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Spores après métaux

De
444 pages

« Le voyage dans le temps est encore plus impossible à inventer que la vitesse de la lumière... »- NASA

Dans une petite ville tranquille du nord des États-Unis, de jeunes adultes fringants qui sortent à peine de l'adolescence tentent d'organiser leur vie au mieux de leurs capacités. Les succès professionnels sont longs à concrétiser et l'amour n'est que trop rarement au rendez-vous. Ils ne se doutèrent pas qu'un jour, l'étrange objet dissimulé au fond de la remise de la famille Bérard depuis des générations, sortirait de son immobilité tricentenaire, et viendrait à jamais bouleverser leur existence. Menés par leurs désirs, ils se retrouveront malgré eux plongés dans les entrailles de la physique quantique, qu'ils soient prêts ou non à y laisser leur vie.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-08169-6

 

© Edilivre, 2016

Prologue

24e siècle

Dans les bureaux de l’entretien des botaniques, la plupart des lumières étaient éteintes. En cette nuit de l’an 2387, les quelques employés étaient tous rentrés chez eux et le calme régnait. Accaparant une bonne partie des murs et des îlots centraux, les nombreuses variétés de plantes dominaient l’obscurité des lieux. Les diversités végétales ne manquaient pas. De toutes les couleurs, de toutes les formes, et de toutes les tailles, celles-ci n’avaient rien à envier aux plantes les plus exotiques de la planète.

Subitement, quelque chose se mit à irradier. Une imposante forme ronde apparut sur l’un des murs, et un vrombissement profond commença tranquillement à se faire entendre. Ensuite, l’intérieur du cercle devint peu à peu vitreux. La forme s’étendit au-delà du mur, sur une partie du plafond. Quelques secondes après, le cercle prit l’apparence d’une sphère, et le mur développa ensuite une allure bombée. Immédiatement, la couleur de la sphère vira au rouge foncé, avant de devenir rouge feu. Désormais, les parties atteintes du bâtiment ne furent plus visibles à cause de la présence de la sphère rouge. Le profond vrombissement devint encore plus sourd et audible.

Puis, à peine quelques secondes plus tard, la bulle disparut. Plus rien. Complètement volatilisée. Ne resta plus qu’une parfaite trace ronde découpée dans le mur et le plafond. À travers la grande ouverture circulaire, il fut alors possible de discerner les madriers désintégrés à l’intérieur des parois et d’apercevoir la pièce adjacente et l’étage supérieur de l’immeuble de bureaux. Le silence régna à nouveau. Sans aucune explication logique, la mystérieuse chose ne réapparut plus jamais.

*
*       *

Erik-Henry Kensington était un homme de science depuis son adolescence. C’est pourquoi il était devenu astrophysicien. Natif d’Angleterre, il avait émigré en Amérique il y a de cela très longtemps. Les universités y étaient plus renommées et la technologie spatiale plus avancée. Depuis quelques années, il œuvrait au service du gouvernement, qui avait reconnu son talent et voulait qu’il s’en serve à bon escient. Lauréat du prix Nobel, sa contribution à la recherche scientifique était reconnue mondialement.

Un soir, après avoir terminé sa journée au laboratoire universitaire, il se rendit au quai d’embarquement du quatrième étage. Vêtu d’une chemise rouge vin et d’un pantalon noir, il se fondait sereinement dans le décor obscur de la cité. Satisfait de sa journée, il s’assit sur un banc pour attendre son transport. Le crépuscule tirait à sa fin et le scientifique observa les lumières de la ville de Milwaukee s’allumer peu à peu. Cinq minutes plus tard, l’“Airbus” de la ligne 359 arriva et atterrit dans la station. Les portes s’ouvrirent et trois passagers en descendirent. Erik-Henry put donc embarquer dans le transport sans attendre. À peine quelques minutes après, l’autobus volant referma ses portes, réactiva ses six propulseurs amovibles et redécolla. Le transport en commun dénué d’ailes exécuta alors son itinéraire régulier en passant par plusieurs points de la ville, filant entre les immeubles, puis atterrissant à divers quais afin d’y échanger des passagers. En cours de route, Erik-Henry regarda au-dessus de lui dans le ciel noir, où il discerna au loin les lumières des phares et des propulseurs des nombreux véhicules qui se suivaient à la queue leu leu à plus haute altitude. Sans s’en préoccuper réellement, il estima que le trafic inter-cité était dense ce soir-là.

