Simples observations sur l'origine et le culte des divinités égyptiennes : à propos de la collection archéologique de feu le Dr Ernest Godard / par G.-M. Ollivier-Beauregard

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impr. de Laîné et Havard (Paris). 1863. 1 vol. (IV-116 p.) ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1863
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SIMPLES OBSERVATIONS
SUR. L'ORIGINE
ET LE
CULTE DES DIVINITÉS ÉGYPTIENNES.
Paris- — Imprimerie de Ad. Laine et J. Flavard, rue des Saints-Pères, 19,
SIMPLES OBSERVATIONS
SUR L'ORIGINE
ET LE
CULTE DES DIVINITÉS ÉGYPTIENNES,
A PROPOS
DE LA COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE
DE PEU
LE DOCTEUR ERNEST GODARD ,
PAR
G. M. OLLIVIER BEAUREGARD .
PARIS,
A.D. LAINE ET J. HAVARD,
RUE DES SAINTS-PÈRES, 19.
1863.
AVANT-PROPOS.
Le docteur Ernest Godard, dont la collée-
tion archéologique a donné lieu à l'étude que
je publie sous le titre : Simples observations
sur l'origine et le culte des Divinités Egyptien-
nes, est mort en mission scientifique, à Jaffa
(Syrie), le 21 septembre 1862 . Il était né à
Cognac (Charente), le 6 janvier 182G.
Ernest Godard était membre titulaire des
Sociétés Anatomique, d'Anthropologie et de
Biologie, et de la Société Impériale zoologique
d'acclimatation de Paris, et membre correspon-
dant de huit Académies de médecine ou de
Sociétés savantes de l'Etranger et des départe-
ments de France.
A la Société d'Anthropologie de Paris, M. le
docteur Martin-Magron, ancien président de
cette société, fut chargé de prononcer l'éloge
de son jeune et malheureux collègue.
M. Martin-Magron, ayant connu mes rela-
tions d'intimité avec la famille d'Ernest Go-
1
— II —
dard, voulut avoir de moi quelques renseigne-
ments.
Au nombre de ceux que je pus lui fournir,
se trouve le fait de l'existence de la collection
en question.
J'eus aussi l'honneur de parler de cette cir-
constance à M. le professeur Charles Robin, de
l'Académie de médecine, également membre
de la Société d'Anthropologie, et exécuteur
testamentaire d'Ernest Godard.
L'avantage que j'avais de connaître , pour
l'avoir vue, la collection archéologique d'Er-
nest Godard, me valut de la part de M. le doc-
teur Martin-Magron et de M. le professeur
Charles Robin, l'invitation de rédiger sur
cette collection, une note qui serait lue à la
Société d'Anthropologie, comme appendice à
l'éloge d'Ernest Godard.
La signification, la forme et le développe-
ment à donner à cette note furent laissés à ma
seule appréciation.
En raison même de l'honneur qui m'échéait
d'écrire pour la Société d'Anthropologie, je
crus qu'il convenait que mon travail fût autre
chose qu'une simple nomenclature, et je le di-
rigeai vers une étude comparative , que je
croyais propre à intéresser l'assemblée devant
qui je devais le lire.
— III —
Dans l'origine, mon travail n'avait point la
forme tronquée, qui le divise maintenant en
trois parties.
La relation de la visite d'Ernest Godard aux
Hypogées de Thebes arrivait à son rang à pro-
pos des momies, et la notice sur la Caravane
du Dar-Four terminait mon travail.
Ce fut pour satisfaire aux exigences d'ordre
du jour et aux règlements intérieurs de la So-
ciété d'Anthropologie que , sur l'invitation de
monsieur le Secrétaire-général de cette savante
compagnie à qui je l'avais communiqué , mon
travail dut être transformé tel que je l'imprime
aujourd'hui.
Au début de la première partie, j'explique
comment, appelé à faire ce travail par une dé-
légation spéciale de M. le docteur Martin-Ma-
gron, j'ai dû cependant déclarer en prendre la
responsabilité personnelle et exclusive.
La distraction, faite au profit de la première
partie, des épisodes de la visité d'Ernest Go-
dard aux Hypogées de Thèbes et au camp de la
caravane du Dar-Four, a nécessité, pour termi-
ner la seconde partie et présenter la troisième
dans des conditions convenables, que je fisse
quelques additions , quelques modifications à
mon travail original soumis à monsieur le Se-
crétaire-général de la Société d'Anthropologie .
- IV —
La première partie et la seconde ont été lues
dans les séances publiques du 4- juin et du
2 juillet 1863 de cette savante compagnie.
La troisième partie, la plus intéressante à
mon avis, en ce sens qu'elle est une étude phy-
siologique tout à fait du ressort de la Société
d'Anthropologie, ne lui a cependant pas été'
lue, quoique j'y aie été convié par monsieur le
Secrétaire-général ( 1 ), quoique je l'aie désiré.
Ma susceptibilité, un sentiment (exagéré
peut-être) de la convenance qu'il y avait, en
raison des circonstances où s'était produit mon
travail, de ne pas en laisser ajourner indéfini-
ment la lecture, toujours primée par les dis-
cussions et les rapports, d'ailleurs fort intéres-
sants, qui remplissent d'ordinaire les séances
de la Société d'Anthropologie, m'ont seuls dé-
terminé à renoncer à la lecture publique de
cette troisième partie.
Je la produis telle qu'elle eût été lue.
Paris, le 30 septembre 1863,
(1) M. le secrétaire général de la Société d'Anthropologie m'écrivait, le
14 juillet 1863 :
Cher Monsieur,
« Je vous rappelle que la prochaine séance a lieu après-demain, et que
« vous êtes inscrit pour la fin de votre lecture sur l'Egypte .
« Tout à vous,
Signé: « P. BROCA. »
J'ai assisté a cette séance.
SIMPLES OBSERVATIONS
SUR L'ORIGINE
ET LE
CULTE DES DIVINITÉS ÉGYPTIENNES.
MESSIEURS,
Tout à l'heure, votre très-honoré collègue, M. le
docteur Martin-Magron, mentionnant, au courant de
l'éloge qu'il a si dignement fait de la vie du docteur
Ernest Godard, l'excursion par lui accomplie dans
la Haute-Egypte et dans la Nubie, a remis à mes
soins de vous parler des pièces d'archéologie,qu'y a-
recueillies votre regretté collègue, de vous entretenir
de sa visite aux Hypogées de Thèbes, et de la cara-
vane du Dar-Four, dont la rencontre, par une heu-
reuse coïncidence, a marqué , à Siout, son retour
vers la Basse Egypte.
De ces trois questions à traiter, que me réserve:
la délégation de M. le docteur Martin-Magron, celle
qui concerne la collection archéologique est certaine-
ment la plus importante.
Tout ce qui touche en effet à l'histoire politique et
religieuse de l'Antique Egypte, a, malgré la distance,
— 2 —
une couleur locale si prononcée, une si véritable
grandeur, que la moindre étude, qu'on en veut
faire, prend immédiatement des proportions considé-
rables.
J'ai cru, Messieurs, être agréable à votre savante
compagnie en obéissant, pour ainsi dire, à l'impul-
sion que donne à l'esprit une si intéressante ques-
tion, et je me suis plu alors à apprécier la partie po-
litique et la signification religieuse des pièces de
cette collection du docteur Ernest Godard.
Mais, d'une part, les définitions et les développe-
ments dans lesquels il a été indispensable d'entrer à
cet effet, exigent une lecture de plusieurs heures -,
de l'autre, il se peut qu'à propos des figurines de la
mythologie égyptienne, je me sois trouvé entraîné,
en les considérant sous un aspect particulier, nou-
veau peut-être, à des appréciations dont il ne con-
vient pas de charger une autre conscience que la
mienne.
Ce sera donc, Messieurs, en mon nom personnel,
mais sans oublier de rendre hommage à la persévé-
rance et à la sagacité d'Ernest Godard, que, dans
quelques-unes de vos prochaines séances, j'analyse-,
rai ses collections et ferai suivre de mes observa-
tions l'analyse que j'en aurai faite.
Mais si je ne puis dès aujourd'hui vous soumettre
mon travail d'analyse et d'appréciation, il m'est au
moins possible de vous indiquer en quoi consiste
cette collection et de vous dire ce qu'elle est de-
venue.
_ 3 —
La collection archéologique, faite dans la Haute-
Egypte et dans la Nubie par Ernest Godard, repré-
sente un ensemble d'objets dont le nombre dépasse
mille.
Son livre d'achat, tenu jour par jour, station par
station, avec cette exactitude pratique que vous conL
naissez sur ce chapitre à votre malheureux collègue,
constaté que cette collection a coûté plus de vingt '
mille francs.
