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Sorcière

De
106 pages
J’aime Morgan.
Elle est mon âme soeur.
Mais je dois retrouver mes parents.
À présent, je détiens des renseignements.
Des pistes qui semblent prometteuses.
J’ai l’impression de me rapprocher du but.
Mais suis-je assez fort pour supporter ce que je pourrais découvrir?
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Traduit de l’anglais par Roxanne Berthold
Copyright © 2002 17th Street Productions, Alloy company Titre original anglais : Sweep : Seeker Copyright © 2012 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée en accord avec Alloy Entertainment LLC, New York, NY Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Roxanne Berthold Révision linguistique : Isabelle Veillette Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Carine Paradis Conception de la couverture : Tho Quan Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sébastien Michaud ISBN papier 978-2-89667-525-8 ISBN numérique 978-2-89683-300-9 ISBN ePub 978-2-89683-301-6 Première impression : 2012 Dépôt légal : 2012 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Tiernan, Cate Investigateur (Sorcière ; livre 10) Traduction de : Seeker. Pour les jeunes de 12 ans et plus. ISBN 978-2-89667-525-8
I. Berthold, Roxanne. II. Titre. III. Collection : Tiernan, Cate. Sorcière ; livre 10. PZ23.T524In 2012 j813’.6 C2011-942638-2 Version ePub: www.Amomis.com
À mes trois neveux : Paul, Daniel et Coltrane
1
Invitation
Le pauvre Dagda continue de boiter avec son plâtre de chaton. Il devra le supporter une autre semaine avant qu’il ne soit ret iré. Entre-temps, il continue de me regarder d’un œil morne, comme s’il avait couru devant cette voiture par ma faute. Depuis que Hunter a lâché sa bombe — les pistes déc ouvertes par Sky au sujet de ses parents —, je m’attends à tout mome nt à ce qu’il me dise : « Aujourd’hui est le grand jour. Je pars. » Mais ce moment n’est pas encore venu. Hunter. Il me rend folle et il me garde saine d’esprit. Il est si… britannique parfois ; un peu distant et réservé, ma is l’instant d’après, il posera les yeux sur moi, son regard me transpercera jusqu’à mon âme, des frissons parcourront mon corps, et j’aurai envie de l’embrasser. Avec lui, je me sens en sécurité, mais j’ai aussi l’impr ession de me tenir sur le bord d’une falaise. L’amour est-il toujours ainsi ? — Morgan
Depuis le départ de Sky, je suis étonné par ce que sa présence à la maison signifiait. Il y a moins de lessive. Il y a plus de bouffe, mais la variété est moins intéressante. Le courrier s’empile (mais combien de foutus catalogues reçoit-elle ?). Le meilleur espace de stationnement — celui devant l’allée — m’appartient. Et la maison est plus tranquille : aucune vibration qui m’indique que je ne suis pas seul, que ma cousine se trouve avec moi. Maintenant, m’y voilà, et pas moyen de le nier : la lessive masculine est ennuyante. Je porte des jeans, des chemises, des chaussettes et des sous-vêtements. Ces quatre vêtements, nuit et jour, en été et en hiver. Les vêtements de Sky sont tellement plus complexes — tout plein d’articles féminins étranges ; des vêtements que je serais incapable de nommer. Morgan ne semble pas posséder la même variété que Sky du côté des vêtements. Elle porte surtout des pantalons en velours côtelé ou des jeans, des chemisiers ou des pulls molletonnés. Des sous-vêtements ordinaires et jamais de soutien-gorge. (Excellent.) C’est drôle : elle ne tente jamais délibérément de paraître séduisante. Elle n’a pas à le faire. Il me suffit de la regarder dans ses vêtements ordinaires et de me remémorer comment je me sens quand elle m’entoure, quand son corps est serré fort contre le mien ; de me souvenir du grain de sa peau, des vibrations qui émanent d’elle, de son aura… et mon cerveau disjoncte. Je deviens incapable de formuler des phrases cohérentes. Un peu comme maintenant. Je n’arrive toujours pas à croire que Sky a trouvé une piste au sujet de mes parents. Je rêve de les revoir depuis la moitié de mon existence. Et à présent que mon employeur, l’Assemblée internationale des sorcières, m’a non seulement donné la permission de partir à leur recherche, mais m’a aidé à avoir une meilleure idée de leur emplacement, je suis prêt à y aller. Je dois seulement formuler un plan. Comme Alwyn avait à peine quatre ans quand ils ont disparu, elle se souvient à peine d’eux. Linden est mort en essayant de les revoir. Il a échoué. D’une certaine
manière, la possibilité de les revoir me semble trop énorme. Depuis le temps où ils sont partis, mes parents ont pris des proportions quasi mythiques : les sorcières prononcent leurs noms avec révérence, avec curiosité ou avec dédain ; elles me regardent comme si leur héritage était étampé sur mon front. Il s’agit de l’événement le plus excitant et le plus terrifiant de ma vie. Il dépasse notre confrontation avec Ciaran à New York. Il dépasse même le soir où Morgan s’est métamorphosée en loup pour me pourchasser et passer à deux doigts de me déchirer en morceaux. Déesse, quand je pense à tout ce que nous avons vécu tous les deux… J’aimerais seulement que Morgan puisse m’accompagner. Si Sky était ici, elle offrirait de m’accompagner. Je n’accepterais pas son offre cependant. Elle subit toujours les ravages émotifs de sa rupture avec Raven. Ça lui fera du bien de passer du temps en France. Mais ce serait tellement plus facile de voir mes parents pour la première fois depuis une décennie en ayant Morgan à mes côtés. Elle a l’esprit pratique, elle est puissante, elle est prête à faire face à tout ou presque. J’ai tellement besoin d’elle.
