Songe énigmatique sur la peinture universelle , fait par H. P. P. P., Tolosain

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par A. Colomiez (Tolose). 1658. Peinture -- Esthétique -- Ouvrages avant 1800. 47 p. ; in-4.
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Publié le : mardi 1 janvier 1658
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SONGE
ENIGMATIQVE,
S V R
LAPEINTVRE
UNIVERSELLE
Fait par H. P. P. P. Tolofain.
A T CLOSE-
Par ARN AVD COL 0 M I E Z, Imprimeur ordinaire
du Roy & de rVniuerfité. M. DC. LVIII.
Et comme ie eu
de
ceux qui ont excellé en cet vus de cpux
qui fteuriffent en ce temps de
croire que. comme ie n'ay iamais flater lâchement
les vns le n'ay pas eu non-plus le deffem de choquer les autres,
dont les noms 'fans
pcdc ma mémoire. le n'ay pas non plus
pour placer les Protedeurs des Peintres félon leur- condition ait
letar donner les titres qu'ils ont fèioh leur ichàrge > mefure
que la mémoire ,& les occasions les ont
propofés à mon cfprit. le croiray
tirez quelque fatisfadion de ce petit Ouurage en attendant que ie
vous donne la Verfîon de l'Idée du Temple de la Peinture >& les
autres œaures 4g Lomaue, auecies Vies des plus célèbres Peintres
du Vafari.
SONGE
I
A
SONGE EMIGMATIQVE,
SVR LA PEINTVRE
VNIVERSELLE.
A nuicT: eftoi: fort calme, & le Silence
tenoit fin empire au milieu des ténèbres,
Toutes chofes eftoient en repos & ceue
grande Tranquillité, inuitoit les plus vi-
gilants au Sôiiieil: Mes feulesinquietudes
refiftoient à fes charmes & les Imagina-
tions diuerfes qui agitoient ma Penfée
defFendoient à mes Paupieres de fe clorre. La Peinture. fe
prefentoit à mon Efpritauec fcs plus riches ornemens:Et f
d'vn codé i'eftois furpris de voir le petit nombre des ado-
rateurs qui fe trouuent pofleder cette Diuinité vifible $c
qui peuuent eilre luges competans de (es mèrueilles: d'vn
autre cofié ie faifois des plaintes contre riniuftice de la for-
tune qui laine dans la poufliere des Perfonnes qu'on deuroit
efleuer au rang des plus Illufires. Enfin apres auoir par di-
uerfes poftures cherche le repos dans mon lia; fans le pou-
uoir trouuer: l'Aube du iour commençoit à poindre, lors
qu'abbattu de mes longues inquiétudes ie me rendis aux
douceurs du fommeil.
r Songe
Alors il'me fembla que i'eftbis au milieu d'vne Allée
Bordée de deux rangs de Palmiers v& d'vn pareil nombre
d'autres Arbres, dont l'odeur- iointe àla beauté me fit croi-
re que quelque Région de l'Afie.
La curiofitc me fit marcher vers vn Portail ruftique, qui pa.
roifïoir au bourde T Alice il'droit enrichi de deux Termes
d'ordre Tofcan chargez d'vne groiTe poultre en forme
d'Arcfeitraue y. furchargé d'vn Cheuron qui luy feruoit des
Frife couronné d'vne Corniche de mefme nature. Les
noeuds & l'efcorce du bois qui paroifToit en beaucoup
d'endroits chargé de Lierre luy feruoit d'vn naïf ornement..
Ce Portail que l'Architecte induftrieux fembloit auoirne»
gligé ou b afti par defpit, dans fa§rude compofition défcou-
uroit fa'iufte Symmetrie & faifok admirer l'efprit de l'Qjn-
urier, par fes groflieres mais iuftes proportions. A peine
auois-ie acheué de lire ce-s mots, -lardin efcrits en
grolfe lettre fur vn cuir recourbé en forme de Cartouche,
qui feruoit d'ornement aumilieu de la frife lors qu'vne
Dame qui auoit ouuert p-ar dedans me fit figiïe d'entrer. le
demeuray quelque temps interdit à l'aspect de tant de mer-
aeilks $ c'èftoit la plus belle perfonne du monde toutes les
plus iuftès proportions que ces fameux Peintres de la Grèce
ont donné à leurs Figures toutes les Grâces & autres perfe-
ctions qu'Appellés & Fidias ont autrefois employé pour
embellir la I>ee(fe Venus, n'àuoient rien qui aprochaft de
recelât de cette beauté; Et ie croy que l'Imagination du plus
excellent Deteignateur ivauroitfceu rien former dans fon:
îdéedefiacheué que ce qui s'offroit à-mesyeuxj bien que
les^ opérations de Vlntelleé^ifurpaiTent de beaucoup celles,
de la main..