Elle comprend :
JDes Stèles et des Papyrus;
Une série fort nombreuse, sinon complète, des
Figurines de la mythologie égyptienne et des Em-
blèmes qui s'y rattachent ;
Des Statuettes funéraires et des Canopes;
Dés Palettes d'écrivain ;
Quelques fragments de momies et des pelotes de
bandelettes ;
Des Bijoux ;
Des souvenirs de l'époque gréco-romaine en Sta-
tuettes, Bustes, Emblèmes et Monnaies;
Des objets de la moderne Egypte et de la Nubie,
y compris un exemplaire de chacun des vêtements
portés le plus ordinairement par les Dames du Ha-
rem, et des Talismans.
Enfin, sur une longue bande de papier, un Dessin
(une copie sans doute prise dans quelque tombeau),
représentant comme une scène des Phalliques.
Les intentions exprimées par Ernest Godard la
veille de sa mort à Jaffa, à l'occasion particulière
— 4 —
de cette collection, saris faire à sa famille une obli-
gation absolue de leur exécution, sont qu'elle de-
vienne un jour la propriété de la ville de Bor-
deaux.
La famille d'Ernest Godard, religieusement atten-
tive à l'accomplissement de chacune des intentions
par lui exprimées ? a voulu que celle-ci, comme
toutes les autres, reçût sans retard son exécution,
et la ville de Bordeaux est aujourd'hui en posses -
sion de la précieuse collection.
Nous y devons revenir : parlons aujourd'hui des
Hypogées de Thèbes et de la Caravane du Dar-Four.
Au nombre des spectacles qui l'ont le plus frappé
dans son excursion de la Haute-Egypte, Ernest Go-
dard signale celui des Hypogées de Thèbes, et voici
comment lui-même s'en exprime dans une lettre
qu'il écrivait à sa mère le 22 mai 1861 :
« J'ai visité, écrit-il, le village de Gournab.
« Les habitants se logent, pour la plupart, dans
« les tombeaux dont ils ont évacué les momies.
« Par là, du reste, ce que j'ai vu de plus intéres-
« sant, ce sont les tombeaux et les puits à momies.
« Ces puits sont creusés dans le flanc de la monta-
« gne.
« Momies, fragments de momies, bandelettes, jon-
« chent la route qui lès dessert, et tout cela fait un
« curieux effet.
« Sur certains points de la route il y a des espaces
« où les fellahs (1) disposent, comme sur un bûcher,
(1) Paysans.
— 5 —
« les momies qu'ils brûlent pour s'en débarras-
« ser (l).
« L'entrée de celui des puits à momies que j'ai
« visité est fort difficile.
« On pénètre d'abord dans une première cavité en
« se courbant et en marchant à quatre pattes ; cette
« première cavité se, trouve remplie de têtes.
« Pour aller plus loin je dus, avec mes guides et
« comme eux, me laisser couler par un trou. J'ai eu
« toutes les peines du monde à y faire passer ma
grosse personne.
« Ce couloir étroit, qui n'a guère que cinq ou six
« pieds de longueur, donne accès à une chambre
«souterraine, où se trouvent entassées, côté à côte
« et en couches doublées, des momies en nombre
« infini.
« Elles y sont si serrées que pour avancer il faut
« marcher dessus.
« Les momies sont là desséchées à ce point que
« la seule pression du pied les écrase; de sorte
« qu'en fonctionnant le pied pénètre tantôt dans la
« poitrine, tantôt dans la tête des momies.
« Il y a de ces chambres sépulcrales plusieurs à
« la suite les unes des autres.
« Je ne les ai pas toutes parcourues, car, dans ces
« souterrains où il y a peu d'air ambiant, l'odeur et
« la poussière, qui s'exhalent des momies ainsi pi-
« lées , deviennent suffocantes.
(1) J'ajoute que c'est le combustible le plus habituel au foyer arabe.
— 6 ■—
«Si le coeur venait à manquer en pareil endroit ,
« on y resterait à jamais; les guides seraient irnpùis-
« sants à vous rendre au grand air, les passages sont
« trop étroits.
« Ce danger n'est cependant pas le plus sérieux;
« le plus à craindre est le feu.
« On visité ces catacombes avec des bougies: que
« l'une d'elles, en tombant, mette le feu à ces restes
« bitumés, et on serait brûlé, ou plutôt asphyxié.
« Cela est arrivé.
« Les habitants de Gournah n'ont d'autre indus--
« trié que la découverte des tombeaux, et c'est une
« fortuné en effet que la sépulture de toute une gé-
« nération. Ils délacent les momies, vendent les bi-
« joux et autres objets précieux qu'ils trouvent, et
« vivent ainsi de la dépouille des morts.
« Dans la vallée de Biban-el-Molouck, j'ai visité
« le tombeau découvert par Belzoni (1), je l'ai par-
ti couru dans toute son étendue.
« C'est un souterrain immense, divisé en plu-
« sieurs galeries, qui donnent accès à des puits de
descente pour gagner des chambres inférieures,
« qui se trouvent fort avant dans les entrailles de la
« terre.
« Dans les descentes, le moindre faux pas ferait
« tuer mille fois Mais on s'habitue atout, et je
«-crois maintenant qu'avec l'aide des Arabes je pas-
« serais partout.
( 1 ) C'est-le tombeau de Ménéphta 1 er , onzième roi de la dix-huitième
dynastie. Il régna de 1610 à 1577 av. J.-C.
_ 7 —-
« J'ai vu encore El Assasif ( 1 ) et visité le tombeau
« désigné ici par le Tombeau des Harpistes (2). »
Ainsi s'exprime Ernest Godard; mais ces indica-
tions sommaires n'étaient point, dans ses intentions,
le dernier mot de ses confidences, et bien sûrement
il vous réservait la communication de bien des dé-
tails intéressants.
Je vais tâcher de suppléer à son silence deux fois
regrettable.
Ces hypogées à gorge étroite, au plafond bas, où
les momies gisent côte à côte, sans aucun signe dis-^
tinctif (à présent du moins), et dans leur seul appa-
reil- de momies, étaient les fossés communes du
temps.
(1) El Assasif, c'est-à-dire les ruines des monuments égyptiens de la
vallée à'Ml Assasif, située au nord du Rhamesséum de Thèbes.
(2) C'est le tombeau de Rhainsès (IV) Méiamoun, premier roi de la dix-
neuvième dynastie ; il régna de 1474 à 1419 av. J.-G. Ce roi est un des plus
fameux des dynasties égyptiennes. Son tombeau, qui est un des plus con-
sidérables et des plus complets de la vallée de Bibah-el-Molouck, atteste
l'importance et la durée du règne de Rhamsès IV ; car il est bien établi
qu'un des premiers soins des rois égyptiens, à leur avènement au trône,
était celui de leur sépulture. Les travaux en étaient immédiatement entre-
pris et poursuivis jusqu'à leur mort.
Aussi, s'il est des tombeaux considérables et complets, comme celui de
Rhamsès IV, il en est d'autres qui ne sont guère qu'une excavation gros-
sièrement pratiquée dans la montagne et où repose le sarcophage royal à
peine ébauché. Ce sont les tombeaux des rois dont le règne fut fort court.
Les ingénieurs de la commission d'Egypte (1798) ont relevé le plan du
tombeau de Rhamsès IV, et, depuis, il est arrivé que Cbampollion le Jeune,
compulsant les précieux papyrus du musée royal de Turin, y a trouvé le
plan primitif de ce tombeau dressé par l'ingénieur égyptien chargé de sa
construction. Ce plan est accompagné de descriptions, de notes et de cotes,
qui constatent ainsi d'avance, et à 3220 ans de distance, l'exactitude du
travail des savants de la commission d'Egypte.
Il y a dans une des salles de ce tombeau, sur les parois latérales, des
peintures réprésentant des joueurs de harpe, ce qui motive la dénomination
qu'il porte aujourd'hui.
— 8 —
Il y avait des hypogées spéciaux pour les grands
personnages et pour les riches.
Là, chaque corps momifié avec soin, embaumé et
couvert de fines bandelettes, avait sa boîte et son
sarcophage particuliers.
Ces hypogées étaient comme nos concessions à
perpétuité.
Il y avait enfin des tombeaux réservés aux rois,
comme les Pyramides et les fastueuses, demeures
souterraines de l'aride vallée désignée aujourd'hui
sous le nom de Biban-el-Molouk, à l'ouest deMedi-
net-Abou.
L'ensemble de ces catacombes est ce que les sa-
vants appellent les Hypogées de Thèbes (1).
Bien entendu, je ne comprends pas les Pyramides
dans cette dernière dénomination.
