Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Stylistique et poétique

De
266 pages
La stylistique des textes et la poétique des genres et des formes littéraires coopèrent dans la pratique en préservant leurs principes doctrinaux et compétences propres. Cet ouvrage tente d'apporter une justification théorique à cette condition fondamentale, avant de proposer deux lectures conjointes à un échantillon de la poésie africaine francophone.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

FrançoisKOUABENANKOSSONOU
STYLISTIQUE ET POÉTIQUE Pour une lecture impliquée de la poésie africaine
Préface de LouisMILLOGO
Stylistique et poétique
Pour une lecture impliquée de la poésie africaine
François KOUABENAN-KOSSONOUSTYLISTIQUE ET POETIQUEPour une lecture impliquée de la poésie africaine Préface de Louis MILLOGO L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10582-6 EAN : 9782343105826
À mon Illustre Maître : Bernard ZADI ZAOUROU
AVANT-PROPOS La stylistique et la poétique sont des théories et méthodes produites par l’Occident. Elles correspondent parfaitement au fonctionnement du langage novateur de cette partie du monde. Cela pourrait expliquer le fait que l’expérience poétique africaine francophone développe certaines formes de résistance contre leurs régimes de lecture. Et pourtant, des postulats stylistiques et poétiques ont pu motiver de sévères jugements de valeur à l’encontre de la négritude, hier. Il semble même que tant que ces régimes critiques ne s’accommoderont pas des traditions poétiques africaines, les différents regards auront toujours du mal à se croiser. Nous pensons, en conséquence, que des ajustements sont nécessaires pour réaliser de véritables approximations stylistiques et poétiques intégrant toutes les attentes caractéristiques de la poésie africaine. Historiquement, à l’époque de la négritude, c’est en solitaire que Léopold Sédar Senghor a fait front et répondu aux pourfendeurs français qui trouvaient agaçante une certaine « monotonie du rythme du tam-tam » chez Aimé Césaire et les autres. La postface d’Éthiopiques a notamment servi à résumer l’essentiel des répliques de Senghor contre cette sorte de critique mal inspirée et hautaine.Au début de la décennie 1970 des universitaires africains, entre autres et chronologiquement: Bernard Zadi Zaourou, Pius Ngandu Nkashama, Jean-Baptiste Tati-Loutard, Jean-Pierre Makouta Mboukou emboîtent le pas à Senghor. Cette fois, c’est sur un registre plus scientifique que la critique s’élabore. Théophile Obenga a pu affirmer à propos que: «Petit à petit, la critique négro-africaine s’est détachée d’une critique de consécration et de
7
propagande. Perspective heureuse qui est de bout en bout 1 l’œuvre patiente de jeunes universitaires» . Ainsi naît une voix polyphone, mais dont la diversité converge vers une volonté commune de relativiser les postulats critiques occidentaux. Globalement, les premiers critiques africains insistent sur les conditionnements socioculturels de création et de réception des textes poétiques africains francophones. Incontestablement, les conditionnements socioculturels attendus ne pouvaient être résumés ni par la stylistique herméneutique et son principe immanentiste de Leo Spitzer ni par les saillances stylistiques structurales de Michael Riffaterre, encore moins par la sémiostylistique de Georges Molinié ; en dépit de sa problématique généreuse envers l’« ouverture » de la fonction stylistique et poétique aux conditionnalités contextuelles de la réception. Les universitaires africains ont notamment montré que l’expérience poétique africaine francophone associe à des caractères de littérarité incarnés des valeurs d’influences extérieures à la textualité. Il s’ensuit que leur objection contre le régime de lecture sèche, quelles que soient les quêtes d’authentification qui la fondent, reste entière. Pour eux, en effet, les attitudes communes de la stylistique et de la poétique consistant à favoriser l’autonomie des textes appauvrissent bien des perspectives interprétatives en les amputant des présomptions symboliques qui les ajustent. Toutes choses qui cuirassent pourtant la prise en compte des valeurs socioculturelles avoisinant les textes littéraires. Notre propos n’est pas de rendre compte des détails des travaux de tous les pionniers de la critique africaine. Nous voulons surtout partir de leur postulat de régime de lecture ouvert, selon les termes dialectiques de : « matérialité heuristique des textes » vs « complexité symbolique 1  Théophile Obenga,Sur le chemin des hommes, Présence africaine, 1984, p. 84.
8
d’objets référentiels ». Les critiques qui se donnent les poèmes africains pour corpus peuvent expliquer ce type de mise en relation. L’hypothèse d’« ouverture » présidant, par exemple, à la réflexion sur les méthodes récentes de la 2 3 Sémiostylistiqueet de laSociopoétique, en relation de 4 continuité avecl’Esthétique de la réception ,conforte ces conditionnements socioculturels de réception. Une réelle confrontation des postures présomptives des textes poétiques devient même possible avec ce que dira, plus tard, un philologue-stylisticien comme Georges Molinié à propos de l’intimité que partagent le producteur du texte et ses récepteurs potentiels. Pour lui,« l’intimité implique la notion de la dualité, de la relation en train d’être 5 construite, ce qui exclut tout solipsismeCela signifie» . que la subjectivité du texte n’est mesurable qu’à l’aune d’une mise en relation de son intériorité subjective avec l’extériorité socioculturelle et historique, y compris l’expérience esthétique du lecteur. Dans ces conditions, le prisme du langage « mondain », c’est-à-dire le monde clos du texte, appelle des valeurs d’influences extérieures, grâce auxquelles les opérations scripturaires et anticipatrices de la lecture deviennent envisageables. L’hypothèse d’un appel à une ouverture mesurée des régimes de lecture, stylistique et poétique, aux faits d’influences extérieures à la textualité implique des attentes : expérientielle, sociohistorique et symbolique
2  Georges Molinié, « Sémiostylistique » (Théorie de la sémiostylistique), inApproches de la réception, Paris, PUF, 1993, p. 7-1353  Alain Viala, Sociopoétique (Éléments de sociopoétique), in Approches de la réception, Paris PUF, 1993, p. 136-303. 4  Hans Robert Jauss,Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1978 5  Georges Molinié,Hermès Mutilé. Vers une herméneutique matérielle. Essai de philosophie du langage, Paris, Honoré Champion, 2005, p. 62.
9
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin