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Sous les brumes de Arren'Harn

De
360 pages

Deux frères, héritiers rivaux de la couronne, se livrent une guerre sans pitié pour la conquête du Arren'Harn. Leur affrontement menace l'avenir d'un peuple mystérieux de ce royaume sauvage et inexploré.

Au coeur de la Vieille Forêt, un secret dort depuis des millénaires... Seul celui qui en sera digne pourra déchiffrer les légendes ancestrales et faire renaître l'espoir de jours meilleurs.

Torfa, l'esprit rongé par ses démons intérieurs, se jette corps et âme dans cette guerre qui n'est pas la sienne.


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Cet extrait vous est offert par les Editions Palacios.
Sous les Brumes de Arren’Harn
Les Chronique du Nord – Livre III
Valentin Frété
Bonne lecture !
Le Royaume de Arren’Harn
Lors de la création du monde de Groelf, Hemn posa son regard sur son œuvre. Chaque territoire était parfait pour y faire naître la vie et qu’elle y perdure pour l’éternité. Toutefois, en regardant le Sud, il se rendit compte que ces terres n’allaient pas convenir pour la race qu’il pensait y installer : les Hommes y disposeraient de trop d’espace, presque un tiers du monde. Ils ne pourraient pas s’y épanouir en paix...
Pendant le Conseil des Dieux qu’il présidait, Hemn consulta ses enfants et les autres Dieux car il ne parvenait pas à décider quelles créatures il pouvait bien installer là-bas. Il reçut de nombreuses propositions, Elfes, Nains, Gnomes, mais n’en retint aucune... Il allait se résoudre à donner les terres aux Humains quand, d’une voix grave et profonde, son fils Sleipn proposa ses propres enfants.
Hemn considéra un moment la question, songeur. L’existence des enfants mystérieux de Sleipn alimentait moult rumeurs car nul n’en avait jamais rencontré. La sagesse de Sleipn était grande et reconnue. Au grand dam de l’assemblée, le père des Dieux décida finalement de faire confiance à son fils et le laissa libre de peupler l’immense région.
Ainsi, raconte la légende, après avoir pris soin de couvrir les terres d’un voile de brume épaisse et impénétrable, Sleipn descendit sur Groelf. Voilà longtemps qu’il gardait ses enfants, dissimulés dans le Palais des Dieux. Il les déposa à l’abri des regards et les nomma Les Svadilfars, « Les Seigneurs Chevaux ». Et ce Royaume devint le leur, Arren’Harn.
Il laissa derrière lui le brouillard et garda ses fils et filles hors de vue. Même les regards divins de ses frères et sœurs ne purent découvrir les créatures secrètes.
Les siècles se succédèrent, les peuples des autres Royaumes prospérèrent et fondèrent de grandes civilisations, comme le Mirslark au Nord, ou Vesse, son voisin.
Or vint une époque de malheur : au Nord-Ouest, un tumulte secoua le Royaume de Vösterland. Les Hommes y affrontèrent les Ogres qui dominaient le Sud de ce Royaume. Au prix de pertes innombrables, ils les repoussèrent à travers les montagnes et érigèrent d’épaisses murailles pour défendre leur frontière.
Les Ogres, alors simples tribus indisciplinées et brutales, ruminèrent leur défaite et finirent par s’unir sous la bannière d’un Ogre nommé Bülow. Celui-ci les mena plus loin au Sud, à la limite des régions montagneuses et du pays brumeux de Arren’Harn.
Les Ogres, surpris de trouver des prairies verdoyantes et grouillantes de gibiers, déferlèrent sur ces plaines comme un raz de marée sur une plage. Ils s’installèrent dans les grottes au plus proche des montagnes, chassant tout ce qui courait, rampait ou volait.
Ils ne croisèrent les Svadilfars que des années plus tard. Ces derniers les observaient cependant depuis leurs premiers pas en Arren’Harn. À partir de ce moment, le voile de brume se leva peu à peu sur le Nord-Ouest du Royaume. Les Dieux allaient enfin voir ce que Sleipn leur avait caché jadis.
