Sonnets, chansons, boutades, par Athanase Forest,...

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E. Mazereau (Tours). 1873. In-8° , 46 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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SONNETS, CHANSONS
BOUTADES
PAR
A T H A N A S E F 0 R £ S T
Auteur de la Lyre américaine, etc.
TOITIRS
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE ERNEST MAZEREAU
1 t3, rue Richelieu, 13
1873
SONNETS, CHANSONS
BOUTADES
PAR
ATHANASE FOREST
Auteur de la Lyre américaine etc.
T O XJ JEt S
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE ERNEST MAZEREAU
13, rue Richelieu, 13
1873
SONNETS, CHANSONS, BOUTADES
SONNETS.
LE RÊVE DU POÈTE, (TRILOGIE.)
I.
Le poète ? son rêve à l'infini varie,
Suivant qu'il a nom Goetlie, Horace, Déranger,
Lamartine, Hugo, Dante, et selon la patrie
Qu'il s'est faite, où son vers se plaît à voyager !
Le rêve du poète est fantasmagorie,
Feu de paille, comète à l'éclat passager,
Ou réalité forte et vivace, pétrie
D'un granit que le temps en vain clierche à ronger 1
Le rêve du poète est tout corps, ou tout àme,
Vil et fangeux produit d'un égoïsme infâme,
Ou large effusion d'un coeur empli de Dieu !
Honte au poète ayant si mal choisi sa voie,
Qu'au ciel comme à la terre, en mourant, il envoie
Un sarcasme âpre et dur pour seul, pour tout adieu !!
— 4 —
II.
Voir ton Église, ô Christ, de jour en jour accrue,
Et tous les coeurs si purs que Dieu n'ait qu'à bénir,
Voir le luxe banni pour ne plus revenir,
Et la misère enfin largement secourue,
Voir la peine de mort pour toujours disparue,
Voir à son âge mûr le monde parvenir,
Voir par la paix sans fin les peuples s'entr'unir,
Voir les canons fondus en des socs de charrue,
Voir le vrai Dieu partout aimé, connu, servi,
L'homme frère de l'homme, à Dieu seul asservi,
De son Verbe écho pur, son image complète,
Voir, après la tourmente, à notre, humanité,
A tous, port de salut, s'ouvrir l'éternité,
Si ce n'est là son rêve, à quoi sert le poète ?
m.
De l'athéisme pur voir enfin la venue,
Voir la corruption au comble parvenir,
Voir briller d'un éclat que rien ne peut ternir
Le luxe, quand la foule est affamée et nue,
Voir la peine de mort à toujours maintenue,
Voir au chaos le monde à grands pas revenir,
Voir les peuples entre eux, loin, bien loin de s'unir,
Se faire une guerre âpre, ardente, continue,
Voir le veau d'or, seul dieu prôné, choyé, servi,
Voir l'homme au joug de l'homme en tous lieux asservi,
Et sous des dents de loups poussant des cris funèbres,
Voir un même néant submerger, tel beau jour,
Tout ce qui grouille et rampe au terrestre séjour,
C'est là ton rêve, à toi, noir esprit des ténèbres !!
— 5 —
LE COEUR HUMAIN.
Du coeur humain quiconque entreprend une étude
Doit s'attendre à frémir, pâlir, pâmer d'horreur
Devant tant d'infamie et tant de turpitude
Que, certe, il enviera le sort du laboureur
Qui, là-bas, dans un champ, vit sans inquiétude,
Dès l'instant que son boeuf opère en bon tireur,
Qui de ne pas penser s'est fait une habitude,
Et qui, n'affirmant rien, évite ainsi l'erreur !!
L'erreur ? oh ! monstreuse, à coup sûr, est la tienne,
Tenseur profond, mais pauvre en science chrétienne,
Qui dans le coeur humain n'entrevis que cela !
Si plus foncièrement tu creusais ta matière,
Filon d'or pur, très-pur, tu trouverais, entière,
L'image de celui dont le doigt la moula!!
L'HOMME ANORMAL.
D'un masque d'amitié couvrir ses noires haines,
En se proclamant droit, suivre un sentier tortu,
Sans avoir pour son lot atome de vertu,
Exiger du prochain des vertus surhumaines,
Applaudir au battant, insulter au battu,
Se croire grand, dès lors qu'on a de grands domaines,
Drayer sous son talon le pauvre, vil fétu,
Nier Jésus, Caton et matrones romaines,
— 6 —
N'être jamais, jamais assez riche à son gré,
Et, dans le but naïf d'être considéré,
S'avilir, à longs traits boire mépris et honte :
Voilà ce qui se fait au terrestre séjour,
Voilà comment opère, à chaque heure de jour,
Vaiht bipède, au dessous, certes, du mastodonte !
