7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
ou

Publications similaires

Collectif Femmes Écrivaines du Congo-BrazzavilleSirène des sables
Sirène des sablesElles écrivent des nouvelles, de la poésie, des romans, des essais, des
pièces de théâtre. Des œuvres que les lecteurs dévorent. Sous l’initiative
Anthologie de nouvellesde Marie-Léontine Tsibinda et de Marie-Françoise Moulady Ibovi,
soutenues par Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba, elles se sont
réunies autour d’un thème séduisant et d’actualité : la sorcellerie.
Ces onze écrivaines congolaises talentueuses nous invitent dans
l’univers de la sorcellerie. Notamment au Congo-Brazzaville, dans leur
pays d’origine, mais aussi en France et au Canada où certaines d’entre
elles ont élu domicile. Cette sorcellerie qui transcende aussi le lieu
d’habitation jusqu’à investir la toile, fait aujourd’hui partie des sujets
les plus chauds qu’on ne saurait éluder. Sirène des sables est donc le
fruit de la rencontre de ces onze écrivaines du Congo-Brazzaville qui
mettent en avant des textes de création sur le thème de la sorcellerie,
cette espèce de pacte entre le démon, le sorcier et le monde des vivants.
Thème bizarre, voire effrayant, dira-t-on, mais les femmes ont répondu
avec leur sensibilité, leur talent, leur imagination, pour certaines sans
doute leur vécu. Les nouvelles sont drôles, dramatiques, éblouissantes,
troublantes, bouleversantes, jamais ennuyeuses.
Les onze femmes mettent un projecteur sur le monde invisible et
ténébreux des sorciers, magiciens, féticheurs-nganga, marabouts,
guérisseurs, et autres ndokis…
Onze femmes et donc onze façons différentes d’évoquer ce thème Lydia Évoni, Assia-Printemps Gibirila, Liss Kihindou,
universel qui, cependant au Congo-Brazzaville, porte plusieurs Binéka Danièle Lissouba, Evelyne Mankou,
appellations : Kindoki, karachika, ndoki, manga… Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba,
Une douzième femme s’est ajoutée au groupe : Arlette Chemain. Marie-Françoise Moulady Ibovi,
Accompagnatrice de la création littéraire congolaise depuis plus de Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou
trente ans.
Huguette Nganga Massanga,
Jussie Nsana, Marie-Léontine Tsibinda.
Préface d’Arlette Chemain
ISBN : 978-2-343-044985-9
Ecrire l’Afrique19,50 €
L’ armattanEcrire l’Afrique
Collectif Femmes Écrivaines du Congo-Brazzaville
Sirène des sablesSirène des sables
Anthologie de nouvelles
sirene des sables-3_11_14.indd 1 03/11/2014 14:53:43Écrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques,
cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des
Africains.


Dernières parutions

Casimir Alain NDHONG MBA, Au dire de mes aïeux. Une
facette du passé des Fang du Gabon, 2014.
Darouiche CHAM et Jean EYOUM, Mon continent À Fric, Un
essai à deux voix sur l'attractivité du continent Africain et de sa
jeunesse, 2014.
Marie-Françoise MOULADY-IBOVI, Étonnant ! Kokamwa !, 2014.
Réjean CÔTÉ, Un sorcier africain à Saint-Pie-de-Guire, 2014.
Mamadou DIOP, Rahma, l’école d’une vie, 2014.
Simon DIASOLUA, Entre ciel et terre, Les confidences d’un
pilote de ligne congolais, 2014.
Kasoum HAMANI, Niamey cour commune, 2014.
Roger KAFFO FOKOU, Les cendres du temps, 2014.
Pierre FREHA, Chez les Sénégaulois, 2014.
Patrick BRETON, Cotonou, chien et loup, 2014.
Cikuru BATUMIKE, L’homme qui courait devant sa
culpabilité, et autres nouvelles, 2014.
Mahmoud Bensaïd BAH, Les défis de la démocratie en Guinée,
2014.
Georges ROUARD, Nuit noire à Dôko, 2014.
O. TITY FAYE, La chute de la Révolution. Les derniers
complots. La tourmente, livre III, 2014.
