Spécifique en forme de dialogue, contre une rechute révolutionnaire. (Marseille, 8 janvier.)

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Lecointre et Durey (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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SPÉCIFIQUE
EN FORME DE DIALOGUE
CONTRE UNE RECHUTE
RÉVOLUTIONNAIRE.
Marseilles, les 8 Janvier 1820.
SPÉCIFIQUE
EN FORME DE DIALOGUE,
CONTRE
UNE RECHUTE
RÉVOLUTIONNAIRE.
A PARIS,
Chez LECOINTRE et DURET, Libraires, quai des
Augustins , n° 49 ;
Et à MARSEILLE , au Cabinet littéraire de Mme CLAVEL,
née PELLISSIER, Libraire, au Cul-de-Boeuf.
A MARSEILLE , de l'imprimerie de Joseph-François
ACHARD , boulevart du Musée.
SPÉCIFIQUE
EN FORME DE DIALOGUE,
CONTRE
UNE RECHUTE RÉVOLUTIONNAIRE.
DANS UNE RÉUNION des loyaux partisans de la
restauration de notre belle France , il a été dit :
Nous n'avons ni les connaissances ni la pénétration,
dont il faudrait être doué, pour nous former une idée
précise des desseins que de modernes agitateurs roulent
encore dans leurs têtes ; nous aimons néanmoins à nous
rassurer , jusqu'à un certain point, sur leur nombre , qui
nous paraît de beaucoup inférieur à celui dès personnes
pour lesquelles la tranquillité est le premier besoin ; il
nous semble alors qu'il n'y a pas lieu de craindre que les
sinistres projets des méchans puissent avoir un résultat con-
forme à leurs criminels désirs.
En cet état de choses, nous osons nous flatter que
M. J. C. J., membre de notre société, voudra bien, pour
fixer nos incertitudes, et fournir à chacun de nous les
moyens de combattre, avec avantage , nos ennemis do-
mestiques, nous dire , avec sa franchise ordinaire , ce
qu'il pense des sourdes menées dont le but, jusqu'à pré-
sent inconnu , nous tient dans une anxiété bien pénible à
1*
(4)
nos coeurs, et résoudre , pour cela , les diverses questions
qui vont lui être proposées.
Ire QUESTION.
Le nombre des vrais agitateurs est-il considérable ?
RÉPONSE.
Parmi les personnes dont se compose notre société, il
en est beaucoup qui, mieux que moi, auraient rempli
la tâche que me vaut mon inaltérable dévouement pour le
meilleur des Souverains : les solutions à donner devant
offrir en grande partie , comme je le vois, un corps de
défense propre à le disculper des reproches mis en circu-
lation par les agitateurs , il faudrait, pour jouer un rôle
aussi honorable, les talens en tous genres des Malesherhes,
des Desèze , des Tronchet, et, à côté de ces grandes lu-
mières , je ne suis qu'une bluette imperceptible; veuille
du moins le Ciel couronner mon zèle par un succès com-
plet , en faveur de notre bon Roi et de notre chère patrie ;
c'est de mes voeux le plus cher à mon coeur.
Encouragé par l'indulgence , dont j'ai le plus grand
besoin, ce que j'ose espérer de n'avoir pas sollicité vai-
nement , voici la première des solutions auxquelles vous
m'avez soumis, sans égard à mon insuffisance.
Le bouleversement général, suite ordinaire des révolu-
tions , n'a jamais offert des moyens suffisans pour récom-
penser , d'une manière quelconque, la plupart de ceux qui
y concourent.
Le plus petit nombre fut , tant bien que mal, satisfait ;
les autres furent, en pure perte, les instrumens de la
coupable élévation, ainsi que du changement de fortune
(5)
des plus heureux révolutionnaires ; et parmi ces derniers
encore y en eût-il toujours , ou qui payèrent de leur tête
leur félonie, ou qui, après avoir survécu au renversement
de l'ancien ordre des choses, perdirent, en punition du
même forfait, les richesses qui en avaient été le fruit.
