Souvenirs du théâtre anglais à Paris , dessinés par MM. Devéria et Boulanger, avec un texte par M. Moreau

De
Publié par

H. Gaugain, Lambert et Cie (Paris). 1827. Théatre, Angleterre, XIXe s.. Portraits, Théatre, XIXe s.. 72 p. et pl. en noir et en coul. : ill. ; in-fol..
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Publié le : lundi 1 janvier 1827
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DU
THÉÂTRE ANGLAIS
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SOUVENIRS
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THEATRE ANGLAIS
A PARIS
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PAR MM. DEVÉRIA ET BOULANGER.
Avec un ~ate par m. ~ittomiu.
Words, vrords , >vor<ls !
(B&itntr* :
HENRI GAUGAIN, LAMBERT ET COMPAGNIE,
RUES VIVIENNE, N. 4, ET DE YAUGIIlARII, N. 34.
J. TASTU, RUE DE VAUGIRARD, N. 36.
NOVEMBRE M DCCC XX VIf.
2
@
INTRODUCTION.
UNE ère nouvelle commence pour la France littéraire. Notre admiration pour Corneille, Racine , Voltaire
et les autres poëtes illustres qui , formés à l'école de Sophocle et d'Euripide, ont doté notre scène de
beautés immortelles, ne s'est point, sans doute, affaiblie, mais elle a cessé de ressembler au fanatisme. Les
grands événemens qui, depuis quarante ans, se sont passés sous nos yeux, en changeant nos habitudes et nos
mœurs, ont nécessairement modifié sur beaucoup de points nos idées et nos croyances; en littérature comme en
politique nous sommes devenus tolérans. Peut-être ne fallait-il rien moins que l'écroulement des plus vieilles
monarchies pour faire comprendre aux esprits immobiles que l'on pouvait aussi détrôner Aristote. Mais on
voudrait en vain se le dissimuler : les sociétés formées aujourd'hui sur de nouvelles bases, appelées à discuter
les lois qui les régissent, demandent et doivent inspirer aux arts, qui ne peuvent être que l'expression de ces
sociétés, d'autres imitations que celles qu'ils reproduisent depuis le dix-septième siècle. C'est au théâtre surtout
que le besoin d'innovations se fait impérieusement sentir. Une révolution y est imminente, et comme cette autre
révolution dont la France s'enorgueillit encore, elle aura pour cause immédiate le mauvais état des finances.
Quel que soit notre goût pour les spectacles, la curiosité publique cessera de payer l'impôt qu'ils prélèvent
sur elle, si, restant seuls stationnaires lorsque tout marche autour d'eux, ils ne nous présentent éternellement
que des copies correctes, mais froides et pales, des tableaux qu'ont admirés nos aïeux.
6 INTRODUCTION.
J'aurais bien mal exprimé ma pensée si, dans ce qui précède , on pouvait voir une critique même indirecte
des grands maîtres dont les chefs-d'œuvre ont été l'objet des études de toute ma vie. Mais ces heureux génies
inventeurs, même en imitant les modèles que leur offrait l'antiquité, n'ont-ils pas ouvert des routes nouvelles?
Si Molière eût servilement suivi les traces des comiques latins comme ceux- ci suivirent celles des Grecs,
aurions-nous le droit de le proclamer le premier des poëtes philosophes et le plus grand peintre du cœur
humain? Lorsque veuve d'Eschyle, d'Euripide et de Sophocle, Mclpomène, vainement invoquée par le Trissino
se réveilla tout-à-coup à des acccns plus mâles , Corneille ne fut-il que l'écho des grands hommes qu'elle avait
jadis inspirés? Si Racine, doué d'un goût plus pur, ne montra pas la même audace, n'a-t-il pas cependant
étonné l'Europe en faisant passer dans notre langue, sous les formes de la plus séduisante poésie, les nobles
pensées, les touchantes images qu'avait applaudies la Grèce? Imiter ainsi n'est-ce pas véritablement créer? et
Corneille et Racine ne furent-ils pas en effet de hardis novateurs? L'éclat de ces astres éblouissait encore la
France lorsque Voltaire, esprit universel et pourtant tout français, épurant, pour ainsi dire, les jeux de la
scène, les fit servir au triomphe de la vérité, de la philosophie. C'est une grande époque morale et littéraire que
celle où cet infatigable athlète, luttant de toute la force de son génie contre les préjugés qui dégradaient l'espèce
humaine, attaquait au théâtre, avec les armes de l'éloquence et de la raison, l'hypocrisie, l'intolérance que,
dans ses œuvres légères, il accablait des traits du ridicule. Irréconciliable ennemi de la sottise et de la fourberie,
quelque masque qu'elles prissent, mais ent housiaste de toutes les gloires, le premier il emprunta aux annales
françaises le sujet d'une tragédie. Dchelloy suivit cet heureux exemple, et les applaudisscmens qu'il obtint avec
un talent médiocre sont le garant certain des succès réservés aux esprits supérieurs qui exploiteront cette mine
féconde et si long-temps négligée.
C'est Voltaire aussi qui fit enfin comprendre aux petits-maîtres français, que jusqu'alors on avait vus siéger
sur le théâtre au milieu des acteurs, combien la vérité du costume, la magie des décorations, la pompe du
spectacle ajoutent à l'illusion, premier but de tous les arts d'imitation.