Heureusement pour le scientifique, le trafic aérien local, lui, n’était pas très dense. Le transport atteignit ainsi rapidement la banlieue et arriva devant la maison pyramidale d’Erik-Henry en une dizaine de minutes seulement. Le véhicule se posa sur le toit éclairé le plus élevé de l’édifice de cinq étages et Erik-Henry en descendit en même temps qu’une femme d’âge mûr qui habitait le même immeuble. Aucune personne n’embarqua dans le transport, qui repartit immédiatement. La femme emprunta l’ascenseur interne, tandis qu’Erik-Henry préféra descendre les étages par l’escalier extérieur. Lorsqu’il arriva au troisième étage, il se dirigea vers sa maison. Quand celle-ci reconnut son propriétaire, elle ouvrit automatiquement la porte d’entrée. Il entra, déposa ses papiers sur le comptoir, avant d’aller au salon. C’est là qu’il remarqua que la connexion était en attente. Le télécom indiquait un appel latent. Il ordonna au système d’accepter le message, qui n’était vieux que de quelques minutes.

prono« Allez, j’le prends ! nça-t-il.

L’écran s’alluma et Erik-Henry put apercevoir Rudolph, l’un de ses collègues.

Henry !

Dans l’image creuse qui flottait dans l’un des coins supérieurs du salon, le collègue fit son message.

– Tu dois me rappeler dès que t’auras la jance ! J’ai itci quelque jose qui va t’arracher les jeveux !

Le visage sérieux, Erik-Henry ordonna au système de rappeler Rudolph. Après quelques secondes, le système établit la communication.

– Henry !!! s’écria Rudolph.

– Bonjour Rudolph, quoi do neuf mon jer ? demanda Erik-Henry avec une voix amusée.

– Regarde ça mon vieux ! »

Dans l’écran, Rudolph se retourna et pointa lui aussi vers une autre image carrée et creuse située derrière lui. Il lança ensuite les actualités. Le reportage montrait de nombreuses personnes réunies dans un local rempli de différentes variétés de plantes ; trois militaires, quatre scientifiques, deux hommes en tenue élégante, deux autres hommes qui semblaient être des techniciens, et d’autres personnes non identifiables. Tous étaient réunis autour d’une parfaite ouverture ronde découpée dans le mur et le plafond intérieurs d’un immeuble du centre-ville. Il y avait aussi des appareils qui ressemblaient à des détecteurs sur trépieds. Les deux hommes qui ressemblaient à des techniciens passaient une espèce de scanneur portatif près des contours du trou. Ils semblaient faire des tests et chercher quelque chose. Erik-Henry put alors entendre le reporteur dire que les images provenaient de l’immeuble des botaniques de Cedarville. Les nouvelles montrèrent ensuite quelque chose de spectaculaire.

« Avec nos caméras do surveillance, nous avons réussi à capter des images do ce qui a vraisemblablement causé ce trou. C’est grâce à un ralentissement allant zans les cent cinquante quadrillions d’images secondes que nous avons pu apercevoir la jose. »

Les nouvelles montrèrent ensuite les images au ralenti que les caméras de surveillance avaient captées. Tout d’abord, une sphère énergétique à la teinte rougeâtre apparut tranquillement. Grâce aux images ultra-ralenties, il fut ensuite possible de voir l’inexplicable sphère rougeâtre disparaître peu à peu, puis de discerner d’autres images plus intéressantes encore. À l’intérieur de la bulle en train de disparaître, une étrange machine entourée de grands anneaux verticaux apparut brièvement. Au cœur de la machine mystérieuse, il semblait y avoir quelque chose. Quelque chose s’apparentant à une silhouette humaine.