fur la Teinture Vmucr fille. 3
A a
Sa clieueîure blonde &c longue négligemment cfparfe
fur fes efpaules ondoyait au gré des.Zephirs; elle cftoie re-
f.errée par lehau^non d'vn chapeau deflcurs, ou d'vne Guir-
landejie foyc & de fil d'or h pailletés d'argent Non d'vn
Diademe royal ou Couronne Impériale chargée de Pierre-
ries c'eftoit quelque chofe de plus grand prix que tout ce
qui fait le luxe & l'admiration des cabinets des.pluspuiflfans
Monarques. Vn pour mieux dire un ban-
deau de Diamants Jiquifics & -reduits en pafte, enrichi au
milieu du front d'vn Rubis d'vn Pantarbe ou d'vnEfcar-
bouncle,au lieu d"vn Soleil dôt refclatéblouïfloit les yeux
de^eux-quilevouloicKt regarder. Vn peu
moins -lumineux paFoiiToit à la partie oppofée à la précé-
dente. Quatre grandes bandes-qui s'afl'embloient en pointe
au deffus du Verteïf,eftoient enrichies d'vHe infinité A'Efloit-
ksi ces Bandes croient composées d'vne d'azur
parente co.mme vue eau de Saphirs, qu'on auroit aniflcieu-
fement congelée.
Sur ce Vifa ge ou ne defcouuroit qu'vne beauté naïfuc
exempte de fard, de mouches & affaffins., & le vermillon qui
coloroit fes ioûes .& fes leures eitoit fort naturel les eaux
gommées n'.attachoient pas fes cheueux fur fôn frônt la
poudre de Chipre ne changeoit pas en gris l'efclat de le.ur
iuftre doré les Frifoirs ny les pincettes n'auoiert point
trauaillc fur cette belle l'vn pour anneller & l'autt pour
faire les fourcils 5 le -tout, bien qu'admirable, cfloit fans ar-
tifice Elle n'auoitny gans,ny braffelets, -ny pendants d'o-
reille Son port cftoit niaieftueux & fa taille forr richc:Elle
çftoit couuerte d'vn corps de robe & de deux Inppesdoiit
la première ouuerte p.ar les flancs defccndoit iufqu'au gc-.
4- Songe Enigmatique
noiïil & la deuxiefme iufqu'aux pieds le corps eftoit bi-
garré des coleurs de l'Iris & bordé par le haut d'vue cou-
leur de Feu:.ce charlgeant admirable, qu'il reprefen-
toit les Panaches, & les formes de toutes fortes d'G^eaux;»
dont les vns fe confondoient à. mefure qu'on changeoit
d'afpeâ: pour faire place à d'autres. La premiere Iuppe
eiloit faite comme d'vn tabis Vert-de-mer fort leger, que le
vent agitoit de tous coftez à caufe de fes ouuerturcs d'vne
part on. voyoit les Galions & Vaiffeaux fuiuis de leurs,Pata-
ches de l'autre les Poiffons s'efgayans dans les ondes icy
lies Galeaces 6c les Galcrespompeufement parées du grands
Patiillon^ desnames Pauifades & Baflderolles faifoicnt ef
cumer les flots fous l'effart de leurs Rames, &parmy tout
cela quelques Monflres marins couuerts d'efcailles efmail-
lées de diuerfes couleurs La plus baffe & dernière fuppe
eftoit pareillement embellie de figures d'Animaux quatre
pieda, qu'vn Orphée accompagné d-Ettridice charmoit par
les doux accents de fa voix.Parmi cette grande troupe ie ne
remarquay ny Mulets ny Léopards quoy que dans ce mer-
ucilleux ouurage il n'y eut rien de confus,attendu que parmi
vne infinité-de Sauuagcons l'on y diftinguoit les arbuftes
des Arbres,les fleurs des fruits & les Valons des Colines,&
des Montagnes,tous les Infectes mefmes y paroiflbientjiujf.
