Suite des événements contemporains depuis le siège & la capitulation de Paris jusqu'à la rentrée de l'Assemblée à Versailles le 4 décembre 1871

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imp. de Franco (Bordeaux). 1872. 1 vol. (74 p.) ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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DES
EWEMENTS CONTEMPORAINS
DEPUIS
LE SIÈGE & LA CAPITULATION DE PARIS
JUSQU A
LA RENTRÉE DE L'ASSEMBLÉE A VERSAILLES
Lo 4 Décembre 1871
BORDEAUX
LITHOGRAPHIE FRANCO, 4, RUE DE LA MERCÎ.
1872
PREFACE
Excuse-moi, lecteur, si ma muso vieillie
Entreprend, aujourd'hui, de peindre la folie
De ceux dont les essais, loin de nous rendre heureux,
Nous ont précipité dans un abîme affreux.
Bien des écrits en prose ont paru dans le monde,
Qui tracent les malheurs dont notre histoire abonde.
Pour moi, je vais lâcher de raconter en vers,
De cruels temps passés, les accidents divers.
Je désire trouver, pour juger mon ouvrage,
Des lecteurs indulgents, qui, d'humeur assez sage-,
Et ne s'occupant pas de leurs opinions,
Ne sachent voir ici que mes intentions.
— 2 —
L'histoire, nous apprend, que dans les temps antiques
Los grands événements, et los faits héroïques
Ou été racontés fort poétiquement.
La poésie en lit le pins grand ornement.
Le genre poétique a fourni do grands hommes :
Vous connaissez leurs noms.— Mais petits que nous sommes,
Nous ne pouvons parler d'écrivains distingués
Sans voir, combien loin d'eux, nous voilà relégués.
Des muscs, d'Apollon, nous dédaignons los flammes,
La politique absorbe et dévore nos âmes.
Plus que jamais, la France a besoin de repos
Pour calmer sa souffrance, et payer ses impôts.
Nous devons conserver la paix extérieure,
Mais surtout obtenir la paix intérieure.
Sur ce point important, j'apporte tous mes voeux!
D'ambitieux rhéteurs, voudraient nous rendre heureux,
Et viennent débiter, de nouvelles maximes
Que l'on voit, chaque jour, dégénérer en crimes.
Quant à moi, ma trouvant au déclin do mes jours,
De grands événements j'ai traversé le cours,
Et pour me résumer) il faut bien que je dise,
Avec indépendance et beaucoup do franchise,
Que pour borner le cours des révolutions .
11 nous faut revenir au sceptre des Bourbons.
Dans mon dernier ouvrage, ayant trace l'histoire
De faits contemporains, si douloureux à croire,
Je viens continuer à retracer en vers
Les suites de la guerre et nos cruels revers.
Paris, que nous devons nommer ville héroïque,
Est tombe sous les coups d'un vainqueur fanatique.
La famine, le feu, le carnage et la mort
Décidèrent, hélas! de son funeste sort.
Après cinq mois de siège, il a fallu sa rendre,
Sous peine, en résistant, d'être réduit en cendre.
Où trouver un pinceau fidèle et généreux
Pour tracer dignement cet épisode affreux?
A ce siège fatal, que le monde déplore,
ïl faut en ajouter un plus cruel encore :
L'assaut de la Commune a produit des malheurs
Qu'on ne peut raconter sans en verser des pleurs.
Citerai-jo, en passant, le siège de Carthago
Comme exemple fameux d'horreur et de carnage?
1
s> ...
Cet le guerre Punique enfanta deux héros
Kt de l'antiquité les plus grands généraux :
Annihal, arrivant au sommet des montagnes,
Aperçut l'Italie et ses belles campagnes;
Rempli d'enthousiasme, il dit à ses soldats :
« Voyez à l'horizon Home et ses beaux climats;
» Home, où nous trouverons une gloire immortelle!
» Homo, que j'ai vouée à ma haine éternelle!
» Home, où je vous conduis pour venger l'univers, t
» Kt ravir pour toujours l'Italie à ses fers! »
Annibal, en effet, fut le vainqueur de Homo;
Mais la Fortune, après, trahissant ce grand homme,
Los plaisirs de Capoue enivrant ses soldats,
Il fut contraint bientôt de gagner ses États.
Scipion, à Zama, fut vainqueur de Carthage;
La ville fut brûlée et livré;) au pillage.
Jérusalem, plus tard, subit le môme sort :
Onze cent mille Juifs y trouvèrent la mort.
Mais avant les assauts dont la Prusse en furie
Dans sa haine accabla notre chère patrie,
Paris avait subi deux sièges importants,
Même beaucoup plus longs et beaucoup plus sanglants
L'un sous Charles le Gros, l'autre sous Henri Quatre.
Chaque sié^o, dit-on, fut très opiniâtre.
Sous le premier on vit de barbares Normands,
Livrer d'affreux combats et des assauts-sanglants.
L'attaque et la défense attestaient la furie
De deux peuples cruels, égaux en barbarie,
Pour combler les fossk on jetait des captifs
Qu'on avait égorgés et d'autres brûlés vifs.
Les barbares normands, tout dégouttants de crimes.
Engraissaient les pourceaux du sang do leurs victimes.
Paris fut délivré :— ce fut à prix d'argent
De ses fiers ennemis qu'il eut réloignement.
Sous Henri Quatre, on vit un siège épouvantable,
Qu'un fanatisme atroee\% rendu mémorable.
Des prêtres-capucins, comme de vrais soldats,
En ordre de bataille, affrontaient les combats.
Leur ardeur fanatique enflammait le courage
Des combattants guidés par une aveugle rage :
Et l'Inquisition, dans CJS temps de fureurs,
Promettait le martyre aux vaillants défenseurs.
Obéissant au Ciel, à sa main invisible,
En vain ils éprouvaient une famine horrible :
Après avoir mangé les plus vils animaux,
Ils déterraient les morts pour en broyer bs os.
On en lit une pâte, et mainte créature
Vint y trouver la mort, au lieu de nourriture.
On Ht même la chasse à de petits enfants :
Une mère du sien a fait des aliments.