La preuve de tout cela se trouve consignée dans l'his-
toire de notre dernière révolution.
Or, en prenant pour base de nos calculs ces vérités
incontestables , puisqu'elles ont à leur appui des faits,
dont on ne peut prétendre cause d'ignorance, il est à croire
que les vrais agitateurs d'aujourd'hui né sauraient être bien
nombreux.
Il en fut de cette dernière révolution , comme il en est
d'une loterie : on voulut en courir les chances, sans réflé-
chir que la très-grande majorité se ruine au lieu de gagner
dans cette tentative.
L'événement, qui a justifié cet inévitable résultat, doit
avoir ouvert les yeux des anciens partisans des troubles
intérieurs , et décrû le parti des sages qui ne donnèrent
pas dans ce leurre.
Le nombre des vrais agitateurs doit donc être petit ; ce
qui se prouve encore par les efforts qu'ils font, dans la
vue de se recruter à la faveur des reproches dirigés contre
le Souverain, et qui tendent à rendre plus général le
mécontentement dont ils veulent faire ressource, pour s'é-
tayer des dupes des rôles empruntés.
2e QUESTION.
Il nous paraît tout au moins vraisemblable , d'après ce
que vous venez de dire , que le nombre de ceux auxquels
le besoin d'un repos stable impose le devoir de s'opposer
(6)
à ce qu'on y apporte la plus légère atteinte, l'emporte sur
celui des véritables perturbateurs; mais quel espoir ces
derniers fondent-ils sur les reproches qu'ils ont mis en.
circulation, et que des personnes peu réfléchies osent pro-
pager pour le malheur de tous ?
RÉPONSE.
Le respect et l'amour auxquels tout Monarque a un
droit incontestable sont, avec l'obéissance leur fidèle com-
pagne , le plus ferme appui de l'autorité ; c'est de la des-
truction de cette base, que s'occupent ordinairement, avant
tout, les ennemis d'un trône ; ils savent que , dans l'ordre
naturel des choses , le mépris succède au respect, et la
haine à l'amour; ils n'ignorent pas que, de ces deux
sources empoisonnées , vient la désobéissance , qui, selon
la judicieuse remarque de Tacite, produit infailliblement
la ruine des états. Ils ne se dissimulent pas que le moyen
le plus sûr de parvenir à cette fin , est de rendre odieux
le chef du gouvernement à renverser, et c'est à quoi ten-
dent d'abord les reproches imaginés par les médians, et
dont certaines personnes , pour avoir perdu de vue les fu-
nestes suites de notre dernière révolution , sont devenues
les indiscrets propagateurs , lorsqu'elles auraient dû aperce-
voir la reproduction prochaine de l'épouvantable tableau
des calamités en tous genres dont elles s'aident, contre
leur intention sans doute, à provoquer le trop funeste
retour.
La malveillance ose donc se promettre, des bruits in-
sidieusement répandus, qu'on s'affranchira bientôt du plus
essentiel des tributs à notre charge, et en l'absence duquel
un souverain n'a plus qu'une autorité illusoire, dont on
( 7 )
peut, se jouer impunément ; elle s'achemine, en consé-
quence, vers le champ de bataille dont elle espère sortir
victorieuse, si nous sommes assez imprudens pour ne pas
aous raviser.
3e QUESTION.
En supposant que nous soyons assez malheureux, pour
que les agitateurs parviennent à décheoir notre Roi légi-
time, du respect, de l'amour et de l'obéissance qu'une mul-
titude égarée oserait lui refuser , quel, pourrait être , en
définitive, leur criminel projet ?
RÉPONSE.
À leurs adeptes seuls il appartient de résoudre cette
question, d'une manière positive.
Veulent-ils seulement remplacer le Monarque actuel par
un prince de leur choix ?
