Sur la révélation

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Méditation sur la mort par un sujet qui a vécu toute sa vie comme négation et cherche à mettre en relation réalité et vérité. Vérité intérieure qui dénoue l’angoisse née du monde comme menace et s’ouvre à la révélation, acte de foi par lequel le sujet récupère le sens et la valeur de la Parole.
Ce troisième livre de David Nebreda prolonge une démarche qui s’est affirmée dans les deux premiers volets de son œuvre (Autoportraits, 2000 et Chapitre sur les petites amputations, 2004). Mais ce livre, dans lequel la photographie s’efface au profit de l’écriture, s’engage sur une voie nouvelle où s’amorce, par delà une réalité douloureuse, une authentique mise en question du Bien et du Mal.
Publié le : mercredi 20 mai 2015
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EAN13 : 9782756107400
Nombre de pages : 108
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David Nebreda Sur la révélation Méditation sur la mort par un sujet qui a vécu toute sa vie comme négation et cherche à mettre en relationréalité etvérité. Vérité intérieure qui dénoue l’angoisse née du monde comme menace et s’ouvre à la révélation, acte de foi par lequel le sujet récupère le sens et la valeur de la Parole. Ce troisième livre de David Nebreda prolonge une démarche qui s’est affirmée dans les deux premiers volets de son œuvre (Autoportraits, 2000 etChapitre sur les petites amputations, 2004). Mais ce livre, dans lequel la photographie s’efface au profit de l’écriture, s’engage sur une voie nouvelle où s’amorce, par delà une réalité douloureuse, une authentique mise en question du Bien et du Mal. EAN numérique : 978-2-7561-0740-0 EAN livre papier : 9782756100654 www.leoscheer.com
DU MÊME AUTEUR
Autoportraits(2 vol.), Éditions Léo Scheer, 2000 Chapitre sur les petites amputations, Éditions Léo Scheer, 2004 ©David Nebreda, 2006 ©Éditions Léo Scheer, 2006
Variations Collection dirigée par Léo Scheer
Déjà parus
VARIATIONS I Catherine Malabou,La Plasticité au soir de l’écriture, 2004 VARIATIONS II Didier Eribon,Échapper à la psychanalyse, 2005 VARIATIONS III François Noudelmann,Hors de moi, 2006
DAVID NEBREDA
SUR LA RÉVÉLATION
Traduit de l’espagnol par Sylvia Roubaud
VARIATIONS IV
Éditions Léo Scheer
Et qu’est-ce que penser ? Et comment pense-t-on ? Nous pensons avec des mots ; cela seul est sensé et ramène à la nature. Songez-y, un métaphysicien n’a, pour constituer le système du monde, que le cri perfectionné des singes et des chiens. Ce qu’il appelle spéculation profonde et méthode transcendante, c’est de mettre bout à bout, dans un ordre arbitraire, les onomatopées qui criaient la faim, la peur et l’amour dans les forêts primitives et auxquelles se sont attachées peu à peu des significations qu’on croit abstraites quand elles sont seulement relâchées. N’ayez pas peur que cette suite de petits cris éteints et affaiblis qui composent un livre de philosophie nous en apprenne trop sur l’univers pour que nous ne puissions plus y vivre. ANATOLE FRANCE,Le Jardin d’Épicure
La pensée qui pense à partir de la question portant sur la vérité de l’Être questionne plus originalement que ne le veut la métaphysique. Ce n’est qu’à partir de la vérité de l’Être que se laisse penser l’essence du Sacré. Ce n’est qu’à partir de l’essence du Sacré qu’est à penser l’essence de la divinité. Ce n’est que dans la lumière de l’essence de la divinité que peut être pensé et dit ce que doit nommer le mot « dieu ». Ne nous faut-il pas d’abord comprendre avec soin et pouvoir entendre tous ces mots, si nous voulons être en mesure en tant qu’hommes, c’est-à-dire en tant qu’êtres existants, d’expérimenter une relation du dieu à l’homme ? Comment l’homme de l’histoire présente du monde peut-il seulement se demander avec sérieux et rigueur si le dieu s’approche ou s’il se retire, quand cet homme omet d’engager d’abord sa pensée dans la dimension en laquelle seule cette question peut être posée ? MARTIN HEIDEGGER,Lettre sur l’humanisme
I
INTRODUCTION
J’écris ces notes dans un état de tension mais aussi de tranquillité, lorsque je parviens à une conclusion personnelle induite et imposée, en quelque sorte, par mon deuxième livre ; une conclusion toujours présente et désormais évidente qui consiste à contempler la mort –ad nihilum – comme un acte en conformité avec l’impossibilité matérielle de tout acte en raison de l’impossibilité de croire à la réalité du sujet agissant. Ayant vécu presque toute ma vie comme négation, ayant accumulé une mémoire qui me fait, sans exception, du mal – au nom de quelque chose d’essentiel à mon Être, et non à autre chose qui me semblait manquer –, je ne saurais succomber maintenant à la tentation denommerla raison de mes efforts. J’écrivais