L'HOMME NORMAL.
D'être honnête se faire une mâle habitude,
Aux maux de son prochain de tout coeur compatir ;
Pour s'empêcher toujours de tromper, de mentir,
Se surveiller soi-même avec sollicitude ;
D'avoir semé le bien ne pas se repentir,
Parce qu'on récolta pour fruit l'ingratitude ;
Dût-on dans un cachot pourrir comme Latude,
De la sainte équité ne pas se départir,
Aimer les vicieux, en abhorrant le vice,
A ses noirs ennemis rendre, au besoin, service,
Avoir l'oeil doux et calme, au jour de cet adieu
Qui semble le dernier, que toute chair redoute ;
Quoi ! vraiment tout cela, c'est possible ? sans doute,
A l'homme qui se croit une image de Dieu !
DURANT L'ORAGE.
Elle aussi, comme l'air, notre âme a sa tourmente,
Ses vents qui, tour-à-tour chauds, secs, froids, n'ont pour but
Que d'éteindre à jamais le feu qui l'alimente,
Désormais cendre vile et jetée au rebut !
— 7 —
Que le juste à fléchir s'en vienne, se démente,
Ne donne pas les fruits qu'il promit au début,
Qu'à la faiblesse humaine il paye un court tribut,
Mainte apostrophe est prête à tonner véhémente !
Et tu t'exposerais à la honte de voir
Le dernier des pécheurs te tracer ton devoir,
Homme, qui que tu sois, prétendant vivre en homme ?
Non, non ! sursum corda, que ce mot flamboyant
Se burine et s'incruste en ton sein de croyant !
Que de toute morale il soit pour toi la somme !!
UN AVANTAGE RELATIF.
Hallucinations et rien de mieux, voilà
Le titre générique et commun des idées
Que, flots désordonnés et vagues débordées,
Maint cerveau de poète en maint pays roula !
Donc, soudain, mille-voix, plus ou moins saccadées,
De crier : Sus un fou ! qu'on l'arrête ! holà !
Bref, d'injures voici qu'éclatent des bordées,
Telles qu'au sac de Rome eu reçut Attila ! !
Mais, mots inconvenants, colère intempestive !
L'oeil de ce poète a sa valeur relative •■
Il voit ! — ce qui n'est pas ! — donc, il voit, mieux, portant
Que qui ne verrait goutte ; or, si c'est, d'aventure,
Le cas de cette foule à ce borgne insultant,
Le beau sujet qu'elle a de bénir la nature !
— 8 —
SONNET-BOUTADE.
Quand je vois pulluler des milliers de sonnets,
A part moi je me dis : en voilà des sornettes !
A les lire qui donc usera ses lunettes ?
L'épicier pour son poivre en fera des cornets !
Jamais prédictions plus claires et plus nettes
N'auront terrifié trônes et cabinets !
Faire un sonnet ? mieux vaut vendre bas et bonnets',
Ou montrer sur la foire un serpent à sonnettes !!
Mais quoi? qu'est-ce ? soudain (et toujours à part moi,
Notons-le bien ) s'élève un furieux émoi !
D'un cliquetis de mots j'ai l'oreille froissée !
Oh ! le bourdonnement, s'il en fut, importun !
Vers la hotte aux chiffons je cours tête baissée !
Pour tuer les sonnets, horreur ! j'en enfante un ! ! ■
TRIPLE SONNET (UN CONSEIL.
Sentir en soi gémir Une âme prisonnière,
Brûler de soifs que vient tout au plus étancher,
D'aventure, un lambeau dé brise printanière ;
Sur un sol raboteux à tout recoin broncher ;
Toujours du même pas et dans la même ornière,
Ainsi que fit et fait l'espèce moutonnière,
Que pousse à l'abattoir un féroce boucher,
Geindre, en traînant un char qui change de cocher,
— 9 —
Sans changement aucun du poids de sa lanière ;
Voir le plus frais bouton soudain se dessécher ;
Dans un nid de colombe espérant se nicher,
D'un renard ou d'un loup rencontrer la tanière ;
Voir fuir au loin le but dont on crut_approcher •
Pauvre piéton, d'étape en étape marcher,
En criant, chaque soir : est-ce enfin la dernière?