Henri Quatre, vainqueur, désarma les rebellas,
Et lit cesser l'horreur de ers guerres oru-'lles.
On bénit ce héros. Successeur des Valois,
Il lit régner bientôt la justice et les lois.
L'histoire nous apprend, dans ces différents âges,
Que toujours les mortels furent loin d'être sages,
Et que les passions et les mêmes erreurs,
Jadis comme aujourd'hui, régnent dans tous les coeurs
Après Sedan et Metz, la Prusse triomphante ,
S'avança sur Paris, terrible et menaçante.
Paris, fortifié, s'emplit de combattants;
Et de vivres on Ut des amas importants.
La Prusse lit venir de nombreuses armées
Qui cernèrent Paris, et sans être entamées :
Car si l'on put livrer quelques brillants combats.
Ils restèrent pour nous sans aucuns résultats.
— i -
L'ennemi resserrait de plus en plus l'enceinte :
Dientôt dans tous les coeurs se répandit la crainte.
Dans ces cruels moments, la famine avançait,
Et des provisions la source tarissait.
Les enfants, les vieillards, privés de nourriture,
De la mort chaque jour devenaient la pâture.
Malgré l'horrible aspect des morts et des mourants,
La discorde régnait parmi lès habitants.
Paris, qui d'ordinaire était dans l'abondance,
Voyait ses habitants tomber de défaillance.
Les plus vils animaux, qu'on tuait, dépeçait,
Etaient les aliments dont on se nourrissait.
On n'avait plus assez do cercueils, de civières
Pour transporter les morts aux divers cimetières.
La population, tout entière aux abois,
D'un long siège éprouvait tous les maux à la fois.
On vit des généraux qui, frappés de démence,
Ne purent pas survivre aux malheurs de la France ;
On n'entendait partout que le bruit des obus,
Et pour comble de maux arriva le typhus.
Au lieu de concourir à, la noble défense,
Les fauteurs de désordre étaient en permanence.
On attendait en vain les secours annoncés ;
Nos soldats combattaient et mouraient délaissés.
Dans Paris existait une guerre intestine,
Qui, de notre pays, présageait la ruine.
Les ministres, un jour, dans d'affreux gmt-apens,
Se virent séquestrer par do vils chenapans.
Et le trente et un octobre, une foule en furie,
Conduite par Flourens, envahit la mairie.
Du cent sixième, alors, ta brave bataillon
Des ministres bientôt sut forcer la prison.
Le Pouvoir délivré lit preuve d'énergie
Et punit les fauteurs de cette horrible orgie :
Les Dlanqui, les Flourens et d'autres scélérats,
Furent appréhendés et conduits à Mazas.
Ils furent condamnés dans un conseil do guerre;
Mais le Pouvoir eut tort d'étouffer cette affaire.
Pourquoi no fit-il pas subir aux révoltés
Les justes châtiments qu'ils avaient mérités?
Cet acte do faiblesse et de poltronnerie
A mis en grand péril le sort de la patrie;
Car l'émeute, en janvier, enfonça les prisons
Kt délivra Flourens et tous ses compagnons,
Ce fut l'occasion d'uno autre échauffourée.
Mais la guerre civile encore conjurée,
Après du sang versé, Vinoy, Clément Thomas
Rétablirent lo calme entre peuple et soldats;
Mais Flourens et les siens, conservant leur rancune,
Furent au dix-huit Mars les chefs do la Commune.
Notre gouvernement, pressé de plus en plus,
Avait vu ses rapports partout interrompus.
En province, on s'armait; mais notre capitale
N'en pouvait diriger l'action martiale;
Il fallait aviser : à Tours, dans un ballon,
Du Pouvoir arriva la Délégation.
C'est là que Gambctta, ce grand énergumène,
Ordonna, se posa comme un grand capitaine.
Qui l'eût dit, qu'on verrait un jour cet avocat
Ministre de la guerre et dirigeant l'Etat?
Parmi tous les projets et moyens de défense,
lh\a levée en masse obtint la préférence;
Mais préalablement il fallait de l'argent:
Alors en Angleterre on fit l'emprunt Morgan.
Paris n'approuva pas cette triste mesure,
Sans rien dire de plus, encor louche d'usare.
Gambctta, Laurier, n'ont pas justifié
L'emploi de cet emprunt, justement décrié.
..r fi _
Kératry, général, do son camp de Contins,
Parla, je crois, de vols, d'abus et d'incuries,
L'ardeur do la défense alors étouffait tout,
On péchait en eau {rouble, on grapillait partout,
D'avides fournisseurs, sans nulle concurrence,
En vautours affamés s'abattaient sur la Franco.
Et les républicains, nos plus grands ennemis,
Se promenaient partout comme on pays eonq'iis,
Comme des Don Quichotte, avec grande arrogance,
Et d'estoc et do taille ils frappaient sur la France.
Enfin un heureux jour survint à l'horizon:
Des Prussiens, à Coulmiers, Paladino ont raison:
ïl reprit Orléans. Alors plein d'espérance,
Gamljetta se largua de cette délivrance.
De pompeux bulletins disaient en même temps,
Que, sortant de Paris, un gros do combattants
Ayant pris Epinay, qu'alors on devait croire
Qu'il rejoindrait bientôt nos troupes do la Loire.
Sait erreur, soit monsongo, on vit quo Gamljetta
N'avait pas obtenu lo moindre résultat.
Au lieu de réunir une masse serréo,
Il avait en trois corps disséminé l'armée.
Nous fûmes obligés de sortir d'Orléans,
Vint, tristement après la bataille du Mans.
Gambctta, re oulé des bords de la Touraine,
Transporta dans Bordeaux sa grandeur souveraine.
Ce grand aventurier, revêtu du pouvoir,
Se mit à parader du matin jusqu'au sojr.
îl excita lîordeaux si calme d'ordinaire,
Le remplit d'une arde:ir révolutionnaire.
Gambctta, le préfet et nos municipaux
Firent SJ propager l'alarme dans Hordeaux,
En laissant se former des clubs démagogiques
Qui faisaient pressentir des complots anareîuqiies.