« Qu’est-ce que c’est que cette jose ? demanda Erik-Henry, curieux.

– Attends, tu vas voir… » répondit le collègue, le visage amusé.

Les images défilèrent alors encore plus au ralenti. C’est là qu’Erik-Henry se figea. Il n’en crut pas ses yeux.

– Oh ! Nom do Dieu… » marmonna-t-il.

Le sourire de Rudolph fit lentement place à un regard rempli d’appréhension, car il ne voulait pas manquer une seule expression sur le visage de son collègue.

« Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Je veux dire… Comment ça se fait que… ? » s’étonna Erik-Henry.

Dans la bulle rougeâtre et la machine se trouvait un homme. L’homme était assis, sans bouger. Hormis ses vêtements brunâtres et ses cheveux qui semblaient un peu plus longs, il était exactement semblable à Erik-Henry.

Tout était immobile et totalement figé dans le temps. Les journalistes diffusèrent à quelques reprises les seules images captées par les caméras de sécurité, puis plus rien n’apparut. La mystérieuse machine et son énigmatique occupant disparurent complètement après seulement trois images. Trois images captées sur cent cinquante quadrillions en une seconde. Il ne resta plus qu’un espace vide laissé par cette apparition éclair, ainsi que cette trace ronde fumante sur les murs et le plafond de l’immeuble des botaniques…

Année 1697

Il faisait noir dans le village Menominee. La nuit était tombée depuis quelques heures. De rares feux de camp étaient encore allumés, mais les bouts de bois étaient presque entièrement calcinés. Autour de ceux-ci, quelques indigènes veillaient tard, assis en train de fumer leur calumet de la paix. Pendant ce temps, dans les quatre tourelles de bois de construction française situées aux abords du village, d’autres guerriers aborigènes montaient la garde. À intervalles réguliers, ils faisaient une rotation pour éviter de s’endormir. Encerclé par une barricade de minces troncs d’arbres bien effilés, le village amérindien était paisible à cette heure tardive. La plupart des habitants dormaient sagement dans les tentes et les cabanes de l’endroit. D’autres individus, par contre, ne dormaient pas. C’était le cas, entre autres, des quelques soldats français présents sur les lieux qui veillaient tard. Le lieutenant Jean Bérars était de ceux-là. Il était assis calmement dans sa cabane en bois, la plume à la main. Éclairé à la lampe à huile, il écrivait le journal de sa journée.

Soudainement, le tintement de la cloche du village retentit avec vigueur. L’un des guerriers de tourelles avait commencé à la faire sonner, alertant les habitants que le village était attaqué. Le lieutenant Bérars releva la tête. Il enfila rapidement sa tunique française bleue, puis sortit de la cabane sans attendre. Une fois dehors, il se plaça en vue de la tourelle. Apercevant ce dernier, le guerrier lui cria illico en français que le village était attaqué par les Iroquois. Comprenant la situation, le lieutenant cria à ses hommes de se préparer. Ceux qui n’étaient pas déjà sortis de leur abri le firent aussitôt. Le reste de la tribu Menominee sortit aussi des tentes, armé d’arcs flat bow et de fusils.

Sans prévenir, des flèches enflammées arrivèrent par-dessus les barricades et vinrent se planter un peu partout dans le village. Les soldats et guerriers se protégèrent en se réfugiant derrière les buttes de terre et les boucliers de métal, de roches, de branches et d’écorces érigés à divers endroits. Les jeunes, les vieillards et les femmes prirent rapidement des seaux d’eau parmi les deux cents déjà préparés, qu’ils lancèrent sur les feux pour éviter qu’ils ne se propagent. Les soldats français et les guerriers Menominee se dirigèrent ensuite vers les barricades de bois et introduisirent la pointe de leurs fusils et celle de leurs arcs à flèches dans les trous prévus à cet effet. Comme la lune n’était pas présente ce soir-là, il faisait très sombre et il fut difficile d’apercevoir les assaillants dissimulés dans les bois.

