Tableau de la séméiologie de l'oeil à l'usage des médecins ; par le Dr Loebenstein-Loebel. Traduit de l'allemand par J. Fr. Daniel Lobstein,...

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impr. de F.-G. Levrault (Strasbourg). 1818. 1 vol. (222 p.) ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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TABLEAU
DÉ tA
SÉMÉIOLOGIE DE L'OEIL,
A L'USAGE DES MÉDECINS.
A PARIS:
Chez TRETJTTEL et WÛRTZ, libraires,.rue de Lille ;
GABON, place de l'École de médecine, n.° 25
MÉQUICKOH-MARVIS, rue de l'Ecole de médecine;
FOÏTCAULT, rue des Noyers, n.Q 37.
A LONDRES,
Chea TREBTTJEL et WÛRTZ.
TABLEAU
DE LA
\
SÉMÉIOLOGIE DE L'OEIL,
A L'USAGE DES MÉDECINS ;
PAR
LE D. 1 LOEBENSTEIN-LOEBEL.
TRADUIT DE L'ALLEMAND ,
PAtt
J. FR. DANIEL LOBSTEIN,
Docteur-médecin de la Faculté de Paris , Associé correspondant
de la Société de médecine et de la Société médicale d'émulation
de la même ville ; Correspondant des Sociétés royales de médecine
de Bordeaux, Toulouse, Marseille; de la Société latine et de la
Société minéralogique de Jéna; Correspondant de la Société des
Sciences physiques de Hanau en Wetteravie, etc.; ancien Médecin
aux hôpitaux militaires et aux armées françaises ; Médecin et
ApeSucffeùr^i^Strasbourg.
N^'livr^r STRAS BOURG.
De l'imprimerie de F. G. LETRACLT, imprimeur du Roi.
1818.
A LA
SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE
DE BORDEAUX,
CO^ME
UN TÉMOIGNAGE DE MON PROFOND RESPECT
ET
DE MON SINCÈRE ATTACHEMENT.
J. F. DANIEL LQBSTEIN,
D. M,
PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
L'ACCUEIL favorable que le public a bien
voulu faire aux ouvrages que j'ai publiés,
et notamment à mes Recherches et Observa-
tions sur le Phosphore 1, et à ma traduction
du Traité sur l'usage et les effets des vins, par
le docteur LOEBENSTEIN-LGEBEL ; .les invita-
tions multipliées de plusieurs illustres méde-
cins français, de faire connaître dans notre
patrie ce que les Allemands, nos voisins, ont
écrit d'intéressant sur l'art de guérir, pour
remplir les lacunes que l'on trouve dans no-
tre.bibliothèque,médicale;.et surtout, enfin,
le désir dont je suis animé de me rendre
utile à l'humanité, à mon pays, à l'état que
je professe et auquel je consacre toutes nies
veilles : tels sont les motifs qui m'ont engagé
à offrir à mes compatriotes une nouvelle pro-
duction du D.v LOEBENSTEIN-LOEBEL, sur la
Séméiologie de l'oeil, ouvrage d'un genre aussi
nouveau que piquant, et important pour l'art
de guérir.
i Cet ouvrage, dont l'édition est déjà épuisée, a été jugé,
par un médecin célèbre, digne d'être traduit en allemand avec
des notes; sa traduction a paru à Leipsic, chez Engelmann,
en 1817.
Sans épouser entièrement toutes les opi-
nions de mon auteur, je me borne à déclarer
que je l'ai traduit fidèlement, laissant à cha-
cun le soin de le juger à sa manière. Mais,
quels que soient les défauts qu'on puisse y
trouver, j'ai lieu d'espérer qu'on le lira avec
plaisir, et qu'on rendra justice à l'excellent
esprit d'observation, ainsi qu'à la vaste éru-
dition de l'auteur.
Bien loin de ttie laisser détourner de l'exé-
cution du projet que j'ai formé de vouer
ma plume au perfectionnement de l'art que
j'exerce, je suivrai, ainsi que me le conseille
un de nos plus savans médecins de la capi-
tale, l'exemple de cet homme des Mille et
une nuits, qui gravissait une montagne très-
escarpée, sans faire attention aux cris ni aux
injures dont une foule grossière l'accablait,
n'écoutant que la voix du sage qui lui disait:
« Quand vous serez là-haut, vous ne les ea'
« tendrez plus. *
Constant dans ma résolution, je travaille
dès à présent à un traité sur le musc, ainsi
qu'à la traduction de l'ouvrage de BJER, sur
les maladies des yeux.