Les fragments de momies dont j'ai tout à l'heure
accusé la présence dans la collection Godard, ont
été recueillis par lui, dans celles des chambres sé-
pulcrales de Gournah qu'il a visitées.
(1) Dans le pays plat de la basse Egypte, à Sais, par exemple, ces hypo-
gées étaient remplacés par des constructions en briques. C'étaient des
chambres funéraires dont on superposait plusieurs étages, et qui pouvaient
s'étendre indéfiniment. Il y en avait aussi de profondément creusées dans
le roc; elles étaient hermétiquement fermées aux approches du temps de
l'inondation.
Ces chambres sépulcrales de la basse Egypte, aussi bien que les spacieuses
syringes de Thèbes (les Hypogées), étaient la propriété du corps sacerdotal
de l'Egypte; elles étaient construites, percées et entretenues à ses frais.
Les morts, du moins dans les derniers siècles de la nationalité égyptienne,
y payaient un droit d'asile. C'était un des revenus de l'Église d'alors.
Je n'ai pas besoin, sans doute, de faire observer que les tombeaux des
rois n'eurent rien à subir de ces règlements faits pour le peuple.
— 9 —
Ils ont appartenu à des momies préparées au bi-
tume.
Les lacs de natron (1) de la Basse-Egypte fournis-
saient une substance peu coûteuse, avec laquelle on
préparait les momies de cette contrée, surtout celles
des pauvres.
Il semble qu'avec le temps, l'usage du nalron
pour la préparation des momies, se soit généralisé.
Après les Morts,. les Vivants ! Voici venir la Ca-
ravane du Dar-Four.
Il a été donné, Messieurs, au docteur Godard d'as-
sister au spectacle du mouvement d'une population
de six à huit mille individus, hommes, femmes et
enfants, voyageant dans le désert, à peu près comme
aux temps primitifs.
Pendant quelques jours il a vécu de la vie de ces
populations nomades, et il les a étudiées dans leur
intimité avec cette fine sagacité que vous lui saviez.
Aucune note ne nous est venue de lui à ce sujet,
mais vous pourrez présumer la valeur et la portée de
celles qu'il vous réservait, si vous connaissez les ca-
ravanes du Dar-Four.
Voici, Messieurs ce que j'en sais.
Le Dar-Four est une contrée de l'Afrique centrale,
située entre le 16e et le 1 Ie degré de latitude nord, et
le 24e et le .27e degré de longitude est (2).
(1) Le natron se compose de 22 à 50 parties de soude, de 15 à 36 d'acide
carbonique, de 16 à 63 d'eau, de 2 à 4 de sodium, de 1 à 5 de matière ter-
reuse.
(2) Le Dar-Four a pour capitale Cobbé. La population est d'environ
200,000 âmes. Ce pays est riche et fertile.
— 10 -
Je n'ai point à vous apprendre, Messieurs, que les
routes des caravanes sont marquées dans le désert
par des stations fixes, dès longtemps connues et
pourvues, soit d'eau de source courante, soit d'eau
de puits.
La distance entre chacune de ces stations se me-
sure par un parcours d'une durée moyenne de neuf
heures, soit en distance sept lieues et demie environ,
à la vitesse de six septièmes de lieue par heure pour
la marche des chameaux.
On compte du Dar-Four à Siout trente-trois jours
démarche, auxquels viennent se joindre, comme
durée totale du voyage, les jours de repos.
En suivant la route ordinaire, la caravane du Dar-
Four rencontre la grande oasis, à l'ouest de Thèbes,
l'oasis d'El Khargèh, qu'elle traverse dans toute sa
longueur du sud au nord.
En quittant l'oasis d'El Khargèh la caravane n'a
plus pour se rendre à Siout que quatre jours de
marche à faire dans le désert.
. Son approche s'annonce au loin par le nuage im-
mense de la poussière soulevée dans le désert, sous
un soleil torride , par cette population en marche,
portée ou suivie par sept à huit mille bêtes de
«somme, chameaux, dromadaires et autres, chargées
d'un riche butin mercantile.
Ce butin, c'est-à-dire les produits indigènes du
Dar-Four, que traîne avec elle la caravane, consiste
ordinairement en ivoire, en plumes d'autruches, e!
tamarin.
— 11 —
La vente, qui en sera faite, sera son bénéfice et en
même temps lui fournira les ressources nécessaires
pour pousser jusqu'à la Mecque, si tel est le but de
son voyage , ce qui n'est pas ordinaire chez les mu-
sulmans du Dar-Four qui se rendent à Siout.
Aux approches des terres d'Egypte et en attendant
qu'elle ait obtenu et reçu l'autorisation d'y pénétrer,
la caravane fait toujours halte et campe.
La demande de cette autorisation n'est guère
qu'un hommage rendu à la souveraineté du vice-roi
d'Egypte; c'est une simple formalité à remplir, et
l'autorisation demandée n'est jamais refusée.
Mais nous savons qu'à propos de la demande faite
par la caravane, qui se présenta à Siout en mai 1861,
il survint quelques difficultés de détail, à l'occasion
desquelles Ernest Godard intervint d'une façon éner-
gique, aux applaudissements de toute la colonie eu-
ropéenne de Siout.
Entre le Gouverneur et le Médecin en chef de la
province, il s'agissait de décider, si, ayant de laisser
pénétrer la caravane à Siout,- on permettrait qu'elle
pût être visitée dans son camp.
Le Gouverneur tenait pour la négative, le Médecin
en chef pour le parti contraire.
Par un privilège heureux, mais à vrai dire tout
fortuit, Ernest Godard fut pris pour arbitre par les
deux partis.
Lui, curieux comme l'eût été chacun de nous, ne
voyant d'ailleurs aucun inconvénient à une visite,
au contraire fort intéressante et instructive, en ce
sens qu'elle faisait pénétrer dans le for intérieur
de ces populations encore primitives du centre de
l'Afrique; lui, dis-je, tint, bien.entendu, pour lavi-
site préalable.
Le Gouverneur n'en persista pas moins dans son
refus.
Ernest Godard en fut blessé, et c'était bien naturel.
Il avait été choisi pour arbitre, et on déclinait sa sen-
tence.
Il exprima son. étonnement au Gouverneur ; s'il
n'alla pas jusqu'au reproche, il sut pourtant s'expri-
mer avec assez d'énergie et de fierté pour faire res-
pecter son caractère et obtenir pour sa décision toute
la portée qu'elle devait avoir.
Le Gouverneur céda en effet.
C'est ainsi que notre malheureux ami, accompa-
gné du Grand Juge de la province, du-Médecin en
chef, d'un officier, et d'une sage-femme européenne
établie à Siout, put visiter la caravane du Dar-Four
dans son camp.
La musique du camp fêta les arrivants, les chefs
vinrent les saluer, ils leur offrirent des sucreries de
leur pays.
« Après avoir accepté ces sucreries, et bu l'eau
« saumâtre qui nous fut présentée, écrit le docteur
« Godard à sa mère le 8 juin 1861, j'ai visité la ca-
« ravane dans tous ses détails; nous étions conduits
« par un officier.
« Sauf les femmes des chefs, nous avons tout vu
« et j'en aurai long et surtout intéressant à te dire. »
— 43 —
La caravane, je l'ai dit, Messieurs, se compose
d'hommes, de femmes et d'enfants.
Les hommes sont des pèlerins musulmans, ou
des trafiquants; à l'exemple du prophète, l'un et
l'autre à la fois, fort souvent. Les femmes, vous le
savez, Messieurs, sont, à peu de chose près, les
bêtes de somme du ménage arabe. Quant aux en-
fants, sur leur nombre, quelques centaines viennent
là, victimes innocentes d'un usage infâme, subir la
mutilation, qui permettra aux rares survivants de
pouvoir, plus tard, comme êtres neutres, passer par
les harems des croyants, en qualité de cerbères,
puissants seulement pour les tours de force de l'ab-
jection et de l'intrigue immonde.
Ici finit, Messieurs, pour aujourd'hui, la lâche qui
m'a été confiée par M. le docteur Martin-Magron.
MESSIEURS
Poursuivant devant vous l'exécution du mandat
que je tiens de votre très-honoré collègue, M. le
docteur Marlin-Magron, je vais, sous toutes les ré-
serves précédemment exprimées, avoir l'honneur de
vous entretenir de la collection archéologique faite
en Egypte par le docteur Ernest Godard.
Quelques-unes des indications préliminaires, qui
vont suivre, rappelleront; sans doute celles que j'ai
déjà.données; mais l'objet même de notre entre-
tien devant d'avance vous faire comprendre la né-
cessité de cette répétition, je n'ai, je crois, besoin,
ni de l'expliquer, ni de m'en excuser.