Ce fut donc, sous tous les rapports, par des moyens nouveaux que Voltaire excita et soutint l'admiration
de son siècle. Mais il faut l'avouer, si depuis la mort de ce grand homme beaucoup d'ouvrages estimables et
quelques ouvrages d'une originalité piquante ont vu le jour, un bien plus grand nombre de compositions
dramatiques jetées, pour ainsi dire, dans le même moule , a fatigué le publie , détruit le prestige de la scène, fait
circuler la froideur et l'ennui dans les lieux consacrés aux plus vifs plaisirs de l'esprit, et rendu inévitable une
réforme dont la peinture, régénérée par David , et la musique, révolutionnée par Rossini, ont déjà donné le
L'établissement d'un théâtre anglais à Paris ne pouvait avoir lieu dans des circonstances plus favorables. De
signal. ) l lssemei-it d'tii- .i i. l h é i'lui-c aii,, , l a i s à Paris i-ic poti-v-ait ,i-vo i i- lieu dans des cii,colisu,-tnces plus f,-I-%,ora b ) l es. De
tristes préventions long-temps entretenues par une politique habile, mais qui devaient tomber avec cette politique
même, ont cessé de diviser deux peuples qui marchent d'un pas égal a la tete de la civilisation : à d'injustes
haines a succédé chez nous un esprit, d'examen, dont les résultats doivent ctre aussi salutaires que fut ridicule et
stérile Xanglomanie,} que quelques grands seigneurs français nous inoculèrent il y a quarante ans.
Ce n'est ni sous l'influence de l'orgueil national, ni avec les transports d'une admiration aveugle que nous
assistons aujourd'hui à la représentation des chefs - d'oeuvre de la sccne britannique. Ce spectacle, entièrement
nouveau même pour ceux que la lecture a familiarisés avec Shakspcarc , ne peut être que profitable pour nos
Auteur de Sophonisbe, la première tragédie régulière, qui parut en Italie à la renaissance des lettrcs; Mairct en fil jouer a Paris une imitation
en 1629. letti-es Maii~et en fit iouci- 't iiiiiiitiol,
INTRODUCTION. 7
auteurs dramatiques, pour nos comédiens, et pour les spectateurs eux-mêmes, appelés à juger les uns et les
autres.
Le goût, cette qualité précieuse qu'on ne contestera pas aux Français, ne leur indiquera que trop les innom-
brables taches qui déparent les sublimes tableaux de l'Eschyle anglais. Mais nous transportant en imagination au
siècle où ce rude Génie retraçait dans ses chroniques dramatiques, avec tant de force et de vérité, l'histoire du
peuple qui l'écoutait, nous comprendrons enfin l'espèce de culte qu'on lui rend encore dans sa patrie, nous
comprendrons surtout qu'il est d'autres sources d'émotions profondes que celles où nos auteurs puisent depuis
plus de deux siècles *.
A Dieu ne plaise que je propose d'adopter sur la scène, où l'on porte le respect des convenances jusqu'à la
pruderie, le système, ou pour mieux dire l'absence de système qui, dans l'enfance de l'art, fit commettre de
si grandes fautes au créateur de la tragédie anglaise ; mais n'est-ce point entre les hardiesses de son théâtre et
les timidités du nôtre que se placera le régénérateur de la tragédie française?
Ducis, en imitant quelques drames de Shakspeare, nous a mal fait connaître ce vieux barde qui perd tout en
perdant sa physionomie sauvage. « Shakspeare, a dit un de nos plus ingénieux académiciens **, c'est le génie
anglais personnifié, dans son allure fière et libre, sa rudesse, sa profondeur et sa mélancolie. » Ce génie au-
jourd'hui nous apparaît tout entier.
Les représentations tragiques de la troupe anglaise ont été suivies avec empressement. Ilamlet, Othello,
Bomco, sous les traits de Charles Kemble, Ophélie, Desdémone et Juliette représentées par miss Smithson,
ont ému, surpris, charmé des spectateurs dont le plus grand nombre, il faut bien le dire, ne comprenait pas ou
comprenait peu l'idiome dans lequel ces acteurs s'exprimaient ; mais Shakspeare ne parle pas moins aux yeux
qu'à l'intelligence.
On a pensé qu'une suite de dessins coloriés représentant les principales situations des drames qui ont été
joués à Paris, ne pouvait manquer de plaire au public que ces drames ont si vivement intéressé. Les habitudes
théâtrales des acteurs de Londres diffèrent sous plusieurs rapports des habitudes de nos comédiens. Leur pan-
tomime est en général plus animée, plus expressive. Quelques-uns de leurs usages seraient utilement transportés
sur notre scène, mais ils peuvent aussi recevoir des leçons de nous. Quels avantages mutuels ne doivent pas
résulter de cette espèce de fraternité entre deux théâtres dont l'un citera toujours avec orgueil Garrick et John
Kemble, et dont l'autre s'honore d'avoir produit parmi tant d'artistes célèbres Préville et Talma!