ques aux plus petits moucherons, mais ce que ie trouuois
de-plus furprenant eft que ie ne pouuois comprendre fi ce
trauail exquis eftoit fait à l'aiguille, en broderie,,ou en Péin-
ture,tous ces artifices n'ayant rien de fi parfait. Cette Robe
dont la:.valeur n'a point de prix eftoit ncantmoins tres-fim-
pîe, ellèn'eftoit pas brochée de clinquant d'or, ny de Dan-
telle d'argent l' on n'y voyoit ny Broderie, ny Galans ny
fur la Peinture Vnlmrfelle, 5
A s:
Boutons de Perles Vautres ioyaux dore fe parent les Da-
mes. Ses mains auiïi belles que fon vifage, n'eftoient iamais
oififves elles tenoient. Trois Clefs, dont'la première faifoit
l'admirable changement de fa robe» la deuxiefine millepro--
durions fur fa Iuppe ondoyante >& la troifiefme autant de.
merueillespardesfecretsrefïbrts en la partie inférieure La
fourrure de cette fuperbe Robe n'eftok ny de Marthres ny
de Zebelines hernainées mais de tons les Métaux &* Mine~
taux furfemez4e Rubis Efcarboucles, Amethiftes, Sar-
doines, Cryforh^s, Opales, Turquoifes delà "Vieille roche *&
cent autres Pierreries qui feruent d'ornement extérieur aux
plus fuper bes Réyn^s du monde. Ses Brodequins n'eftoienr
pas moins riches que la fourrure, puis qu'ils efloient femés
de Diamants- bruts enchaffez dans leur carrière de Criftal $
bien que leur prix exccdoit de beaucoup l'apparence, par-
ce que leur richélîe cftoit occuttc".
l'aurois efte plus long-temps extase à tant de'
merueillés, fi cette Belle d'vfl maintien doux & maieftueuxç
& d'vne parole charmante ne m'euft derechef inuité d'en-
trer. l'obeys aux commandemensde cette Deefle,& par Ia^
rougeur qui montoit du coeurfur monvifage, ie luy rendis
des preuues tres-fenfibles de ma vénération & de mes re£.
f cas. Mon F/7jr,dit-Elle, Vous aurés de grandes fatisfaâiôV
lorsque vous verrez les Arbres de ce Iardin s il n'y en a que-
fepradont les fix plantés aux fix angles de ce large eipace
forment comme vne couronne au feptiefme qui paroitaiv
milieu le plus grand & le plus merueilleux, puis qu'il pro--
duit tout feul les diuers fruits que les autres portent chacun*
en leur particulier.
Ce Iardin eiloit clos de muraille à fix faces qui formoient2
6 ni
un Exagone. Lors que nous fufmes arriués au premier An-
gle ie fus bien furprîs cie voir l'arbre dont il eftoit orné
chargé de Tefles, dont quelques vnes épient ceintes de
laurier,, lesautresdu Bandeau Royal,quelques vîiescouuer-
tes de la Thiaré;, d'autres du Chapeau rouge,, il eft vray
que la plus grande partie reprefentoit de jeunes Femmes
ajuftées comme des des
Courtifanes auec des Colets toujours neufs & fans ply,
Elles auroient parlé, mais la voix nepouuôit trouuer paffa-
gepar leur petwe bouc'he Parmi tout celailyauoit quel-
ques brandies embellies de petites boites de Iayeï,de.Marro-
quin, d'Iuoire, d'Qr, d'Argent, de Çuiure doré* & d'autres
matières precieufes,
des deuifes d'amour, lés plus précieuses eftokat d'Amer
fperec à Jour tout .bêlant de Diamants arrêtes auec des
Chattons d'or qui augmentoient lêurfeujla meilleure par-
tic coûtent mufquéçsj & contenoient les Vifa.ges fardés de
quelques Adonis *8e ,de .quelques 'S il û:î es ou gens de cette
nature. Al' vite des branchés eftoit pendu vn miroir, des
peignes, des frifoixs,, & tout cet autre attirail qui fert à en>
belir lesfemmjes^ A fon ombre on vpyoit deux rejetions de
fçs racines, ces petits Arbres croient charges d'Efcarktes
de Velours, de Satin & mille autres eftoffes, le Point-cou-
pi,& la dentelle de Filandres ny manquoient pas, fi bien que
la boutique d'vn Tailleur, ou -d'vn Mercier .n'eftoit pas
mieux Sortie ) outreque parmi toutes ces guenilles il y
auoit des Efcuffons Ce qui me fit conie^u-
rer que ces Arbuftes croient les Seruiteurl de cette riche
Plante, fitr l'efcorce de laquelle eiloit efcrit en lett-re d'or ce
rapt, le marbre Fontaine qui
fur la Teinture Vmuerfille. 1
noit l'humide radical à fésracines3celui-cy,»/o«.