Morgan m’a rencontré chez Magye pratiPue, une des seules librairies occultes de la région. Il s’agissait d’un endroit fréPuenté par beaucoup de sorcières et dont la propriétaire, Alyce Fernbrake, était une bonne amie à moi. La cloche suspendue au-dessus de la porte a tinté, et j’ai levé les yeux pour voir Morgan s’avancer vers moi avec un petit sourire sur les lèvres. Comme je mesure plus d’un mètre Puatre-vingt, je suis habitué de baisser les yeux pour regarder les gens, et pourtant, Morgan semble toujours m’arriver au niveau des yeux. De façon objective, cependant, je mesure environ vingt centimètres de plus Pu’elle, ce Pui n’empêche pas Pu’elle soit plus grande Pue bien des femmes. Du haut de ses dix-sept ans, Morgan affiche un visage où il n’y aucune ligne montrant l’âge ou la sagesse, la souffrance ou le rire. Elle possède une ossature superbe, des traits Pui, à mes yeux, sont à la fois solides, féminins et intensément attrayants. Ses yeux brillent d’une connaissance Puasi effrayante, son expression est solennelle, sa bouche est généreuse sans être portée sur les sourires niais et les ricanements sots. Elle doit figurer parmi les personnes les plus têtues, les plus résolues, les plus ombrageuses, les plus réservées et les plus irritantes Pue j’aie jamais rencontrées. Je l’aime tellement Pue mes genoux fléchissent chaPue fois Pu’elle est près de moi. — Allô, a-t-elle dit. — Allô. Allons derrière. Morgan et moi sommes passés par le rideau orange abîmé Pui sépare l’arrière-boutiPue du reste de la boutiPue. Il est retombé derrière nous, et nous nous sommes retrouvés là, à nous regarder dans cette pièce faiblement éclairée. Ses cheveux étaient dénoués et auraient eu besoin d’un coup de brosse. Ils tombaient en vagues inégales plus bas Pue ses coudes pour presPue atteindre sa taille. Son caban noir était déboutonné, son jean était légèrement évasé et les rebords Pui effleuraient ses bottes en cuir éraflées étaient effilochés. Ses grands yeux brun-vert m’observaient et son nez classiPue et prononcé était légèrement rose sous l’effet du froid. Voilà à Puoi ressemblait Morgan Rowlands. La fille de Maeve Riordan, la dernière sorcière puissante de Belwicket, et de Ciaran MacEwan, l’un des Woodbane les plus maléfiPues Pue la Wicca ait jamais connu. La fille adoptive de Sean et de Mary Grace Rowlands. Mon amour. Mon désir pour elle est monté en moi sans prévenir, comme un serpent Pui passe à l’attaPue, et soudain, j’ai saisi son manteau pour la tirer vers moi, j’ai poussé mes mains sous son lourd manteau pour encercler sa taille et toucher le pull Pu’elle portait. J’ai brièvement surpris l’expression étonnée dans ses yeux aux coins inclinés vers le haut avant de fermer les miens, de poser mes lèvres en biais sur les siennes et de
l’embrasser avec un sentiment d’urgence Pui m’effrayait et m’embarrassait à la fois. Mais Morgan combattait le feu par le feu : elle n’avait jamais reculé devant Puoi Pue ce soit depuis les PuelPues mois Pue je la connaissais et elle ne m’a pas repoussé sous l’impulsion d’une fausse modestie ce jour-là. Elle s’est plutôt cramponnée à moi en glissant ses bras autour de ma taille et elle m’a rendu mon baiser avec force en se rapprochant de moi et en plaçant ses pieds entre les miens. Finalement, après je ne sais trop combien de temps, nous nous sommes séparés en douceur. J’avais le souffle court, et chaPue muscle de mon corps était tendu et me poussait à la reprendre dans mes bras. Les lèvres de Morgan étaient