O. TITY FAYE, Prêt pour la Révolution ? De l’emprise du
parti unique à la marque du fouet rouge : la révolte. La
tourmente, livre II, 2014.
O. TITY FAYE, Selon la Révolution ! La randonnée de
l’étudiant guinéen sous la Révolution. La tourmente, livre I,
2014.
Karamoko KOUROUMA, Poste 5 ou l’incroyable aventure de
Togba, 2014.
Bakonko Maramany CISSÉ, Émigrer à tout prix. L’Amérique,
l’Europe ou la mort, 2014. Marie-Léontine Tsibinda
Marie-Françoise Moulady Ibovi
Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba
Sirène des sables
Anthologie de nouvelles
Préface d’Arlette Chemain
sirene des sables-3_11_14.indd 3 03/11/2014 14:53:43































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-044985-9
EAN : 9782343044859 Sommaire
Préface ................................................................................ 7
Lydia Evoni
« Le mystère d’Afouma » .............................................. 15
Assia Printemps Gibirila « Albina Kitoko » ....................29
Liss Kihindou
« Sorcière ! » ................................................................. 45
Binéka Danièle Lissouba
« Les six doigts de Kumba » .........................................63
Eveline Mankou
« Splendeurs et misères
de Fif » ........................................................................73
Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba
« Leshkah et le mystérieux héritage » ...........................87
Marie-Françoise Moulady Ibovi
« Oless, l’enfant soi-disant sorcier » ............................ 121
Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou
« L’écrin des retrouvailles » ........................................ 157
Huguette Nganga Massanga
« Virtuose » ................................................................ 163
5
sirene des sables-3_11_14.indd 5 03/11/2014 14:53:43Marie-Léontine Tsibinda
« Lady Kimpa V. » ...................................................... 183
Jussie Nsana
Épilogue ..................................................................... 203
6
sirene des sables-3_11_14.indd 6 03/11/2014 14:53:44Préface
Voix féminines subsahariennes
Variations sur une thématique sensible
En souvenir d’Amélia Néné.
Elle aurait aimé se joindre à votre ouvrage
Initiative heureuse, ce recueil fera date. Au pays des illustres,
écrivains de grand renom, au Congo-capitale Brazzaville, des auteures
ouvrent une voie nouvelle. Après la célébration du cinquantenaire
des indépendances, puis des soixante ans de la littérature congolaise,
l’initiative féminine poursuit dans une voie nouvelle. Le pays
re1trouve son rôle novateur grâce à l’ouvrage initié par Marie-Léontine
Tsibinda et Marie-Françoise Moulady Ibovi, avec le soutien de
Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba pour une réalisation destinée
à séduire un nouveau public proche ou lointain, entre Gatineau au
Québec, Montréal, Québec, Paris, les pays d’Afrique…..
La fgure féminine aux contorsions suggestives voire ophidiennes
qu’ofre en avant-texte l’artiste Jussie Nsana, donne le ton avec brio,
avec élégance.
Puis viennent les variations sur un thème commun : la
sorcellerie. Les récits courts dits aussi short-stories, s’énoncent à partir d’une
problématique judicieusement réintroduite. Entre tradition et
inser1 Voir en 1987 le n° spécial de la revue « Notre Librairie » consacré à la littérature
congolaise écrite, qui ouvrit une voie car chaque pays voulut ensuite voir ainsi
valorisée sa littérature « nationale ».
7
sirene des sables-3_11_14.indd 7 03/11/2014 14:53:44tion dans la ville contemporaine, les récits rassemblés unissent
fction et conviction. Contre les mentalités, les croyances, les pouvoirs
des praticiens ou praticiennes traditionnels, « ngangas » locaux ou
pasteurs des églises nouvellement implantées, l’humour ou
l’imagination concourent à la dénonciation de sombres pratiques, entre
principe de réalité et rêves fertiles.
Un personnage mis en texte par Gilda Rosemonde Moutsara
2Gambou, dans sa contribution « L’écrin des retrouvailles » donne
son titre à l’ensemble : « Ton mari est tombé dans les grifes d’une
Sirène des sables ».