De là ma b-eile Conductrice pana àrcofté de la dsuxicfînc'
face de muraille, orné« d'vne TaptfTerie de Grenadiers
pompeufement parés de leurs globes-couronnés & pleins"
de R.ubis > l'Efmeraude de leurs robes eftoit d'autant plus
gaye que les-fleurs dont elle eftoit brochée eftoient enflam-
mées cTvn rouge plus vif que le vermeillon. LaDeeflerne
voyant foufrire, me dit (en continuant de marcher) Ce fu-
perbe & vain- porteur de teftes eft tellement aueuglé de
l'efclat dès piftoles qu'on luy porte pouraubir de fon fruicl,
& des louanges qu'il-reçoit du Vulgaire nommément de
quelques DamoîfeHes, qu'il croit que ie fuis obligée a rai--
ni er & s'imagine mecontioiftre à perfedion, mais l'Inno-
cent eft bien loin de (on compte: puis qu'il eft bien empef-
ché ( quoy qui-1 face ) d*imiterauec Con fruidles teftes de
FOrphée & de TEuridice qui font fur-ma Iuppe inferieure;-
le le laiffe dans Abonne opinion, puifi^u« les démentis que
ie luy donne chaque iour> auec les trois clefs que ie remue
fans relafche ne font pas capables de le defabufer.
Celuy que nous verrons bien-tcft,.ne pouffe pas ri haut
fes orgueilleufes branches; auflî n'a-t'il pas Fes-mefines fen-
rimens de vanité: Voyez, fa rnodeftiej-bien qu'il foie enrichi
de tous les fruits de la terre & que les fleurs des Climats
les plus reculés y foient toufiours dans Tefclat de leur viue
fplendeur, en forte qu'on lirait qu'vn Printemps éternel
prend vn foin particulier dé conferuerleur âme vegetatiue?
En effecl, voyez comme ces Rofes s'efpanouïiïent & ment-
tent au iour l'incarnat de leurs feûiliesy& ces oeillets rouges
cramoifis, & blanc marquetez ne les oninlspas admirable--
met bien frangées & erenellées?Prenés garde àcet Hoiloge
8 Songe
.de Village vray Soleil des fleurs ? Voyez comme il languit
lors que celuy de ma Couronne le priuedefa lumière?
Toutes les couleurs imaginables ne font elles pas fur fes
Tulip si Ne diriez.-vous pas que celle-cy eft vne flamme
changée en fleur, & celle-là de la neige façonnée en Go-
beau, véritablement l'on s'y tromperoit fi les coups de
fouet que ie luy ay donnés n'auoient enfanglanté fa peau de
fatin blanc ? Celle-cy 'ne femble-telle pas, vn drap d'or
borde de gallon d'argent .& celle qui eâ proche du fang
foruflé ? Que dites-vous de cette belle Venus qui porte les
marques de fa douleur fur le bout de fes feuilles? que. le
iioir luy fied bien,, & qu'il augmente fes appas? Voyez ce
Çolombih 1 ô qu'il eft agréable, & que le v.ertqui le decou-
pe porte bien loin fon prix? En voicyvne d'Efcarlate rayô^
nante pai le dehors & de trois différantes couleurs par le
dedans ? En voilà vne autre qui femble vn ciel d'azur char-
gé d'eftoiUes d'or ? Ces Anémones purpurces, ces Iris qui
portent les liurées de l'Arc-en-ciels ces Flâmes,ces Renon-
des, &ces NarcilTes ouEftoilles d'argent ne font- ils pas
furprefcants ? Ces Muguets blancs & bleu rempliffent l'air
de leur odeur, f bien qu'on peut dire que c'eft vn iriufc vé-
gétatif. Mais confîderez ces perles du Printemps,ce threfor
de flore- ie veus dire ces Violettes Voyés fi leur cent &
cent feüilles font proprement agencées fur leur tige & fi
tant de couleurs diuerfes dont elles font embellies ne font
pas bien ordonnées <oy qu'elles fèmblent dire en confu-
fion. Mais fi l'afpcâ: agréable des fleurs recrée noftrc veuë,
les fruits qui paroifient de l'autre coflé de cét arbre n'cfueil-
lent-ils pas .l'appétit ceux qui ayment les Pommes & les
Poires3ontfujetd'eftre tentés voyant ces Mufcadellcs &ces
Bergamottes,
fur la Teinture Vntuerfelle. 9
B
Bergamones, ces Prunes ces Nèfles ces Guignes, ces
Pefches & ces Figues ne font elles pas venir l'eau à h bou-
che & véritablement cet Arbre eftoit admirable. Le difti-
que qu'on voyoit fur fon tronc eferit auec les feuilles de
il
qui Tarroufoit j ibr là .pierre de laquelle on lifoitcé môp y.
