Silhouettes politiques

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impr. de A. Jollet (Bourges). 1871. In-8° , 23 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LUDOVIC BRJAULT
SILHOUETTES
POLITIQUES
BOURGES
J. DAVID, LIBRAIRE-EDITEUR
12, EUE MOYENNE, 12
1871
LUDOVIC BRIAULT
SILHOUETTES
POLITIQUES
BOURGES
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE A. JOLLET
2, RUE DES ARMURIERS, 2
1871
PREFACE
Le drame politique et social qui se joue en ce moment
sous nos yeux offre un spectacle douloureux et terrible.
C'est l'homme plus que jamais en lutte contre Dieu, le
mal contre le bien, l'erreur contre la vérité; ce sont les
passions mauvaises, un instant contenues, qui débordent
comme un torrent et menacent de tout engloutir ; c'est la
Révolution, en un mot, qui bat en brèche les principes les
plus sacrés, et aspire à s'élever un temple sur les ruines de
la religion, de la famille et de la patrie.
Lutte acharnée à laquelle il n'est permis à aucun homme
de coeur de demeurer étranger.
Tous, selon la mesure de nos forces, nous devons prendre
part au combat.
Là est le devoir !
Aux uns de ceindre l'épée et de promener la mort dans
le camp ennemi.
Aux autres de sonner de la trompette et d'y jeter l'épou-
vante et l'effroi.
Nous serons de ces derniers.
Les soldats de Gédéon, d'ailleurs, n'avaient pas d'autres
armes.
L. B.
6 Février 1871.
LE TROIS SEPTEMBRE
0 France ! que de sang coule de Les blessures !
Comme il est mutilé, ton glorieux drapeau!
Du glaive tes enfants ont senti les morsures,
Et dans ton sein meurtri se sont fait un tombeau.
Partout je vois des pleurs, j'entends les cris des veuves,
L'étranger a souillé ton sol si beau jadis.
Debout, France, debout! Le sang rougit Les fleuves,
Et dans les airs s'exhale un long de profundis.
Regarde!... tout est deuil, tes cités sont désertes,
Et comme dans les bois les chênes arrachés
Sans avoir, au printemps, donné leurs feuilles vertes,
Tes enfants dans la tombe à jamais sont couchés.
Ils disent, tes bourreaux, qu'il leur suffit du glaive
Pour lutter contre toi, te vaincre et te flétrir,
Sans craindre ton courroux. Vain mensonge ! vain rêve !
On ne flétrit jamais ceux qui savent mourir !
Ils peuvent, ô ma mère! arracher de les veines
Tout ton généreux sang... Mais abaisser ton front,
Te faire leur esclave, et te donner des chaînes,
France, tes ennemis jamais ne le pourront!
Car tes enfants sont là, pâles, sombres, farouches,
La colère, la haine et la vengeance au coeur ;
Un seul cri, cri terrible, est sorti de leurs bouches :
Aux armes! levons-nous! — Écoute, fier vainqueur!
Et tous se sont levés, et contre tes barbares,
Comme des flots vengeurs, roulent leurs bataillons ;
Les mères de leurs fils, va, ne sont pas avares.
Bientôt tu connaîtras le réveil des lions ! .
0 France! souviens-toi qu'au jour du sacrifice
Dieu se laisse toucher par les grands repentirs ;
Espère en sa puissance, espère en sa justice :
S'ils ne sont pas vainqueurs, tes fils seront martyrs !
LE QUATRE SEPTEMBRE
En quelles tristes mains, ô France! es-tu tombée!
Qui te rendra jamais, après l'ignoble affront
Sous lequel, en ces jours, Reine, tu t'es courbée,
L'éclat radieux de ton front?
Qu'as-tu fait de ta gloire? — Ils te l'ont dérobée !
Qu'est devenu ton glaive? — Ils te le briseront !
Ton Dieu? — Tu n'en as plus ! — Et ta foi? — Prohibée !
Ton honneur? — Ils Le le prendront!
Les larmes et le deuil, — ô leçon trop funeste ! —
De ton passé si beau, c'est tout ce qui te reste,
Avec la guerre et son fracas.
Et pour ton avenir, quel effrayant symptôme !
Car, pour te relever, il te faudrait un homme,
Et tu n'as que des avocats !
AU COMTE DE BISMARK
« Quand la France est en deuil et pleure
» Comme en ce jour ses enfants morts,
» O ma lyre, ce n'est pas l'heure
s> De faire entendre tes accords ;
» Gémissons plutôt en silence ! »
Ainsi le poète avait dit;
Mais aujourd'hui son vers s'élance :
O comte, sois maudit !
Oh! sois maudit pour cette guerre,
Toi dont l'insatiable orgueil
De mon pays, si beau naguère,
A fait un immense cercueil !
Pour ce sang que dans ta démence
Ta main brutale répandit,
Pour ces pleurs et ce deuil immense,
O comte, sois maudit!
— 8 —
De toutes ces femmes voilées,
De tous ces orphelins plaintifs,
De nos campagnes désolées,
Des morts, des mourants, des captifs,
Ecoute ce concert farouche
Que jamais homme n'entendit,
Et qui t'arrive par ma bouche :
0 comte, sois maudit !
Sois maudit au fond des vallées,
Au sommet des monts, sur les mers,
Et jusques aux plus reculées
Des limites de l'univers !
Que tout ce qui vit et respire
Et comprend ce qu'est un bandit,
Ne songe à toi que pour te dire :
O comte, sois maudit !
Qu'en ton âme vouée aux crimes,
Le remords, cet affreux rongeur,
De tes innombrables victimes
Se fasse l'éternel vengeur !
Qu'il soit pour toi comme ma haine,
Qui chaque jour croît et grandit ;
Tigre affamé de chair humaine,
O comte, sois maudit I
Décembre 1870.
AU ROI GUILLAUME
Roi barbare, Attila moderne,
La honte et l'opprobre des rois,
Ton oeil est faux, ta gloire est terne,
Le sang dégoutte de tes doigts.
En vain chaque jour la Victoire
Sur toi jette un lustre nouveau,
Pour écrire ta sombre histoire,
Un seul mot suffira : « Bourreau ! »
Honte à toi, soudard hypocrite,
Qui te dis l'envoyé des cieux,
Et qui n'es qu'un plat sybarite
Doublé d'un forban orgueilleux !
Quel vif éclat luit sur tes armes
Quand, après les combats sanglants,
Tu frappes nos femmes en larmes
Et nos vieillards en cheveux blancs !
Qui sait?... Quand ta main souveraine
Trace ces messages pieux
Qui font pâmer ta vieille reine
Et te rendent vil à ses yeux,
Peut-être une main invisible
Trace aussi de sombres arrêts
Ecrits clans le style inflexible
Du vieux Manél Thécel! Phares!

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