Des avocats, des forts, parlaient ayrp fureur,
Et l'on craignait do voir rpvtmir la Tprreqv.
On entendait prêcher le fnmoqx Ln{ovr.ru1f>, f
Et cela rappelait les pmii'Ts à sajadj).
Au théâtre 011 tenait des discours iniwçrmts?
Excitant du publie les applaudissements.
De Danton, de Marat on prêchait ja dqctrinp;
On parlait d'installer l'aimable guillotine.
Survint en même temps la motion Paulot,
Qui produisit en ville un si méchant effet.
0"n s'attendait à mieux do la bonté du maire :
Loin de nous rassurer, c'était tout Je cpn|rairp.
On blâmera toujours l'administration
De s'être associée aux lois d'exception;
D'avoir do Gambctta prôné la politique,
Que réprouve, aujourd'hui l'opinion publique.
Pour l'aider, Gambetta faisait d'excellents choix :
Que voulait-on de mieux que Hanc et Pipe-en-Hois?
Et c'était dans le sein de ces amis intimes
Qu'il puisait pour ses plans les meilleures maximes.
C'est ainsi qu'à Hordeaux nous étions gouvernés
Par les gens les plus purs et les mieux raffinés.
C'était le grand moment des marchés pour l'armée :
Leurs amis étaient seuls admis à la curée.
Les fournisseurs devaient être républicains
Pour pouvoir être admis aux marchés clandestins.
Pour ces grands fourniments, point d'adjudicataires :
C'étaient des protégés, se disant gens d'affaires.
Combien d'individus qui se sont enrichis
Dans ce temps de désordre, où tout était gfichis!
Ces gens, qu'on peut nommer chevaliers d'industrie,
Ont, dans un bref délai, ruiné la patrie;
Et les républicains, agissant en richards,
Ont, dit-on, dépensé quatre ou cinq milliards.
— 8 —
Ces amis protèges, loin d'aller à l'armée,
Restaient dans les bureaux et loin do la mêlée. .
Leurs jours si précieux étaient bien ménagés,
Grâce aux nobles emplois dont ils étaient chargés.
Et nos vaillants soldats, trahis par la victoire,
Ont revu sains et saufs ces héros d'écritoire.-
Le jeune dictateur transporta ses exploits
Du Midi jusqu'au Nord, sur tous points à la fois.
Et parmi ses amis, il avait mis en place
Ceux qui pouvaient le mieux seconder son audace.
Esquiros, Challcmel, Hcrthollon, Duportal,
Furent ainsi placés, et firent bien du mal :
Ils devinrent les chefs de tous les terroristes,
Le Midi fut rempli d'événements forts tristes :
A Lyon, los couvents furent tous dépouillés,
Les établissements du culte spoliés.
Les communes, dit-on, indûment gouvernées,
A des indemnités vont se voir condamnées;
A la mairie ainsi le citoyen llénon
A laissé ruiner la ville de Lyon.
Gambctta disait bien qu'il travaillait pour l'ordre,
Mais ses amis étaient partisans du désordre :
On vit le drapeau rouge à Marseille, à Lyon.
Et la terreur suivit la révolution.
La Commune y régnait avec toute licence;
Du meurtre et du pillage on conçut l'espérance.
Les villes du Midi, Saint-Etienne et Lyon,
Subissaient do ces chefs la dure oppression.
Gambctta laissa faire, et ses amis perfides
Poursuivirent toujours leurs projets homicides :
A ces indignes chefs, proconsuls du Midi,
H adjoignit encor le grand Garibaldi.
Ce fut à cette époque, où lo préfet L'Espéo
Succomba sous le coup d'une horrible équipée :
_ 9 —■
11 tomba massacré par d'infâmes gredins,
Et l'on n'a pas encor puni ses assassins.
Il faut qu'un grand exemple épouvante lo crime
Et que lo châtiment apaise la victime.
Combien avait raison l'ancien gouvernement
Envers les factieux d'agir sévèrement!
Do Lyon Gambctta fit un voyage à Lille;
Parlant do Jules Favre, en un brillant stylo,
Il dit : « Voilà l'honneur, lo vrai républicain,
Qui do la République assure le destin ! »
Quand survint l'armistice, il s'écria de suite
Que c'était une main scélérate et maudite,
Qui seule avait signé cette convention.
Favre devint l'objet de son aversion!
Il l'avait admiré cependant, à Fcrriôre,
Disant : « Pas un morceau do terrain, ni de pierre! »
Ces grands mots répétés partout avec éclat
N'atteignirent pour nous qu'un fâcheux résultat.
Hismark fut peu touché do ces belles paroles,
Et n'y répondit point par des discours frivoles.
Il no se montra pas, dit-on, trop exigeant :
Il se fût contenté, voulant surtout l'argent,
Du démantèlement de quelques forteresse,
Et des frais do la guerre admis avec largesse.
Des rapports, devenus chaque jour plus certains,
Affirment qu'on voulait beaucoup moins do terrains :
C'était humiliant, j'en conviens, j'en ai honte!
Mais nous faisions alors une paix sûre et prompte !
Oh ! si l'ex-evmporour et son gouvernement
Ont manqué de prudence et do discernement;
S'ils ont, dans peu de temps, exténué la Franco
Au point de la laisser sans moyens de défense,
Pourquoi ces effrontés, s'emparant du pouvoir,
Dans un succès quelconque ont-ils mis leur espoir?
— *o —
Kux, si plr ins do bon s<ms, no voulant pas la guorro,
Pourquoi depuis Sedan vouloir toujours la faire?
Plus fous que l'empereur, ils pouvaient bien prévoir
Que c'était impossible ; et dès lors leur- devoir
Etait de se soumettre à ce vainqueur tcrriblo,
Qui n'aurait pas alors demandé i'imppssiblo.
S'ils eussent fait la paix, ils salivaient lo pays ;
Notre honneur, notre argent, étaient moins pnmpropiis.
On attribuait tout aux fautes do l'onipiro;
Favre, de ce conflit,' sortit blanc comme çjro.
Leur sotte Hépubliquo et l'esprit do parti
Ont tout gâté chez eux et tout anéanti !