Colloris l'on voyoit auprès toute forte d'herbes medicina-
les, potageres,& autres plantes.
Continuant noftre de
raille, toute parure elle
Lierre à moitié fec ornement conuenable au troifiefme
Aibre puis que fes branches defpourueues de leurs féuï1-
les oourboient fous le fais de dkers Viafes deCriftalj de
terre cukte yemilTée ? de
de & du refte des Métaux. Là ie vis des
Gafques & des' Rondaches' àfons de velours cramoifî,
bordez, de lames
quelque Hiftoire beiliqUè
eftoit reprefeutée de cifeleure. Les
Cuirafl'es, Gantelets, Efpées, Sabres,
& autres fers offenfifs, croient entaffés les vnsfur les au!
tres en forme de Trophée d'armes. -le ms d'vn autre coftë
toute forte de pierreries mifes en œuure ,ilés vues dans des
Bagues les autres à des Colanes à des Mytres & à des
Gourônes: l'y vis des Chandeliers,des Coupes,des Baflîns,
des Aiguieres,& autre vaiffelles de vermeil doré,de£ Che-
nets de Bronze, des Chauderons & autres vtanciHes de
Cuiure, Enfin tout eftoit verre, metail, ou Pierreries. Son
Tronc eftoit armé d'vne placque ces
mots eftoient graués
ip 'Sortie Ew£matique
auoit pour feau de fa/Fontaine du Mercure coulant, & fur
la face du Baffin fait de plbm qui luyferuoitde lift 3 celuy-
l'eftois comme enchanté voyant tant de merueilles -qui
la quatrième Ai-
Citronniers"), dont Rôdeur doux^flairante
jembaumoit l'air t6ut autour ) les vns pouflbient refmerau-
de de leurfriiiâ: encore enfant -du maillot de fa clochette
autres pïus g^aridelets, abandonnoient leur
la
plus grande partie m onftroient par leur robe d'or-blafard
qu'ils eftoierit prêts à cueillir. le vis au bout de cette Allée
4û rien d'extraordinaire£non
que fiir£b;n efcritSjï'»
vue peau de Tigre attachée
auec de gros cious: Ilauoit fa fontaine auflî bien que les
furie marbie d'icelleie vbxe
furpHs logique prenant l'arbre
que î es feuilles qui tombèrent dans
l'eau fe changèrent en toute forte de p.oiffons,les vns cou-
raboteufes & pic-
bigarrées de miHe couleurs
& beaucoup Pour ce qui cft des fruits
qui tomboient dans la mefme eau, ils prenoient la forme
de tous les Animaux à quatre pieds & quelques vns celle
jctesTOifeaux,
D:e B nous paflarnes à la .cïnquiefme Alléeornce de
Char'mes, au bout de laquelle eftoit le cinquiefme Arbre
dont les feuilleuës s'enlaffoient les
ynes dans les autres par vue agréable confusion. Ma
n
B 2
btlh Conductrice en ayant rompu vne en troubla Peau1
de la Fontaine qui arroufoit fes racines. Le mot quifaifoit
l'ame de fort Bafiïn compofë d'vn Iafpe de cent couleurs,
L'onde ne fut
pas pluftoE agitée, qi^e ic vis fur fôn front comme dans la
glace d'vn Miroir des efioignemens à perte de veuë, des
Bois de hautefutaye,des Ports de mer, des Tempeftes,des
Combats nauals, des Va*
dès Précipices,
En fuite elle me mena au dernier Arbre planté au dernier
angle, où-ie vis qu'il auoit les feuï-lles extraordinairement
grandes,.la plufpart grifaftres ouiaunaftresjles autres de
coleurs difFerentesj neantmoins ces dirîerentes coleursn'e-
fiaient pas meflées fur vnemefmefeuïlle,mais feparement;
ie veus dire que la feuïlle iaune eftoit toute iaunaftre bien
que le deflus fut clair & le deflfous obfcur & parmi cela
d'autres teiures mefme des autres