C'est dans notre comédie surtout que les acteurs anglais pourront admirer cette grâce, cette élégance qui, loin
de détruire le naturel, lui prètent encore un nouveau charme, cet art des transitions et des nuances qui donne
à chaque détail sa place et sa valeur. Le théâtre français n'offre-t-il pas aujourd'hui le modèle accompli des
qualités que peut réunir l'interprète de la musc comique ?
Mais ce sont les acteurs tragiques des trois royaumes qui, familiarisant le parterre français avec la fidèle
imitation de la nature naïve, donneront à nos poëtes et à nos comédiens le courage de sortir des routes battues,
et de prendre un essor que des spectateurs , soumis trop long-temps au joug de la routine, auraient pu trouver
téméraire.
D'innombrables imitations des comédies françaises sont jouées tous les jours sur les théâtres de la Grande-
* Voltaire écrivait il y a soixante ans dans son Dictionnaire philosophique : « La foule de nos faibles tragédies effraye ; il y en a près de cent volumes :
c'est un maçasin énorme d'ennui. Le magasin n'a jamais été mieux fourni qu'il ne l'est maintenant.
** M. Villemain.
8 INTRODUCTION.
Bretagne ; on peut même dire qu'à Londres le répertoire comique moderne n'est presque qu'une traduction
littérale du nôtre. Nous userons de représailles : nous avons emprunté déjà, nous emprunterons plus que jamais
d'énergiques beautés à la tragédie anglaise.
C'est par ces conquêtes pacifiques que deux nations également fières, également généreuses, cimenteront une
union formée sous les auspices des arts, mais qui pourrait quelque jour paraître redoutable aux ennemis de la
liberté constitutionnelle.
MOREAU.
CHARLES KEMBLE.
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CHARLES KEMBLE, le plus jeune des enfans de M. Roger Kcmble qui fut long-temps directeur d'une troupe de comédiens
de province, naquit le 25 novembre 17-15, à Brccknock, dans le pays de Galles, où sa sœur, madame Siddons, avait
aussi vu le jour. On a remarqué comme une circonstance singulière qu'il vint au monde dans l'année même où cette ac-
trice , qui devait jeter tant d'éclat sur la scène anglaise, débuta au théâtre de Drury-Lane.
l'âge de treize ans, Charles fut envoyé au collége de Douay, en Flandre, par son frère John, qui lui-même y avait
été élevé. Aussi possédèrent - ils tous deux la connaissance parfaite de la langue française, que madame Siddons parlait
avec la même facilité.
Après avoir passé trois années au collège, Charles Kemble entra dans le monde au bruit des applaudisscmens que sa
famille entière recueillait sur les différens théâtres de la Grande-Bretagne. Comment, dans l'heureux âge où tout esi
illusion, serait-il resté le tranquille témoin des triomphes de son frère et de sa sœur? Pouvait-il ne pas préférer les bruyans
suffrages du public à la froide approbation du directeur de l'administration des postes dans laquelle il occupa , pendant six
mois et bien malgré lui, un emploi fort modeste? Tous les efforts de ses parens pour le détourner de la carrière du théâtre
furent inutiles : il céda a la vocation qui l'entraînait, et parut, pour la première fois , sur la scène en 1792. Il s'exerça
pendant un an sur les théâtres de Shaffield, d'Edimbourg et de Newcastle ; mais en J 704 il revint à Londres, et le
21 avril, jour de l'ouverture du nouveau théàtre de Drury-Lnne, il joua Malcolm dans Macbeth. On lui confia bientôt des
rôles plus importans. Ceux de Papillon dans the Liar (le Menteur ), de George Barnwell, et d'Alonzo dans Pnavre,
établirent sa réputation, et déterminèrent M. Colman, directeur de Hay-Market, à l'engager a son théâtre, où se livrant
à de sérieuses études, le jeune acteur prit en peu d'années un grand essor.
En 1801, John Kcmble ayant acheté une partie de la propriété de Coyeut-Garden, Chartes y fut engagé avec madame
Siddons. C'est une des brillantes époques de ce théâtre.
Charles Kemble , dans la tragédie , n'a point acquis la même célébrité que son frère , dont on lui reproche de suivre
trop scrupuleusement les traditions. Keau, Maeready, Wallack , lui disputent et lui ravissent quelquefois les suffrages
des connaisseurs. « Cet acteur, dit un critique anglais, comprend bien les auteurs dont il se rend l'interprète; mais il
semble plus occupé du soin d'éviter ce qui peut déplaire que de produire ce qui peut charmer. Aussi n'excite-t-il poinl
d'enthousiasme. Son jeu n'est pas dépourvu de beautés et n'a pas de brillans défauts. 11 rend bien le sens du poëte, mais
il ne fait point passer jusqu'à vous les élans de son génie. C'est une médiocrité supérieure. »
Ce jugement nous paraît bien sévère. Kemble manque peut-être un peu de flamme , et les muscles de sa figure noble et
régulière n'ont point assez de mobilité pour peindre tous les sentimens qui agitent son ame. Mais sa taille est élevée, ses
poses sont tragiques, tous ses mouvemens ont de la grâce; et si, comme le prétend le même critique, il satisfait plus
l'esprit qu'il ne touche le eu'iir, du moins il ne blesse jamais la raison. De tous les acteurs anglais d'un ordre supérieur,
12 CHARLES KEMBLE.
c'est celui qu'il était important de nous montrer le premier. Sa manière qui, sous quelques rapports, se rapproche de la
manière Française, a fait une espèce de transition douce entre ks deux écoles, et préparé le spectateur à recevoir des
émotions plus fortes. La verve toute britannique de Kean aurait trop violemment rompu nos habitudes : la vérité de
Kemble est moins impétueuse , mais elle sera plus persuasive.
l/mnlel, Macbeth, Marc-Antoine, sont les rôles favoris de Kemble, mais il excelle surtout dans le haut comique. Elliston,
son plus redoutable rival dans la comédie, ne met pas plus de finesse dans son jeu, plus d'élégance dans ses manières.