Ils ont continué cette funeste guerre,
Ils ont été vaincus. La conséquence est clajrps
Le héros de Sedan doit rester dans l'exil;
Mais ceux qui n'ont pas su nous sortir du péril,
Qui, loin de là, n'ont fait qu'augmpntor nos misères,
Doivent abandonner au plus tôt los «affaires.
Que le Qualre-Septom|iro, après tant do malheurs,
Aille dans la retraite expier ses. orroursl
Pendant que Gambctta, eo grand foihlVP do guprrp,
Enflammait le pays d'une ardeur militairp,
Paris n'était pas moins au moment do périr,
Car nous ne pouvions plus alors le spepurir.
Trochu se décida pour un effort suprêniP?
On mit tous nos soldats sur pipd à l'instant mJ?|no.
Cent mille combattants coururent aitK reinporls;
D'une grande sortie on tenta les hasards.
Le succès tout d'abord seconda i'pntroprisp,
Et d'un si grand élan la Prusse fut surprisa.
Au milieu de l'armée, et surtout; dans jes forts,
Nos marins firent voir de sublimes effort*.
— u — ■
Elevés au milieu des vents et de l'orage,
Ils luttèrent toujours avec un grand courage,
Se firent remarquer parmi nos bataillons,
En so battant toujours comme de vrais lions,
Mais Paris s'épuisait en luttes héroïques;
Ducrot dirigea mal ses efforts stratégiques.
Après avoir été vainqueurs un peu partout,
On quitta forcément Buzenval, ^onlretout.
Frappé de ces échecs, Trochu, l'âme abîméo,
Ne voulut plus rester général do l'armée.
Yinoy fut do Paris lo nouveau commandant,
Et du gouvernement Trochu fut président.
Mais tous ces changements et toutes ces mesures
Ne cicatrisaient point nos cruelles blessures.
La disette et la faim suivaient toujours leur cours;
L'espoir et le repos nous fuyaient tous les jours.
Lo découragement alors vint so répandre:
Nous étions épuisés, l'on parla de se rendre
En effet, lo pouvoir, pour calmer les esprits,
Fit instantanément afficher dans Paris
Qu'il fallait forcément conclure un armistice.
Pensant qu'on trouverait la Prusse assez propiep,
Favre fut dépêché. L'armistice entendu,
Nous reçumps du pain, et tout fut suspendu,
Dans Paris, Metz, Sedan, vaincus par |a famino,
Ce fléau si fatal aux malheureux qu'il mino,
On y voit des motifs d'atténuation
Pour Trochu, pour Hazaino et pour Napoléon,
A moins que Gambctta ne dise encore, pcut-olro,
Que Trochu dans Paris s'est conduit commute un traître.
Tout le monde a trahi, dit Léon Gambctta :
Que dira-t-on dp lui ? Yùtcbhnus jnfrit!
v- 12 ~
L'armlstico donna tout lo temps néccssairo
Au soin de réunir la nation entière,
Qui devait sans retard nommer des députés
Chargés do prononcer sur les avant-traités.
Chacun sait la teneur des conditions dures
Qui firent éclater de violents murmures.
Le peuple consulté fit des élections
Excellentes, à part quelques exceptions.
Paris, so distinguant par dos choix excentriques,
Jeta son dévolu sur des hommes cyniques.
A peu do chose près, ces fameux Parisiens,
Pour les représenter, n'ont pris que des vauriens :
C'est ainsi que toujours, la capitale, en France,
Aux fous, aux factieux, donna la préférence.
Si nous eussions suivi l'exemple de Paris,
La Chambre n'eût été pleine que de bandits.
Gambctta voulait bien, comme la capitale,
Éloigner « les ruraux » do l'urne électorale.
Rempli d'ambition et do légèreté,
Gambctta n'a jamais été qu'un affolé.
Joignant le ridicule à l'extrême arrogance,
Il n'a fait que flétrir et ruiner la France.
Ce ministre hautain, Crémieux et Glais-Rizoin,
Auraient dû ne monter qu'aux tréteaux d'Arlequin:
Car do ces triumvirs l'ignoblo dictature
N'a fait que nous couvrir de honte et de souillure.
Gambctta s'empara de l'esprit de Crémieux
Pour lui faire signer îles décrets odieux.
Lo maire, le préfet et la triste « Gironde »
Soutenaient do ces gens la politique immonde.
Mais le pouvoir central blâmant le dictateur,
Simon fut envoyé pour chasser l'imposteur.
Gambctta, retranché dans sa toute-puissance :
Opposait à Simon beaucoup de résistance.
- 13 -
La presse fut saisie, et l'on vit parmi nous
Simon presqu'au moment d'aller sous les verroux.
On craignit un conflit; l'opinion publique,
Du ministre Simon soutint la politique.
Et la Chambre, à Bordeaux, par nos représentants
Achova de briser ces trois grands charlatans.
L'ambitieux Fourcand n'aimant pas « la Gironde »
Accepta cependant son concours dans le monde :
Il aurait préféré l'appui des braves gens
Pour le faire arriver aux emplois importants.
Leur secours fit défaut à son impatience;
Alors de la Gironde il brigua l'assistance.
Combien de braves gens qui, sans conviction,
Se sont mis dans les rangs de l'eipposition!
Ils voudraient en sortir, mais une fausse honte
Les empêche de faire une retraite prompte.
Uno fois engagés dans de mauvais chemins, ,
Par force il faut hurler avec tous ces coquins.
Ainsi Fourcand se trouve avoir la main forcée,
Et la démagogie, à notre homme enlacée,
Le fait marcher, l'on traîne, et son ambition
Est d'avoir, malgré tout, la députation.
Pour atteindre ce but, il se rendit coupable
De faiblesse morale, et n'est pas excusable.
Il souffrit que l'on fit plusieurs ovations
*A Rochcfort, Pyat et d'autres histrions.
Au bon ordre, vraiment, s'il no fut pas contraire,
Aux ennemis de l'ordre il a laissé tout faire.
Lo corps des députés s'installa dans Bordeaux,
Kt sa seule présence éloigna bien des maux.