Ce qui avait été vert était maintenant brûlé, l’herbe avait disparu pour laisser place à la terre nue, parsemée de carcasses d’animaux aux os blanchis par le temps. Pourtant, aucune trace des enfants de Sleipn.
Les Dieux, bien que tous puissants et curieux, patientèrent. Dans les Salles Éternelles, l’espoir de repérer enfin le peuple le mieux gardé de Groelf grandissait car, à chaque expédition des Ogres, la brume reculait.
Et puis, un matin, alors que le soleil se levait sur le Royaume du Sud, la brume ne couvrait plus qu’un tiers du territoire... Ce jour-là, les Dieux découvrirent avec horreur ce qui avait dû être un champ de bataille : la terre était gorgée de sang et les Ogres dansaient, festoyaient au milieu d’un carnage.
Pourtant, en y regardant de plus près, il n’y avait là que des cadavres d’Ogres ! Le mystère resta entier…
Sleipn lui-même n’y comprenait rien. Hemn le Père avait instauré des lois inviolables dont l’une interdisait formellement l’intervention divine dans les affaires du bas-monde : Sleipn était contraint de regarder son peuple disparaître. Cependant, il gardait espoir : il avait légué armes et armures aux Svadilfars.
Les Ogres colonisèrent tout le grand Ouest du Royaume, construisant tout d’abord en bois, puis en pierre. Ainsi naquit le Royaume Ogre de Arren’Harn. La défaite passée contre les Hommes fut oubliée peu à peu jusqu’à n’être qu’un passage dans les contes pour Ogrillons.
Sous le gantelet à pointes de Bülow Premier, les Ogres de Arren’Harn devinrent un peuple impitoyable et sanguinaire. Au crépuscule de son existence, le souverain manda ses fils, Blergentord, l’aîné, et Rorgorterk, le cadet. Il sentait sa dernière heure arriver et il voulait transmettre sa couronne avant d’expirer.
Sa décision sonna le glas du Royaume car il nomma Rorgorterk comme son successeur légitime. La haine bondit dans le cœur de son frère qui tenta de le tuer au pied même du lit de mort de leur père. Chacun regroupa ses partisans et la guerre éclata.
Rorgorterk le Ventru, entouré de son armée, siégeait à Kurgultork, la citadelle du Nord. Il était à la tête des Ogres Voraces, dont la réputation voulait qu’ils dévorent leurs ennemis.
Sanguinaires dans l’âme, ces Ogres érigeaient des totems en honneur de Rulgheyr, le Dieu du Sang, représenté par une grande bouche ouverte garnie de crocs et dégoulinante de sang. Pour obtenir le meilleur effet, ils n’hésitaient pas à sacrifier des esclaves pour répandre leurs fluides sur les pierres taillées de leurs sculptures primitives ou leurs glyphes de métal martelé.
Les Voraces étaient des maîtres esclavagistes, ils préféraient faire accomplir toutes les basses besognes à leurs prisonniers, de toutes races confondues, les obligeant à entretenir les cultures, garder les défenses en bon état et surtout, faire office de première ligne à la bataille.
Blergentord était un Roi Ogre à la cruauté sans pareille. Il gouvernait la Horde des Poings Sanglants, des Ogres particulièrement hideux qui se vantaient de massacrer leurs adversaires à mains nues. Ils étaient également réputés pour la qualité de leurs constructions. Leurs fortifications étaient solides, les bâtiments bien conçus. C’était en vertu de cette principale raison que le Sud n’avait jamais subi d’invasion de grande envergure.
Leurs étendards vert foncé étaient peints d’un poing ganté d’acier, couvert de sang. Blergentord et ses Ogres vouaient leur culte à Prulhgorh, le Dieu du Massacre. Ils se ruaient au combat, répandaient la mort le plus violemment possible, étripaient, écorchaient, démembraient leurs victimes pour satisfaire leur divinité.