Veulent-ils substituer un autre gouvernement à celui
adopté pour terminer notre' fatale révolution ?
Tout cela est encore, quant à nous, un secret , dans
lequel il nous est impossible de pénétrer : la seule chose
que nous puissions avancer avec certitude, c'est qu'ils pré-
tendent innover , non à l'avantage de la France en gé-
géral, mais au profit de ceux-là seulement qui, plus heu-
reux que la plupart des précédens révolutionnaires , re-
cueilleront les fruits amers de leur plus coupable manoeuvre;
car les innovations sont toujours dangereuses pour la grande
majorité, et favorables au plus petit nombre de ceux qui
les provoquent. N'en avons-nous pas déjà fait la triste ex-
périence ?
Tous les hommes n'ont pas la même façon de penser et
«le voir; de là vient l'esprit de parti, auquel chacun tient
(8)
opiniâtrement ; ce qui, pour l'ordinaire, donne lieu à des
guerres civiles , à des scènes sanglantes , à des massacres
dont l'idée seule suffit pour nous glacer d'effroi ; et ne
devrait-il s'ensuivre que le trépas d'un seul de nos
compatriotes , ce serait acheter à trop haut prix l'amélio-
ration la moins équivoque ?
Cela étant, ne devons-nous pas , si nous avons l'humanité
en partage, repousser, avec une volonté des mieux pro-
noncées , tout esprit de changement ?
Il n'y a jamais eu d'innovation, dont l'injustice et la
tyrannie n'aient été la trop fâcheuse conséquence ; c'est ce
qui a fait dire à Cicéron (1) que le véritable dessein des
novateurs est de bouleverser et non de restaurer la chose
publique. Ce n'est pas , en effet, dans l'ordre, mais dans
le trouble seulement qu'ils ont tout à gagner.
Puissions-nous donc, dans les circonstances actuelles,
ne pas perdre le fruit de la terrible leçon qui, d'assez
fraîche date , nous a été donnée à cet égard.
4e QUESTION.
N'êtes-vous pas d'avis, Monsieur , pour atteindre ce but,
de maintenir notre état monarchique , comme le seul qui
soit fondé sur les lois immuables de la nature , et consé-
quemment le plus propre à consolider notre restauration ?
RÉPONSE.
On ne saurait le penser autrement, lorsqu'on vient à
considérer l'ordre admirable dans lequel se meuvent cons-
tamment tous les êtres créés.
(1) De off., L. 2,
(9)
Dieu n'a placé dans le firmament, pour présider les
autres astres , qu'un soleil, et sur le corps de l'homme ,
qu'une tête, pour diriger les diverses parties dont ce corps
se compose.
Suivant la remarque des naturalistes, il n'y a qu'un Roi
parmi les abeilles, qu'un chef parmi les grues.
Le maintien de l'ordre, sans lequel tout rentrerait dans
le chaos, dépend d'une supériorité indispensable, et la
perfection de celle-ci est le partage du gouvernement
d'un seul.
Les avantages de l'unité de pouvoir sont si universel-
lement reconnus , qu'on ne voit partout qu'un général en
chef de chaque armée de terre et de mer, qu'un colonel
pour chaque régiment, qu'un capitaine à bord de chaque
vaisseau, qu'un premier président à la tête de chaque
tribunal, etc.
Il n'en est pas de même , lorsqu'on investit d'un égal
pouvoir plusieurs chefs non subordonnés les uns aux au-
tres ; car il est impossible, dans cet état de choses, qu'il
n'y ait ordinairement entr'eux une divergence d'opinions,
de laquelle les administrés ont plus ou moins à souffrir.
Le gouvernement monarchique , il faut l'avouer, est, sans
contredit, celui qui approche le plus du gouvernement du
Créateur de l'univers , et, par cette raison , comme le
plus avantageux de tous, nous lui devons la préférence
sur les autres.