J'en viens donc alors tout de suite au fait.
Le butin archéologique, recueilli en Egypte par
le docteur Ernest Godard, notamment dans son ex-
cursion à travers la Thébaïde et la Nubie, comprend
une série d'objets dont le nombre se compte par plus
de mille.
Ernest Godard, qui" savait toujours accepter avec
une charmante résignation les tracas, même excès-
— 16 —
sifs, dès qu'au bout il entrevoyait ou une satisfac-
tion d'intelligence, ou une satisfaction de coeur, Er-.
nest Godard a dirigé lui-même l'encaissement de sa
collection, et il en a, propriâ manu, étiqueté et nu-
méroté chacune des mille pièces.
Vingt-cinq colis en ont été remplis. Il a présidé à
leur embarquement à Alexandrie, et ce n'est qu'a-
près les en avoir vus.partir , qu'il s'est lui-même
acheminé vers Jaffa.
Dans le nombre, relativement considérable, d'ob-
jets qui composent cette collection, se trouvent quel-
ques répétitions.
Ces répétitions sont surtout nombreuses parmi les
figurines et les emblèmes .de la religion égyptienne.
Mais en raison de la diversité des matières dont sont
faits les objets répétés, l'ensemble de la collection
emprunte un certain, intérêt à ces répétitions.
Ainsi, tantôt en bronze, tantôt en terre cuite nue
ou vernie, tantôt en basalte, en grès ou en granit, ces
répétitions nous donnent, soit en métallurgie, soit en
céramique, soit en sculpture, quelques notions inté-
ressantes sur l'état de l'industrie égyptienne, et de-
viennent ainsi un attrait de plus pour cette collection.
Comment a-t-elle été faite? quels sont les éléments
qui la composent?
Il y a à Ferney, Messieurs, une fabrique de can-
nes spéciales au lieu et au souvenir qui s'y rattache,
et les produits de cette fabrique sont si intelligem-
ment exploités, que chacun des visiteurs qui vien-
nent en pèlerinage à l'ancienne résidence de Voltaire,
achète et croit emporter la canne unique, authen-
tique, historique, qui fut celle du malin philosophe.
De même il y a au Caire, au Vieux-Caire, pour
mieux colorer la coupable espièglerie, d'importantes
fabriques d'antiquités pharaoniques, fabriques d'où
sortent annuellement des milliers de statuettes fu-
néraires et autres menus emblèmes égyptiens.
Arriérés comme industriels de bon a loi, les-Égyp-
tiens modernes, qui veulent bien consentir à tra-
vailler, sont passés maîtres au trafic de mystification.
Les oisifs, qui voyagent pour avoir le droit de dire
qu'ils ont voyagé; les personnages, qui visitent in-
génument le Caire et Alexandrie pour connaître l'E-
gypte ; les hommes à conscience inquiète, et ils sont
nombreux, qui vont par là se dépayser un instant
pour faire oublier les causes soupçonnées de leur
trop rapide fortune, font vivre, et largement, ces
faux monnayeurs de l'histoire.
Nous connaissons assez Ernest Godard pour être
assurés d'avance qu'il s'est garé de pareils indus-
triels; et de fait, son livre d'achat date ses acqui-
sitions successives, de tous les points historiques
compris, dans la vallée du Nil, entre le Caire, sous
le trentième degré de latitude nord et Mosko sous
le vingt-et-unième , c'est-à-dire sur un espace de
225 lieues en ligne droite.
Même en dehors de la confiance que nous inspire
le caractère d'Ernest Godard, n'est-il pas certain que
cette étendue du champ de ses recherches est une
garantie de la valeur des acquisitions qu'il y a faites?
— 18 —
Vous le jugerez ainsi, Messieurs, en faisant avec
moi cette observation, que dans une contrée, sans
contredit la plus riche au monde en souvenirs his-
toriques, ce n'est que dans la proportion de quatre
objets pour l'étendue d'une lieue, qu'Ernest Godard
a trouvé à satisfaire son exigence scrupuleuse d'ar-
. chéologue.
La collection qu'il a ainsi réalisée comprend :
Des Stèles et des Papyrus ;
Une série fort nombreuse , sinon complète, des
Figurines de la Mythologie égyptienne et des Em-
blèmes qui s'y rattachent ;
Des Statuettes funéraires et des Canapés ;
Des Palettes d'écrivain ;
Quelques fragments de Momies et des Pelotes de
Bandelettes ;
Des Bijoux;
Des souvenirs de l'époque gréco-romaine , en
Statuettes, Bustes, Emblèmes et Monnaies ;
Des objets de la moderne Egypte et de la Nubie,
y compris un exemplaire de chacun des Vêtements
le plus ordinairement portés par les Dames du Ha-
rem, et des Talismans;
Enfin, sur une longue bande de papier, un Dessin
(une copie sans doute prise dans quelque tombeau)
dont la description nécessaire terminera cette revue
dé la collection d'Ernest Godard.
Je vais maintenant, Messieurs, tâcher de vous
donner une idée de l'importance directe ou relative
qu'à chacun de ces groupes, sans m'astreindre pour-
— 19 —
tant, ni à une nomenclature pure et simple, ni, sur
tous les points, à des dissertations plus ou moins étu-
diées, plus ou moins ingénieuses.
Les Stèles de cette collection sont au nombre de
quatre, et il y a trois Papyrus.
Par le seul fait de leur provenance authentique,
ces objets ont déjà une haute signification archéolo-
gique; leur importance est cependant encore sus-
ceptible de s'accroître de toute la portée historique
que peuvent avoir les secrets qu'ils détiennent.
En effet, les stèles servaient à la constatation de
quelques grands événements.
Elles étaient aussi consacrées à la mémoire de
hauts personnages, et on les trouve alors dans les
hypogées.
Elles peuvent être encore des ex voto à telle ou
telle divinité, et leurs inscriptions doivent en ce cas
se rattacher au culte de cette divinité.
En général donc, lès stèles sont une précieuse ac-
quisition, à cause des noms, des dates, des faits, des
usages et des dogmes qu'elles peuvent rappeler.
C'est ainsi que les stèles trouvées dans le Séra-
péum de Memphis, en constatant, selon l'usage alors
consacré, la date de la mort des Apis par la date
du règne du Pharaon contemporain, qu'elles nom-
ment, aident à une plus grande précision dans la
chronologie des dynasties égyptiennes, et doivent de
même, en beaucoup de cas, servir, par un rappro-
chement de dates, à mieux déterminer celles de
certains événements historiques.
Trois des stèles de la collection, qui nous occupe,
doivent sortir des hypogées,de Thèbes (elles ont été
achetées à Louqsor) , et cette origine est, entre toutes,
une recommandation
Le Papyrus ou Biblog était le papier des Égyp-
tiens, il remplissait chez eux l'office du papier chez
nous. Les Égyptiens y écrivaient les lois et les actes
de l'autorité, les transactions entre particuliers, les
requêtes aux juges et des mémoires, etc., etc. On a
trouvé de ces papyrus, qui étaient des registres de
dépenses ; d'autres sur lesquels étaient notés des tri-
buts payés, tant en quantité qu'en sortes d'objets
divers; on a trouvé des poëmes antérieurs à Moïse;
on a trouvé des livres de médecine.
Les papyrus trouvés dans les tombeaux sont le
plus ordinairement des rituels funéraires.
Les documents de ce genre, malgré le sens allé-
gorique, souvent bien détourné, souvent pour nous
difficilement pénétrable, sous lequel se cache l'ordre
d'idées qu'ils expriment, ne sont pas moins de pré-
cieux documents pour aider au développement de
la science de l'histoire des primitifs habitants de la
Vallée du Nil.
Comme je l'ai dit, la collection d'Ernest Godard
a irois de ces papyrus.
Les Figurines des divinités égyptiennes, en
bronze, en basalte, en grès, en granit, en terre cuite,
sont en général fort nombreuses; particulièrement
la collection Godard en est fort riche.
Avant d'en faire l'étude individuelle, il est bon, je
— 21 —
crois, de fournir quelques mots d'explication som-
maire sur cette clientèle de la religion des Pharaons.
Les premières peuplades, qui, croit-on, émigrant
du pays des Barabras ou Berbers (Nubie), vinrent
s'établir plus bas, dans la vallée du Nil, à une épo-
que dont l'histoire n'a pas le souvenir, mais que les
calculs les plus dignes de foi font remontera plus de
6000 ans avant notre ère (1), furent d'abord, long-
temps et exclusivement gouvernées par leurs prêtres.