La réalité urbaine est abordée par le biais d’un thème habilement
réinterprété. Le plus souvent entrent en scène un père veuf et
possesseur de biens, ses enfants et les intrigues d’une maîtresse possessive
et avide. Le recours aux forces occultes intervient. Les pratiques des
« ngangas », guérisseurs ou sorciers traditionnels dont on a pu croire
qu’ils caractérisaient des époques antérieures, s’avèrent actuelles. Les
nouvelles églises implantées au pays, les structures familiales
déstabilisées par les décès, veuvages et remariages créent un décor social
propice au drame ou à la satire.
Plusieurs contributions évoquent les causes obscures et les
conséquences de naissances non conformes. Lydia Evoni (de Paris) dans
Le mystère d’Afouma voit la jeune épouse gravide victime des
machinations secrètes d’un oncle néfaste. Assia-Printemps Gibirila (entre
Bordeaux et Pointe-Noire), sous l’intitulé Albina Kitoko, jeu de mots
sur un prénom, dit les parents persécutés pour le fait d’avoir une
flle albinos. Binéka Danielle Lissouba (au Québec), avec « Les six
doigts de Kumba » évoque l’enfant persécuté pour cette anomalie
de naissance ; Marie-Françoise Moulady Ibovi (prix des Arts et
Lettres de la République du Congo), dans « Oless l’enfant soi-disant
sorcier » montre le garçon persécuté car afecté d’un bec-de-lièvre à
sa naissance ; Liss Kihindou sous le titre Sorcière  évoque le rôle de
2 Gilda Rosemonde Moutsara Gambou : « Ton mari est tombé dans les grifes
des sirènes des sables ».
8
sirene des sables-3_11_14.indd 8 03/11/2014 14:53:44l’ancienne femme accusée de susciter les avortements de la nouvelle
épouse.
Attirant l’attention sur un autre phénomène contemporain,
Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba (Québec/Toulouse) narre les
intrigues déployées pour récupérer indûment un bien dans le
récit « Leshkah et le mystérieux héritage ». Gilda Rosemonde Moutsara
Gambou romancière, oppose dans la nouvelle « L’écrin des
retrouvailles » deux recours à la magie, par l’épouse délaissée qui consulte
les cauris, tandis que sa rivale « a eu recours aux fétiches pour
envoûter de façon maléfque son mari. »
Au centre du recueil le texte que propose Eveline Mankou
« Splendeurs et misère de Fif », élargit l’insertion géographique et
l’impact des récits en même temps que s’introduit une variante : la
personne qui manipule les fétiches et use de son pouvoir s’avère cette
fois-ci de sexe féminin. Celle-ci se procure sa matière première, ses
onguents, ses fltres, ses pommades dans le lointain Togo sur le
marché de Lomé célèbre pour ses « mamma Benz » revendeuses
richissimes (au point d’avoir chaufeur et voiture de cette marque) ; elle se
fournit au marché de Vogan autour de la maison dite du Pacha De
Suza ancien vendeur d’esclaves. Notre magicienne accroît son
pouvoir de nuisance en reliant des lieux écartés et de cultures diférentes,
Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale. Eveline Mankou renouvelle
le récit par cette double insertion et bien d’autres mentions… Un
imaginaire des espaces géographiques enrichit ainsi des énoncés qui
sont autant de « novella » comme les défnirait Jean Marie Gustave
3Le Clézio .
Les deux dernières nouvelles du recueil ont également un
nouveau relief. Outre le travail d’écriture, une sensibilité à l’art
dramatique suggère de spectaculaires mises en scène. Le drame consiste
à mettre en place une machination qui permettra à une séductrice
3 Jean Marie Gustave le Clézio, Introduction à son recueil de longues nouvelles,
éd.,… 2014
9
sirene des sables-3_11_14.indd 9 03/11/2014 14:53:44d’accaparer les biens d’un veuf riche. Des souvenirs du théâtre ne
sont pas exclus. Mais ce n’est pas le seul attrait de la dixième nouvelle.