Il n'y a lieu d'être surpris , d'après cela, si Aristote ,
et avec lui, les plus célèbres auteurs, en ont conseillé
l'adoption.
Concluons de là, que nous devons y tenir plus fortement
que jamais, surtout à la suite de notre longue expérience ;
( 10)
car elle remonte jusqu'à l'année 420 , époque où commença
à régner Pharamond , le premier des Monarques français.
5e QUESTION.
Nous ne voyons rien qu'on puisse raisonnablement op-
poser à votre dernière solution ; l'état monarchique nous
paraît, en effet, le seul convenable à un pays, qui a été
gouverné de la sorte pendant quatorze siècles ou environ,
Il s'agit maintenant de savoir si le Prince , qui en tient
les rênes aujourd'hui, se trouve doué des qualités requises?
RÉPONSE.
La troisième dynastie de nos Rois , qui règne depuis
1589 , se trouve jusqu'à présent composée de cinq bran-
ches , dont la dernière dite des Bourbons ne nous offre
que des Souverains moins jaloux de leur suprême éléva-
tion , que du titre de père de leur peuple , et c'est à
quoi n'a nullement dérogé le Monarque régnant : il n'est
personne qui osât l'accuser, avec vérité, de n'être pas un
bon Roi.
Or, si, comme nous l'apprend Xénophon , il n'existe
aucune différence entre un bon Roi et un bon père , nul
ne mérite plus que lui d'être assis sur le trône de la
nation française.
C'est, dans les circonstances de la vie , une très-grande
faute, de renoncer au bon dont on est assuré, pour courir
le hasard de la réalité d'un mieux, produit phantastique
d'une cervelle creuse , et dont le fantôme s'évanouit tou-
jours après le réveil de la saine raison, en nous laissant
alors en proie à d'inutiles regrets.
Estimons-nous donc heureux d'avoir un Roi qui, en outre
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des avantages, que nous offre dans l'intérieurde ses états, son
gouvernement paternel , nous garantit au dehors cette paix
si nécessaire, pour utiliser l'industrie et le commerce ,
qui alimentent la majeure partie de la population française ;
paix de la concession et du maintien de laquelle nous som-
mes redevables à la confiance qu'inspirent aux autres po-
tentats les éminentes vertus de notre auguste souverain,
6e QUESTION.
Que pensez-vous cependant de cette grande facilité à
pardonner, mise au nombre des reproches qu'on osé se
permettre contre lui ?
RÉPONSE.
Ce reproche, s'il n'était que dans la bouche des agita-
teurs , c'est-à-dire de ceux qui ne peuvent manquer de
mettre à contribution pour eux-mêmes la clémence blâmée,
serait une véritable énigme assez difficile à expliquer-,
mais' la transformation de cette vertu en grief est de la
part de la malveillance une supercherie,, qui manifeste la
nécessité absolue de grossir son parti, ce qui l'oblige à
changer de rôle comme le caméléon change de couleur,
et d'emprunter le langage de ceux qui s'offensent d'un
pardon comme d'une ressource inutile pour eux , ce qui
les rend susceptibles du déplaisir inspiré à la faveur de
ce déguisement pour se constituer, sans qu'ils s'en dou-
tent , les auxiliaires d'une faction quelconque ; et alors,
réelles ou fictives, aucune des plaintes propres à conduire
les médians à leur but n'est à dédaigner ; plus le nombre
des déclamateurs s'accroît par la variété des motifs qu'on
adapte aux génies , aux goûts , aux passions de chaque
classe à émouvoir , et moins le succès est douteux.
2 *
( 12 )
Le droit de faire grâce ne se trouve-t-il pas , au reste ,
parmi les attributs les plus incontestables d'un souverain ?
A-t-il jamais existé une loi qui circonscrivit cette douce
prérogative de la royauté ?
