Supplément à l'acte d'accusation de M. de Cazes (Élie), ministre de la police et de l'intérieur

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Ponthieu (Paris). 1819. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1819
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SUPPLÉMENT
A L'ACTE D'ACCUSATION
DE M. DE GAZES, (ÉLIE)
MINISTRE DE LA POLICE ET DE L'INTÉRIEUR.
SUPPLEMENT
A L'ACTE D'ACCUSATION
DE M. DE CAZÈS (ELIE)
Ministre de la Police et de l'Intérieur.
Quiconque flatte ses maîtres les trahit ; on ne
tient plus à l'honneur et au devoir dès qu'on ne
tient plus à la vérité qui seule honore les hommes et
qui est la base de tous les devoirs.
MASSILLON.
PARIS.
PONTHIEU, Libraire, Palais-Royal, Galerie
de Bois, N°. 201.
Imprimerie de BRASSEUR aîné , rue Dauphine, N°. 36
1819.
SUPPLEMENT
A L'ACTE D'ACCUSATION
DEM. DE GAZES, (ELIE)
Ministre de la Police et de l'Intérieur,
ou
LE POUR ET LE CONTRE.
BALZAC disait, qu'il aimerait mieux avoir
une femme qui eut de la barbe qu'une femme
qui eut du savoir. Je serais assez de son avis.
En effet, n'est-il pas ridicule de voir de nos
jours tant de mères de famille qui devraient
s'occuper de soins domestiques sacrifier leur
existence précieuse à l'étude de Machiavel ;
n'est-il pas inconvenant d'entendre des cour-
tisannes , des mondaines disserter sur les in-
(6)
térêts les plus chers à un peuple, si long-
temps le polichinelle des orgueilleux et des
fous. A peine un changement vient-il de
s'opérer dans le ministère français que les
salons ne retentissent que d'intrigues, que
de menées, que d'efforts entrepris par une
comtesse de nouvelle fabrique , et qui se joue
à loisir de nos voeux, de nos espérances.
Belle, minaudière et rusée, cette impéra-
trice de boudoirs opère maintenant des mer-
veilles. Ses regards sont des ordres , ses
prières des exécutions. Eh ! que dirai-je de
son coeur ? N'est-il pas le sanctuaire de la
diplomatie? En vérité, si l'agitation conti-
nue, les femmes qui ont tant de droits à
notre amour, vont devenir l'objet de nos dé-
dains , de notre courroux. Quand je parle
des femmes, je m'entends; toutes n'ont pas
la manie de correspondre avec les journa-
listes d'outremer, ni même du continent.
L'amabilité, c'est leur dot ; les graces et
l'esprit sont leur parure. Mais , je ne dois
( 7)
pas souffrir que de modernes Hélènes embra-
sent nos cités, en faisant prodiguer aux êtres
souples et multiformes les faveurs que l'on
croyait réservées à la fidélité et non au par-
jure. Le règne des Lavallière , des Mainte-
non , des Sévigné est loin derrière nous.
Gardons-nous de revenir sous le despotisme
d'un sexe assez heureux pour conquérir nos
sens. Cette servitude n'honore pas notre
patriotisme. Craignons qu'un caractère fai-
ble , mais envieux d'honneurs, de richesses
et de joujous, dont on amuse les esclaves ,
n'imprime à nos moeurs les mêmes incerti-
tudes, la même pusillanimité. Si le pouvoir
offre des charmes , combien sont dangereuses
les illusions que l'on goûte sous la pourpre
ministérielle , surtout quand la conscience
est la proie de remords déchirans. C'est ainsi
que la renommée frappe de son sceau l'homme
qui pour de vains hochets livre son esprit,
sa plume et son coeur à la merci d'un heu-
reux despote. Que d'exemples de bassesse
(8)
de corruption n'avons-nous aujourd'hui sous
les yeux ? L'aurore de la royauté éclaire les
ténèbres épaisses du mensonge ; les insensés
se précipitent inconsidérement dans l'arêne
de leurs ennemis ; on les flatte, on les sé-
duit , on les trompe. Jaloux de prérogatives,
de places et d'or, ces chevaliers que la peur,
le reproche n'auraient jamais dû atteindre,
vont voter l'humiliation nationale. Bien plus,
ils brûlent l'encens adulateur sur l'autel d'un
maître qui rit de pitié à la vue de pareils
infidèles. Les sentiers de l'imposture leur
semblent couverts de roses; que de jouis-
sances ils s'y préparent ; quelle félicité ils s'y
promettent ! ! malheureux ! faites un pas en-
core et l'opprobre s'attache à vos noms
Qu'il est à plaindre le publiciste ami des
lois protectrices d'une sage liberté ; que son
rôle est difficile à jouer au milieu de ces
événemens bisarres que la fortune produit et
renouvèle toujours; la vérité, cette boussole
d'une ame forte, cette lumière qui ne pé-
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nètre qu'avec peine aux pieds des rois, cette
vérité, ah ! combien de temps elle fut voilée
et méconnue. Qu'il était généreux et magna-
nime ce philosophe qui préféra la mort à la
honte et à l'infamie , lorsque pressé , d'un
côté par l'appât des richesses, de l'autre par
l'image d'une coupe empoisonnée, il aima
mieux périr que de trahir la patrie et ses
dieux. A présent, de tels souvenirs s'effa-
cent aisément de la mémoire ; nos contem-
porains applaudissent au théâtre un tel dé-
vouement ; mais, suivent-ils ce noble et tou-
chant exemple !
Le président des ministres de Louis XVIII
a-t-il jamais lu la vie de Socrate ! je ne le
crois pas ; Mazarin et Richelieu à la bonne
heure. Ces dictateurs ont formé d'excel-
lentes écoles ; nous nous apercevons , non
sans douleur , que la présomption, la va-
nité et une instabilité d'idées, plus ou
moins incohérentes, forment l'esprit de cet
homme qui aurait pu , qui peut encore,
( 10)
mettre un terme à ses erreurs, en attirant
sur lui l'estime des honnêtes gens. Le comte
de Cazes à qui j'ai eu le courage d'adresser
des vérités et qui a dédaigné , à ce qu'il pa-
raît, mes offrandes, ce nouveau favori de
la fortune se montre partout le même. Son
sceptre est entouré de fantômes : la peur,
la mélancolie, les inquiétudes , une sorte
d'humeur cromwellique, si je puis m'ex-
primer ainsi, paraissent enchaîner ses pro-
jets, et rendre nuls le lendemain les décrets
qu'il a transmis la veille à ses agens. Quel
gouvernement, je le demande, peut pros-
pérer, lorsqu'il ne s'est fondé sur aucunes
bases solides ? L'honneur est la première
base d'un état ; et doit-on attendre l'hon-
neur, quand la diplomatie est mobile, va-
riable et incertaine ; lors même que notre
grand visir serait le vir probus des latins,
sa probité ne sauverait ni la France ni la
Charte, si son systême de bascule était cons-
tamment suivi par ses. commis. Or, jusqu'à

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