PRÉFACE
DE L'AUTEUR.
J_JA Séméiologie de l'oeil, ou lOphtlialmo-
scopie, que nous donnons au public, est
le fruit de quinze années d'expérience et
d observations, et de la lecture des prin-
cipaux auteurs classiques qui ont écrit sur
cette matière. Nous nous sommes efforcés,
dans le cours de notre travail, d,e suivre
constamment le sage conseil de l'immortel
BACON ', qui dit : Non oportet nos ad-
hoerere omnibus quoe audimus et legi-
mus; sed examinare debemus districtis--
sime sententias majorum, ut addqmus,
quoe eis defuèrunt, et corrigamus, quoe
errata sunt, etc.
i BACON, Op. maj., p. 10 (Edd. Jebb. fol. Lond. 1733). ,
9.
( io)
Si les hommes de l'art daignent accueil-
lir favorablement cette Séméiologie symp-
tomatique de l'oeil, et s'il reste encore à la
Parque des jours sereins à nous filer, cet
ouvrage sera suivi d'un autre, que nous
appellerons Séméiologie idiopathique, qui
sera tirée de la pathologie même de l'oeil,
et liée avec l'art de guérir les maladies de
cet organe.
Le lecteur instruit décidera si par cet
ouvrage nous avons rendu quelque service
à la psychologie, à la physiologie, à la
pathologie, à la thérapeutique, etc. Nous
remarquerons seulement que l'importance
des changemeus qu'on observ.e dans l'oeil
pendant les maladies douteuses, est suffi-
samment attestée par les écrits des patho-
logistes, des séméiologistes et des théra-
peutistes, tant anciens que modernes.
WILBRAND, surtout, dans sa Physiologie,
porte un excellent jugement de l'impor-
tance de l'oeil dans les maladies. « Non-
« seulement, dit-il, l'organe de la vue est
( 11)
« par lui-même sujet à une foule de ma-
« ladies; mais le médecin observateur y
« découvre une infinité de nuances, qu'il
« reconnaît comme symptômes de mala-
« dies générales. L'oeil de chaque malade
« est pour le médecin scrutateur, comme
« pour le moraliste et le philosophe qui
« a étudié la nature humaine, un organe"*
« bien important, que tous les trois doi-
« vent observer et étudier avec le plus
« grand soin pour le bien de l'humanité. 1 M
Cet opuscule aurait eu plus d'intérêt,
surtout pour les jeunes praticiens, si nous
avions pu représenter par des gravures
caractéristiques et enluminées les effets de
lame sur l'oeil, et la manière dont les
maladies se peignent dans cet organe, ainsi
que dans toute la face.
Aussi ne manquerions-nous pas, si cet
ouvrage devait avoir une seconde édition,
i Vêler die Lèlire von dm Simien, Vergl. SIEINBUCH,
Beytrâge zur Physiologie der Sinne.
(■» )
d'y ajouter des gravures enluminées, que
nous ferions exécuter avec la plus scrupu-
leuse exactitude par un artiste habile et
expérimenté.
La partie littéraire de notre ouvrage est
choisie, et nous n'avons indiqué que les
principaux des auteurs qui ont écrit sur
cette matière et que nous avons consultés.
INTRODUCTION.
Aussi long-temps que l'homme s'arrête dans
le domaine de la nature , il est, dans toute
la force du terme, maître de la nature,
comme il peut être maître de lui-même.