Ainsi allait l’histoire du Royaume de Arren’Harn, pleine de mystères, de secrets et de violence.
Prologue
Torfa descendait les escaliers qui longeaient la grande muraille, au Sud du Royaume de Vesse. Les pierres humides et glissantes rendaient la progression périlleuse et la terre ferme était encore vraisemblablement à plusieurs dizaines de mètres en contrebas. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et aperçu Ard et Gin’Vin avancer au ralenti. Il soupira bruyamment, cela faisait de longues minutes qu’ils descendaient et ils n’étaient toujours pas arrivés. Il regarda vers le bas, une épaisse brume ondulait sous le vent et empêchait d’évaluer correctement la distance qui les séparait du sol.
Malheur ! Son cheval dérapa sur une marche instable. La monture tenta de rétablir son équilibre mais elle fit pire que mieux, glissa et dévala le grand escalier.
Le Nordique eut le temps de sauter de sa selle mais il ne put éviter la chute. Il partit en roulé-boulé, rebondit contre la paroi et quitta bientôt l’escalier. Il tomba dans le vide, sans conscience de la hauteur... Il entendit s’éloigner les voix de ses amis qui hurlaient son nom, les hennissements de souffrance du cheval dont les os se brisaient dans la dégringolade.
Le visage soudain fouetté par des végétaux humides, Torfa tombait de branche en branche puis il percuta le sol. Le souffle coupé, il était incapable d’ouvrir les yeux, il n’entendait plus rien d’autre que sa propre respiration. Il sentit le froid l’engourdir, son esprit s’égarer.
Il laissa ses muscles se détendre, le goût métallique du sang dans sa bouche ne présageait rien de bon. Il était incapable de bouger et se laissa engloutir par le néant.
***
Ard sauta de son cheval et se précipita dans l’escalier en voyant le cheval de son ami déraper mais il était déjà trop tard. Il assista impuissant à la chute de Torfa. Il remonta à cheval et partit au galop, faisant fi des marches détrempées. Il voulait arriver le plus vite possible au pied de l’escalier et constater les dégâts de ses yeux.
Gin’Vin était sous le choc, la scène lui paraissait impossible. Il emboîta le pas de Ard et fut bientôt lui aussi victime du terrain.
Alors que le chasseur lui hurlait qu’il était enfin arrivé en bas, le cheval du jeune Aigle se cabra et le propulsa de sa selle. Gin’Vin bascula dans le vide et atterrit presque dix mètres plus bas sur le sol moussu et humide.
Sonné par sa chute, il lui fallut plusieurs minutes pour se remettre debout. À ses côtés, sa malheureuse bête s’était rompu le cou en tombant. Il récupéra ses quelques effets dans les sacoches et chercha Ard.
***
Vautré sur son trône de fer noir, Rorgorterk mordait un cuissot dont la graisse lui dégoulinait sur le menton. Il repoussa l’os, déchira un gros morceau de viande et le mâcha la bouche ouverte.
Agenouillé devant lui, le général Ghrrk attendait ses ordres ; la situation ne le mettait pas à son aise.
– Je vous ai ordonné de marcher à l’Est, Général ! Est-ce trop demander ? beugla le Roi Ogre.
– Non, mon Seigneur, mais nous sommes face à un... comment dire… problème.
Rorgorterk lança son cuissot à travers la pièce et ses loups se jetèrent dessus comme à la curée. Ghrrk déglutit : les loups, en se jetant sur la viande grasse, avaient secoué des chaînes qui pendaient du plafond avec des grincements sinistres. D’énormes crochets, fixés aux extrémités de chaque chaîne, portaient encore les traces de sang, voire les restes, des derniers bougres qui avaient contrarié le Roi.
– Quel « problème » ? hurla Rorgorterk d’un ton qui ne traduisait aucune patience.
– Nous sommes devant le marais, mon seigneur.