Huguette Nganga Massanga avec « Virtuose » pratique satire et
humour dans le style voltairien. Elle met en cause le personnage du
pasteur des nouvelles religions qui s’imposent de nos jours dans les
villes africaines. C’est lui « le Virtuose » qu’annonce le titre, le chef
de  « l’Église de la voyance infaillible » nom parodique, « qui a surgi
un jour dans ce coin de la ville pour ériger une église qui attirait les
femmes de partout ». Séducteur, « Nestor » qui attire à lui les femmes
et les richesses, demande à ses paroissiennes « Comment elles
pouvaient s’attendre à entrer dans le royaume de Dieu lorsqu’elles
laissaient leur pasteur rouler dans une voiture sans climatisation… ? »
L’homme d’église ajoute : « L’honneur de s’asseoir au-devant de la
nef, vous élève dans les catégories des élus de Dieu et vous oblige à
être très généreux de manière spéciale », comprenez par des dons
concrets et coûteux. Voiture, maison, voyages sont ainsi sollicités et
obtenus par le requérant. Enfn le pasteur se fait complice d’une
véritable mise en scène, scénario conçu dans le décor même de l’église
pour imposer en secondes noces auprès d’un riche veuf une
maîtresse « apte à nouer et dénouer le désir des hommes », celle qui lui
extorquera ses biens, privant les enfants légitimes de leur héritage.
Humour, ironie, antiphrases « pimentent » l’écriture :
l’orateur plaide le faux pour faire entendre le vrai, le narrateur rapporte
4comme normale une anomalie fagrante comme si l’écrivain des
lumières avait fait école : « Comme l’opulence et la richesse sont des
signes de bénédiction (…) les dames accédaient à tous les caprices et
les chantages de leur pasteur. On lui a même ofert une belle jeune
5femme ». (…) Une belle comme dans le milieu spirituel moderne.
4 Performances apparues dans le livre réalisé par Marie-Léontine Tsibinda Moi
Congo ou les rêveurs de la souveraineté, éd. 99.
5 « Le neuvième jour chacun devait apporter un joli cadeau au pasteur en signe
de pardon... le pasteur reçut une villa, une belle et neuve voiture climatisée
« S’assoir devant, vous élève dans les catégories d’élus de Dieu et vous oblige à
être très généreux. 
10
sirene des sables-3_11_14.indd 10 03/11/2014 14:53:44« Le pasteur resté debout à côté des paniers pour bien constater la
générosité de ses brebis les avait bénies » ; il énonce « une prière
d’autorité », termes incompatibles ! Au siècle des lumières on n’aurait pas
mieux dit.
Marie-Léontine Tsibinda ofre le bouquet fnal. Orgueil du
Rocado Zulu Téâtre au temps de sa création à Brazzaville, son titre
énigmatique « Lady Kimpa V » laisse au lecteur le soin de faire le lien
avec Kimpa Vita, héroïne historique au Congo.
Composition savamment encadrée, d’une facture subtile, le récit
débuté devant la porte restée close de l’amoureux, progresse par une
succession d’emboîtements qui conduisent de situations heureuses en
situations tragiques. Exclue pendant la nuit d’orage, où le cri des
oiseaux de proie rappelle le tournoiement angoissant des vautours dans
6le décor de l’initiation dans un récit au seuil des Indépendances ,
l’amoureuse se remémore son père veuf évoquant de manière
rétrospective la mère de ses enfants avec lyrisme et poésie… Mais une
maîtresse introduite dans la famille pour se faire épouser, y demeure
après la mort du père, y reçoit un amant entreprenant qui dénigre la
flle qui lui résiste ; celle-ci perdra la confance de son compagnon.
Ce qui explique la scène nocturne devant la porte close.
Le récit change alors de registre : sous les insultes que déverse l’ami
sur la supposée traîtresse, celle-ci bascule dans une semi-démence,
suscitant l’épanouissement d’un imaginaire fantastique, comme une
antithèse au premier récit « réaliste ». Une poésie grandiose suggère
un monde irréel… Au cours du délire, entre autre exaspération des
sens, l’illusion d’une grossesse n’est pas sans un efet
d’intertextualité avec le récit d’Eveline Mankou : « Elikia-Espoir » construit sur
7un déni . Et le tourbillon du feuve qui absorba la mère, puis le plan
d’eau dans lequel s’abîme la flle éconduite ne sont pas sans relation
6 Voir le livre inaugural de l’écrivain Ahmadou Kourouma.  « Les soleils des
indépendances », éd. 1968, Sherbrooke.