rouges et douces, et ses yeux recherchaient les miens. — Tu m’as manPué, ai-je dit, étonné devant ma voix rauPue et essoufflée. Elle a hoché la tête ; sa respiration aussi était rapide et superficielle. — Viens t’asseoir. Je l’ai menée à la table en bois délabrée, et nous nous sommes tous deux affaissés sur nos chaises comme si nous venions de courir un marathon. Toutes les parcelles de bavardage léger Pue j’avais pu réunir ont disparu de mon cerveau, et je me suis plutôt contenté de serrer sa main et de lâcher le morceau. — Je pars pour le Canada samedi, pour retrouver mes parents. Morgan a écarPuillé ses yeux brun foncé et, l’espace d’un moment, elle a paru effrayée. Mais cette impression s’est immédiatement effacée, si bien Pue je n’étais pas certain de l’avoir aperçue. Elle a hoché la tête. — J’attendais cette annonce depuis un moment. J’ai émis un rire bref. — Ouais. Le Conseil m’a contacté de nouveau ce matin pour me donner les directions jusPu’à lamaisonde mes parents. eux-tu y croire ? Le Conseil pense Pue mes parents ont déménagé il y a environ trois mois. Elle a hoché la tête pensivement sans croiser mon regard. — J’y vais en voiture, lui ai-je dit. Je pense Pue ça prendra environ onze heures. Ils habitent un petit village au nord de la ville de Québec. Morgan… veux-tu m’accompagner ? La surprise a brillé dans ses yeux pour être remplacée presPue immédiatement par un désir évident. — J’ignore pendant combien de temps je serai parti, ai-je rapidement indiPué, mais si tu dois rentrer avant moi, je pourrais t’acheter un billet d’avion ou de train, ou encore te louer une voiture. Assis à la table, main dans la main, nous nous sommes tous les deux imaginés ce Pue ça voudrait dire. De longues conversations intimes dans la voiture. Des heures et des heures en tête à tête. Être seuls tous les deux jour et nuit. Avoir Morgan à mes côtés pour partager le moment important de mes retrouvailles avec mes parents. Notre relation atteindrait un tout autre niveau durant ce voyage. Je voulais tellement Pu’elle me dise oui. — Je veux y aller, a-t-elle lentement dit. J’aimerais tant y aller. Elle est redevenue silencieuse. Dans son esprit, elle tenait probablement une conversation imaginaire avec ses parents. J’ai grogné intérieurement. À Puoi avais-je pensé ? Ses parents ne laissaient même pas des garçons entrer dans la maison. Impossible Pu’ils laissent leur fille partir au Canada sans un chaperon présent, comme c’était le cas à New York. Et ce voyage serait beaucoup plus long. Son visage s’est défait, et j’ai senti sa déception, car elle était le reflet de la mienne. — Je ne peux pas, a-t-elle dit. ourPuoi prends-je même le temps d’y réfléchir ? Je m’efforce toujours de remonter mes notes du caniveau, mes parents sont toujours
nerveux, et il n’y a aucun congé scolaire en vue. C’est impossible. Sa voix contenait de la frustration et de l’impatience. — as de soucis, ai-je dit en couvrant sa main des miennes. as de soucis. Je voulais seulement proposer cette idée. Ne t’inPuiète pas. Nous aurons beaucoup d’occasions de faire des voyages ensemble dans l’avenir. Elle a hoché la tête sans conviction, et j’étais désolé d’avoir abordé le sujet, d’avoir fait en sorte Pu’elle se sente coupable parce Pu’elle était dans l’impossibilité de m’accompagner pour ce périple important. En la regardant dans les yeux, j’ai porté la paume de sa main à mes lèvres pour y déposer un baiser. Elle a poussé un soupir, et j’ai vu la passion s’embraser dans ses yeux.