Kemble et les acteurs même d'un ordre inférieur que nous avons vus près de lui, sont remarquables surtout par la
simplicité vraie de leur pantomime. Celui qui ne parle pas écoute bien son interlocuteur; aucune distraction ne lui fait
oublier son personnage : il prend toujours part a l'action. Leur séjour en France leur fera, sans doute, comprendre,
combien les entrées et les sorties faites par le fond du théâtre sont à la fois plus naturelles et plus gracieuses que le sautil-
lement a reculons a la suite duquel ils s'élancent hors de la scène par la première coulisse. Je sais que la multiplicité des
changemens de décoration , changemens qui se font à vue , rend assez difficile d'ouvrir toujours une porte dans cette
partie du théâtre, mais cela n'est pas impossible; et d'ailleurs ils pourraient remonter le théâtre et sortir avec moins de.
précipitation par la dernière coulisse *. C'est particulièrement dans la comédie que cette espèce de course fatigue la vue.
Je ne serais pas surpris que Kemble fit adopter à Covent- Garden l'usage français; ce serait le complément des sages
reformes opérées par son frère, avant lequel la forme des costumes et le système des décorations n'étaient presque jamais
en harmonie avec la situation des personnages et l'époque que l'auteur avait voulu peindre.
Charles Kemble n'est pas seulement un acteur distingué , c'est un homme de bonne compagnie , spirituel sans préten-
tion, instruit sans pédantisme. Comme la plupart des comédiens célèbres de tous les pays, il a composé ou traduit quelques
ouvrages dramatiques. En voici la liste :
Point of Honour (le Point d Honneur), imitation du Déserteur de Mercier; the Jf'anderer, or the Rights oj' hospitalité/
(le Fugitif, ou les Droits de l'hospitalité), drame historique traduit Edouard en Ecosse de Kolzebue, qui lui-même avait
traduit le drame français de M. Alexandre Duval; Plot and Counter-Plot, or the Portrait of Cerrantes (Ruse contre Ruse,
ou le Portrait de Cervantes): c'est la traduction de la comédie française de M. Dieulal'oy, qui porte le même titre;
Kamschalka, or the Slave s Tribnle (le Kamschalka, ou la Rançon de l'Esclave), drame en trois actes d'après la pièce anglaise
de Kotzebue; the Child of chance (l'Enfant du hasard), farce en deux actes; the braten Bust (la Tlte de brome), mélodrame
traduit du français.
Plusieurs de ces drames n'ont obtenu qu'un succès médiocre. Depuis la mort de son frère, Charles Kemble est directeur
du théâtre de Covent-Garden. On le blâme d'avoir admis trop souvent le mélodrame sur la scène où retentissent les
beaux vers de Shakspeare **; mais à Londres comme à Paris, le premier soin d'un directeur de spectacle est de flatter le
goût de la multitude, et malheureusement à Paris comme à Londres les vieux chefs-d'œuvre n'inspirent qu'une admira-
tion stérile.
* A CUYCllt - Garùen, a Drury-Lane, et dans les autres principaux théâtres de Londres, une petite porte , dont les panneaux sont dorés, est établie de
chaque côté de l'avant-scène : les personnages entrent et sortent assez souvent par ces portes, quelquefois même quand la décoration représente une l'orèt.
Cet usage ridicule détruit toute illusion.
** M. Kcmble ne fait en cela que suivre l'exemple de tous ses prédécesseurs. Dès 17 i5, le directeur de Drury-Lane y introduisit la pantomime bouffonne
dont Arlequin est presque toujours le principal personnage. Ces pantomimes, qu'on joue souvent encore à Londres, offrent, une variété de tableaux et sont
exécutées avec une précision qu'on n'applaudirait pas moins en France qu'en Angleterre.
SCÈNE DES COMÉDIENS
TROISIÈME \CTK D'ilAMLF/T.
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HAMLET'S THIRD ACT. -
HAMLET, KING, QUEEN, POLONJUS, OPHELIA, HORATIO, ROSENCRANTZ, GUILDENSTERN, MARCELLUS,
BERNARDO, FRANCISCO, GENTLEMEN AND LADIES.
Enter the ACTRESS and FIRST ACTOR, as a duchess and iluke.
FIRST ACTOR.
Full thirty times hath PItCCblls' cart gone round
Neptune's salt wash, and Tellus' orbed ground,
Since Love our hearts, and Hymen did our lumrls,
Unite commulual in most sacred bands.
ACTUESS.
