien dans le cœur : C’est que la voix du sang est une grave erreur ! J’admets parfaitement qu’on déshérite un frère Qu’on voit tous les dix ans, peur un ami sincère Dont on peut à toute heure invoquer l’amitié, Et qui de vos chagrins sait prendre la moitié. La voix du sang ! erreur ! trompe-l’œil illusoire ! Grand mot vide de sens ! je ne peux pas y croire ; La voix du sang ! néant ! préjugé ! vieux propos ! C’est un bruit répandu par les collatéraux. Une autre chose encor qu’il faut que je vous dise Puisque je me confesse avec toute franchise, C’est que quand par hasard, sans nulle intention, Il se présente à faire une bonne action, Et, non sans réfléchir, qu’enfin je me décide C’est toujours l’intérêt personnel qui me guide : Pour moi, faire le bien seulement pour le bien Est anti-naturel ; et même, le chrétien Le plus fervent ; qui fait le bien par conscience, Sait qu’il en doit avoir un jour la récompense. Il est, pour un vieillard isolé, certain jour Où la tête et les nerfs agissent tour à tour, Où son esprit, troublé par une fin prochaine, Voudrait, mais vainement, ressaisir cette chaîne Qu’il a voulu briser, ardent à se duper, Et qu’il voit pour jamais de ses mains s’échapper.
Il parle seul, va, vient, s’agite, se tourmente ; Il prend dans ses deux mains son cerveau qui fermente ; Il croit plus proche encor qu’il n’est l’instant fatal ; Puis, comme résigné :Cela m’est bien égal,Dit-il,j’ai fait mon temps, chacun son tour en somme,Pas de faiblesse, allons, que diable, soyons homme !Pour point fixe, il revoit sans cesse le passé, Pleure comme un enfant, rit comme un insensé ; Divaguant, il ajoute à ces actions folles, Des mots entrecoupés, de bizarres paroles ; Enfin, comme Harpagon pour ravoir son trésor, Il s’étend de son long par terre et fait le mort. D’un vieillard épuisé, s’accrochant à la vie, Avant sa fin voilà la triste comédie. Je ne suis point encor gâteux à ce degré, Mais si je vis encor quelque temps, j’y viendrai. J’ai pour l’instant présent l’esprit assez lucide, Dans mon cerveau vieilli ne se fait pas le vide. De ces noires vapeurs il n’est pas tourmenté, Et, même seul, je sais garder ma dignité ; Mais quand la maladie avec tout son cortège Assise à mon chevet me poursuit et m’assiège, Et que certains moments de repos, en dépit De la douleur, ne sont que moments de répit Qui n’entravent en rien l’œuvre définitive, Qu’il faut fatalement que l’accident arrive, Que lutter est folie et que tous les efforts Sont vains pour arrêter le dénoûment ; alors L’imagination marche, rien ne l’arrête ; J’ai la fièvre et je n’ai pour apaiser ma tête Que ce mot en posant mon front sur l’oreiller : Si je pouvais demain ne pas me reveiller.
Février 1878
AMONPÈRE
VERS
FAITS POUR UN DINER DONNÉ CHEZ MON PÈRE A DES AMIS A 1 L’OCCASION DE MON DÉPART POUR LA BELGIQUE
mon père ! Je vous ai fait à tous, je pense, un compliment ! Il faut en pareil cas que chacun soit content. Il ne me reste plus qu’à parler de mon père, Et je ne sais vraiment pas comment je vais faire ! Dans la bouche d’un fils un éloge est suspect, Mais aussi la critique est contre le respect. Comment sortir de là ? De lui que faut-il dire ? On me défend l’éloge, on blâme la satire. Je ne peux pas non plus parler de son talent ! Qu’un sévère public le déclare excellent, Je ne m’en mêle pas, ce n’est pas mon affaire, Il sait en pareil cas ce qu’il doit dire et faire. Eh bien, parlons de l’homme et non pas de l’acteur : Je puis m’en rapporter là-dessus à mon cœur. Je dis que c’est en vain que de Paris à Rome On chercherait quelqu’un qui fût plus honnête homme. Meilleur fils, meilleur père... Ah ! déjà, n’est-ce pas. Vous raillez entre vous : vous vous dites tout bas Que sur la vérité l’amour du fils l’emporte, Que je suis partial... Eh bien donc, que m’importe ! Moi, le témoin, l’objet de toute sa bonté, Seul, je ne pourrai pas dire la vérité ! Parce qu’il est mon père, une crainte frivole Sur ma lèvre glacée arrête ma parole ! Non, je brave l’usage. Allez, respect humain, Fausse honte, fuyez, je le veux, et ma main Pour te rendre justice, ô mon excellent père, Doit braver la satire en pensant à ma mère. Ah ! ça, mais, je suis fou, je veux vous égayer Et je vais m’attendrir ; c’est vous faire payer Par trop cher votre écot... bien, mon œil est humide. Ma parole d’honneur, je deviens très stupide... Allons, laissons cela ; fort peu de sentiment ; Chaque chose a son temps, ce n’est pas le moment. Qu’un pétillant Aï circule en abondance, Qu’aux larmes la gaieté vienne imposer silence, Et que ce gai refrain par tous soit répété : A vos santés, Messieurs ; mon père, à ta santé !
Août 1840.