Mais en regardant attentivement d’où provenaient les flèches enflammées, ils purent avoir une certaine idée de la position des ennemis. Ils reprirent courage et tirèrent le plus précisément possible. Lorsque le lieutenant Bérars fut certain que les feux furent bien maîtrisés au fur et à mesure qu’ils s’allumèrent, il saisit son fusil et alla rejoindre ses soldats sur les barricades. L’adversaire dissimulé dans les bois fut quelque peu coriace, mais après une vingtaine de minutes, les attaques cessèrent. Les soldats français et les guerriers Menominee restèrent encore un moment derrière les barricades, mais après quelques minutes de calme, ils revinrent au centre du village pour se recueillir. Heureux, ils se félicitèrent les uns les autres en riant.

Ce village amérindien n’était pas un village amérindien comme les autres. Il était hybride. La présence prolongée des douze Français avait grandement contribué à fortifier les défenses de la tribu. Palissades, tourelles, boucliers au sol, fusils et tactiques de défense étaient des protections que les indigènes avaient appris à apprécier. Depuis les cinq dernières années, la présence du lieutenant Jean Bérars et de sa troupe avait contribué à l’essor de l’endroit. Leur relation, qui avait commencé au tout début par le simple commerce des fourrures et du riz, s’était transformée en alliance plus que durable entre les deux groupes. La découverte du vieil homme mystérieux dans l’étrange machine n’était pas étrangère à ce rapprochement.

Aperçu dans la plus grande tente du village dès leurs premiers échanges commerciaux, l’homme immobile dans sa machine entourée d’une étrange sphère capta immédiatement l’attention du jeune lieutenant. Bien qu’étant retourné à deux reprises dans les colonies françaises d’Amérique, il ne parla à personne du mystère de l’homme dans la bulle, et revint au village à chaque fois. Il finit par y demeurer, et ce, depuis les quatre dernières années. En harmonie avec leur lieutenant, les onze hommes sous ses ordres restèrent eux aussi très discrets. Au sein des autorités coloniales françaises, le lieutenant Bérars et ses hommes avaient été portés disparus, et on ne les rechercha plus.

Après la bataille, le chef militaire félicita les soldats et les guerriers, et leur ordonna de le prévenir si les Iroquois attaquaient à nouveau. Il retourna à sa cabane pour continuer son journal. En ouvrant la porte, il contempla une fois de plus le mystérieux homme paralysé au fond de la pièce. Vêtu d’étranges vêtements bruns et beiges, il était assis dans une espèce de structure métallique. Le tout était englobé par une mince bulle transparente, si difficile à discerner qu’il était ardu de la voir même en la regardant de très près. Deux anneaux verticaux en métal, pointillés d’une fascinante lignée de lumières rondes, entouraient l’ensemble de la structure métallique et se croisaient un peu plus haut au-dessus de la tête de l’homme. Il était inanimé. Il avait toujours été complètement inanimé. Comme une statue en couleur. C’était irréel. Il était toujours exactement dans la même position que lorsque le lieutenant avait remarqué cette chose pour la première fois. Il y avait de cela cinq ans maintenant.

« Qui ies-tu, toy… qu’est-ce que tu ies… » murmura le jeune lieutenant, le regard hypnotisé.

Autour des années 2000

Il faisait une magnifique journée ensoleillée en ce jour de printemps. Les grands froids étaient terminés depuis un certain temps et tout le monde avait envie de sourire. Les citoyens adoraient marcher dans les rues, pour profiter des plus récentes chaleurs apportées par l’été qui s’en venait. Nombreux étaient ceux qui avaient saisi l’occasion pour sortir de leur maison, que ce soit pour aller faire les boutiques, marcher au parc, ou simplement pour se détendre en se paressant sur leur perron.