So many journics may the sun and moon
Make us again count 0' f.-'J', ere love be donr.'
But, woe is ?tic ! YOll are so sick of late,
So far from cheer, and from your former stale,
That I distrust yon. Yet, though I clisti-iisl.,
Discomfort yon, my lord, it nothing must;
For women fear too much, even as they love :
Noiv, what my love is, proof hath made yon know ;
And as my love is sized, my fear is so.
FIRST ACTOR.
'Fi rtilli , I must leave thee, love, and shortly too;
My operant powers their functions leave to do :
And thou shall live in this fair world behind,
Honour d, beloved, — and, haply, one as kind,
For husband shall, tlwlt-
ACTRESS.
O, confound the TcSt!
Such love must needs be treason in my breast :
In second husband let me be accurst:
None wed the second, bitt who kill'd the first.
1IAMLET aside.
That's wormwood.
Fill ST ACTOR.
I do believe YOll think what now YOlt speak :
But what we do determine, oft we break.
ff 'hat to ourselves in passion we propose ,
The passion ending, doth the purpose losc :
So think thou wilt no second husband wed;
Jiut die thy thoughts, when thy Jirsl lord is dead.
ACTHESS.
Nor earth to give me food, nor heaven light,
Sport and repose lock from me day and 1/igllt ;
Both here and hence, pursue mc lasting strife,
If oncc a widow, ever I be wife !
FIRST ACTOR.
'Tis deeply sworn.
HAMLET.
If she should break it now, —
FIRST ACTOH.
Sweet, leave me here awhile;
My spirits grow dull, and fain I ivould beguile
The tedious day with sleep.
He sits down and sleeps.
ACTRESS.
Sleep rock ihy brain;
And never come mischance between us twain.
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TRUIS1EME AC.TE n'llAMI.IiT.
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HAMLET, LE ROI, LA REINE, POLONIUS, OPHÉLIA, HOHATIO, ROSENCRANTZ, GUILDENSTERN ,
MARCELLUS, BERNARDO, FRANCISCO, GENTILSHOMMES ET DAMES.
L'ACTIUCU et le PnuMtF.K ACTEUR, entrent sous les habits d'une duchesse et d'un due.
PREMIER A C. TECK.
Treille fois le char de Pliébus a fourni sa carrière autour de l'empire de Neptune et de ce globe où règne Cybèle ,
depuis que l'Amour unit nos cœurs, et que l'Hyménée a joint nos mains en nous attachant l'un à l'autre par des liens
sacrés.
L'ACTRICE.
Puissent le soleil et la lune nous faire compter encore autant de révolutions avant que notre amour soit éteint!
Mais hélas! depuis quelque temps vous souffrez; vous avez perdu votre gaieté première : vous m'inspirez des craintes.
Cependant ces craintes ne doivent pas vous décourager. Les femmes éprouvent des inquiétudes d'autant plus vives , que
leur amour est réel. Yous avez su connaître quel est mon amour ; mes craintes y sont proportionnées.
PREMIER ACTEUR.
Il me faudra bientôt te quitter. Mes forces commencent à s'épuiser. Tu vivras encore dans ce monde, chérie, honorée ,
peut-être un second époux.
L'ACTRICE.
N'achevez pas. De nouvelles amours seraient une trahison; que je sois maudite si j'accepte un autre époux. Qu'elle
prenne un autre mari, celle qui a tué le premier!
IIAMLET à part.
VoilÛ l'absinlhe.
PREMIER. ACTEUR.
.le crois que vous êtes pénétrée aujourd'hui de ce sentiment; mais souvent nous manquons à nos résolutions. Quand
le cœur est ému, nous formons-des projets qui disparaîtront dès que le cœur sera calme. Tu penses que tu ne voudrais
jamais épouser un autre homme; mais cette idée peut s'évanouir avec la vie de ton époux.
L'ACTRICE.
Que la terre me refuse la nourriture, que je sois privée de la lumière du ciel, que le plaisir et le repos me fuient le
jour et la nuit, que dans cette vie et dans l'autre je sois en proie à de longs tourmens, si, veuve, je redeviens jamais épouse.
PREMIER ACTEUR.
C'est un redoutable serment.
IIAMLET.
Que dirait-on si elle venait à le violer
PREMIER ACTEUR.
Mon amie, laisse-moi pour quelques instans. Mes esprits sont fatigués, et je voudrais en dormant tromper les ennuis
d'une pénible journée.
Il s'assied et s'endort.
L'ACTRICE.
Que le sommeil berce tes pensées et que jamais aucun malheur ne nous sépare.
Cette scène, qu'on a plusieurs fois imitée sur notre théâtre et dernièrement encore dans le ballet de Clary, est émi-
1G SCÈNE DES COMÉDIENS.
nemment dramatique et du plus grand effet. Ce que nous appelons la dignité tragique s'opposerait, en France, à ce qu'un
prince, même dans les accès d'une feinte folie, se traînât sur le théâtre comme Hamlet se traîne aux pieds d'Ophélia ;
cette circonstance accessoire n'ajoute rien d'ailleurs à l'intérêt de la situation , la bizarre posture de l'acteur fait seulement
mieux ressortir sa pantomime. L'épreuve est terrible, le coupable n'y résiste pas ; son trouble le trahit : au moment où
l'on verse le poison dans l'oreille du duc, Claudius, hors de lui, s'écrie : Qu'on apporte des flambeaux! finissez!