Ces prêtres Croyaient à un Dieu unique, immense
et souverain, dont les qualités infinies ont des em-
blèmes dans toute la nature. Mais il semble (j'aurai
plus tard à m'en expliquer plus longuement) que,
devenus par la suite chefs politiques en même
temps que chefs religieux, ils aient dû, en présence
des exigences politiques et religieuses de leur état,
penser à donner satisfaction à l'esprit et aux yeux
des populations, qui, pour croire et payer, ont par-
tout la manie de vouloir voir et toucher, et qu'ils
aient alors produit et enseigné ou fait enseigner,
comme corollaire de leur croyance première et do-
mihante, de saintes légendes, dont les unes, établies
(1) La Vieille Chronologie, conservée par Georges Le Syncelle, donne à
l'Egypte une existence de trente-six mille cinq cent vingt-cinq ans, arrêtée à
la fin du règne du premier roi de la trentième dynastie, vers 365 avant
Jésus-Christ.
Le règne du Soleil y est compté pour trente mille ans Cela n'est
pas de l'histoire. Mais Manéthon fait remonter à 5867 ans avant notre ère
l'établissement de la première dynastie militaire en Egypte, dans la per-
sonne de Menas, ou mieux Meneï.
Meneï fonda Memplùs, et à cette époque Thèbes, la capitale de la pri-
mitive Egypte, était déjà une ville immense et superbe, ce qui donne à ce
pays une existence précédente fort considérable.
— 22 —
sur un fond de vérité, avaient leur source dans l'his-
toire des premiers chefs de l'Egypte ; dont les autres,
purement imaginaires, n'étaient que la symbolisa-
tion de certaines pratiques, sous prétexte du culte de
tel ou tel demi-dieu, représentant quelqu'une des
qualités du Grand Être. De là, sous le ciel immense,
rempli de l'idée du Dieu unique, symbolisé lui-
même dans le Soleil (RA), cet Olympe des croyances
religieuses de la primitive Egypte, encombré d'un
personnel nombreux et compliqué, qui se dispute les
prières et les deniers du peuple; personnel, suivant
Champollion le Jeune, relevant presque sans exception,
malgré des écarts souvent considérables, d'une Triade
divine initiale, adorée dans tous les temples (1).
Maintenant, sous la réserve de plus amples expli-
cations, passons la revue des principaux agents my-
thologiques de la religion égyptienne, représentés
dans la collection Godard.
Ab Jove principium, et d'abord Ammon ; l'Amon-
(1) « Le point de départ de la mythologie égyptienne est une triade
«. formée des trois parties d'Amon-Ra, savoir : Amon (le mâle et le frère),
Moulh.(la femelle et la mère), et Kbons (le fils enfant). Celte triade s'é-
« tant manifestée sur la terre, se résoud en Osiris, Isis et Bonis. Mais la
« parité n'est pas complète, puisque Osiris et Isis sont frères. C'est à Ka-
« labschi que j'ai enfin trouvé la triade finale, celle dont les membres se
t« fondent exactement dans trois membres de la triade initiale : Horus y
« porte en effet le titre de mari de la mère; et le fils qu'il eut de sa mère,
« et qui se nomme Malouli (le Mandouli dans les Proscynema grecs),
« est le dieu principal de Kalabschi, et cinquante bas-reliefs nous don-
« nent sa généalogie. Ainsi, la triade finale se formait d'Horus, de sa mère
« Isis et de leur fils Malouli, personnages qui entrent exactement dans la
« triade initiale, Amon, sa mère Mouth et leur fils Riions » (Cham-
pollion le Jeune.)
* Acte d'adoration.
— 23 —
Ra des Égyptiens, devenu le Jupiter-Ammon des .
Grecs et des Romains, le Dieu Consultant de toute
l'antifuité mythologique.
Par crainte, par orgueil ou par vengeance, ou bien,
peut-être tout simplement par sagesse, les prêtres ont
décrété des filiations divines à qui leur en a demandé.
Usurpateurs du trône ou Conquérants de l'Egypte,
Éthiopiens, Perses, Grecs, et jusqu'à l'adultérin Cae-
sarion, tous ont été salués par eux du titre de Fils du
Soleil, aimé d'Ammon, paroles sacramentelles, qui
étaient comme la consécration du droit divin de 'ré 1
gner, dont les prêtres ont, de temps immémorial, affi-
ché la prétention de disposer en faveur des souverains.
Ammon, suivant les circonstances de l'invocation
dont il est l'objet, suivant l'usage des contrées où il
est adoré, s'affuble d'assez bon nombre de costumes
et de travestissements.
Coiffé de la couronne rouge, symbole de la souve-
raineté de la basse région (Basse-Egypte), d'où s'é-
lancent deux longues plumes droites, armé du scep-
tre vulgairement nommé à tête de coucoupha (1), et
foulant aux pieds les arcs, symboles des nations bar-
bares, c'est le Seigneur des trônes de la terre.
D'autres fois, comme Dieu générateur, il est
(1) Dans sa notice sommaire sur les monuments égyptiens du musée du
Louvre, M. le vicomte Ë. de Rougé , membre de l'Institut, fait observer que
ce sceptre est improprement indiqué comme portant une tête de Coucou-
pha. « On avait cru, » dit-il, « y reconnaître d'abord cet oiseau; mais
« des exemples bien conservés ont fait voir qu'il s'agissait d'un quadru-
« pède sauvage dont la tête ressemble à celle d'un lévrier. » Et, en effet,
la vitrine H, à laquelle M. le vicomte de Rougé renvoie le visiteur, ren-
ferme un magnifique spécimen de cette tête symbolique.
— 24 —
représenté sous la forme ithyphallique ; mais alors,
de ses attributs personnels, il ne garde guère que l'a
couronne aux longues plumes. Le bas de son corps,
terminé en gaîne, est celui d'Osiris ; il porte comme
lui le fouet sacré , élève sa main droite ouverte à
la hauteur dé la tête, sans que le symbolisme de
ce dernier geste ait encore été expliqué (1) .
Ammon est désigné sous le nom de Noun , quand
il porte, sur un corps humain, une tête de bélier (2),
ou plutôt Noun est une forme d'Ammon .
Le bélier symbolise la prééminence à'Amon-Ra ,
à cause de la force de sa belle tête, dit Champollion ,
et parce qu'il est toujours placé en avant du troupeau
pour le conduire.
Là né se bornent pas les métamorphoses d'Am-
mon . Il arrive qu'il cède de ses attributs et qu'il en
emprunte aux dieux subalternes, et devient ainsi
une autre divinité.
Il y a d'ailleurs de ces figures, dont les variantes
sont, pour ce Dieu comme pour tous les autres, l'ef-
fet imprévu des usages admis capricieusement dans
telle ou telle province, ou nome. Toutes ces va-
riantes motivent des appellations distinctes.
(1) Voir troisième partie , note n° 1, page 91 .
... (2) La même divinité, chez les Égyptiens, était représentée sous trois
formes différentes
1° La forme humaine pure, avec les attributs spéciaux au dieu
2° Le corps humain, avec la tête de l'animal spécialement consacré à ce
dieu ;
3° Cet animal même, avec les attributs spéciaux au dieu qu'il repré-
sentait, et parce que les qualités qui constituaient le caractère de cet ani-
mal avaient, selon les Égyptiens , quelque rapport avec les fonctions de ce
dieu. ( Champollion-Figeac , Egypte ancienne. Religion.)
— 25 —
Après lui viennent , dans l'adoration des Égyp-
tiens, Osiris et Isis..
Plutarque a consacré de longs et nombreux cha-
pitres à l'interprétation du Mythe dont Osiris et.Isis
sont la personnification ; c'est, un traité presque com-
plet de la religion égyptienne et après avoir lu ce
travail si consciencieux de l'auteur des Fies parallè-
les, on.comprend, et de reste, le' soin ingénieux
qu'eurent les . Égyptiens de faire précéder de la
figure du sphinx, qui symbolise mystère et sagesse,
l'entrée de leurs temples, toujours de loin préparéej
et annoncée par de hauts obélisques ou des colosses.
Comme Ammon, Osiris et Isis, soumis aux lois
de la triple transformation et complaisants à de cer-
tains caprices locaux, arrivent à une infinité de mé-
tamorphoses et de travestissements.
Osiris, juge des hommes après leur mort, porte
le diadème nommé Atew .
Cette coiffure est une façon de mitre flanquée de
deux hautes plumes recourbées à leur sommet.
Les autres attributs de ce dieu, comme juge infer-
nal (roi de l'Amenthi, enfer Égyptien), sont le fouet
sacré et le crochet.
Le bas de son corps se termine en gaîne, et cette
conformation, qui lui donne assez l'aspect d'un
Terme, semble indiquer que la justice divine ne fait
d'avance à personne.
