Son nom d'avant

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Quand elle le voit pour la première fois, c’est dans un autobus : son regard impitoyable entrant en elle, juste avant qu’il ne descende ; quelques secondes encore avec la vitre entre eux. Et puis rien. Les circonstances dans lesquelles ils se revoient par hasard vingt ans plus tard ne leur permettent pas de s’approcher l’un de l’autre et sans doute en resteraient-ils là si cela ne tenait qu’à elle, devenue entre-temps épouse de notable et mère de trois enfants. Mais lui, maintenant, il veut quelque chose.
« Son nom d’avant est une magnifique réflexion sur l’engloutissement de l’âme par le passage du temps. Que dire de Britt, le personnage principal ? Mariée, elle est moins aimée. Mère, elle est moins entourée. Riche, elle est moins libre. Les années écoulées ont fait de son existence une montagne de sable prête à s’écrouler au moindre coup de vent. Alors, c’est dans ce qu’elle a été qu’elle va découvrir ce qu’elle veut. » (Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche)
« Hélène Lenoir est l’une de nos meilleures romancières d’aujourd’hui. À la fois forte et subtile. Ses trois premiers romans montraient l’étendue de son registre, l’originalité de sa recherche romanesque, son pouvoir d’analyse et d’émotion. Dans Son nom d’avant ces qualités littéraires se conjuguent avec une parfaite simplicité de l’expression. Comme si le choix des mots, le rythme de la phrase, l’aller et retour des dialogues avaient trouvé sans peine leur juste place, leur dessin exact. » (Pierre Lepape, Le Monde)
Publié le : jeudi 7 février 2013
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EAN13 : 9782707326461
Nombre de pages : 209
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SON NOM D’AVANT
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DU MÊME AUTEUR
o LA BRISURE23)., 1994, (“double”, n BOURRASQUE, 1995. ELLE VA PARTIR, 1996. LE MAGOT DEMOMM, 2001. LE RÉPIT, 2003. L’ENTRACTE, 2005.
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HÉLÈNE LENOIR
SON NOM D’AVANT
LES ÉDITIONS DE MINUIT
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1998/2001 by LESÉDITIONS DEMINUIT 7, rue BernardPalissy, 75006 Paris www.leseditionsdeminuit.fr
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Elle attend toute seule à l’arrêt d’autobus, du côté des numéros pairs de l’avenue. On lui don-nerait à peine vingt ans, en blue-jean et imper-méable court, ouvert, une sacoche en bandou-lière. De loin, on pourrait la prendre pour un jeune homme à cause de sa taille, de sa carrure, de sa façon d’attendre debout, les jambes écar-tées, les mains dans les poches de son imperméa-ble ouvert, regardant sans la voir l’affiche verte collée sur la haute palissade d’un chantier de l’autre côté de l’avenue, presque en face de l’arrêt où elle se tient, l’air préoccupé, presque courroucé, mais ça n’a sans doute rien à voir avec l’affiche, elle était déjà comme ça en arri-vant, peut-être contrariée de devoir attendre, d’avoir couru pour rien après le bus de cin-quante-six qui avait du retard à cause des per-turbations dues aux travaux de la place Stanislas. Une grosse moto passe montée par un homme brun à lunettes, sans casque, écharpe rouge vif, veston moutarde, pantalon foncé. Il ralentit, la regarde, la salue en inclinant la tête et en levant
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la main, comme s’il la connaissait. Elle ne réagit pas. Elle consulte sa montre, se retourne vers le plan de la ligne du bus, puis vers la chaussée, les pieds écartés au bord du trottoir. Elle lève la tête sur sa gauche, vers le haut de l’avenue, guettant, bien qu’il soit encore trop tôt, l’apparition du front massif et carré de l’autobus entre les véhi-cules qui approchent, ralentis par des feux, des piétons, des camionnettes garées en double file. A cinquante mètres de l’arrêt, au numéro 112, le fleuriste vient d’ouvrir les larges portes vitrées de son magasin et de dérouler à la manivelle le store de grosse toile rouge foncé au bout duquel pend une large bande bordée de vaguelettes fes-tonnées où on peut lireRiviera Fleursen élégan-tes cursives dorées. La femme et les deux filles commencent à sortir des petits bancs, des tabou-rets puis des pots qu’elles disposent sur le trot-toir sous la toile inclinée. Elles se ressemblent : courtes, mafflues, la croupe, le ventre et les seins opulents vaguement démarqués par les cordons noués dans le dos d’un tablier bleu pâle dont la bavette pend chez celle des filles qui porte de gros bijoux métalliques. Les deux sœurs sont chaussées d’escarpins de cuir lisse pointus, à talons fins, visiblement inconfortables, tandis que leur mère va et vient plus aisément dans ses sandales jaunes à semelles compensées. De l’eau coule sur le trottoir, abondamment mais sans bruit ; ça vient de l’intérieur du magasin où le
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