7 Ed. numérisée, 2013.
11
sirene des sables-3_11_14.indd 11 03/11/2014 14:53:448avec le mythe des mamy wata ressurgi, repris dans le livre de
l’anthropologue cité précédemment.
Ce faisant le récit apporte un témoignage vivant sur le petit
commerce pratiqué dans les faubourgs des villes : marchés de nuit,
buvette populaire, pour fnir par une petite boutique qu’avait créée
la future victime de Mario dont le nom semble pointer le mauvais
garçon dans les propos populaires !
Des bonheurs de style : « ciel d’or pur », « larmes de cristal »,
« teint noir et beau comme la peau du silure »… introduisent une
poésie dans l’énoncé tragique.
Une certaine liberté d’expressions permet des formulations qui
font revivre l’écriture de Sony Labou Tansi : « Arrête tes conneries ».
L’on côtoie des « femmes carnassières » telle Chaïdana dans le roman
9inaugural « La Vie et demie ».  
Les récits sont ponctués de propos hors diérèse qui s’intercalent,
réfexions sur le récit dans l’énoncé même : « Comme c’est bizarre
tout ça », ou réfexions à valeur générale : « on peut décider chacun
de sa vérité », ou « ce qu’on juge comme vérité peut avoir des
facettes diférentes », médite Rosemonde. Une sagesse voudrait naître
10des récits exposés... Leur intérêt se trouve émaner d’une synergie
commune.
Ainsi composée l’anthologie recueille onze textes ; pour obtenir
un chifre rond, il en fallait un douzième, le voici, en une
intervention ainsi modestement justifée. Qui s’est interrogée jadis sur
8 Repris par l’anthropologue dans l’anthologie de la chanson congolaise, Op. cit.
9 Ed. Seuil, 1979.
10 Une pratique l’ancienne magie retrouve sa pertinence renforcée par les
conditions de vie difciles, ce que confrment les chansons populaires qui
commentent la vie quotidienne, cf L’anthologie des chansons congolaises de
variété présentée par l’anthropologue Abel Kouvouama, éd. Paari., 2014.
Une toile du peintre Marcel Gotène de l’École de Poto-Poto ne s’intitule-t-elle
pas « Les  Sorcières » ?
12
sirene des sables-3_11_14.indd 12 03/11/2014 14:53:44l’émancipation féminine pensée dans le roman africain ne pouvait
11pas ne pas être sororalement interpelée par l’ouvrage proposé.
Nous espérons d’autres initiatives fécondes, tandis que la
littérature dite post-coloniale et francophone trouve en ce recueil
des  Sirène(s) des sables  une expression originale.
Professeur Arlette Chemain
11 Professeur émérite, Arlette Chemain-Degrange, de l’Université de Nice
SophiaAntipolis, est une voix remarquable dans le domaine de la recherche sur les
littératures postcoloniales. Elle porte haut le fambeau des littératures
comparative et féminine. Elle est une référence pour les études des lettres africaines
francophones.
13
sirene des sables-3_11_14.indd 13 03/11/2014 14:53:4414
sirene des sables-3_11_14.indd 14 03/11/2014 14:53:44Lydia Evoni
« Le mystère d’Afouma »
Née le 24 janvier 1974 à Pointe- le domaine associatif pour faire
vaNoire, au Congo-Brazzaville, loir ses idées.
Lydia EVONI est détentrice d’un Adresse électronique :
DEUG de Droit à l’Universi- lydiaevoni@yahoo.com
té Marien Ngouabi. Assistante
De quoi parle sa nouvelle « Le mys-Administrative Trilingue de
fortère d’Afouma » ?mation, Interprète et Traductrice,
Afouma et son conjoint Essombolo elle a occupé les fonctions dans
vont avoir un bébé, et ils trépignent l’administration privée et publique.