Osiris est aussi représenté court vêtu et marchant ;
il porte alors la couronne Pschent. C'est l'emblème de
la royauté de la haute et de là basse région ( haute et
— 26 —
basse-Egypte). Sous ce costume, avec ces attributs,
Osiris paraît être le Seigneur des dynasties égyptien-
nes (1).
Avec la tête d'épervier surmontée du disque so-
laire, c'est le Soleil infernal : la Tête d'épervier indi-
que la vue pénétrante du juge de l'Amenthi .
Sous la forme d'un taureau, il est le dieu qui en-
seigna l'agriculture aux Égyptiens, et alors il est
adoré sous le nom d'Apis . Disons à cette occasion
que le boeuf, à cause de sa patience, de sa force et
de ses bons services, a été l'objet d'une certaine vé-
nération chez presque tous les peuples anciens du
bassin de la mer Méditerranée (2).
La génisse désigne Isis, épouse et soeur d'Osiris,
à qui elle fournit son concours dévoué et efficace
pour la propagation de l'agriculture.
Sous forme humaine, un globe dans une main,
(1) Il est généralement admis qu' Osiris régna sur l'Égypte avant les temps
historiques, et que l'amour de son peuple le divinisa en reconnaissance
des bienfaits de son règne. (Hérodote, Eulerpe, chap. CXLIV ; Diodore de
Sicile, liv. I er , Plutarque , Isis et Osiris, chap. XIII et XIV .)
(2) « Amis, il y a des vivres sur notre navire, ne touchons point à ces
« boeufs, de peur qu'il ne nous arrive malheur. Ces magnifiques troupeaux
« de boeufs sont, en effet, consacrés au dieu du Ciel, au Soleil, qui voit
« tout et entend tout. »
Homère connut fort bien l'Egypte, qui, de son temps, était à l'apogée de
sa gloire et de sa puissance, et où il fait voyager Paris et Hélène, qui, en
effet, y ont été connus.
La prise de Troie est, selon Pline, contemporaine du roi Rhamsès IX,
dernier roi de la dix-neuvième dynastie, vers 1300 avant notre ère.
— 27 —
des épis dans l'autre, elle est la divinité qui préside
à l'agriculture. C'est alors la Cérès des Grecs et des
Romains, et les figures de ce style doivent dater de
l'époque gréco-romaine.
Hathor n'est qu'une forme à'Isis. La coiffure
symbolique de cette divinité est un disque entre des
cornes de vache. Sous cette dénomination et avec
ces attributs, surtout avec de beaux yeux , Isis est
la Vénus égyptienne.
Ne semble-t-il pas par. là que les Égyptiens aient
voulu dire qu'il n'y a de vraiment beau que ce qui
est d'abord bon et utile ?
Isis est souvent représentée dans un rôle de mère;
elle tient alors sur ses genoux Horus son fils, à qui
elle présente le sein.
Horus est l' Harpocrate des Grecs. Ce Dieu, tou-
jours jeune, a pour attribut distinctif une tresse de
ses cheveux pendant à l'un des côtés de sa tête, il
porte un doigt à sa bouche. Ce dernier geste a long-
temps fait croire qu'il était le Dieu du silence. Mais on
a pu savoir que les Égyptiens attribuaient à ce geste
et à la tresse pendante un symbolisme de jeunesse (1).
Horus est en effet le Dieu de la Jeunesse.
Les découvertes de Champollion le Jeune nous ont
appris que, pour les Égyptiens, Osiris, Isis, Horus,
étaient la manifestation, sur terre, de la Triade di-
vine initiale Ammon, Mouth, Khons (2).
La personnalité d'isis s'accommode encore d'une
( 1 ) Notice sommaire des monuments égyptiens. (Vicomte de Rougé.)
(2) Voir la note de la page 22.
— 28 —
infinité d'autres formes. Ainsi on la retrouve sous
celle de Nouv, divinité funéraire chargée de rece- .
voir le défunt arrivant à l' occident, c'est-à-dire au
tombeau (1), et encore sous celle de Neith , dont tout
à l'heure je vais vous entretenir.
Comme vous le voyez, Messieurs, les dénomina-
tions et les qualités ne manquent point à Isis;. Il
semble même, en y regardant d'un peu près, que,
dans la religion égyptienne, comme, ailleurs, le pri-
vilège de la pluralité des noms et des qualités s'é-
largisse surtout en faveur des divinités féminines.
Quoi qu'il en soit de leurs noms, de leurs qualités
et de leurs figures, Osiris et Isis ont eu toutes les
adorations des Égyptiens, et c'est un fait positif que
le culte de leurs idoles a été fort répandu.
La vénération des Égyptiens a donné place dans
les astres à tous les membres de cette divine fa-
mille.
Osiris, sous le nom de Sâhou, et Horus, son fils,
occupent chacun une des étoiles de la constellation
à'Orion.
Isis, sous le nom de Sothis, occupe l'étoile cani-
culaire que nous nommons Sirius, et que les Égyp-
tiens nommaient Etoile d'Iris.
Le rôle que jouent les phases de cet astre pour la
succession des années chez les Égyptiens, est très-
important, et, en raison du patronage d'Isis , je vous
en dois, ce me semble, l'explication.
(1) Notice sommaire des monuments égyptiens, etc., etc. ( Vicomte de
Bougé.)
— 29 —
Les Égyptiens mesuraient le temps par la marche
simultanée de deux années qui, commencées un
jour au même instant, allaient éloignant chaque an-
née, d'un quart de jour de plus, le point initial de
leur parcours respectif renouvelé.
De ces deux années lune, l'année fixe ou année
solaire, avait une durée de 365 jours et un quart, c'est-
à-dire que tous les quatre ans elle s'ajoutait un jour,
et cette quatrième année était ce que nous nommons
aujourd'hui année bissextile; l'autre, l'année vague,
ne comptait que 365 jours, et se trouvait ainsi tous
les quatre ans en arrière d'un jour sur l'année so-
laire.
Le temps nécessaire pour que, de rétrogradations
en rétrogradations, le commencement de l'année
vague arrivât à coïncider exactement au moment ini-
tial de l'année solaire, était d'une durée de 1461 ans.
Cette période de 1461 années vagues se trouvait
être de 1460 années solaires, et se nommait période
sothique.
Les Égyptiens, dit Hérodote (1), ont les premiers
divisé l'année en douze mois de trente jours. Chacun
de ces douze mois était mis sous le patronage d'un
dieu de qui il recevait son nom. Ces douze mois for-
maient un ensemble de 360 jours (2), à la suite des-
quels venaient cinq jours complémentaires (épagomè-
(1) Euterpe , chap. IV .
(2) Ils avaient aussi une subdivision de sept jours, et les noms de ces
sept jours étaient, en langue égyptienne, exactement ceux qu'ils portent
aujourd'hui .
3
- 30 -
nes ) , les cinq jours sansculotides de notre ci-devant
calendrier républicain.
Le premier jour de l'année fixe ou solaire des
Egyptiens était aussi' le premier jour du mois de
Thôth ( Thôth , le dieu des arts et des sciences) . La
naissance de ce premier jour était déterminée par
l'instant du lever Héliaque de l'étoile d'Isis , , c'est-à-
dire par l'instant où l'étoile d'Isis se montrait à l'ho-
rizon avec le soleil levant. Ce moment correspondait,
pour l'Egypte, à notre 20 juillet; et comme il était
immédiatement suivi des premières crues du Nil,
crues dont les Égyptiens , nous le verrons plus loin,
faisaient aussi honneur à Isis, le lever Héliaque de
l'étoile à'Isis avait pour l'Egypte la portée d'un fait
doublement considérable.
Si maintenant, par circonstance, j'ajoute que les
Égyptiens ne dataient les événements importants,
particuliers ou historiques, la fondation, de leurs
édifices, la naissance et la mort des. leurs, leurs vic-
toires et leurs conquêtes, que par le chiffre, de l'an-
née du règne du roi alors en exercice, on compren-
dra tout ce que la chronologie des temps anciens
de l'histoire de l'Egypte renferme de difficultés
et peut excuser d'erreurs commises antérieurement
aux découvertes de Champollion le Jeune. ;
Le double calendrier égyptien a subsisté en Egypte
pendant des périodes de temps qu'il ne m'est point
possible de déterminer. Ce fut Auguste qui, après
avoir corrigé, sur les indications de Sosigène d'A-
lexandrie, les irrégularités du calendrier romain,
— 31 —
supprima l'ancien calendrier de l'Egypte et lui im-
posa le calendrier romain réformé.
Le culte d'Isis ne persista pas moins, mais ce ne
fut plus que pour s'éteindre insensiblement. La na-
tionalité égyptienne, en succombant, l'avait laissé
exposé, lui et le culte des autres divinités de la
vallée du Nil, aux intempéries, toujours malsaines,
de la domination étrangère.