et produisais les photographies du chapitre sur les amputations comme une étape à dépasser, nécessaire pour affronter ce que j’y indiquais : non pas, à strictement parler, la prophétie, mais l’origine de la prophétie – lavérité latentequi détermine le futur comme fait obligatoire. La capacité de croyance qui permet un comportement construit sur des actes obligatoires est limitée. L’acte, en réalité, n’existe pas ; l’acte est un continuel imaginaire qui impose une croyance à long terme. Il en résulte, dans la pratique, une croyance de substitution dans la possibilité de l’acte. C’est en tant qu’auteurs de l’acte suivant que nous croyons et nous sentons ; nous vivons à l’intérieur d’un champ de représentation interne et universel qui transforme la croyance en véritable acte de violence. Il me semble que j’ai épuisé cette capacité. Je me fonde sur la théologie dans mes écrits qui représentent ma vie et ce qui me semble être ma préparation à la mort. Il faut comprendre que je ne recherche par là aucun secours dévotionnel. La théologie permet deux approches : d’un côté, la systématisation classique, en forme de corpus, des principes éthiques, dogmatiques et même philosophiques qui justifient unecroyanceen l’éternité, et d’un autre côté, les mécanismes qui lui permettent de mettre en relationréalité etvérité. C’est ce second aspect qui seul m’intéresse. La grande vertu de la théologie est l’identification de la cause première avec la préoccupation ultime moyennant un gesteex nihilo – saproclamationcomme vérité. Sa réalité se borne à ce dédoublement ou à cette unification, et son champ de représentation comprend tout le reste. Nous disposons d’unevérité sans erreur, réalité qui ne peut qu’être vraie, soumise à son erreur consubstantielle – sa qualité de vérité intérieureproclamée, en perpétuelle rénovation, comme parolela vérité (ou de kérygme; notre inconcrétion connaît tous ces degrés théologique) d’inutilité relative, aucune réalité ne résiste à la combustion de son image, de son imagination. Si nous substituons à l’emplacement de cette vérité intime l’acte certain de la préoccupation ultime, apparaît alors laiustificatio. Ma vie s’est déroulée sur le versant de la peur, comme un exercice de foi en des décisions forcées à l’extrême, et c’est maintenant que la possibilité de certitudeen une décision se présente à moi pour la première fois. Je me suis proposé d’écrire ce livre comme une approximation à ce moment qui précède l’espace de la certitude. Je réfléchis sur la réalité en tant que vérité ; si la réalité exige la croyance sans conditions dans le solide en tant que vrai, l’abandon épuisé de la réflexion sur la réalité qui ne peut être que la mienne, elle admet déjà seulement des alternatives solides, vraies comme la révélation de la vérité en soi, une décision réelle, la fin.
II
Nous acceptons que la parole soit témoignage de volonté plutôt que de signification. Ceci veut dire que, parlant comme des êtres vivants, nous le faisons toujours et simultanément sur la vieet (nonou) sur la mort, pour la simple raison que nous pouvons (désirer) le faire ou ne pas le faire. Tant en parlant qu’en faisant nous regardons toujours dans deux directions, sans être capables de
décider de la prééminence de l’une ou de l’autre. Ainsi nous concevons ladécisionune comme prérogative de l’individu – une prérogative qui se confond avec le devoir – destinée à préciser l’ordre des deux mots qui composent cettesumma. Confrontés à cette question, il est difficile de pouvoirdécidersur le champ, même si avant ou après nous devrons le faire. L’important sera, par conséquent, de nous approcher de la décision et cette approche des questions graves n’est possible que de deux façons complémentaires, l’expériencel’individu et la de valeur de la parole face à l’espèce. Si nous sommes au monde, nous devons accepter un certain type de responsabilité, non face à ceci ou à cela, non face à des alibis impossibles à prouver, mais face àtoutde prendre une le reste. Sommes-nous en état décision sur la vieet sur la mort ? Sommes-nous disposés à nous déclarercause première d’une seule décision fondamentale ? Sommes-nous en état de nous déclarer responsables de celui qui peut décider ? Cette question nous vient-elle même à l’esprit ? Pourquoi, bien que nous ayons franchi les épreuves qui attestent le vivant, bien que nous ayons repoussé toutes les prétentions à l’artifice, à la littérature ou à l’altruisme qui servent normalement à de telles préoccupations, nous voyons-nous confrontés à un problème de formulation (une fois que nous sommes, en réalité, parvenus à la fin du problème), qui ne se résout que grâce à la valeur sacrée, interne et secrète de la Parole ?
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