Cependant, pour Jim Bérard et son fils de dix ans, Jared, il n’était pas question de rester en ville durant cette splendide journée. Cela faisait plusieurs mois maintenant qu’ils avaient planifié une randonnée pédestre dans les boisés entourant la ville pour passer une journée père-fils. Avec ce temps magnifique et ce thermomètre qui indiquait 24 °C, le moment était venu pour eux de mettre leur projet à exécution. Selon les dires, il existait de petites grottes dans la forêt. Jim, en particulier, avait l’intention de se rendre jusqu’à l’une d’entre elles, celle nommée La grotte morte. À ce qu’il y paraissait, elle était très ancienne. Jim ne l’avait encore jamais visitée, mais il se réjouissait de l’opportunité de finalement la voir en compagnie de son fils. Il connaissait son existence, car il en avait entendu parler au musée géologique de la ville. Elle était aussi parfois mentionnée par les professeurs d’histoire et de géographie locaux.

Ils s’étaient levés tôt, à 7 heures, en ce dimanche matin. Fait tout de même rare pour cette journée de fin de semaine. Anticipant ce moment depuis belle lurette, ils s’étaient bien préparés : sac à dos, lunettes de soleil, casquette, crème solaire, briquet, lampe de poche, bonnes espadrilles, petits gants, shorts, pantalons longs et manteau, au cas où, sans oublier la boussole, le canif et les pansements, en cas de nécessité. Ils avaient aussi prévu un dîner, avec des sandwiches, des croustilles, des boissons gazeuses et des bouteilles d’eau.

Le père et le fils étaient maintenant arrivés dans les boisés des reliefs montagneux depuis au moins trois bonnes heures, quand ils décidèrent de faire une pause. Ils s’assirent sur une grosse roche juste assez haute pour leur servir de siège, et prirent quelques bonnes gorgées d’eau. Le père, tout en sueur, eut besoin d’un peu plus de temps que son fils pour reprendre son souffle.

« Qu’est-ce qu’il y a là-bas ? demanda le petit garçon, en pointant du doigt une partie plus élevée du relief forestier.

Jim tourna la tête, avant de ramener le regard sur son fils.

– Je n’en sais rien, fiston ! Nous irons voir, c’est promis, mais c’est la dernière chose qu’on ira voir aujourd’hui, d’accord ? Il faut penser à retourner vers la ville bientôt, parce qu’on ne sait jamais ce qui pourrait arriver. On est déjà rendus pas mal loin ! dit alors le paternel, malgré le fait qu’ils n’avaient toujours pas trouvé la fameuse grotte.

– D’accord, papa ! »

Après leur pause, ils se relevèrent et continuèrent de se faufiler entre les arbres, en escaladant le sol rocailleux et mousseux. Une quinzaine de minutes plus tard, ils arrivèrent là où le petit Jared voulait aller, c’est-à-dire au plus haut point du secteur. Il y avait un peu moins d’arbres à cet endroit. La plupart d’entre eux étaient des conifères et les boisés dégageaient l’odeur de fraîcheur caractéristique. L’air y était aussi très pur et agréable à respirer.

Jim Bérard et son fils ne pouvaient pas réellement identifier la différence de cet air avec celui de la ville, mais une chose était sûre, c’était qu’il était tout simplement meilleur. Ils pouvaient sentir la brise forestière sur leur visage, entendre celle-ci se faufiler entre les branches des arbres, et écouter le chant des hirondelles qui étaient vraisemblablement revenues de leur voyage du sud depuis un bout de temps. Et par-dessus tout, Jared était fou de joie. Cela se remarqua une fois de plus lorsque pour la énième fois, il devança son père d’une certaine distance, et qu’il lui cria :

« Papa ! Papa ! Viens voir !

– Du calme Jared, du calme, j’arrive. Et ne t’éloigne pas trop ! » s’écria Jim en marchant maladroitement parmi les roches.

Lorsque celui-ci arriva auprès de son fils, il fut lui aussi surpris de ce qu’il avait devant les yeux. La grotte morte, cette caverne tant recherchée était située droit devant les deux individus. Son embouchure était située dans la faible pente montagneuse, et elle s’enfonçait dans celle-ci, avec un faible angle descendant vers l’obscurité. À première vue, elle semblait au moins aussi grande que la taille d’un homme adulte.