Un Trône symbolise Isis. C'est l'hiéroglyphe de son
nom. C'est aussi une des coiffures de cette divinité.
A la suite d'Osiris et d'Isis viennent, dans la my-
thologie égyptienne, une foule de divinités, moins
couramment connues peut-être, mais que, par rap-
port à Osiris et à Isis , je n'ose point appeler secon-
daires.
A leurs vertus et à la façon dont elles sont appa -
rentées, vous allez, Messieurs, comprendre mes scru-
pules.
C'est d'abord Neith, la Minerve égyptienne (1),
mère du soleil et pourtant restée Vierge ; elle s'en
vante du moins.
Elle enfanta par l'opération d'un rayon solaire (2);
car, dans la religion égyptienne, Dieu s'est engen-
dré lui-même, comme dans la religion chrétienne,
Cet enfantement par une vierge, qui se trouve
aussi dans la religion de Bouddha (3) , est donc une
fable orientale aussi vieille que le monde.
( 1 ) La chouette était l'oiseau consacré à Neith .
(2) Plutarque, Isis et Osiris, chap. XXXVII .
(3) La mère de Bouddha était Mâyâ , épouse de Soudliadanas , mais
— 32 —
Cette coïncidence des croyances indiennes et égyp-
tiennes avec un des points les plus délicats des
croyances chrétiennes, n'est point un fait isolé dans
ces trois religions, et tandis que Hindous, Égyptiens
et Chrétiens adorent une vierge mère, ce qui sym-
bolise pour moi le mystère de la CRÉATION, Hindous,
Égyptiens et Chrétiens ont chacun leur trinité, qui
est comme l'expression de la logique du Monde, le
Principe , l' Action, l' Effet.
Les Hindous ont leur Trimurlis (1) ;
Les Égyptiens leur Triade, dont j'ai déjà donné
l'analyse d'après Champollion le Jeune ;
Les Chrétiens leur Trinité, que j e n'ai point à définir;
Sans vouloir tirer une conséquence rigoureuse du
fait de cette triple coïncidence, je ferai pourtant
remarquer que, dès avant la fin du premier siècle
de notre ère, Alexandrie était déjà un foyer très-
actif du christianisme, et que quelques années plus
tard, Égyptiens, Juifs et Chrétiens y vivaient dans
un pêle-mêle qui a été remarqué.
Neith paraît être aussi une forme d'Isis : cela res-
sort d'une importante découverte de Champollion
le Jeune (2).
vierge immaculée, et appelée pour cela Suchi, ou la Pure. Elle produisit
Gautamas, surnommé Bouddha, c'est-à-dire le Sage, par le côté droit.
En d'autres termes, Gautamas émanait de Dieu.
(1 ) La Trimurtis (mûrti , type) indienne est ainsi définie :
Brahma. Vishnou. Sivas.
Soleil. Eau. Feu.
Puissance. Sagesse. Justice.
Cette trinité constitue Para-Brahma, VÊtre suprême.
( 2 ) « Il nous reste aussi quelques débris du calendrier des fêtes reli-
— 33 —
Phtah ou Ptah (Phtah à Memphis et Ptah à
Thèbes, à cause de la différence des dialectes) est le
Dieu vénéré à Memphis. C'est le Dieu au beau vi-
sage. Il est en effet représenté avec des traits trèsT
fins. Il a la tête rasée. Il porte, comme Ammon, le
sceptre avec une tête analogue à celle du lévrier,
Son corps est emmailloté comme une momie. Quel-
quefois il est identifié avec Osiris et avec le Soleil. Il
porte alors sur son corps de momie une tête d'éperT
vier surmontée du disque solaire, et se nomme
Phlah-Sakar- Osiris.
Parmi ses titres, il a celui de Seigneur de la Jus-
tice et Roi des mondes (1).
Thméi ou Ma est une des filles du Soleil. C'est
dame Justice et Vérité.
gieuses de l'Egypte; le grand temple d'Esneh nous en offre un exemple,
« et on y lit encore l'ordre des principales fêtes célébrées dans ce magnifi-
« que édifice, en l'honneur de ses trois principales divinités, qui étaient
« Ghnouphis (une variante d'Ammon), Neilh et le jeune Saké. Il y est dit
« que, le 23 du mois d'Atliyr, on célébrait la fête de la déesse Tnélouaou,
« le 25 du même mois, celle de la déesse Menhi (formes de Neith), et,
« le 30, celle d'Isis , tertiaire de la même Neith. » (Champollion-Figeac,
Egypte ancienne.)
Notre Calendrier grégorien ne traite pas mieux nos saints et nos saintes.
(1) Dans la mythologie égyptienne, Phtah est l'Ouvrier divin, l'esprit
créateur actif qui, dès l'origine des choses, se mit à l'oeuvre et façonna
l'univers.
Cneph ou Chnouphis (une des formes d'Ammon ; le Grand Être) avait
produit un oeuf par la bouche ; de cet oeuf était sorti Phtah , et les Égyp-
tiens, qui se vantaient que la vallée du Nil était l'oeuvre première et immér
diate de Dieu, font de Phtah le premier de leurs rois. Il régna sans doute
dans les premiers.temps de la période fabuleuse des trente mille ans.
C'est dans le temple de Phtah, à Memphis, que se faisait l'inauguration
des rois.
De Phtah les Grecs, en rabaissant fort les attributions de ce Dieu, ont
fait leur Hépliaïstos et les Romains leur Vulcain.
— 34 —
Entre autres fonctions, elle a celle de présider au
pesage de l' âme des morts.
Cette opération paraît du reste se passer dans les
limbes égyptiens à peu près comme elle se passe
dans les nôtres, à en croire certaines légendes chré-
tiennes.
L'âme , figurée chez les Égyptiens par un éper-
vier (l) à tête humaine, est posée sur l'un des pla-
teaux d'une balance; sur l'autre, pour contre-poids,
est une image de la Vérité; le singe Cynocéphale,
symbole du parfait équilibre, siège au sommet de
la potence de suspension ; et, sous les yeux des
quarante-deux juges (2) de l'Amenthi , l'opération
s'achève avec le concours parfois obligeant d' Horus ,
fils d'Isis , assisté d'Anubis et des quatre Génies in-
fernaux (3), qui sont les patrons du lieu.
A sa tête, d'où elle s'élève par un des côtés, Ma
porte une plume d'autruche, qui est le symbole ou
l'hiéroglyphe de son nom.
Ses bras sont, le plus souvent, armés de longues
rémiges, qu'elle étend en signe de protection.
Pchat (A), la divinité a tête de lionne, est la ven-
geresse des crimes.
(4) Selon Horapollon le nom égyptien de l'Épervier, BAIETH , se dé-
compose par BAI, c'est-à-dire l'âme, et ETH , coeur. Les Égyptiens
croyaient que le coeur est le siège de l'âme.
(2) Ces quarante-deux juges sont ordinairement représentés avec des fi-
gures d'animaux indiquant, par le caractère qui distingue chacun d'eux ,
une connaissance parfaite du défaut qui y correspond. Le tribunal de l'A-
menthi , ainsi composé, pouvait juger en connaissance de cause.
(3) Voici leurs noms : Amset, Hapi, Tiou-MauteWj Kevah-Senouw .
(4) Champollion écrit Pascht .
— 35 —
Nous ne donnons point plus terrible figure aux
agents infernaux de la colère céleste.
Anubis porte invariablement une tête de chacal.
C'est pourtant un bon diable. S'il préside aux tom-
beaux, il a aussi pour fonction de guider les morts
à travers les espaces célestes qu'ils parcourent, selon
les prescriptions du Bituel (1), pour arriver, après
jugement, à une vie nouvelle, toute de quiétude et
de préférence dans l' Aaenrou (le paradis des Égyp-
tiens), si l'âme en a été jugée digne.
Les Égyptiens donnaient au chacal une vue de
jour et de nuit, et un tel avantage devait favoriser
Anubis dans ses courses à travers la clarté et les té-
nèbres.
Je passe de ces dieux beaucoup, sinon des meil-
leurs, pour arriver à Seth, le Typhon des Grecs, dont
l'existence symbolique se rattache au mythe d'Osiris
et Isis.
Seth, le meurtrier d'Osiris, son frère, n'est pas
précisément le génie du mal (2). C'est tout ce qui
de soi est bien, dès que l'excès en fait le mal (3).
C'est par exemple la sécheresse et la,pluie quand
( 1 ) Le Rituel funéraire, dont on déposait un exemplaire, soit en extrait,
soit en partie, auprès de chaque momie.