Alors que sur Pégase on vise à chevaucher,
Varier, et toujours sans nul fruit, de manière ;
Voyageur, aux buissons du chemin s'écorcher ;
Brillant papillon, choir dans une taupinière;
Voir les plus chauds amis de soi se détacher,
Si l'on u'apas sans trêve en main la bonbonnière,
Si, vieilli, son jabot commence à se tacher,
Si quelque brin de fil manque à sa boutonnière,
Si tel toupet, qu'envahi l'art s'essouffle à cacher,
A du.défunt lion remplacé la crinière;
Telle est ta destinée, ô piètre individu
Que, hagard et d'horreur à bon titre éperdu,
Pieuvre aux longs et durs crocs, la Société broie !
Tu peux rompre, pourtant, cette ignoble cloison ;
Crois, espère, aime, pense, use de ta raison,
Et le monstre n'aura qu'un coips pour toute proie
SONNET-MONSTRE.
LA LOTERIE SOCIALE.
Pauvre, obscur, dédaigné, traîner partout la vie,
Vrai carcan à son cou jour et nuit appcndu ;
Riche, illustre, être en butte aux crachats de l'envie,
Et parfois fusillé, brûlé vif, ou pendu ;
— 10 —
Dès que l'on prétend mordre, être à l'instant mordu ;
Avoir toujours un pied qui tôt ou tard dévie
Du chemin qu'à tenir le seigneur Dieu convie
( Vieille histoire ayant nom le Pdradis perdu) ;
N'avoir jamais de faim pleinement assouvie,
Qu'il s'agisse d'un fruit permis ou défendu ;
Se bâtir en Espagne, à... mettons... Ségovie,
Ua château, comme un nid d'aigle, au roc suspendu,
Puis n'avoir que poussière ou vent pour résidu ;
Oter à Paul, donner à Jean la Moldavie ;
Du joug russe en idée affranchir Varsovie,
Quand sous un joug soi-même on râle morfondu ;
Se voir une espérance à chaque instant ravie ;
De tel roi, de tel grand flagorneur assidu,
Recevoir, l'oeil humide et le jarret tendu,
Mainte promesse, hélas ! d'effet jamais suivie ;
En rêves hériter de table bien servie
Et de beaux vases d'or artistement fondu,
Bref, organiser tout pour le cas de survie,
Puis..., être le premier, là, sous terre étendu ;
Ici gain louche, ailleurs très-clair désavantage,
Tels sont les lots divers, échus au grand partage
Entre les fils d'Adam fait de force ou de gré !
Néanmoins, il en est que refuse tout homme
Qui s'est dit qu'en dehors du divin, du sacré,
Tout n'est qu'un sot gâchis de vanités en somme !
LES REMÈDES-POISONS.
Combien de fois hélas ! le remède empoisonne !
Maint Alceste, pour fuir les sots dont, aujourd'hui,
(Dicton de tous les temps ), ce bas monde foisonne,
Court vivre seul..., eh bien, trouve... ce qu'il a fui !
— a -
A force de raison tel savant déraisonne,
Hibou sur qui jamais la vérité n'a lui ;
Pour la gloire d'un plat trop fade, selon lui,
Tel d'un poivre à rôtir le gosier l'assaisonne.
Qu'Églé soit un squelette on ne s'étonne point;
Le vinaigre, en effet, guérit de l'embonpoint ;
Avec des eaux d'égout Iris se débarbouille ;
Par amour du repos, par horreur du débat,
Luc se marie, André choisit le célibat ;
Tous ces gens, que font-ils ? ce que fit feu Gribouille !
UN SONNET PAR ORDRE.
D'un cerveau desséché par l'âge et par l'étude,
Quoi ! tu veux que j'extraie un sonnet ? non ! ma main
A d'un profond repos contracté l'habitude.
Plutôt que d'obéir à ton ordre inhumain,
Tranchant du Spartiate, et posant en Romain,
Je veux, moi, qu'on me plonge au cachot de Latude !
Laisse-moi donc, ami, ma douce quiétude...
Pour aujourd'hui, du moins, car nous verrons, demain.
Oh ! demain j'ai grand peur, entre nous, qu'à l'amorce,
Téméraire poisson, je ne prenne, et qu'à force
De tourmenter les coins et recoins d'un cornet,
Je n'y puise, avec l'encre..., eh ! mon dieu ! quelque chose
De rimé, qui diffère, en cela, de la prose...,
Te l'avouerai-je enfin ! pourquoi pas ? un sonnet.
— 12
UN COMMENTAIRE DE LONGFELLOW.