feuïlles ces mots eftoient efcrits fur fon tronc, le-fuis le,
Camajeâ ma force eft le Dejfein. L'eau qui fecachoit fous les
racines de tous les autres arbres, fortoit de celle-cy, & fai-
fait arpenter fonliquide Criftal dans vn conduit bordé de
gafon. SuiuonSjdit la belle De^fifc,fuiuons le cours de
cette onde que plusieurs voyent & que peu connoiflentr
C'cft elle qui entretient dans fa forte vigueur Kame vegeta-
riue de cette merueilleufe Plante que tu vois au centre de
cét enclos. Cependant nous cheminions à cofté du Canal
& lorsque nous fumes arriuez- au milieu ie contemplay
auec beaucoup d'atentiond'eiprit cent Arbre,
Qui par des mit as inconnues
Fortoit fis rameaux iufqu aux nues.
i2
Son
Modefle.ll eftoit enuironâé de
d'vn petit Lac produit par l'eau du Canal que nous auions
fuiui,& de trois autres Semées cachées
parmi les Lauriers que ma Conductrice nomma de ces
trois noms, Geome.trie, me con-
feillant de boire de la première, qui eftoit la Géométrique,
ce que ie fis. le n'en eus pas pluftot me
prit de goûter de la deuxiêfme > ce que la D.eeife me per-
mic difaut que la dernière eftoit la meilleure & la plus
vtile En eiFecl; ie la trouuay fi fort à mon gouR que i'en
beus plus que des autres en diuerfes reprises Apres cela ie
connus les deffauts les. plus caches dm Arbres que i'auois
auparauant admirés, & vis clairement que toute la perfe-
ction de ce lard in eftoit enclofe dans l'Arbre qui eûoit à
fon ceîitrea& qu'il puifok fon excellence des quatre four-
ces dont nous auons parl&Quciques chaînes d'or^des cor-
dons auec des Croix,les Ordres de diuers Princes d'Italie,
& de TAlemagne, & d'autres Potentats de l'Europe, enui-
ronnoient quelques vnes de Ces branches. Ces Coliers que
tu vois ( di^pour lors ma Conductrice ) font les marques
infaillibles du mérite de l'Arbre que tu contemples Ce
n'eft pas fans fuie t que les Lauriers l'enuironnent en forme
de couronne Puis que [on fruit fait tout feul par le moyen
des quatre Sources ce que tous les autres'fix arbres pro-
duifent en leur particulier & cela auec plus d'intelligence
& de conduite; fi bien qu'on le peutappeller l'Vniuerfel.
Le Criftai de cette onde (- me dit-elle ) me (en de mi-
roir, c'eft là que ievov vn autre moy-tmefme j car il re-
présente non mon Corps, Se mes
fur la 'Peinture
B 3
deux ïupftesymais encore
cette Plante merueilleufe, fut iadis en grande
les Empereurs de la Grece qui la cultiuerent depuis elle
yeux des ce que
deux AngesÛaphael & Miquel, la defcouurirent & afo-
mireîft fur eUe n'a efté que
du populaire ignorant veu.que les Roys, les Papes, & les
Cardinaux la vifitent, ikfont de fonfruiâ le piusrkhe Of-
oement 4e leurs Palais. •
Certainement fa gloire eft telle
Parmi les Héros ''eticy bas
la peut traitur d* Immortelle
Car tant:que ie ferày y die ne, mourra pas¡
Ses mérites font arriuez à tel point que ie luy ay raonftrc
vne partie de'mon Sein quoy que l'en fois extrêmement
ialoufe & que ie ne me faffe voir nuë qu'aux parfaits Philo,«?
fèphes qui coiinoifatt le trauail de jaes mains plus
iecretes opérations. •̃; v y
Vous faites mon PortraiSi lors que il fuis vejhtë9
Et les autres le font alors que ie-fuis nuëé,
c4%
çftajc,<:e fut fans vous te-
noit au maillot.