Dans la scène précédente, le prince de Danemarck dit à Horatio : « On joue ce soir une pièce devant le roi ; une
des scènes a bien des rapports avec les circonstances que je t'ai racontées sur la mort de mon père. Je t'en prie, lorsqu'on
en sera à cet acte observe mon oncle avec toute la sagacité de ton esprit. Si son crime caché ne se révèle pas de lui-même
par ses discours, c'est un esprit de damnation que nous avons vu , et mes. idées sont aussi noires que les forges de Vulcain.
Quant à moi, mes regards seront rivés sur sa physionomie. »
Après avoir entendu cette confidence, les spectateurs eux-mêmes observent avec la plus curieuse attention les regards,
les gestes, les moindres niouvemens de Claudius et de Gcrtrude pendant la représentation de la scène qui leur rappelle
leur forfait.
« Les commentateurs, dit l'auteur d'une excellente Notice sur Hamlet, ont beaucoup disserté pour savoir si, dans
les vers déclamatoires de ce fragment tragique, Shakspearc avait eu quelque intention de parodie. Pour établir que c'était
une représentation , et la distinguer entièrement de l'action principale, il fallait lui donner un tout autre ton ; c'est ce qui
explique l'emploi des vers rimés et la pompe un peu outrée du langage. » M. Schlegel avait fait la même remarque :
« Pour qu'une pièce dans une autre pièce, dit-il, parut une fiction dramatique , il fallait qu'un style relevé tranchât avec
le ton plus naturel des personnages devant lesquels on est censé la jouer. »
Long-temps avant que Henri VIII et la reine Elisabeth fissent, pour ainsi dire, prêcher par des comédiens ambulans ,
dans des farces grossières, les principes de la réforme, ces acteurs nomades étaient souvent appelés dans les châteaux, dans
les palais, pour en divertir les hôtes en jouant quelques drames informes, mais qui, dans ces temps d'ignorance et de barbarie,
n'en produisaient pas moins , sur le noble auditoire, une impression profonde. A une époque beaucoup plus rapprochée
de la nôtre, quand les lumières étaient répandues en Angleterre comme en France, un prince qui n'avait pas il est vrai
le sentiment des arts, George II, lorsqu'il assistait à une représentation théâtrale, ne pouvait pas séparer, dans son
esprit, l'acteur du personnage. Celui qui représentait Richard III, le Néron anglais , était nécessairement à ses yeux un
malhonnête homme ; et par la même raison , le comédien qui jouait avec chaleur et vérité le rôle d'un héros ou d'un ma-
gistrat vertueux, lui paraissait digne d'être élevé aux emplois les plus importans du royaume. Le lendemain d'une re-
présentation du Henri VIII de Shakspeare, qui avait eu lieu à la cour, le duc d'Athol ayant demandé à Richard Steele,
directeur du spectacle, si le roi George avait paru satisfait : « Bien plus que je ne l'aurais voulu, répondit Steele, j'ai vu
le moment où il allait s'emparer de tous mes comédiens pour en faire des ministres et des conseillers d'Etat. »
SCÈNE DES ADIEUX
l)L<; KOMÉO ET JULLIETTE.
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J'ARTING.
4.b
Romeo anti Juliet.
JUL1ET.
TT/ilt ikoa be gone? it is not yet near day :
Il ivas t/te niglllingalc, and not the lark,
Thaï pierc d the fearful hollow of thine car;
Nighlly she sings on yon pomegranale-tree :
Believe me, love, il was the nighlingalc.
ROMEO.
It was the lak, the llerald cif the morn,
No nighlingale : look, love, tvhal envions streaks
Do lace ihe severing clouds in yonder cast :
Night's candles arc burnt Oltt, and jocund clay
Stands tip-toc on the niisly mounlain-lops ;
I musl le gonc and live, or slay and die.
JULIET.
Y on Ziglil is not day-light, I know il, 1 :
Il is some meleor, that the sun exhales,
To bc to tllcc this night a torch-bearer,
And light thee on thy way lo Manlua:
Therefore stay yct, thon nced' sI. not to be gonc.
ROMEO.
Let me bc ta' cn, let me be pnl to dcalh ;
I am content, so thon will have il so.
l'Il say y on grey is not the moming's eye,
Tis but the pale reflex of Cynthia's brow ;
Nor thaï is not the lark, whose notes do beat
The vaulty heaven so high above our lteads;
I have more care lo stay, lhan will to go; —
Come, death, and wclcome J Juliet wills il so. -
How is't, my soill ? let's talk, it is not day.
JULIET.
Il is, it is, hie heizee, bc gonc, away;
Il is the larJc that sings so ont of lune,
Straining harsh discords, and unpleasing sharps.
Some say the lark makes sweet division;
This doth not so, for she divideLh us :
Some say the lark and loathed load change eyes ;
0, now I would they had chang'd voices too!
Since arm from arm that voice doth its affray,
Hunting thee hcncc willt hunts-up to the day.
0, now be gone ; more light and light it grows.
ROMEO.
More light and light? — more dark and dark our woes.
JULIET.
T lten, windoiv, let day in, and let life out!
ROMEO.
Farewell, farewell! One kiss, and I'll descend!
JULIET.
Art thou gone so? my love! my lord! my friend!
I must hear from thee every day i'the /tour,
For in a minute there arc many rtriys !
0 ! by this count I shall be much in years,
Ere I again behold my Romeo.
ROMEO.
Farewell ! I will onmit no opportunity
That may convey my greetings, love, to tltee.
JULIET.
0, think'st thou, we shall ever meet again?
ROMEO.
I doubt it not; and all these woes shall serve
For sweet discourses in our time to come.
JULIET.
o God ! I have an ill-divining soul:
Methinks, I see thee, now thou art below,
As one dead in llic bottom of a tomb :
Either my cyc-sight fails, or thou look'st pale.
ROMEO.
And trust me, love, in my eye so do you :
Dry sorrow drinks our blood. Adieu ! adieu !
THEATRE ANGLAIS
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UK ROMEO ET JULIETTE.
1-0-
Women ct Juliette.
JULIETTE.
Quoi si tÓt ! Quoi deja.! Deja tu veux partir i
De l'approche du jour rien n'a pu t'avertir!
C'etait le rossignol, et non pas l'alouette,
Dont le chant a frappe ton orcille inquiete ;
Crois-en, mon Romeo, cc grenadier en fleurs,
Qui l'entend cliaquc nuit racontcr ses douleurs,
C'etait le rossignol
ROJIEO.
Vois-tu, ma bien-aimée,
S'etendre à l'horizon cette ligne cnflammec ?
Vois-tu les traits du jour entr'ouvrir l'orient,
Les etoiles pâlir, et le matin riant
Du milieu des brouillards qui voilent nos campagnes
S'elever radieux sur le front des montagncs?
11 faut partir et vivre, ou rester et mourir.
JULIETTE.
Non, ce n'est pas le jour! oil done vcux-tu courir?
Le jour est encor loin; c'est quelque mcteorc
Qui pour guider ta fuite a devance l'aurore.
Oh ! nc pars point!
ROMÉO.
Eh bien ! qu'on me surprenne ici,
Juliette le veut, et jc le veux aussi.
Non, ce n'est pas le jour! la lune au front d'albâtre
Répand sur nos cotcaux cette lueur grisâtre ;
Non, cc n'est pas le jour! cc ramage joycux
Qui des long-temps rcsonne au plus haut point des cicux,
Cc n'est pas l'alouette à la voix matinale;
L'crrcur, si e'en est une, à moi seul est fatale :
Et qu'importe la mort! Qu'en dis-tu, mon amour?
Rcstons, rcstons encor, non, cc n'est pas Ie jour.
JULIETTE.
C'est le jour! e'est le jour! Va-t-en, hate ta fuite,
Tu ne saurais, helas! t'eloigner assez vite.
Ces sons étourdissans, cette importune voix,
C'etait bien l'alouette : oh ! mieux vaudrait cent fois
Entendre du hihou le cri rauquc et bizarre,
Que ce héraut du jour dont le chant nous sépare.
Fuis, d'instans en instans l'horizon s'éclaircit.
noamo.
Et d'instans en instans notre sort s'obscurcit.
JULIETTE.
Gardiens du court bonheur que le ciel nous envie,
livrez l'entrée au jour et laissez fuir ma vie,
Sous ma tremblante main, volets, entr'ouvrez-vous !
uoméo.
Un baiser, un adieu! je descends.
JULIETTE.
Mon époux,
Mon ami, songe bien qu'il faudra que je meure,
Si le matin, le soir, chaque jour, à toute heure,
Je n'ai dans cet exil des nouvelles de toi :
Les momens sans te voir sont des siècles pour moi,
Tu le sais; et mon cœur mesurant les journées,
Oh ! qu'avant ton retour j'aurai compté d'années !
ROMÉO.
Tout ce que peut l'amour, hélas ! je le promets.
JULIETTE.
Roméo ! Roméo ! si c'était pour jamais!
Crois-tu qu'un jour, du moins, le ciel nous réunisse ?
Le crois-tu?
ROMÉO.
Je l'espère ; oui dans ce temps propice
Nos maux ne seront plus qu'un faible souvenir,
Triste et doux entretien de nos jours à venir.
JULIETTE.
Et moi j'ai dans le cœur un funeste présage ;
Je ne sais quel prestige a pali ton visage :
Au pied de ce balcon, maintenant descendu,
Tu me parais un mort dans sa tombe étendu.
ROMÉO.
C'est ainsi, cher amour, que vous frappez ma vue :
Le chagrin dévorant nous dessèche et nous tue !
Adieu ! ma Juliette !
JULIETTE.
Adieu, chère ame, adieu !
Nous ne pouvions mieux faire connaître cette charmante scène aux lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec la langue
20 SCÈNE DES ADIEUX.
de Shakspcare, qu'en transcrivant les vers de madame Tastu, qui reproduisent avec tant de charme et de fidélité les pensées
et jusqu'aux images de l'auteur de Romeo et Juliette.
Que ces adieux sont touchans ! L'exaltation de l'amour dans une ame italienne n'a jamais inspire d'expressions plus
brûlantes. Cette scène et celle où Juliette, au milieu de la nuit, accorde un premier entretien à son amant, sont
des chefs-d'œuvre de poésie passionnée. Elles ont été supérieurement jouées à Paris, par miss Smithson et M. Charles
Kemble, par miss Foote et M. Abbott. C'était, dit-on, le triomphe de Garrick et d'un jeune acteur nommé Barry,
qui, après avoir été son élève, devint presque son rival; tous deux, en 1749, jouèrent Roméo vingt fois de suite, l'un à Drurv-
Lane, l'autre à Covent-Garden. On rapporte qu'une femme d'esprit, a laquelle on demandait son avis sur le talent
de ces deux acteurs, répondit : « Dans la scène du jardin, Garrick paraissait si animé, si plein de feu, que si j'avais
été Juliette, j'aurais cru qu'il allait sauter dans ma chambre; Barry avait un accent si tendre et si persuasif, qu'à la
place de Juliette, j'aurais sauté dans le jardin. »
6
FOLIE D'OPHÉLIA
QUATRIÈME ACTE D'HAMLET.
*
b1 Ilu.gfia
HAMLET'S FOURTU AGT.
IÎW
dk
KING, QUEEN, LAERTES, MARCELLUS, ENTER OPHELIA, FANTASTICALLY DRESSED WITH STRAWS AND 11 cmEns.
OPHELIA, sings.
They bore him barejac'd on the bier :
And'in his grave rairid maRlla lear,.--
And will he not come again ?
And will he not tome again ?
No, no, he is dead,
Go to thy death-bed.
He never will come again.
#
His beard was as white as snow,
All flaxen was his poll :
He is gone, he is gone,
And we cast away moan ;
And peace be with his soul I
And of all christian souls! I pray God. God be wi yost I
~mr~\)~nh<4~
QTJATRlIbm ACTE lJ'IlDILET.
1J?
OPHÉLIA , qui a perdu la raison en apprenant la mort de Polonius son pere, qu'Hamlet a tue par une meprisc fort
singuliore, on pcut memo dire tort ridicule, s'avancc lentement sur la scene. Un long voile noir flotte sur ses epaulcs,
quelqucs brins de paille sont mêlés à ses chevcux; le desordre de sa parure n'annonce que trop le désordre de son esprit.
Lcs mots qu'elle prononce n' offrent aucun sens, unc seule idee la poursuit, celle de l'irreparable perte qu'elle a faite.
Passant tout-a-coup de la plus déchirante doulcur a une cspece de joic stupidc et convulsive qui resscmble au l ire sardo-
nique d'un mourant, clle olTre des fleurs aux personnes qui l'entourent et qu'elle ne reconnait pas, chante, sans se douLer
quelle cliante, des paroles dont la frivolité forme avec sa situation le contraste le plus mélancolique ct le plus théàtral,
puis elle detaclie son voile, l'étend sur la scène, ct lui donnc la forme du ccrcueil de Polonius : ses ycux n'ont plus de
larmcs, sa voix n'a plus de force , ccpendant clle chante encore :
« Ils l'ont porté, le visage découvert, dans son ccrcueil, et sa lombe (l été arrosée de larmes. »
« El nc rcvicmlra-l-ilpas? Non, non, il est. mort, étendu sur le lit de mort. Il ne reviendraplus. Il avait la barbc aussi
blanche, que la neige : sa c here lure etait douce cammo le Un »
Epuisee par la douleur, clle tombc a genoux en prononrant ces mots : « Il est parti, cessons de gémir, que son ame
repose en pair !
Laërte, temoin de cc triste spectacle, s'écric : « La reverie ct la douleur, la passion, l'enfer Illi-mème , tout cp clle
prend du charmc et de la grâce. »
Ces mots sont bcaucoup trop froids pour donncr unc idee de la pantomime et des accens douloureux dc miss Smithson
dans cette scenc d'Ham/et.
7
MORT DE UOMllO.
~~w~ g~'<~
JULIET.
Die! was the hermit false !
HOMEO.
I know not that. —
I thought thee dead : distracted at the sight.
O fatal speed! drank poison, kiss'd thy cold lips,
And found within thy arms a prccious grave; -
But in that moment! — oJ¿! —
He falls.
JULIET.
And did I wake for this !
ROMEO.
lily powers are blasted;
Twixt death and love I'm torn ! - I am distracted !
But death's strongest; — and I must leave thee, Jnlt'el!
Olt cruel, cursed fate! in sight of heav'n! -
JULIET.
Thou rav'st. — Lean on my breast. —
KOMEO.
Fathers have flinty hearts, no tears can melt' em :
Nature pleads in vain; - children must be 'wretched! -
JULIET.
Olt) my breaking heart ! —
ROMEO.
Sly: is my wife, — our hearts are twin'd together!
Capulet, forbear! — Paris, loose your Iwld! —
Pull not our heart-strings thits; - they crack!- they break!-
Oh, Juliet! Juliet I
Dies. Juliet faints on Romeo's body.
THEATRE ANGLAIS
/X 'f /Vf/ /•<$,- (4 11 i ft y/ t * - (I
, //-n/ •h/yt. /</A

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