Tu dis vrai, Longfellow, très-vrai, mais à demi,
Car le bien, ici-bas, tristement se compense ;
Donc, soit que la pitié sur son luth ait gémi,
Et de verve et d'humour soit qu'il ait fait dépense,
Soit que d'un saint courroux sa trompette ait frémi,
Donc, retrouver ses chants dans le coeur d'un ami,
Certes, pour le poète est une récompense...
La meilleure? eh ! non pas, aux regards de qui pense !
La meilleure ? oui, pourvu que cet ami le soit
D'un Dieu bon, d'un Dieu juste, et sache ce qu'il doit
De dévouement pratique aux hommes, tous ses frères !
Sinon, larécompense, un jour, en châtiment
Se transmuera ; sinon, môme présentement,
Le poète et L'ami sont de bien pauvres hères !
LE GRAND OEUVRE ( SONNET-BOUTADE ).
Oui, découvrir où gît la grandeur vraie,
Sous son vrai jour, oui, voir la majesté,
Du froment pur bien discerner l'ivraie
Et du mets sain l'aliment frelaté,
Repousser loin du chemin qu'on se fraie
Tout ce qui rend vil, plat, fourbe, effronté,
C'est le grand oeuvre! Avant qu'il soit tenté,
Sans être lâche, il se peut qn'on s'effraie !
13 -
Et cependant, qui ne le tente pas,
Fût-il porteur d'un énorme compas,
D'un nom de plus gonflât-il votre liste,
0 fiers savants dont le verbe est si haut,
Celui-là, certes, à tout jamais il faut
Qu'il reste ignare, en tant que moraliste !
LE REVEIL.
Quand, au sortir d'un long et profond sommeil, l'âme
Se retrouve et le moi s'affirme de nouveau,
Quand chaque idée accourt, à l'appel du cerveau,
Il se peut quedejoie et d'ivresse on se pâme...,
Oui, menant une vie à l'abri de tout blâme ;
Mais que si, d'aventure, on rampait au niveau
De la brute, on n'était, tout pesé, qu'un infâme,
Combien moins on souffrit, n'étant qu'un soliveau !
De notre sort futur image anticipée !
Lorsque chacun de vous, un jour, s'éveillera,
Non, votre attente, ô bons, ne sera point trompée ;
Dans toute sa splendeur Dieu vous apparaîtra !
Mais, vous, méchants, mais vous que le monde admira,
Tremblez, juges-bourreaux, tremblez, hommes d'épée !!
LE CRACHAT INVISIBLE.
Le monde est exécrable ; en voici la raison :
De> quels ingrédients se compose ce monde ?
- 14 -
D'individus toujours prêts, en toute saison,
En tout lieu, n'importe où, sur la terre et sur l'onde,
A nommer pitoyable, abominable, immonde,
Tout ce qu'ils font, sans trêve, eux-mêmes, à foison !
Sus à la médisance ! oh ! de ce noir poison,
Notre arbre social, il est temps qu'on l'émonde !
Devant ton impudeur on est d'effroi transi !
Mais c'est toi, malheureux, que tu flétris ainsi,
C'est sur toi que chacun de tes crachats retombe !
Vain cri ! voyez un peu s'il va s'en émouvoir !
Ce crachat que tout oeil sans nul lorgnon peut voir,
Il ne le verra, lui, qu'au flambeau d'outre-tombe !
JEAN ET LUC.
Le ciel évidemmont créa Jean pour rêver ;
Des horizons lointains quêteur mélancolique,
Du plus pur idéal ardent à s'abreuver,
Jean vise à revêtir la nature angélique ;
Mais combien d'efforts vains, helas ! pour soulever
Ce corps qu'un lourd poids semble au sol fangeux, river !
Or, sur ce même sol Luc, jour et nuit, s'applique
A répandre, à semer le verbe apostolique !
De ces deux ouvriers lequel au plan divin
Coopère le mieux ? sans recours au devin,
Certes, la question peut être résolue ;
Agir, agir encore, agir toujours, voilà
Le grand devoir ! agir, c'est à ce signe-là,
Surtout, que se distingue, ici-bas, l'âme élue !
— 15 —
CHANSONS.
LES HEUREUX MALHEURS.
Air de : Ma république.
Je suis las de heurter aux portes,
Sans jamais les voir s'entr'ouvrir !
Vraiment, destin, tu te comportes
Si mal que je vais en périr !
Le dépit m'étrangle, m'étouffe,
Et je m'arracherais, d'honneur !
De cheveux au moins une touffe,
Si je n'étais chauve, ô bonheur !