Tu te trompes ( me dit«elle ) dés le moment de ma
naiflance te fus grande & vigoweufe que
&i bien loin d'auôir befoin de lait%
pour mon fouftien, au monde les
Eafaris que i'ay maintenus dudepuis Mes forces font ci:
premier- naiilance y
& bien que cinq mille & plus de cinq cens; années Te foient
v± Sonre E ni? maîique
écoutées ie n'ay pourtant pas reffenti la moindre des in-
commodités que caufe la vieilleffe. luge de raàpuhïance &
de ma grande beauté qu'elle doit eftre la puilTance } & les
autres perfe&ions de mon Père qui cUmon Seigneur & mon
Maifin -Imagine toy de Voirvhe belle Efclaue r aupres
dVn grand & très parfait Monarque, & tu auras vn crayon
bien léger de 'çe que ie fuis Puis que ie ne fuis que
la Sentante du Très- haut y le ne fais rien qxte par.fon ordre &
ne fubilfte que parluy le fuis inuifible aiix yeux torperclsj
quoy que les changenieris queiefais tous les iours- » parle
moyen dcs trois C/e/r,queie remue fans ceffe foient vifi-
bles & pour temonftrer quseeque ie dis eft véritable,
obfercie le procède de cette troupe de Damoifeaux par-
fumés & de leurs Idoles plaftrées ( c'efloient vne troupe
de jeunes frifés qui conduifoient des Demoifelles pour
leur faire voir le premier arbre que nous auions rencon-
tré ^qu'ils admiroient comme fi c'eut efté la plus grande
merueille de cet enclos ) cette troupe eut la curiofité de
paffer arbre) où elle fut rauie de voir tant
de fleurs &deFruits mais ayant rencontré la troifiefme
alke dont- la muraille «ftort couuerte du Lierre k moitié
f^G ,clic retourna fvirjfe&pasi- le fus- bien Surpris de les voir
paner & repaffer fans rien dire à cette belle qui eftoit au-
prçsde moy qui voyant mon faififfement médit enfoû-
riant, ne t'étonne pas de rinciuilité de ces gens, puis qu'ils
ne m'ont pas veuë quoy que ie fois toujours deuant
leurs yeux auffi bien-que deuant le refte des autres hommes.
Enfuitteelle me reconduit par la mcfme allée qui abou-
deuant vn
gmitd&fupcrbe Palais, orne des cinq ordres des colomnes
fur la Peinture
B4
dont la matière n'eftoit pas moins riche que l'Art y pa-
roiffoit ponctuellement obferuéjles Tofcanes qui fcruoient
de fondement aux autres eftoient de pierre de Parrangon
à la referuedu chapiteau & delà bafe qui eftoiët de bronze:
elles foûtenoknt (cantunées de pilaires de mefme ordre )
vn veftibule au deffus duquel s'éleuoit trois étages, dont
le premier cRoit orné de çolomnes Doriques,dont la verge
eftoit de Porfke & la bafe le chapiteau les Tregli-
fes & autres ornemens tant des Métopes que du S tillobate,
eftoient d'Âflîer bien pely & û refplendiffant qu'il ofFuf-
quoitles yeux par la refledion de Ces rayons. L'entredeux
des feneftres du fécond cftage eftoit embelli de colomnes
Ioniques faites de Serpentin à l'exclufion de la bafe
& du chapiteau qui eftoit de cuiure fi bien trauaillc
qu'il ne ictîoît du verdet qu'aux creux des volutes, Se des
autres membres qui paroiffoient beaucoup mieux parce
moyen. Le troifiefme eftage eftoit enrichi de colomnes
Corinthienes auec vn arrière corps d'Architecture de pila-
Ares du mefme ordre leurs Troncs efloient de Pierre d'A-
zur & les ornemens tant de la Corniche, Frize, Architra-
ue, Chapiteau & bafe que ceux du Pied-deftail efloient
<TOri&c d'Argent. Le couronnement de ce fuperbe édifice
efto it comme vu Dôme à huid faces fur les angles defquel-
les il y auoit des colônes torces de Iafpe de cent couleurs,
l'ordre eftoît cpmpofite comme les ornemens croient