Le souverain sembla se calmer tout à coup, comme si cette annonce l’avait refroidi. Il se gratta la tête, l’air de réfléchir, renifla, cura son nez et dégagea ce qui le gênait d’une pichenette.
– Trouvez le moyen de contourner ce lieu maudit, votre vie en dépend ! JE VEUX être le premier à l’Est ! éructa le Roi dans un mélange de caprice et d’hystérie.
Sans demander son reste, Ghrrk se leva, s’inclina et partit à grandes enjambées vers la basse-cour de la citadelle, où l’attendait son taureau de combat. Il hurla les ordres à ses Ogres et la troupe se mit en marche, martelant le sol des lourds sabots de leurs montures.
***
Loin au Sud, Blergentord supervisait les préparatifs de son armée. Sur un morceau de parchemin, ses ingénieurs avaient dessiné grossièrement ce à quoi devait ressembler leur pont. Le Fleuve Noir rugissait à ses pieds et déjà six Ogres avaient fait leur dernier plongeon dans ses eaux tourbillonnantes.
– C’est trop long ! s’impatienta-t-il sur un ingénieur qui se tenait près de lui.
– Mais nous faisons aussi vite que possible, Maître ! Il faut abattre les arbres, les lier au sol avant de les faire courir au-dessus des eaux... Nous ne pouvons aller plus vite.
Le Roi le saisit par le revers et l’approcha dangereusement de la rive bouillonnante.
– Ma… Ma… Majesté…, bégaya l’ingénieur. Me jeter à l’eau n’accélérera pas les travaux !
Blergentord en convint, à regret, et le rejeta dans le sens opposé, gardant des morceaux d’étoffe sur les pointes de son gantelet.
– JE VEUX être de l’autre côté avant la prochaine lune ! grogna-t-il en retournant vers sa tente.
L’ingénieur courut activer les ouvriers. La prochaine lune ? Cela lui laissait à peine six petits jours...
Chapitre I
La prairie embrumée
Le galop d’un cheval fit sursauter Gin’Vin. Ce ne pouvait être Torfa puisque sa monture s’était écrasée ; il espérait donc que ce fût le chasseur.
– Ard ? C’est toi ?
Mais il n’eut aucune réponse. Le brouillard était si épais qu’il n’y voyait pas à plus de cinq ou six pas. Il avança alors doucement, aux aguets, s’attendant à tout instant à déboucher sur un précipice fatal.
***
Ard se concentra, ferma les yeux et laissa son ouïe à l’œuvre. Il entendit les oiseaux, le bruit du vent dans le feuillage, la respiration de son cheval. Il ouvrit les yeux et se retourna, s’attendant à voir arriver Gin’Vin derrière lui, dans l’escalier. Il attendit quelques instants et rebroussa chemin. Il appela le jeune homme plusieurs fois, sans réponse.
Son cœur se noua. Et s’il était tombé, lui aussi ? Il opta pour la solution la plus simple : progresser en longeant la muraille. C’était là qu’il avait le plus de chances de trouver ses amis, ou ce qu’il en restait...
Il entendit galoper plus loin et fut soulagé : si le cheval était en vie, son cavalier devait l’être certainement.
– Gin’Vin ! Torfa ! Où êtes-vous ? s’époumona-t-il en vain.
Il reprit sa marche et décida de mettre pied à terre.
Il fit plusieurs pauses, écouta attentivement les sons qui l’entouraient mais il n’avait pas le moindre indice de la localisation de ses amis.
La brume masquait tout et rendait les recherches décidément très difficiles.
***
– Réveille-toi, Torfa ! insistait la voix. Il est temps de te réveiller !
Le Nordique ouvrit les yeux. Son nez lui faisait un mal de chien et, à en juger par le sang séché sur sa moustache, il était sûrement cassé. Son flanc droit le faisait souffrir tout autant et chaque respiration lui faisait monter un pic de douleur presque insupportable.