Etait-il donc réservé au peuple le plus humain de faire
un crime de cette glorieuse et bienfaisante inclination ,
dont, suivant l'histoire de tous les tems , de tous les
lieux, les plus grands potentats se sont servis , avec fruit,
pour cimenter le respect et l'amour que leur doivent les
personnes soumises à leur domination ?
Il faudrait être bien peu instruit pour ne pas entrevoir
le suprême ridicule d'une inculpation qui décèle la pro-
fonde ignorance de tous ceux qui croient devoir l'adopter.
7e QUESTION.
Nous aurions tort sans doute, Monsieur, si nous n'é-
tions satisfaits de votre dernière réponse ; nous vous prions
néanmoins de vouloir bien nous fournir quelques autorités
de nature à convaincre , lorsque l'occasion s'en présentera,
les ignorans , que nous croirons disposés à revenir de leur
erreur, pour achever cette conquête, à laquelle doivent se
faire gloire de contribuer tous êtres bien intentionnés ?
A.
RÉPONSE.
Il est certainement digne d'un grand roi d'avoir la
clémence en partage , et telle est l'opinion unanime de
ceux dont se compose notre société. Ce n'est donc pas
pour aucun de nous , mais pour des personnes d'une
conviction difficile, que vous réclamez l'autorité des exem-
ples, dans la vue de les faire renoncer à un sentiment
sur lequel les agitateurs fondent quelque espérance ; votre
( 15 )
intention est trop louable , pour ne pas condescendre au
désir que vous avez d'apprendre de ma bouche ce que nous
transmirent, sur cette matière, quelques-uns de nos plus
graves auteurs.
Je vous dirai d'abord que le docte Senèque n'eût pas
une opinion différente de la nôtre; car il élève jusqu'au
ciel les princes , qui se firent honneur de cette vertu.
Les Romains aussi faisaient gloire de la posséder dans
le plus éminent degré.
On cite pour eux , entr'autres exemples , celui d'Au-
guste à l'égard de Cinna, qui, malgré les faveurs en tous
genres à lui prodiguées par cet empereur, avait conçu
l'abominable dessein de lui ravir le trône et la vie; ce qui,
au rapport de Suétone, lui fut généreusement pardonné.
Dans d'autres circonstances , et pour diverses causes ,
Tibère, Jules-César, Théodose , Arcadius, Honorius,
ne se montrèrent pas moins enclins à pardonner.
Les Lacédémoniens , au dire de Thémistocle, estimaient
plus les grands , qui s'exerçaient à vaincre par la clé-
mence , que ceux qui prétendaient atteindre ce but, en
recourant aux moyens rigoureux.
Périclès fut redevable de son élévation à son caractère
clément.
Agricola disait qu'un prince devait se contenter du re-
pentir de ceux qui l'avaient outragé.
Les personnages doués de cette vertu ont un ascendant
auquel il est difficile de résister; Agathon de Sicile en fit
la plus heureuse expérience.
Suivant Eusèbe, en sa chronique, il en fut de même de
l'empereur Adrien et de Philippe de Macédoine.
La bienfaisance fut toujours la fidèle compagne de la
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miséricorde , et l'ingratitude elle-même, comme nous en
donne l'exemple le père commun des mortels , ne saurait
être un motif suffisant, pour tarir la source des bienfaits.
Coeffeteau nous apprend que Titus , fils de Vespasien ,
disait qu'un jour vide de clémence ou de bienfaits de
sa part était vraiment perdu pour lui.
Périclès, dont nous avons déjà parlé, prêt à terminer
sa glorieuse carrière , entendant ses officiers faire l'éloge
de ses belles actions, leur dit : Vous oubliez, Messieurs,
le plus bel endroit de ma vie, c'est que , pendant les 40
années de mon gouvernement, ni ma colère , ni ma haine,
ne mirent en deuil aucun de nos compatriotes.