On se constitua : la nouvelle Assemblée
Commença ses travaux et no fut point troublée.
_. li _
Ce fut Benoist d'Azy, pour son âge avancé,
Qu'on nomma président. Ce premier point fixé,
On vit de suite après Grévy, par sa prudence, ■
De la majorité Unir la présidence.
Le bureau composé, le choix législatif
Nomma monsieur Thiers chef de l'Exécutif.
Tandis qu'à ses travaux la Chambre tout entière,
Au milieu du chaos recherchait la lumière,
La ville, pleine alors d'agents provocateurs,
Se trouva sous le coup de rouvelles frayeurs.
Bordeaux fut agité; fémeute, en permanence,
Menaçait constamment le repos de la France.
Se rendant à la Chambre, on vit des députés
Par des nationaux provoqués, insultés.
Do ces représentants, et d'un air tyrannique,
On.exigeait ce cri : Vive la République!
Le président, ému de pareils attentats,
Pria le général d'envoyer des soldats.
Ce fut, à cet effet, un corps de la marine
Qui bientôt rétablit l'ordre et la discipline.
La force dissipa les mutins assemblés,
Et nos représentants ne furent plus troublés.
Mais la mairie encor, dans cette circonstance,
Fut pleine de faiblesse et de condescendance.
Loin de réprimander ces gardes insensés
De leur dévergondage, elle excusa l'excès.
Dans la crainte de voir des « réactionnaires, »
On avait employé les moyens nécessaires :
Conseillers généraux, conseils municipaux
Avaient été changés par des pouvoirs nouveaux.
La liberté du vote, à peu près entravée,
.Ne produisit pas moins une bonne Assemblée.
La Chambre rassurée, on vint aux questions
Que l'on devait traiter sans agitations. .
15 -
Un certain diStiUurèUl'* ttoilt la fin fut fatale*
Appela notre Chambré : Uile Chambre rurale*
Quoiqu'il ait dit ce nlbt avec dérision $
Lo phraseur, en cela, ri'itVàtt pas hiôlns raisuii.
La campagne, en effet} est bien plus forte eh hoinbro
Qu'en ville, où* UU boit sens* eiii rie voit pitis tilid l'oinblé.
Les députés de ville ont bien moins de vertus
Que ceux lie lit càMpagne et sont plus eoiTPmpus;
Quand la tHlâttibro élit compris ta projet d'arthislieej
On vit bien qttë c'était là force et l'injustice
Qui, seules avaient pu nous dicter ce traité;
Mais il fut accepté par là majorité.
Il fallut perdre, Hélas! l'Alsace et là Lorraine;
Il fallut s'y résoudre et non sans grande peiné.
Cela fit éclater dé nobles sentiments : '
La France abandonnait dt5 valeureux ehfants.
Sur cette catastrophe ellu géhiit et pléUrè*
Mais il fallut eédéi' à la forte Utàjeitre.
Le parti de la gautht* irrita les débats;
On l'excusa, malgré ses Violents éclats.
Ce qu'on n'excusa pas* c'est son ardeur extrême»
Qui voulait nous pousser à la guerre quand môme.
La paix fut donc conclue, à son plus grand regret;
Néanmoins, elle avait quelque chose de prêt.
N'ayant plus désormais l'Allemagne.à combattre*
Elle porta son plan sur un autre théâtre.
Elle fut exercer sa vengeance à Paris*
Et contre l'Assemblée excita les esprits.
On vit des députés* des héros do Septembre} •
Résigner leur mandats ils quittèrent la Chambre.
Gambctta fut du .nombre* avec l\imi Laurier)
Kt furent de l'Espagne timpruhtor b foyei\
~ lô-
Ces deux aventuriers, comme Oreste et Pylade,
En pays étrangers firent une escapade.
Ils partirent avec le gousset bien garni,
Et provisoirement leur rôle était fini.
On disait que du fruit de leurs économies
Ils voulaient acheter des maisons bien garnies.
Ces vertueux amis disaient secrètement :
« Qu'il est doux de régner, no fut-ce qu'un montent! »
Ce moment fut bien dur pour la France opprimée,
Qui, par des loups-corviers, venait d'être affamée.
Dans la Chambre curent lieu îles débats palpitants,
Pour savoir où caser nos chers représentants.
Paris, pour avoir fait ce beau Quatre-Scptcmbre,
Ne fut plus rien aux yeux do la nouvelle Chambre.
Quand chacun eut fait part de son opinion,
Versailles fut choisi pour la réunion.
Paris, jadis la gloire et l'honneur de la France,
Fut comme l'empereur, frappé de déchéance.
D'après tous les forfaits qu'on y vit perpétrer,
La Chambre fit fort bien do no pas y rentrer.
Le peuple, dirigé par des agents du crime,
D'une attaque cruelle en eût fait la victime.
Quels Sont donc, à nos yeux, les vrais événements
Qui, chez nous, ont produit de si grands changements?
L'empereur était peu disposé pour la guerre.
Il dit qu'elle serait bien longue et meurtrière;
Il pressentait des points bien noirs à l'horizon.
On dit que c'est alors que faiblit sa raison.
Il semble à des gredins qu'en déversant l'outrage
Sur notre ex-empereur et sur son entourage,
Les voilà dans l'état de gens intéressants.
Laissons, à cet égard, s'expliquer le bon sens»
— 11 —
Du malheureux empire on vit la politique
Préparer pour la Franco un avenir critique :
Lo maréchal Nicl savait que nos voisins
Avaient depuis longtemps et toujours sous leurs mains
Quantité de soldats, composant une armée
Bien aguerrie et forte, et puissamment armée;
Et, comprenant fort bien la situation,
Il voulait'que la France eût, en proportion,
Des forces, des soldats: et la garde mobile
Fut alors proposée en un temps fort utile.
Lo ministre disait : « Il faut un million
» D'hommes bien aguerris, prêts à l'occasion. »
La gauche, à ce sujet, et selon son usage,
Soutint que ce projet n'était nullement sage ;
Que c'était simplement renforcer le pouvoir
Contre los libertés : c'était facile à voir
Que l'institution était césarienne.