Souvent à part moi je rumine
Que des âges le plus charmant,
C'est la jeunesse à fraîche mine,
Au coeur naïf et tout aimant ;
Mais c'est joujou, c'est bagatelle
Que tout cela ; reste mineur
Qui voudra ! qu'il rampe en tutelle !
Moi j'ai soixante ans, ô bonheur!
J'étais né pour être au moins prime,
Bon, s'entend, car je n'aime pas
Qu'un peuple jure et des dents grince
Contre moi, mes jeux, mes repas.
Pourtant, même bon, tel sinistre
M'attend, sans doute, empoisonneur,
Assassin, ou mauvais ministre !
Mais je suis sujet, ô bonheur !
- 18 —
Tant d'autres gens roulent calèche
Supposons qu'un beau matin, moi,
J'en tâte aussi ; comme une flèche,
Je fends l'air, sans ombre d'émoi !
Mais voici que la manivelle
Craque et deTaltier promeneur
Eparpille au loin la cervelle !
Je ne vais qu'à pied, ô bonheur !
Contre le goût de la toilette
J'entame un sermon foudroyant;
Aussi pour mainte femmelette
Mes deux points n'ont rien d'attrayant.
On crie en choeur : haro sur Pane,
Je vais me voir, piteux'prôneur,
Extirper les deux yeux du crâne !
Mais non ; je suis borgne......ô bonheur
Quand je serais un autre Oreste,
Je sais, j'ai lu, j'ai médité
Ce point-ci : que le sage reste
Sans peur devant l'adversité.
Vrai duel ! honte à qui s'efface !
Pourtant, je puis sans déshonneur
Ne pas regarder face à face,...
Des deux yeux je louche, ô bonheur !
Il serait doux de voir la foule
De mes paroles s'abreuver,
De calmer cette immense houle,
Au choix, ou de la soulever !
Peut-être, pourtant, d'aventure,
Ne serais-je qn'un sermoneur
De la plus prolixe nature !
Le ciel m'a fait bègue, ô bonheur !
La méchanceté clans ce monde
Pose et trône en vrai souverain ;
Et partout, plus ou moins immonde,
La médisance va son train,
Le sophisme en tout lieu foisonne ;
Même on dit que maint raisonneur
— 17 -
Monstrueusement déraisonne......
.Le ciel m'a fait sourd, ô bonheur!
Quand je bâtis mon édifice,
Mon roman, mon idéal,...oui,
Devoir, dévouement, sacrifice,
Y charment mon oeil réjoui !
Noble soif ! généreuse envie !
De gloire fervent moissonneur,
Je prodiguerais sang et vie,
Si je n'étais un lâche, ô J)onheur !
Que je dois à la destinée
De grâces pour m'avoir soustrait,
Mieux qu'une caste trop bien née,
Au double mal qui me tuerait !
Les jaloux me rongeraient l'âme,
Puis, à mes dépens chicaneur,
Je m'infligerais force blâme,
Si je n'étais sot,.. ..ô bonheur !
L'IMPERFECTION HUMAINE.
(CHANSON QUI NE SE CHANTE PAS.)
Du gentilhomme de campagne
Le type est connu ; grand buveur,
Il sait déguster le Champagne
Et n'a rien du genre rêveur ;
Aussi qui dira la justesse—-^
De son coup d'oeil<efc}4^-esl^s§e\
De son jarret toujours dispos ?
Avec cela-, joyeux propos,
Calembours, anas, tout l'enchante ;
Et quels fiers poumons, quand il chante,
Par Cumul, aimable histrion
Et très-utile amphitryon !
Il nourrit bien ses chiens de chasse,
César, Miraut, Rustaut, Brifaut ;
Mais les pauvres ? Il les pourchasse.
Chacun a son petit défaut.
11.
Qui peut médire de Dorante ?
N'est-il pas un viveur charmant ?
Sa chevelure est odorante ;
A son doigt quel fin diamant !
Sur le turf qui mieux que lui pose,
Lui par son groom représenté,
Car jamais dandy ne s'expose
A se voir pour le moins crotté ?
Les travaux de l'intelligence
Ne lui sont pas certe étrangers ;
Dans ses vers badins et légers
Oh ! l'adorable négligence !
Quel ciseleur du madrigal !
Puis, quel convive sans égal,
Au dessert, à tous les services !
Bref, c'est un homme comme il faut,
Bien que coeur gangrené de vices.
Chacun a son petit défaut.
III.
C'est bien rare qu'en un ménage,
Fût-il de seigneur, de préfet,
De n'importe quel personnage,
Tout concorde au mieux ; en effet,

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