Steinbeck et les Résistants du Jura

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Il y avait peu de chance que la littérature avant-gardiste américaine rencontre la France laborieuse de l'après-guerre, et encore moins dans les ruelles de Poligny, au creux du Revermont jurassien. Et pourtant c'est ce qui arriva en mai 1952 grâce à l'enseignant Louis Gibey, ancien Résistant qui, après avoir entretenu une amitié épistolaire, réussit le tour de force d'inviter son écrivain fétiche pour une halte improbable dans son excommune libre. Le tintouin politicomédiatique qui s'ensuivit faillit bien enfouir à jamais ce joyau de la petite histoire littéraire.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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EAN13 : 9782296486898
Nombre de pages : 98
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Steinbeck
et les Résistants du JuraBernardCabiron
Steinbeck
et les Résistants du Jura
Histoire du séjour
que fit le romancier américain
chez des petits vignerons
de Poligny en 1952Du même auteur
(Parutions récentes)
Editions Michel Loup
Paysages - Massif du Jura.
Textes en regard des photos de l'éditeur
(Prix Pergaud 2oo2)
Editions L'Aréopage
Contes de décembre (2oo3)
Jean Vuillemey. Vitraux du Jura
Proses poétiques pour dalles de verre
dans la région des lacs
(Photos Jean-LouisFilippi - 2oo4)
Matricule 49797 -
Maman, pourquoi m'as-tu fait naître?
Récit de déportation
(IllustrationsDidierComte - 2oo5)
L'épique époque deCharcigny la rouge
Histoire d'une commune libre
dans le Jura des années 30 (2oo9)
Editions Titom
Trait sauvage
Fables animalières
(IllustrationsG. et R. Mongenet - 2oo6)
© L’Harmattan, 2012
5-7, rue del’Ecole-Polytechnique, 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96684-0
EAN : 9782296966840Ave Pigasus,
Salut à toi
qui voles vers les étoiles
sur tes ailes de porcelet.
Salut grand John,
enfin dételé du bidul e
à couper la terre en quatre.
Salut à ton brasier:
sa turbulence enchantée
remorque nos rêves.
Je te tutoie, Steinbeck,
c'est le temps qui veut ça:
tu es mort, je ne suis rien.
Or, dis-moi, beau sorcier,
car ce rien talonne d'un songe
ton radeau dans l'espace:
Te rappelles-tuGibey,
Louis pour les intimes,
un homme à deux souliers?
Cet attachant pierrot,
ce troll made in Jura, l'as-tu
télescopé dans l'au-delà?
Certes, il doit être dur
de se cogner là où le vent
ne s'intéresse qu'au vent.
Pour l'heure, où que tu sois,
je disperse ma balayure
au Pacifique des yeux clos.
Que ce menu volume
aille jusqu'à toi s'il le peut,
avec le sourire du pays!
B.C.Avant-propos
Pour avoir évoqué naguère les vertus héroïques, les tours de
sorcier, le caractère fabuleux, l'exubérance inouïe d'un quartier
de la petite ville de Poligny dans le Jura, je n'en avais pas moins
laissé de côté un événement digne de mémoire, ayant jugé qu'il
méritait une broderie particulière.Cet événement fut le passage
de John Steinbeck, lequel, répondant à une aimable invitation de
LouisGibey (professeur d'anglais au collège) s'arrêta trois jours
1chez son hôte, fin mai 1952 - àCharcigny même.
En soi, la venue d'une telle pointure n'eût pas fait date si, à
l'issue de son séjour, l'auteur des Raisins de la colère ne s'était avisé
de produire un long article intitulé The soul and guts of France
pour la revue américaine Collier's qui le publia au cours de l'été.
Les conclusions du romancier, si célèbre fût-il, firent aussitôt se
dresser quelques poils gris sur les têtes de la presse parisienne,
tant elles contrariaient ses idées reçues. Certains journaux
d'ailleurs n'hésitèrent pas à mener une contre-enquête,
commanditant leurs fins limiers sur «le lieu du crime». Bref, ce
témoignage sur laFrance d'en bas, émanant d'un écrivain connu
pour ne pas couper les cheveux en quatre, fut donc bien un
événement, même si, comme tel, il ne tarda pas à s'effacer
devant la vie qui moissonne en filant droit.
N'empêche ! Qui aurait cru que ces anonymes de province,
ces gars rudes mais costauds qui se donnaient un bon coup de
r'jingo l'hiver en avalant des cuillerées d'huile de foie de morue,
qui se soignaient la gorge aux pastilles Pulmoll, se débouchaient
le nez à l'essence algérienne, histoire de mieux voir venir le
tambour du garde-champêtre; qui aurait cru, dis-je, que ces
braves gens allaient êtrerévélés au monde, dénudés, compris,
brocantés... et cela d'une manière si fortuite, mais si piquante,
que leur espace exigu, leurs us et coutumes, leurs dadas, leur
1 Voir L'épique époque de Charcigny la rouge, Editions l'Aréopage, Lons le Saunier,
mars 2009. Ouvrage réédité en décembre de la même année.
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