Pellotan la nomma « garde prétorienne. »
Pages dit, repoussant la proposition,
Qu'on pourrait, au besoin, armer la nation,
Et Favre, pour la paix sentant son âme éprise,
Dit, avec arrogance, à la Chambre surprise :
« Voulez-vous do la Franco, au lieu d'un atelier,
» En faire une caserne et prête à guerroyer? »
« Non, dit le maréchal; mais je crains que la guerro
» Ne fasse de la Franco un vaste cimetière. »
Il ne s'attendait pas que sa prédiction
Sitôt, pour nos malheurs, lui donnerait raison (l)..
La gauche prétendait que notre politique
Sentait rabaissement; que la Prusse héroïque,
Fièro do Sadowa, ne nous redoutait plus,
Et que do notre rang nous étions descendus;
(l) Fclix, quipoiuit rcruni cgjnoscore causas!
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Et, tout en excitant notre patriotisme,
Elle repoussait tout avec un vrai cynisme.
Au lieu do s'occuper d'accroître l'armement,
Elle parlait toujours pour le désarmement;
Reîduisant contingent et budget de la guerre,
Elle anéantissait l'élément militaire.
Le maréchal tint bon, et son projet prudent
De la Chambre pourtant obtint l'assentiment.
L'organisation fut longtemps retardée :
Niel mourut ; la mobile alors fut négligée.
On l'organisa mal, la guerre la surprit ;
Bientôt l'indiscipline entra dans son esprit.
Napoléon, bercé d'une folle chimère,
Un jour se décida cependant pour la guerre.
Ce projet dangereux, le pays l'adopta ;
La Chambre en fut saisie et pour les fonds vota.
Je sais qu'à ce projet la gauche fut contraire ;
Mais lorsqu'on Italie on entreprit la guerre,
On la trouva d'accord avec Napoléon,
Et cette guerre aussi fut faite sans raison.
Il résulte de là que la gaucho et la droite
Ont marché l'une et l'autre en une route étroite
Et qu'elles ont leur part aux reproches sanglants
Qu'ont mérités l'empire et tous ses adhérents.
Napoléon ne put souffrir que l'Italie
Surlo pape portât une main trop hardie.
Si du pape il ne fut un suffisant appui,
Nos prêtres n'eurent pas à so plaindro do lui,
Et la religion, sous son règne, honorée,
Par lo peuple jamais no fut mieux vénérée.
La Prusse étant en butte à l'opposition,
De la guerre fit naître un jour l'occasion :
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Au roi de Danemark elle chercha querelle;
L'Autriche, à Sadowa, fut défaite par elle,
Et Guillaume à Berlin arrivant en vainqueur
Au Reicltstag ne vit aucun contradicteur.
L'empereur, à l'instar de son noble confrère,
A cru vaincre la gauche en déclarant la guerre :
Il pensa tout d'abord que nos vaillants Français,
Dans un élan soudain (1) obtiendraient des succès.
La paix avec Bismark eût de suite été faite,
Et l'opposition, des lors, baissait la tête.
Tous les partis vaincus, il laissait à son fils
Un trône glorieux, affranchi d'ennemis.
Mais le elestin cruel, tourné contre la France,
Trahit en peu de jours toute notre espérance.
La Prusse, par la guerre, a toujours réussi,
Mais pour notre patrie il n'en fut pas ainsi.
Le destin inconnu qui piano sir nos tètes,
Donne la perte aux uns, à d'autres dos conquêtes.
Napoléon vaincu n'est plus qu'un criminel,
Digne aux yeux du public el'un mépris étemel.
De faits pareils l'histoire a toujours été pleine,
Sans avoir corrigé jamais l'espèce humaine.
Mais je dois terminer celte digression,
Do Versailles je vais voir l'installation.
Parmi les questions d'une grando importance .
Les questions d'argent avaient la préséance.
Il fallut s'occuper d'avoir des millions
Pour chasser les Prussiens et leurs gros bataillons.
Mais pendant que Thiers passait des nuits entières
Et consultait surtout les têtes financières,
(1} l'\wia francesa,
— 20 —
La Commune en soldats, do toutes nations,
S'armait et rassemblait des fusils et canons ;
Occupait plusieurs forts, trouvait des mitrailleuses,
Et commanda bientôt à des hordes nombreuses.
Elle devint rebelle au droit législatif,
Prétendit s'établir pouvoir définitif;
A Versailles surtout so déclara contraire,
Et traita lo Pouvoir do « réactionnaire. »
Elle voulut que Thiers, chef do la nation,
Fit rendre pour Paris des lois d'exception.
Mais lo pouvoir central refusant de l'entendre,
Répondit qu'il fallait obéir et so rendre.
Bientôt on no vit plus que des combats cruels,
Qui firent dans Paris périr tant do mortels.
Do là, la guerre horrible, atroce, épouvantable,
Qui no se termina qu'en drame lamentable.
D'Aurcllcs fit en vain marcher de tous côtés
Do nombroux bataillons contre les révoltés.
Ce fut en ce moment que des soldats rebelles
Passèrent, crosso en l'air, au camp des infidèles.
Co général craignant d'autres défections,
Mit l'armée à l'écart des populations.
Mais l'amiral Saissct fut nommé commissaire,
Pour tâcher de calmer l'émeute populaire.
Malgré son énergie et ses efforts ardents,
Il no put apaiser ces esprits débordants.
Depuis ce temps, en proie aux chagrins domestiques,
H vit triste, éloigné dos affaires publiques.
Lo Dix-huit Mars arrive, et Flourens et Duval
Méditent tous les deux un complot infernal.
Ils s'étaient emparés des forts do Belleville,
Ils lovent Pctcndard do la guerre civile.
La Commune devient maitresso dans Paris,
Et contre le Pouvoir soulève les esprits;
_- gl . —
Sur des moyens pervers, élevant sa puissance,
Se montre formidable en moyens de défense.
Ce fut à ce moment quo Lccomto et Thomas
Montrèrent ce quo sont do valeureux soldats.
Ces chefs infortunés, debout dans leur courage,
Furent assassinés par des gens pleins de rage.