compofés de toutce qu'il y a de Metaux & de Pierres pire-
cieufes. Au plus haut de ce Dôme paroifloit vne ftatuë de
Cuiure doré reprefentant vne Femme nuë qui tenoit des
Pinceaux de la main droits 3 &vn Miroir en forme de pa-
lette dans la gauche où les obiets voifins fe reprefentoient
i6 Songe
fidellement elle auoit les cheueux fort annellés & méfiés
côfufernent ,& portoit va Mafquefur fonfein fufpëdu à des
chennons d'Argent, au front du Mafque efloit efcrit ce mot
Imitation. Vae Place fpacieufe pauée à compartimens de
Marbre donnoit la commodité à l'œil de jouir de la
beaaté de la façade au milieu de la Place ie vis vne Fontai-
ne du milieu de laquelle s'éleuoit vne Obélisque à trois fa-
ces de chacune desquelles tomboitdans le grand Baflîn
l'eau qui le rempliffok lors il me sembla voir pluneurs
perfonnes quialloient boire de cette eau, & quelques-vns
( dont ? nombre eftoit petit) beuuoient des trois feparé-
ment ,.& puis faifoient prouinon de celles du Baiïin Alors
ieme voulus tournerpour parler à ma belle Conduddce,
maisifene lavis point ce qui m'obligea dem'approcher
de ces Meilleurs les beuueurs-d*eau,& de leur demander
quel Palais eftoit celluy-là, à quoy vn pour tous me ref-
ponditqueil iefçauoislire te le fçaurois bien-toft» ce qui
m'ayant obligé à m'approcher de la porte ie vis fur vne
Table de bronze, qui brifoitla Corniche, ces deux vers.
Curieux qui portez, vos yeux de toutes parts,
Ce Palais appar-tient à la Ideyne des Arts,
Ilfaloit monter trois marches de marbre noir,dont la pre-
mière eftoit toute chargée de Chiftes i 2,3, &c. & de
lettres Ar B, C, &c. profondement grauées &
d'vn maftic blanc & fort; afin qu'elles fe peuffent
mieux libre & conferuer fans eftre effacées: La féconde
eftoit chargée de figures Géométriques & laf rroifiefme
des parties du corps humain diuifees par des nombres &
des lignes. Lors que ie fus fur la porte vn vénérable Vieil-
lardfe prefenta à moy i & médit qu'il eftoit le Concierge
de cette
fur VmùçrfîllU. r7
c
et de Saturne
des Anciens cane aux aIDes qu'aux autres marques de fa
faux & a l'Horologe de fable ) & que fi ie voulois monter
aux galléries qu'il rnéferbit cour toir.
'̃̃ le fus bien âifé de ces offres & lepriay' de me conduire,ce
qu'ayant fait, nous montâmes vn Efcalier à main gauche
fort teHement qu'il me falloir fore agiter
pourle monter ce qui m'obligea de dire à mon Côdudfeur
que ie m'ëtohhoîs de ce r qu'vn fi beau Palais eftoit fi mal
atfohy de Degré) à quoy il rerpondit qu'il le falloit ainfi,
& querArchite&eî'auoit conftruirfagement, & qu'encore
qu'il me fémblâiextrcmenierirobfcuf jtîeantmoins qu'il me
que
fàities au premier eftage »ië vis vne belle gallerie où fur di-
uerfes difFerè-
tes,que des jeunes homes m'eloient indifFerament,& quel-
ques autres plus iêpâroient,& méf
l'oient les vtiesauec ^u-
re & les autres auec de Fèau gomér, des coHes & autres
ingrediens fcloir qu'ils s'ënr vourbient feruir j encore
auoient-ilS recours forme de roue de fortu-
ne y qui eftoit au milieu de c'êtrè gaHeric & f ur qui ce
mot eftoi-refcrit,
De là nous montages par vn Efcalier plus facile & plus
clair ala deuxième gallerie, conftruité il* vnt façon fi mer-
ueilleufe,queïc Soleil thtrànt par laferieftré du milieu aloit
àâtdèr direélemérit(ês rayons dans vn gràhdMiroùer qui
eftoit à l'oppofite & quireflechilTant tes rayons les en-
U&y<oit de tous les corps qui pfus5 &qui
ou

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