Souvenirs de Compiègne

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Duval et Herment (Amiens). 1851. Compiègne (Oise) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle. 12 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1851
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7 SOIVEMKS DE (OMPIÈ(i\F.
Compiègne, beau pays; délicieux séjour
Que la nature et fart décorent tour à -tour,
Pourrais-je t'oublier, -oublier tes ombrages,
Ton palaïs, tes jardins, tes riants paysages!
Au bonheur de te voir, bonheur toujours si doux,
Quand le destin oppose un obstacle jaloux,
Dans le calme des nuits souvent la rêverie
Me ramène vers loite et sa rive chérie
De là mon oeil se plait à suivre sur les flots
Et la barque pesante et les frêles canots,
A la flèche de Venette,
Le moulin d'Armanoourt aérienne vedette,
Cette église adossée aux flancs du Ganelon,
Montagne ou de César se rattache le nom;
2
Promontoire escarpé d'où le regard s'élance
Et plane satisfait sur un espace immense;
Spectacle varié de vallons, de hameaux,
De bois qui, s'étageant de la plaine aux coteaux
Aux rayons du soleil, éclatante parure,
Couronnent l'horizon d'un bandeau de verdure.
Après avoir erré dans de lointains détours
L'Aisne et l'Oise à ses pieds viennent unir leur cours.
Quittons cette hauteur, et de l'onde tranquille
En cotoyant le bord revenons à la ville.
Un voile nébuleux de son obscurité
Couvre encor le berceau de l'antique cité;
Pourtant le visiteur avide de prestiges
Y cherche vainement de curieux vestiges.
Les palais par la flamme en poussière réduits,
Une abbaye célèbre et des temples détruits (t)
Des âges précédents ont effacé la trace
Et la guerre et le temps ont nivelé leur place.
En des jours de vertige un zèle destructeur
Devant THôtel-de-YiHe arrêta sa fureur
Cet hôtel admiré doit à la renaissance
Ün lustre que déjà ternit la négligence.
Saint-Jacques, Saint-Antoine, autre joyau des arts,
Ont bravé le péril en servant de hangards
(1) l'Abbaye de Saint-Corneille, l'une des plus anciennes et des plus
riches de France.
3
C'est ainsi qu'au Palais, de barbares cyclopes (1)
S'installèrent forgeant comme sous leurs échoppes.
Les remparts abattus ont comblé les fossés;
Des arbres ont grandi sur des murs renversés
Cette porte n'est plus témoin de la ruine
De Jeanne que l'anglais, prisonnière, assassine.
Ses efforts, sa valeur, là rien n'est attesté;
Sur un réduit obscur son nom seul est resté (2).
Ailleurs des monuments honorent sa mémoire
Mais toi, Compiègne, toi qu'as-tu fait pour sa gloire?
De la fille d'un roi, chef-d'oeuvre vénéré
Par de justes regrets doublement consacré
Sur un socle d'airain élève cette image 1
Que ton zèle rachète un oubli qui t'ontrage
Secoue en te levant la torpeur du sommeil (3);
A l'œuvre, et tu seras absous par ton réveil.
Jadis un châteaurfort sur le sol de la France
A nos rois tenait lieu de maison de plaisance
Et chacun peut encore en voyant Pierrefonds
Deviner les ennuis de ces épais donjons
Dont les machicoulis, les crénaux, les poternes,
Annoncent au dehors les tristesses internes.
( 1) L'école des arts et métiers fut installée d'abord an chateau de Com-
piègne. Napoléon la transféra à Chatons sur Marne.
(2) Une auberge a pour enseigne g la Pucelle d'Otlêans.
(3) Allusion au vieux dicton tes dormeurs de Compiègne.
-4-
Vainement le soleil de ces manoirs obscurs
Essayait à percer les redoutables murs.
Avec nos souverains logeaient dans les tourelles
Les oiseaux de la nuit, les sombres sentinelles,
Et leurs cris confondus répétés dans les airs
Formaient aux alentours de sinistres concerts.
Si l'oeil apercevait les champs et la verdure,
C'était du haut des tours ou dans une embrasure.
Plus tard il prit envie à ces rois prisonniers
De tromper en sortant l'ennui de leurs foyers
Leur pied, en hésitant, d'abord toucha la terre
Et mesura l'espace ainsi qu'un pied vulgaire.
Une fausse croyance alors voulait qu'un roi
Parut toujours armé sur un fier palefroi
S'il marchait, entouré d'une pesante escorte,
On eut cru voir marcher comme une place focte
Chacun bardé de fer et la lance en arrêt
Devait à guerroyer se tenir toujours prêt.
Mais survint le dégoût de chercher aventure r
Les rois trouvèrent bon la liberté d'allure,
Et jetant la cuirasse avec le bouclier
Ils parurent enfin sans appareil guerrier.
Quand permit le repos d'alléger la misère,
Le moyen d'être mieux cessa d'être un mystère;
Les douceurs de la paix glissèrent dans les cours;
On déposa le glaive ou s'occupa d'amours.
Le pont-levis tomba, les donjons disparurent
A la suite des grands les beaux: arts accoururent.

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