Leur supplice, hélas! fut affreux do cruauté :
Leurs assassins, guidés par la férocité,
Leur tiraient sans pitié dos balles dans l'oreille !
Ce fut une vengeance atroce et sans pareille.
Sur la place Vendôme, un jour ils ont tiré
Sur des gens désarmés, et qu'ils ont massacré.
Pendant quo la Commune armait aVcc furie,
Versailles renforçait son armée amoindrie.
Un jour clic craignit un envahissement;
Mais de nombreux renforts vinrent heureusement.
Des soldats aguerris revinrent de l'armée;
Mac-Mahon, do retour, nous offrit son cpée.
Il nous fallut, surtout, beaucoup do gros canons
Pour battre et renverser do nombreux bastions.
Nos plans furent conduits avec zèlo et prudence,
Dans les chofs on était rempli de confiance.
Cependant la Commune, avec tout son esprit,
Ai rotait te travail, tout commerco et crédit;
Prolongeait lo séjour do l'armée étrangère,
Et semait dans Paris le crime et la misère.
Pour s'insurger lo temps était bien mal choisi,
Après tant de revers et devant l'ennemi !
Après la paix, l'espoir commençait à renaître :
L'ordre et la confiance, on les voyait paraître.
Les banquiers étrangers nous offraient leurs trésors
Pour payer les Prussiens et les mettre dehors.
. 90 _i.
Mais cette République, à jamais exécrablo,,
A rendu de nos maux lo poids insupportable;
Et nous sommes longtemps exposés à souffrir,
Si, d'un pareil état, nous no pouvons sortir,
Jules Favre aujourd'hui, dans le trouble où nous sommes,
Vient demander pardon au Ciel, ainsi qu'aux hommes,
D'avoir, mal à propos, supplie* les vainqueurs
De no pas désarmer nos grands agitateurs.
Parlant do Jules Favre, on peut citer Lafitto,
Qui, sur des faits passés ayant Tâmo interdite,
Vint jurer, devant Dieu, qu'il se repentait bien
D'avoir mis sur le trône un grand roi citoyen.
Voilà deux députés; voilà donc doux ministres
Qui vionnont déplorer leurs mesures sinistres.
Tout cc!à fait surgir dos révolutions
Qui peuvent, bien souvent, perdre des nations.
Laurier vient d'avouer, dans son âme opprimée,
Qu'il avait bien eu tort d'injurier l'armée.
La Gironde, Fouvcàni et le sieur Gambetta
Feront bientôt, sans doute, un grand mcâ culpù.
Voyez ces fondateurs do notre République,
Comme jusqu'à, ce jour leur conduite s'explique!
Jules Favre est tombé du haut d'un piédestal,
Et je vois Gambetta sur un penchant fatal.
Ils paraissent tous doux, aux youx les moins sévères,
Commo autours principaux do toutes nos misères;
Car le Quatrc-Septembro a fait lo Dix-huit Mars
Et leur connoxito se voit do toutes parts.
Eux et les communards avaient fait alliance,
Ils so connaissaient tous, étaient de connivence,
Dès longtemps conspirant ensemblo dans Paris,
Pour renverser l'Empire et le mettre en débris.
Entre temps, la Commune appréhendant Versailles
Renforçait chaque jo-îf* ses tours et ses m n'ailles.
_ go _
*
Pour sa défonso affreuse, cllo drossait ses plans,
EHo armait, oxorçait nombro do combattants,
Do nos républicains la plus balle équipée
Fut à nos prisonniers do donner la volée,
Il n'est pas .surprenant dès lors que les coquins,
Les voleurs, les fripons soient tous républicains.
Mais du peuple on voulut connaître lo suffrage.
Pour les élections on fit comme d'usage.
Mais, sans distinction, tout lo monde vota,
Et l'on obtint ainsi le plus beau résultat;
Vallès, Assy, Mégy, Flourons, Pyat, Verdure,
Eudes, Grousset, Urbain, d'autres do môme allure
Du pouple parisien réuniront les voix,
La Commune eut ainsi dos membres do son choix.
On prit le drapeau rouge à couleur sanguinaire
Pour mieux poindre l'ardeur révolutionnaire,
Voilà donc la Commune en pleines fonctions;
Elle fait aussitôt des réquisitions.
Elle vole, elle pille, elle fusille, enrôlo
Sous les drapeaux do Mars chacun, à tour do rôle,
Supprime le travail, fermo les magasins
Et se fait assister do lâches assassins.
C'est la demagogio aujourd'hui qui l'emporte;
La République môme, on la met à la porte;
Deloscluzo et Flourens, Ferré, Raoul Rigaux
Dirigent la machine et font des généraux.
Ils prennent Dombrowski pour le chef de l'armée,
Prennent des étrangers sans nulle renommée.
On choisit Cluseret, Rossel, Flourens, Duval
Un boulet emporta bientôt ce général.
Les caisses de l'octroi, d'autres caisses publiques
Tombèrent sous la main des voleurs politiques.
On ne saura jamais combien do millions
Extorqua la Commune en réquisitions.
_ 2.«
Un rovolver en mains, c'est la bourse ou la vio
Qu'on demande aux banquiers : et la bourse est ravie.
La contribution qu'on impose au marchand,
Do force on la lui prend sans aucun payement.
C'était au mois de mai, saison où la nature
De l'aimable printemps étale la parure :
Dans les jardins fleuris, les oiseaux, dans les airs,
Exécutaient en vain leurs innocents concerts,
Au lieu de fleurs, c'était lo parfum do la poudre;
Les obus, les canons tombaient commo la foudre.
Pour se sauvegarder do périls imminents,
La Commune avait pris des moyens menaçants.
Elle mit en prison, pour lui servir d'otages,
Ce qu'on savait le mieux d'éminents personnages :
L'archevêque Darboy, le président Bonjcan,
Dcguerry, l'archiprôtre, et d'autres braves gens.
u Qu'on noue donno Blanqui! disait la vilo engeance.
y Nous remettrons alors l'évoque on délivrance! »
Ces brigands prenaient donc toutes précautions
Pour imposer leurs lois et leurs conditions.