Il cracha un mélange ignoble de sang et de salive et inspira profondément. Il toussa de douleur. Il tourna la tête de droite à gauche à la recherche de celui qui lui parlait. Ce n’était ni la voix de Ard, ni celle de Gin’Vin mais, pourtant, elle lui paraissait familière.
– Torfa... lève-toi... Il est temps de partir…, entendit-il sur sa gauche.
Il tourna la tête mais ne vit que la brume persistante, épaisse et inquiétante. Il roula sur le côté et esquissa un mouvement pour se relever. Une douleur insoutenable l’assaillit et il retomba en hurlant. Il passa la main le long de sa jambe et sentit une forme saillante sous la peau de sa cuisse gauche : l’os était certainement brisé et déplacé. Malédiction !
Le bruit de pas rapides et proches attira son attention et il rampa dans cette direction.
-Ard ? Gin’Vin ? C’est vous ?
Il n’eut aucune réponse et fut bientôt terrassé par la douleur. Il s’évanouit sans même entrevoir la silhouette qui se tenait à quelques mètres, dissimulée dans la brume épaisse.
***
Ard avançait doucement, fouillant les environs de son regard affûté. Plusieurs fois, il avait entendu un cheval, il en était certain. S’agissait-il de chevaux différents ?
Il restait sur ses gardes et entendit enfin une voix familière. Il accéléra et trouva Gin’Vin quelques dizaines de mètres plus loin, assis sur un tronc d’arbre mort et humide, occupé à pester contre le mauvais sort. Un grand sourire illumina son visage et le jeune Aigle le lui rendit ; ils étaient l’un et l’autre très heureux de se retrouver.
– Aucune trace de Torfa ? demanda Ard.
Gin’Vin avisa le chasseur d’un regard surpris et se renfrogna immédiatement.
– J’ai dévalé ce fichu escalier, j’ai failli mourir, j’ai un mal de crâne à faire mourir un troll et tu oses me demander si j’ai trouvé le gros balourd qui nous sert de guerrier ! Eh bien, non, je ne l’ai pas trouvé ! Voilà, monsieur est satisfait ? rétorqua Gin’Vin pour le moins en colère.
Ard comprit un peu tard qu’il avait été maladroit et qu’il aurait dû aussi s’enquérir de l’état de son ami ; à présent le jeune homme refusait de lui adresser la parole.
Ils se remirent en marche dans le silence. Le chasseur proposa sa monture à son ami, mais ce dernier refusa, obstinément vexé. Pour un homme tel que le jeune Aigle, ce comportement d’adolescente boudeuse était surprenant... Ard mit cela sur le compte de la chute.
Les bruits de sabots reprirent et s’amplifièrent. Ce ne pouvait pas venir d’une seule monture. Les deux compagnons empoignèrent leurs armes, prêts à faire face.
– Seuls les Dieux savent ce qui se cache dans la brume… prenons garde ! chuchota Ard.
Ils avancèrent donc prudemment, cherchant à distinguer des indices à travers les bruits. Soudain, sans un mot, Ard saisit le jeune Aigle au poignet et le retint. Gin’Vin assura sa prise sur sa lance et commença à balayer le brouillard de sa pointe. Ils ne voyaient qu’à quelques pas ; l’herbe fraîche et bien verte mise à part, rien en vue.
Tout à coup, ils entendirent des chevaux lancés au triple galop, qui fondaient manifestement sur eux et ne tarderaient pas à les piétiner !
– Affronter les Ombres, le feu et la mort pour finir sous des sabots de mules, ce n’est pas très glorieux…, ironisa Gin’Vin.
Un premier cheval le frôla sur la gauche, sans le remarquer. Puis un second sur la droite, sans lui prêter plus d’attention. Ensuite, ce fut une véritable cavalcade qui défila autour d’eux ! Le sol vibrait sous la course des équidés. Les deux compagnons étaient au cœur du chaos, dans l’œil d’un ouragan rugissant. Ard ne pouvait compter combien de chevaux les avaient évités mais, soudain, l’un d’eux se cabra juste devant lui, agitant ses sabots.