de joie. Joie qui va être de courte Ecrivaine, comédienne, opératrice
durée vu que l’oncle d’Afouma es-culturelle, elle fait la promotion
saie de s’emparer du fœtus en usant de jeunes talents. Elle a
notamde… sorcellerie !ment initié « La Nuit des Poètes et
du Slam ». Récipiendaire du Prix
Tchicounda 2011, elle œuvre dans
15
sirene des sables-3_11_14.indd 15 03/11/2014 14:53:4416
sirene des sables-3_11_14.indd 16 03/11/2014 14:53:44Au grand marché de Pointe-Noire, Afouma se sentait dans son
univers. Elle s’était liée d’amitié avec toutes les autres vendeuses
du rayon divers. Le vocable divers renvoie à la vente en détail des
condiments pour la cuisine. Elle vendait de la tomate en fruits et en
conserve, des gousses d’oignon et d’ail, de la ciboule, sans oublier
toutes sortes d’arômes culinaires.
Afouma avait comme habitation, une baraque construite en
1planches dans le quartier Loussala . Elle avait eu ce logement par
l’intermédiaire d’un courtier, qui avait prélevé un mois de loyer pour
le contact entre le bailleur et elle. Le courtier, sans sourciller, avait
exigé ses honoraires à hauteur de dix mille francs, conformément au
loyer mensuel de cette dernière. Elle n’avait pas le choix et, surtout
que la gare de Tié-Tié, n’était qu’à quelques vingt minutes de marche
de son studio. C’était une aubaine pour elle, parce qu’elle devait se
réveiller à quatre heures du matin et se diriger vers cette gare, à la
recherche de la marchandise à vendre. Forcément, elle devait y être à
temps pour se ravitailler, sinon, elle perdait toute sa journée. Ce qui
pouvait constituer un grave manque à gagner pour elle.
Afouma était à sa cinquième année depuis son arrivée dans la
grande ville de Pointe-Noire, en provenance de Mongo, dans le
dé1 Quartier de Pointe-Noire.
17
sirene des sables-3_11_14.indd 17 03/11/2014 14:53:442partement de la Lékoumou . Elle a vécu chez son oncle maternel,
durant ces dernières années.
Réalisant qu’elle était désormais devenue une femme de trente
cinq ans, Afouma dut prendre l’initiative de trouver un studio. Tant
que son commerce prospérait, elle était en capacité de payer le loyer
de son studio et prendre en charge sa popote. En plus, c’était un
atout non négligeable pour sa vie sentimentale. Elle pouvait ainsi
mener comme bon lui semblait, sa vie. Elle était certaine que sans
compter sur qui que ce soit, elle s’en sortirait bien. Vivant dans
son studio, elle n’avait pour seul compagnon que son poste
téléviseur, qui l’égayait pendant ses moments de langueur et d’envie de
divertissement.
Tous les déboires dans ses relations avec les hommes l’avaient
conduite non seulement à la résignation, mais aussi à la méfance
face aux conquêtes de ces derniers. Elle était donc devenue prudente.
Pourtant un soir du dimanche, Afouma décida de marcher pour
prendre un peu d’air frais et sortir de son ennui. Au bout de la
deuxième ruelle après la sienne, elle ft une rencontre qu’elle jugea
fnalement judicieuse. Un homme venait de succomber à ses charmes.
Sans foriture, il lui proposa de prendre un verre de bière.
Hésitante un moment, Afouma accepta l’ofre de l’inconnu.
C’est timidement qu’elle suivit ce dernier dans un bar du quartier.
On leur servit à boire.
- Je m’appelle Essombolo, ft-t-il.
- Moi, c’est Afouma.
- J’ai l’impression que tu n’habites pas le quartier, ft-il de
nouveau.
- Non, j’habite à deux ruelles d’ici, répondit-elle.
- Es-tu mariée ? demanda-t-il passivement, redoutant une
réaction répulsive de celle-ci.
2 Département de la République du Congo, dont la Commune est Sibiti.
18
sirene des sables-3_11_14.indd 18 03/11/2014 14:53:44- Tu avances sans te cacher mon cher ami, ft-elle pour anéantir
les velléités de ce dernier.
- En es-tu ofusquée ? reprit-il.
- Non, à mon âge, j’ai du entendre cette question des tas de fois.
Je ne m’en ofusque plus. Je m’y accommode. Je ne passe pas par
deux chemins pour te répondre. Non, je ne suis pas mariée. Et
toimême, l’es-tu ? ft-elle.