« Tu vois papa, je te l’avais dit ! Wow ! s’écria ensuite le jeune garçon.

– En effet, Jared, c’est spectaculaire. C’est sûrement la grotte que je voulais trouver… Je commençais à me faire à l’idée que je ne la trouverais peut-être pas. » répondit le père, avec la voix légèrement fatiguée.

Avec vigueur, le petit Jared fouilla dans son sac à dos et en ressortit la lampe de poche. Sans perdre un instant, il s’aventura dans la grotte.

« Oh là, Jared ! Ne va pas trop loin, ça peut être dangereux. On ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur. »

L’enfant fut rendu à une dizaine de mètres à l’intérieur lorsque son père l’interpella avec autorité. Il dut donc s’arrêter brusquement. Il se contenta d’éclairer le plus loin possible avec sa lampe de poche, pour voir s’il ne pouvait pas y trouver quelque chose de spécial. Cependant, la noirceur était envahissante et le doute envahit l’esprit du petit garçon. Quelque peu effrayé, il tourna lentement les talons, et se résolut à rejoindre son père à l’embouchure. Jim raconta alors à son fils ce qu’il savait sur cette caverne.

« Tu sais Jared, cette grotte aurait été créée il y a environ 230 000 ans… dit-il en s’éloignant de l’obscurité pour retourner sous le beau soleil de la journée.

– 230 000 ans ! Wow… !

Chapitre 1
Cedarville

Année 2015, aujourd’hui

Ce vendredi matin du mois d’avril, le temps était nuageux à Cedarville. Il n’y avait pratiquement pas de vent, l’air était humide et les signes du dernier hiver ne se faisaient presque plus sentir. La neige avait presque entièrement fondu, tandis qu’un ciel ensoleillé était prévu pour l’après-midi. Quelques colonnes de fumée sortaient des quelques cheminées des usines de la ville et s’élevaient haut dans le ciel grisâtre. Les bureaucrates du centre-ville pouvaient, les fenêtres ouvertes, entendre le bruit relaxant des automobiles, autobus, motocyclettes, des klaxons, des aboiements canins et de divers sons de cacophonie urbaine communs aux villes de taille moyenne.

Peuplée d’environ 40 000 habitants, Cedarville était une ville de moyenne envergure. Située sur un terrain relativement plat, elle s’étendait entre la rivière Menominee à l’est et un relief quelque peu montagneux à l’ouest. La rivière Menominee, plutôt large, était considérée par certains comme un petit fleuve. Elle était appréciée par de nombreux habitants, car divers loisirs y étaient pratiqués. Plusieurs possédaient un yacht à la marina de la ville et passaient plusieurs journées estivales sur l’eau. Quant au relief quelque peu montagneux à l’arrière-plan, il s’agissait d’une petite chaîne de montagnes, orientée parallèlement au cours d’eau. Environ trois kilomètres la séparaient de la rivière. Ces protubérances rocheuses formaient un beau portrait paysager qui pouvait être visible de plusieurs endroits de la ville. Des loisirs y étaient aussi pratiqués sur ses flancs. Certaines personnes aventureuses adoraient y pratiquer la randonnée ou le vélo tout-terrain. D’autres préféraient plutôt aller à la chasse dans les boisés de feuillus et de conifères.

Quant à la ville elle-même, elle possédait aussi son lot d’activités. Il y avait notamment une aciérie, une usine de fabrication d’alcool et une autre de pâtes et papiers. Du côté commercial, le petit centre-ville s’étalait sur trois ou quatre rues principales, avec plusieurs magasins répartis ici et là dans la région. Quelques immeubles, dont le plus grand comportait dix étages, occupaient majoritairement le centre-ville. Un petit centre commercial avec une promenade en son centre était aussi situé près de ce secteur. Concernant les divertissements, la ville possédait un cinéma avec six salles, un théâtre, un bowling, quelques tables de billard, deux arcades, plusieurs restaurants et pubs, trois gymnases, trois dojos d’arts martiaux, trois salles de danse, une piste de Go-Karts, trois terrains de baseball, un terrain de football et quelques-uns de soccer. La ville était également pourvue de six écoles primaires, trois de niveau secondaire, ainsi que d’un collège.