Si vous êtes assez indulgent pour être satisfait de cette
courte analyse de mes recherches en pays étrangers ; je
n'irai pas plus loin : je n'y ajouterai pas même quelques-
uns des exemples d'un immortel souvenir à citer d'après
nos historiens particuliers, car les connaissances généra-;
lement acquises, quant à ce , rendraient cette précaution
superflue.
8e QUESTION.
Vous allez, Monsieur, nous accuser d'être indiscrets et
nous le sommes effectivement, lorsque nous vous prions
de mettre le comble à votre complaisance, en nous faisant
savourer aussi les fruits indigènes de vos recherches, dans
ce qui regarde directement la France, car rien n'est plus
propre à produire l'effet désiré que les exemples domestiques.
RÉPONSE.
Je me rends volontiers à vos judicieuses observations.
Je vous dirai donc avec Mezerai, dans son Abrégé
( 15 )
chronologique , que nos souverains, en général, ont cou-
ronné, par une clémence naturelle chez eux, leurs plus
héroïques actions.
Je cite, entre plusieurs autres ;
Le roi Robert pardonnant les conspirateurs de son
trépas.
Henri III, qui en agit de même à l'égard de son
assassin.
Le bon Henri IV, qui fit revenir à la cour tous ses
ennemis pelle-melle avec ses fidèles sujets.
François Ier qui, s'adressant aux révoltés de la Rochelle,
leur dit, au rapport de Baudoin : J'aurais autant de
raison de me venger de vous, qu'en avait eu Charles-
Quint envers ceux de Gand, mais je préjère à votre
perte votre conservation.
Pauvres aveugles , dont je combats l'opinion , pour vous
amener à des sentimens plus dignes de tout loyal fran-
çais, portés enfin des regards attendris , et surtout mieux
disposés, sur l'immortel testament de notre monarque
martyr à tant de titres regretté ; monarque pour lequel
l'exemple du Roi des Rois n'a pas été perdu, et qui sut
constamment allier les obligations de la souveraineté avec
les divins préceptes, qu'il n'est jamais permis d'enfreindre
par tel motif que ce puisse être, sans en excepter même
les raisons d'état les plus spécieuses, car le seul maître des
coeurs , pour les faire mouvoir selon ses desseins, se com-
plait de venir au secours de ceux auxquels il n'a pas été
dit inutilement :
« J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice. »
C'est de notre ingratitude envers Dieu, et nullement de
la démence de Louis le Désiré, que nous avons tout à
redouter.
( 16 )
9e QUESTION.
La satisfaisante réfutation , que vous venez de faire, nous
flatte d'un égal succès dans celle maintenant sollicitée de
notre part : elle est relative à la confiance de laquelle ,
s'il faut en croire les détracteurs, sont indignes les person-
nes auxquelles le souverain a cru devoir l'accorder ?
RÉPONSE.
De ce qu'il n'est pas expressément défendu de contredire,
sous tous les rapports , ce qui ne heurte pas de front la foi
et les principes, il ne s'ensuit pas qu'il soit permis
d'abuser de cette tolérance, comme le font certains critiques
mus par leur intérêt personnel, lorsqu'ils interprêtent en
malles actions d'autrui, et qu'ils inculpent témérairement
les plus intègres personnages.
Montagne (liv. Ier, chap. 36), a dit qu'il fournirait
cinquante vicieuses intentions , contre l'action la plus
digne de louange.
Il faut donc se tenir en garde contre les détracteurs
chez lesquels il n'est pas rare de trouver en réalité les dé-
fauts , qu'ils alléguent à tort, lorsqu'il s'agit de les im-
puter à ceux contre lesquels ils éprouvent un sentiment
condamné par l'honneur.
Assez communément, au reste , c'est un sinistre corbeau
qui ose porter, contre l'innocente colombe, la plus injuste
accusation.
Les indices les moins équivoques ne sauraient, en cette
matière, excuser celui qui, au lieu de soigner sa propre
réforme , s'avise d'incriminer les autres.
Combien en est-il qui, emportés par un trop naturel

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