- J’aime bien ta franchise et ta sincérité. Je vais aussi te répondre
sincèrement. Je suis en situation de séparation de corps avec la mère
de mes enfants. Je l’ai surprise en fagrant délit d’adultère avec mon
voisin de parcelle. Me sentant cocu, non seulement, je l’ai répudiée,
mais aussi j’ai dû changer de maison, parce que ma réputation a été
mise à rude épreuve. J’ai même passé des mois à ressasser ces
mauvais souvenirs. J’en porte encore des stigmates intérieurement. C’est
seulement maintenant que je reprends goût à la vie, dit-il avec une
pointe de déception dans la voix.
- C’est à se demander ce que nous, femmes, voulons. Celles qui
sont dans les foyers se livrent à l’adultère et, celles qui sont
célibataires veulent se marier. C’est le contraste de la vie. Mais que cela ne
te décourage pas, il y a des milliers de femmes qui désirent un foyer
dans cette ville de Pointe-Noire. Je suis sérieuse. Tu peux me croire,
rétorqua-t-elle.
- Tu me donnes l’impression d’être une femme de bonne
éducation, Afouma, lança t-il.
- Je ne sais pas. Mais la vérité, c’est que, j’ai reçu de ma mère une
éducation solide sur le mariage. Mais malheureusement, je n’ai
jamais eu l’opportunité d’être dans un ménage pour mettre à proft les
acquis de cette instruction. Je ne désespère pas. Je suis convaincue
de trouver un homme pour moi, et rien que pour moi, allégua-t-elle.
- Et si je te faisais la proposition de te prendre comme épouse !
Qu’en dis-tu ? L’interrogea Essombolo.
- Tu ne trouves pas que c’est trop tôt ? Nous venons à peine de
nous connaître, répondit-elle.
19
sirene des sables-3_11_14.indd 19 03/11/2014 14:53:44- Je suis tout à fait d’accord avec toi, nous allons nous donner un
temps d’observation avant de reparler de la vie en commun, ft-il.
Le temps passa tellement vite, qu’Essombolo lui ft la proposition
de lui faire découvrir sa maison. Ils y allèrent. Afouma découvrit que
son nouvel homme était père de deux enfants âgés respectivement
de dix et huit ans. Il la présenta auprès de ces derniers comme leur
nouvelle maman. Lui-même venait de fêter ses quarante ans.
Il ne se passa que quelques jours, quand Essombolo lui ft la
proposition d’emménager chez lui. Son travail d’employé dans une
société de Transit était devenu très prenant et il sentait le besoin de la
présence d’une femme pour s’occuper non seulement de la maison,
mais aussi des enfants. Cet arrangement était providentiel pour elle.
Elle ne tarda pas à donner son avis favorable à la demande de celui
pour qui son cœur battait désormais, oubliant ainsi toutes les
aventures sans lendemain, qu’elle avait vécues, jusque-là.
Ils choisirent un dimanche pour procéder à ce déménagement.
Ils le frent, aidés par leurs deux enfants. Une entente soudaine, entre
Afouma et les enfants, s’était mise en action. Elle en était ravie.
Ce nouveau train de vie bouscula carrément son quotidien. Ce
n’est plus le commerce qui était au centre de sa vie, mais c’était
présentement son ménage. Elle s’attelait avec beaucoup de sagesse à la
gestion de la maison, de son nouveau conjoint et des enfants.
De surcroît, elle n’avait plus à stresser à l’approche de la fn du mois
pour payer son loyer. Essombolo s’en chargeait avec empressement.
Deux mois après, il décida d’aller voir les parents d’Afouma afn
d’ofcialiser leur union dans sa première étape. Il leur apporta une
dame-jeanne de vin rouge, du vin de palme, de la noix de cola et une
enveloppe symbolique de cinquante mille francs.
La vie était heureuse pour le couple surtout pour Afouma qui
n’avait pas vécu dans de bonnes conditions. L’avenir devenait
promotteur pour eux. Ils se mirent à bâtir des projets.
Les mois passèrent, Afouma commença à se plaindre de plus en
plus, de maux d’estomac, de fèvres, de nausées et de vomissements.
20
sirene des sables-3_11_14.indd 20 03/11/2014 14:53:44