Jared Bérard, lui, travaillait comme agent immobilier pour une agence située en centre-ville. Tout comme ses collègues plus expérimentés, il possédait son propre bureau avec ordinateur, aménagé entre des cloisons amovibles de couleur rouge vin. Considéré comme quelqu’un de relativement grand, autour d’un mètre quatre-vingt, il était néanmoins quelqu’un d’assez coincé socialement. Ce trait de caractère était tout de même curieux pour une personne travaillant dans le domaine de la vente. Cheveux bruns et courts, il n’était pas particulièrement beau ou laid. En fait, sa personnalité était principalement axée sur l’honnêteté et la vertu. C’est pour cette raison qu’il tentait généralement d’éviter de vivre dans la tricherie et le mensonge. Maintenant âgé de vingt-cinq ans, il était plutôt en bonne forme physique, sans pour autant être un athlète. Il s’efforçait de le rester, en fréquentant par exemple un gymnase près de son quartier. Après quelques années d’entraînements réguliers, il en vint à développer une musculature respectable.

Vêtu de sa chemise blanche avec cravate, il était assis à son bureau en ce vendredi après-midi. Il préparait la prochaine visite d’une maison qui allait avoir lieu le dimanche suivant. Un couple dans la cinquantaine, les Plantagenet, désirait acquérir la maison et Jared les faisait visiter pour la deuxième fois. Cette fois-ci, ils viendraient en compagnie d’un inspecteur en bâtiments. En ce qui concernait cette vente, étonnamment, l’affaire se dessinait mieux que prévu. La maison était en vente depuis maintenant trois longues années, quand on avait relayé l’affaire à Jared. Puisqu’il était nouveau, les plus expérimentés ne se gênèrent pas pour lui envoyer cette patate chaude. Jared en était donc le représentant depuis les quatre derniers mois. Les propriétaires actuels de la maison étaient un homme et une femme dans la quarantaine, les Myers, qui demandaient un prix plutôt élevé pour sa valeur réelle. Ce qui était désagréable, c’était l’intransigeance du couple en ce qui avait trait au prix demandé. Pas question de le réduire. Jared avait néanmoins pris les choses en main, car il se devait d’impressionner ses collègues, et surtout le directeur. Après tout, il connaissait, pour la première fois de sa carrière, une bonne passe. Il avait déjà vendu deux maisons ce mois-ci, et s’il pouvait arriver à vendre celle-là, ce serait la troisième. Cela arriverait à point, car la vente de trois maisons en un mois l’aiderait certainement à faire oublier sa gênante séquence de l’année dernière où il n’avait pas réussi à en vendre une seule en six mois.

La feuille des détails reposait sur son bureau, et le jeune agent révisait toutes les caractéristiques de la maison. C’était un petit bungalow bâti en 1987, sur un seul étage, avec un sous-sol, une salle de bain, trois chambres à coucher, pas de garage, une piscine de vingt-et-un pieds et un terrain de grandeur moyenne. En travaillant sur ce cas bas de gamme, Jared rêvassait de pouvoir plutôt représenter des maisons ayant plus de prestige. L’idée de vendre cette maison l’enchantait plus ou moins, car il devait utiliser des mots tels que “rustique” et “pittoresque” pour la mettre en valeur. Mais Jared avait seulement deux ans d’expérience, et Allan, le vétéran de la boîte, en avait vingt-deux. Par conséquent, s’il voulait monter plus haut dans la hiérarchie, il se devait d’être patient et persévérant.

Il tentait de se concentrer sur sa feuille, quand son téléphone cellulaire sonna.

« Allô ?

– Salut Jarry comment va mon p’tit vieux ? lança la voix au téléphone, avec de l’entrain.