Ils pillaient, profanaient, dépouillaient les églises
Et partageaient entre eux leurs criminelles prises,
Pendant ce temps Thiers, poursuivant ses projets,
D'un formidable assaut faisait tous les apprêts.
Nos communards, étant en moyens très-fertiles,
Demandaient des secours à nos plus grandes villes.
Par de nombreux agents, dans les centres pourris,
Ils s'étaient assurés d'un grand nombre d'amis.
Ceux-ci ne pouvant pas envoyer des armées,
Employèrent la ruse et d'adroites menées.
On pressentit partout les corps municipaux
Pour parler à Thiers en termes à-propos.
— Ôo - "
^ • , . ■ • .
Plusieurs villes vers lui so mirent en mossago
Pour établir la paix cntro Rome et Carthago.
Fourcand so mit en tête, et deux de ses amis
Partirent avec lui so rendant à Paris.
Ils voulaient au Pouvoir faire dos remontrances,
Pour qu'onvprs la Commune on eût des convenances.
Mais Thiers fit comprendre à nos municipaux
Qu'ils auraient bien mieux fait do rester à Bordeaux.
Le Pouvoir, irrité, no voulut rien entendre;
Il dit que l'on devait obéir et se rendre,
Fourcand, déconcerté, fut voir les communards,
Et do leur part reçut d'affectueux égards.
Leur rendant compte alors de sa triste audience,
Il vit les communards dans un morne silence.
Fourcand prit donc congé do ses nouveaux amis
Et revint à Bordeaux accablé de soucis.
Le conseil, convoqué sur un ordre du mairo,
Reçut à bras ouverts ce chef si tutélaire.
Fourcand, dans un discours sonpro et filandreux,
Parla do son voyage assez malencontreux.
L'audience fut calme et chacun, en silence,
Tâcha do modérer sa vive impatience.
Mais on vit en cela le signal précurseur
De quelque catastrophe et d'un nouveau malheur.
On ne sait trop pourquoi Fourcand fit ce voyage;
Mais do sa politique on conçut quelque ombrage.
La motion Paulot, ce voyage à Paris
L'ont déconsidéré chez les meilleurs esprits.
On a bien reconnu que son pou d'érçergie
A secondé lo but de la démagogie :
C'est un homme à tout vent et sans conviction;
Il no pense et n'agit quo par ambition.
Cet hommo, à double face, aimo la République,
Mais ne déteste point la forme monarchique;
~ 20 —
D'un caractère faiblo et toujours indécis,
Tantôt il est oiseau, tantôt il est souris.
La Communo, pourtant, pensa que notro ville
Renfermait dos formcnts do discorde civilo.
Alors, pour ses projots ot comme entraînement,
Elle choisit Bordeaux pour point do ralliement.
De tout cola lo mairo, en voyant la tournuro,
Sans douto regretta cotto mésavcnturo,
Et do tout co gâchis paraissant dégoûte,
Il voulait s'en sortir pour cause de santé;
Il faut qu'il marcho encore; il ne peut, sans faiblesso,
Abandonner l'honneur qu'il a brigué sans cesse.
Quant à moi, sachant bien que difficilement.
On pourrait lui donner un autre remplaçant,
Je préfère qu'il resto, et dans la circonstance,
Je conviens qu'on lui doit quelque reconnaissance.
Il n'est pas. moins à plaindre, et s'il est dégoûté,
Sans douto cela vient do sa société.
Le conseil, en effet, présente l'assemblage
De gens remplis d'audace et do dévergondage.
Suivant do Gambotta les inspirations
Et n'ayant pour appui que do vils histrions,
Sans douto l'on verra l'opinion publique
Répudier un jour co choix si drolatique
Nous devons dire tous, d'uno unanime voix :
Toujours la République est malheureuse en choix.
Quand on songe au bonheur dont jouissait la France,
En regard d'un état d'aussi grande souffrance,
On a le coeur brisé par d'affreuses douleurs,
Et nos youx, malgré nous, se remplissent de pleurs!
Noble Franco, où vas-tu, dans ces jours de tristessî?
De tous côtés, la honte, et partout la détresso!
Va, dans do longs soupirs, oxhaler tes regrets,
Et reposer ta tète à l'ombre des cyprès.
- 27 ~
Le Destin, do nos maux a comblé la mesure ;
Nous sommes devenus l'horreur do la nature,
J'espérais, car l'espoir est notre seul soutien,
Que l'excès, de nos maux amènerait lo bien.
Je m'abusais : le ciel, dans sa juste colère,
Nous accablo de maux pour effrayer la terre !
Du peuple do Paris, l'affaissement moral
Est le dernier degré du désordre et du mal;
Le soldat, dégoûté, cède à l'indiscipline :
Il méconnaît ses chefs, et rien no le domine,
Si ce n'est la débauche et\l'infàmes plaisirs.
Dans des bouges in'ects, il passe ses loisirs;
Au corps-de-garde, il veut des boissons alcooliques,
Et tous ses mouvements sont presque frénétiques.
On lo pousso, on l'excite aux plus noirs attentats,
Au sacrilège, au vol, môme aux assassinats.
Lo sentiment d'honneur, l'amour de la patrie,
Tout s'éteint aujourd'hui dans son âme flétrie.
Il tuo, il assassino, et cet être inhumain
Rit, s'amuse et so grise une tête à la main,
Et les chefs criminels de cette tourbe immonde
Sont les plus grands coquins qu'on ait vus dans le mon
Avec ces éléments, nos fameux communards
Voulurent do la guerre affronter les hasards :, .
Leurs moyens étaient grands, même extraordinaires.
S'ils eussent ou pour chefs do savants militaires,
Des soldats aguerris et bien audacieux,
Ils auraient pu lutter et partager les dieflx.
Ils avaient refusé d'ailleurs toute entromise,
La province, devant aider leur entreprise;
Ils faisaient parvenir des bulletins pompeux
"Qui soutenaient l'espoir de leurs amis nombreux;
Versailles disait bien quo nos troupes fidèles,
Mac-Mahon à leur tôte, enfonçaient les rebelles.

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