Une main ferme saisit le chasseur sous le bras, le souleva de terre au moment où il allait être
piétiné. Il fut jeté à cru et la brutalité de l’impact lui fit lâcher son arc. À son grand étonnement, il était dans le mauvais sens, regardait vers l’arrière, voyait la queue de crin ballottée par le galop effréné de la monture.
Il s’agrippa du mieux qu’il pouvait, contractant les muscles de ses jambes pour s’équilibrer sur le dos de ce cheval massif. Il tenta à plusieurs reprises de regarder par-dessus son épaule mais le terrain était trop accidenté ; rester stable lui demandait trop de concentration pour se permettre le moindre écart.
Quelque part dans le brouillard grognait Gin’Vin qui semblait lui aussi être emporté dans une posture inconfortable. Sa voix était saccadée par les sauts que provoquait chacun des pas des chevaux. Ils continuèrent ainsi quelques minutes. Tout à coup, sa monture s’arrêta net. Il fut jeté au sol où il s’écrasa douloureusement, le souffle coupé.
Il commençait à grommeler, rebelle, quand des sabots grattèrent le sol, préparés à charger. Le chasseur prit une grande inspiration et se prépara à affronter un nouvel adversaire. Pourtant, le cheval avança doucement. Ard resta bouche bée : il ne s’agissait pas d’un cavalier et de sa monture mais d’un être que seules évoquaient les légendes...
Un corps de cheval à la robe brune, des membres puissants, des poils épais couvrant le bas des jambes et les sabots. La queue de crin était en partie tressée et Ard devina qu’il s’agissait de celui qui lui avait sauvé la vie. À la place du cou et de la tête de cheval se trouvait un torse d’homme. Les légendes du Mirslark parlaient d’êtres hybrides tel que celui-ci, chevauchant aux côtés des Dieux à travers les Royaumes encore vierges lors de la création du monde. Mais personne n’accordait de crédit à ces vieux marins et à leurs fables de territoires lointains peuplés d’hommes-chevaux.
Son visage était strict, sans pour autant être sévère, une barbiche épaisse couvrait la pointe de son menton, et ses cheveux étaient impeccablement coupés à la brosse. Des brassards de cuir épais couvraient ses avant-bras.
Ard, profondément troublé, se retrouva ligoté avant même de s’en rendre compte et quand il reprit ses esprits, il était avec Gin’Vin, hébété lui aussi, marchant à la suite d’un groupe de douze Hommes-Chevaux.
***
Torfa ouvrit les yeux et chercha instinctivement son épée. En vain. Il était allongé sur une paillasse confortable, près d’un feu à la chaleur étonnamment réconfortante. Il se souvenait pourtant s’être écrasé au milieu des arbres, de la mousse et de la brume... Sa jambe était engourdie mais ne lui faisait plus mal, pas plus que les autres blessures qu’il avait reçues en tombant du grand escalier.
Il inspira profondément par le nez et soupira en constatant qu’il ne ressentait aucune gêne. Il observa alors son environnement : il semblait être dans une grande maison, basse et toute en longueur. À première vue, il était seul.
Une porte grinça et une silhouette encapuchonnée entra. Le nouveau venu marchait rapidement, effectuant de petits pas qui émettaient un bruit pareil au clapotis d’un ruisseau. Le jeune guerrier l’observa en détail. Il ne mesurait pas plus de cinq pieds et demi, sa corpulence semblait mince, dissimulée sous une large cape vert foncé. Les haillons d’un pantalon couvraient ce qu’il voyait des jambes fines. Le Nordique retint son souffle et commença à se relever. Malheureusement, un vertige le saisit, il fit un pas maladroit vers la gauche, tenta de compenser de l’autre côté mais trébucha et s’affala lamentablement sur le sol poussiéreux, le