Ce Rituel funéraire peut être assez justement assimilé à notre livre
d'Heures, qui est aussi généralement déposé dans le cercueil de nos
morts.
Le titre général du Rituel funéraire complet était : Livre des Manifes-
tations à la lumière.
(2) Plutarque, Isis et Osiris, chap. XL.
(3) Seih semble signifier, dans la religion égyptienne, ce que signifie,
dans les croyances chrétiennes, Belzébuth , l'ange déchu
— 36 —
le beau temps, et l'humidité trop persistants devien-
nent des fléaux.
Les Égyptiens représentent ce diable, disons aussi
ce dieu (car nous verrons tout à l'heure qu'il est
dieu, et bon. dieu à l'occasion), avec toutes les lai-
deurs que leur imagination a pu dépister.
Une tête énorme, éclairée par de gros yeux.ronds;
un nez épaté ; une bouche à se parler à l'oreille, et
des oreilles qui semblent se prêter très-volontiers à
la circonstance, tant leur pavillon se renverse vers
les angles de la bouche; un buste obèse, court et
sans forme, avec un abdomen tombant, qui ne laisse
apercevoir pour jambes que des moignons bouffis ;
sur le tout, une peau de lion ; et, pour doubler la lai-
deur du grotesque, des airs de matamore. Voilà le
personnage. Et ce sera un dieu; Hercule, s'il, vous
plaît, dès que vous le nommerez Bès, mais un
diable, si vous le nommez Seth (1).
Ses statuettes et ses images, toutes laides qu'elles
sont, ne sont pas moins fort multipliées; on en ren-
contre ou on en voit un peu partout, et comme pour
dire que du mal peut quelquefois sortir le bien,
cette image, Bès ou Seth, dieu ou diable, façonnée
(1) L'âme de Seth a été placée dans une des étoiles de la Grande Ourse.
Plutarque, Isis et Osiris, chap. XXI .)
La constellation de l'hémisphère nord, que les Grecs ont nommée la
Grande Ourse, était figurée, chez les Égyptiens, par un animal mi-parti
crocodile (tête), mi-parti hippopotame, et nommée par eux Chien de
Typhon, sous le nom de Oms.
Dans leur croyance religieuse, cet animal gardait les abords de l'Amen-
thi . Il est devenu le Cerbère de la mythologie des Grecs et des Ro-
mains.
— 37 —
en petits pots ou en flacons à odeurs, fait assez sou-
vent partie du mobilier de toilette des dames égyp-
tiennes.
Le Louvre possède de curieux spécimens de l'i-
mage de cette divinité ainsi façonnée.
Peut-être aussi cet emploi original des images de
Bès n'est-il qu'une des mille ingéniosités de la co-
quetterie des femmes pour l'objet de leur beauté.
Les antithèses leur plaisent tant ! de nos jours du
reste, et pour le même emploi, les magots de porce-
laine de la Chine n'ont-ils pas été fort recherchés?...
Sous le n° 234 , le livre d'achat d'Ernest Godard
mentionne celui d'une statuette du dieu Sev ou Sevek .
Son nom signifie le Temps. C'est le Saturne des
Grecs et des Romains (1).
Les figures de ce Dieu sont fort rares, et l'acquisi-
tion qu'en aurait faite Ernest Godard serait d'au-
tant plus précieuse que cette figure manque, jusqu'à
présent, à la collection du Louvre.
J'en reste là de mes citations pour les divinités.
Toutes celles que j'ai nommées, et une infinité d'au-
tres, figurent à la collection qui nous occupe. C'est
l'Olympe égyptien tout entier. Et quand je pense que
notre malheureux ami en a fait la récolte, ainsi que
des autres, objets précieux dont nous allons parler,
au milieu des tribulations de toute sorte que nous a
dépeintes M. le docteur Martin-Magron ; et cela, dans
l'espace bien raccourci de moins de quatre mois qu'a
(1) Sev ou Sevek aurait régné sur l'Egypte avant Osiris. ( Vicomte É. de
Rougé, Notice sommaire sur les monuments égyptiens du Louvre.)
— 38 —
duré son excursion dans la Haute-Egypte et dans la
Nubie, je reste confondu de la dévorante activité, de
l'attention toujours éveillée, qu'il a dû déployer pour
arriver à mettre si bien à profit, sous ce rapport, la
circonstance de ce voyage, tout en satisfaisant d'ail-
leurs à la tâche première qu'il s'était imposée.
J'arrive aux emblèmes .
Sur ces objets, qui tiennent directement au dogme
de la religion des primitifs Égyptiens, j'entrerai, si
vous le voulez bien, dans quelques considérations,
en bornant toutefois l'analyse raisonnée que j'en
vais faire, à quelques-uns d'entre eux seulement.
Le Soleil, dont la chaleur bienfaisante anime ou
féconde tout dans la nature, semble avoir été, à ce
titre, le symbole de la Divinité suprême chez les
Égyptiens.
Aussi le disque solaire ailé , accompagné des
Urseus ou serpents sacrés (1) , est-il pour les Égyp-
tiens l' emblème qui prime tous leurs emblèmes.
En effet, placé au fronton de tous leurs temples,
il y dit à tout venant que l'hommage à rendre à l'Ê-
, tre suprême , dont il est le symbole, est le premier
devoir de chacun.
Les ailes marquent les deux grandes divisions du
ciel , le nord et le midi , et indiquent ainsi l' ubiquité .
de l'Être suprême.
Les serpents désignent la perpétuité ; parce qu'en
( 1 ) C'est la vipère, appelée aujourd'hui en Egypte hajé . Ce reptile a la
faculté de dilater la partie antérieure de son corps, en le redressant et en
rampant sur le reste.
— 39 -
voyant le serpent revêtir à chaque printemps une
enveloppe nouvelle, les Égyptiens pensaient qu'il ne
vieillit pas plus que le soleil, qui chaque matin sort
jeune et nouveau des ténèbres. Comme le soleil en -
core, le serpent chemine sans instruments apparents
de locomotion.
Après ce symbole mystique de la génération, dont
je devais respecter l'ordre et le rang, je vais parler
du Phallus, le symbole le plus énergique, le plus
accusé du genre.
Vous savez, Messieurs, l'histoire du meurtre d'O-
siris , tué par Typhon ou Seth. La dispersion de ses
membres et la perte" définitive de ses parties nobles,
•mangées par de certains poissons de la branche
droite du bas Nil, où les avait jetées Typhon (1),
Cette dernière circonstance (la perte des parties
nobles d'Osiris), qui fut si sensible à dame Isis, a
donné lieu à l'institution par elle du culte, chaude-
ment accepté et très-suivi, du Phallus; et il faut
convenir que pour un perdu, c'est par milliers que
les fervents en ont mis d'autres à sa disposition.
Je ne m'étonne point d'ailleurs du lustre et de la
persistance de ce culte.
Fondé d'abord simplement au nom de la religion
(1) Les prêtres allaient jusqu'à désigner les poissons coupables de cette
destruction, et Plutarque nous a conservé le nom de ces poissons; ce
sont : le lépidote (*) , le phagre ( ** ) et l'oxyrrhynque (***). ( Plutarque, Isis
et Osiris , chap. XIX .)
Que l'on croit être le Binny du Nil.
** Peut-être le Fahaka , nom arabe du Dioden .
*** Que l'on croit être un Mormyre .
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des souvenirs, il a dû bientôt prendre toute la valeur
d'une institution civile.
Et, en effet, si on veut bien considérer qu'au
temps de sa plus grande prospérité, l'Egypte, le
pays le plus fertile du monde, et qui, avec la Nubie
sa constante tributaire, mesure une étendue de plus
de 500 lieues en longueur, et prenait en largeur
une réelle importance par les oasis, alors fort habitées,
qui émergent des mers de sable à gauche et à droite
du Nil ; si l'on veut bien considérer, dis-je; que
dans sa plus grande prospérité ce pays n'a jamais
compté plus de sept millions d'habitants, on com-
prendra l'institution, le maintien et la faveur por
litiques d'une fête, dont les approches et les souve-
nirs devaient commander les devoirs de la généra-
tion.
Ce n'est là du reste qu'une appréciation person-
nelle.
Peut-être aurais-je dû, à cause du double symbo-
lisme qu'il exprime, faire passer le Scarabée avant
le Phallus ; mais enfin autant vaut en avoir fini avec
celui-ci.
Le Scarabée, qui est le symbole de la génération
des êtres, est aussi l'emblème du soleil généra-
teur.
Il est le symbole de la génération des êtres, parce
que chaque individu de cette famille, que les Égyp-
tiens croyaient privée de femelle, devait alors néces-
sairement se suffire à lui-même pour la perpétuation
de son espèce.

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