J. SCHELLIHG.
VJ'EST dans l'organe central du système ner-
veux que s'opère l'intuition au plus haut
degré; c'est là que l'ame s'élève à la connais-
sance d'elle-même. Le nerf optique qui reçoit
et conduit la sensibilité, naît dans le cerveau ;
il sort de la partie inférieure de la couche
des nerfs optiques, se dirige un peu en de-
hors, et, parvenu à la base du cerveau, il en
embrasse le pédoncule, dont il reçoit encore
quelques filets, et se dirige en dedans. Les
deux nerfs s'approchent et se rencontrent
sur la selle turcique, devant l'entonnoit; en
s'unissant ils forment un ganglion. Le nerf
optique s'arrondit ensuite et prend sa direc-
tion en dehors vers le trou optique, dans
lequel il entre ; arrivé au bulbe de l'oeil, il
en perce les membranes, et s'épanouit pour
( 14 )
former la rétine. Ce calice nerveux, qui
nous paraît être un véritable foyer de sensi-
bilité pour les autres parties de l'oeil, a pour
fonctions non-seulement les évolutions phy-
siques et psychiques du cerveau, mais encore
l'action de la lumière et de ses nuances sur
l'oeil. On ne peut douter que la membrane
hyaloïde, le corps vitré , la capsule du cris-
tallin, et le cristallin même , ne soient doués
d'un principe de vie qui se manifeste par
des mouvemens de contraction et d'expan-
sion , et qui se trouve chimiquement modifié
par l'action de la lumière et les lois de la
polarité. Nous voyons d'ailleurs une activité
vitale dans chaque organe ; pourquoi n'en
serait-il pas de même pour les parties qui
composent l'oeil? C'est précisément la vie de
ces parties, jointe à la réaction vitale du cer-
veau, du nerf optique et de la rétine, qui
excite probablement dans l'humeur aqueuse
et dans l'humeur de Morgagni une certaine,
oscillation nécessaire, afin que la réfraction,
des rayons lumineux se fasse régulièrement
et d'après la même loi.
Il est inutile d'observer que, dans l'acte de
la vision, les fonctions de l'iris et des autres
parties de l'oeil doivent s'exécuter librement.
Les mouvemens de contraction et d'expan-
( i5 )
sion de l'iris nous paraissent le prouver, tant
par sa vitalité que par l'action de la lumière
et les lois de la polarité.
D'après ces données, et surtout en se livrant
à des observations plus exactes encore , on
pourrait peut-être expliquer la dilatation
et le rétrécissement de la pupille, phéno-
mène qui dépend tantôt de l'influence de
lame sur l'iris, tantôt de l'action momen-
tanée de la lumière et de l'électricité.
La vision elle-même, suivant notre manière
de voir , ne peut donc avoir lieu que par le
concours de l'ame, du cerveau, du nerf op-
tique , de l'oeil avec toutes ses parties, des
rayons de la lumière, des objets extérieurs et
de la loi de la polarité. Les lois de l'optique
ne peuvent avoir de valeur qu'autant qu'on
admet et qu'on établit en principe la vie du
cerveau et de l'oeil avec ses différentes parties.
En conséquence, l'acte de la vision est
tout à la fois un procédé idéal, réel, chi-
mique et mécanique, auquel les lois de l'op-
tique sont subordonnées. Que l'on compare
au reste, avec cette légère esquisse, Tingé-
nieux GOETHE, STEFFENS, WAGNER, HIMLY,
TROXLER , etc.
Dans le même rapport, et selon que les
différentes conditions exigées pour la vision
{ i6)
sont plus ou moins remplies, nous voyons
la mimique des yeux changer et s'exprimer
différemment, ainsi que nous le développe-
rons par la suite dans la séméiologie de l'oeil
même.
Mais, abstraction faite de la vision dont
nous venons de parler, il en existe une
autre, intensive et spirituelle ; il s'agit du
pressentiment, dont MARTIN 1 rapporte des
exemples frappans et bien constatés. Il est
probable que cette vision intérieure et spi-
rituelle est plutôt une intuition sympathi-
que, qui est fondée dans la nature et sur des
faits, mais dont il est impossible de se rendre
raison par des déductions philosophiques.
Avant de nous occuper du tableau de l'oeil,
tel qu'il se montre chez ces sortes de vision-
naires inspirés et exaltés, nous allons relater
quelques faits historiques et incontestables
à cet égard; nous ne parlerons que des pres-
sentimens et des apparitions, dans l'état de
veille, tant chez des personnes en santé que
chez des malades.
Une certaine M.me de Beaumont 2 raconte
i MARTIN'S Description of the western Islands, 1716.
2 In dem Allgemeinen Magazin der Litteratur und Kunst;
Bter Bd., S. 117.
( 17 )
en ces termes un fait très-important au sujet
d'un pressentiment : « Mon père se proposait
« une partie de plaisir en bateau à Rouen.