– Salut Kyle, ça va le p’tit jeune ? demanda Jared, avec une voix mi-amusée, mi-irritée.

– Qu’est-ce que tu fais de bon ?

– Au travail, comme d’habitude !

– As-tu parlé à Érika aujourd’hui ?

– Oui je lui ai parlé.

– Okay. Et qu’est-ce que tu lui as dit ?

– Je lui ai dit bonjour.

– Et c’est tout ?

– Oui, c’est mon plan d’approche en douceur.

– Ha, ha, ha, un plan d’approche en douceur… T’es vraiment un bon dragueur mon Jarry ! Ne lâche surtout pas !

– Eh oui, c’est comme ça, dit Jared, irrité par les moqueries de son camarade.

Kyle changea alors de sujet.

– Que fais-tu de bon ce soir ?

– Pas grand-chose. Je vais rester tranquille chez moi, je pense. Pourquoi ?

– Pour rien. Je pense que je vais faire la même chose, moi aussi. Je vais sûrement passer la soirée avec Marlene.

– D’accord.

– Bon bien, je ne te dérange pas plus longtemps, Jarridou. Bonne soirée et à samedi !

– Salut mec. À samedi. »

Kyle et Jared se connaissaient depuis très longtemps. La première fois qu’ils firent connaissance, Jared était âgé d’à peine huit ans. Kyle, à ce moment-là, n’en avait que deux. À l’époque, la mère de Jared, Thérésa, était responsable d’une garderie à la maison et s’occupait de plusieurs enfants. Kyle Sheppard était l’un de ceux-là. Jared connaissait vaguement les enfants qui venaient chez lui et ne leur parlait pas particulièrement.

Au tout début, Kyle était trop jeune, et les deux garçons ne tinrent donc pas compte l’un de l’autre. Ce n’est qu’après quelques années que les choses changèrent, lorsqu’un évènement non souhaité survint et changea à jamais leur relation. Un beau jour, alors que Thérésa jouait à cache-cache avec les enfants, le petit Kyle trouva la porte du garage déverrouillée et alla s’y cacher. Par chance, cette fois-là, c’était Thérésa qui jouait le rôle du chat et put trouver l’enfant.

Lorsqu’elle le trouva, le jeune garçon, qui était âgé de huit ans à ce moment-là, était caché près d’une étrange machine entourée d’une bulle dans laquelle se trouvait un homme immobile. Le jeune garçon qu’était Kyle ne fit pas grand cas de cette histoire sur le moment. Par contre, il n’en resta pas moins que ses yeux avaient vu ce qu’ils avaient vu. Depuis ce jour, que la famille Bérard l’accepte ou non, l’image de l’homme dans la bulle dangereuse allait rester imprégnée dans le cerveau de l’enfant pour le reste de sa vie.

Ils durent alors organiser une réunion importante à laquelle étaient présents l’adolescent Jared, le père de ce dernier, Jim, et sa mère Thérésa pour faire comprendre au jeune Kyle que ce qu’il avait vu devait rester secret à jamais. L’enfant devait renoncer à en parler à qui que ce soit, même pas à sa propre famille.

Les années passèrent. Jared et Kyle se perdirent de vue. Ce n’est que plusieurs années plus tard que la curiosité de Kyle le ramena chez les Bérard comme un aimant. Pour une raison que ces derniers ignoraient, Kyle, comme s’il avait tous les droits, se mit à s’inviter chez eux quand bon lui semblait. Il en revint alors à Jared de tenir compagnie à l’adolescent qu’était devenu Kyle. Les années passèrent, et par la force des choses, les deux jeunes devinrent de bons amis.

Jared et Kyle développèrent deux personnalités opposées. Cependant, ils se complétaient bien. Ce que l’un n’avait pas, l’autre l’avait. Jared avait tendance à être coincé, alors que Kyle était plutôt décontracté. Jared était plus réfléchi et prudent, alors que Kyle était plus festif et extraverti. La présence de Kyle permettait souvent à Jared de faire de nouvelles connaissances et de discuter de tout et de rien avec elles.