« 11 s'aboucha à ce sujet avec une société,
« et l'on convint unanimement de se rendre
« par eau à Pont - Saint - Queu , à quatre
« lieues de Rouen. Déjà tous les préparatifs
« étaient faits sur le bateau, et mon père
K s'apprêtait à sortir de son appartement
« pour s'y rendre, lorsque tout à coup l'une
« de ses tantes, qui était sourde et muette,
« poussa des cris épouvantables, se jeta au
« travers de la porte, dont elle lui barra le
« chemin en étendant les bras, et lui fit en-
ce tendre, par des gestes très-expressifs, qu'il
« ne devait quitter ce jour ni la maison ni
« la chambre. D'abord, mon père se moqua
« de ma tante et de ses instances; mais, comme
« elle se jeta à ses pieds, et lui exprima la
« plus profonde douleur par des signes et
« des mouvemens extraordinaires, il finit par
« céder, résolut de ne point prendre part à
« cette partie de plaisir, et s'efforça même très-
« sérieusement d'en détourner la société, au
« moins pour ce jour. Mais on le railla à
« son tour, et l'on s'embarqua gaiment. Ce-
« pendant, à peine eut-on fait deux lieues
K sur l'eau, en riant et plaisantant, que le
( i8)
« bâtiment se brisa tout à coup : beaucoup
« de personnes de la société trouvèrent leur
« tombeau dans les vagues ; le peu qui en
« échappèrent tombèrent extrêmement ma-
„ lades de frayeur, et ne se rappelèrent par
« la suite cette partie qu'en tremblant.5>
Les psychologistes ne prendront pas moins
d'intérêt au pressentiment que le prince
Frédéric-François de Wolffenbûttel éprouva
en 1758, au camp de Wissembourg, où il
prédit à son aide-de-camp, M. de Tresskow,
qu'il y aurait bataille tel jour, et que le
prince y serait tué. Cet événement a fait le
sujet d'une très-belle description poétique
allemande. Il en est de même du pressenti-
ment que Louis XI , roi de France , eut
pendant le dernier temps de sa vie, savoir,
qu'il mourrait un samedi. La suite justifia
son pressentiment; car il mourut effective-
ment un samedi.
Au pressentiment dont nous venons de
parler, est opposé celui qu'on observe sou-
vent dans les maladies.
ARETÉE le Cappadocien 1 dit de certains
malades : « Leur ame est inébranlable et sans
« nuage ; leurs sens sont purs et parfaits,
i De causis et signis morbor. acutor. ; lib. II, c. 4»
( 19 )
« leur esprit pénétrant et disposé à prédise.
a Non-seulement ils ont le pressentiment
« de leur mort, mais ils prédisent encore
« aux personnes présentes leur destin futur :
« ceux qui n'ont pas cru à ces prédictions,
« ont été frappés d'étonnement, lorsqu'elles
« venoient à s'accomplir. Ces sortes de ma-
« lades ont même des dialogues avec les
« morts. "
SUÉTONE J, en parlant d'Octave-Auguste,
nous informe que sa mort fut douce, mais
que pendant sa maladie il s'étoit brusque-
ment levé en sursaut, en se plaignant de ce
que quarante jeunes gens l'emportaient mal-
gré lui; effectivement, après sa mort il fut
emporté de son palais par quarante hommes
de la garde impériale.
- CICÉRON 3 cite pareillement un exemple
tiré de POSSIDONIUS, OÙ un visionnaire mou-
rant prédit à d'autres leurs destins futurs,
en indiquant l'ordre dans lequels plusieurs
personnes présentes et du même âge mour-
raient l'une après l'autre.
MEIER 3 rapporte du Prof. ALEX. THÊOPH.
i In-dem Lében des Octavius Augustus; Cap. 99.
2 CICERO, de divinat. I, 3o.
3 MEIERSLeben A. G. Baumgartens. Halle, 1763, S. 27.
BATJMGARTEN , de Francfort sur l'Oder, que
le 25 Mai 1762, par conséquent deux jours
avant son décès, il avait dit bien positive-
ment qu'il mpurrait dans deux jours; mais,
comme le jour même de cette prédiction il
se trouvait un peu mieux, et ' que ses amis
lui témoignaient leur joie sur sa convales-
cence prochaine, il leur dit : « Vous vous
« trompez; croyez mon expérience de douze
« ans ; octo dies morior ; il y a déj à six j ours que
« je suis mort j il m'en reste encore deux: " Il
mourut, malgré ce pressentiment, avec la
plus grande sérénité d'esprit 1. L'on peut
lire plusieurs autres histoires intéressantes
de ce genre dans les ouvrages de VÉRON
SÉVIANI , de JEAN NIDER, de PAUL ZEISING,
de HENRI DE HERR, de MICHEL ALBERTI, de
SCHELWIG et autres.
Nous-mêmes nous ne pouvons nous dis-
penser de rapporter ici un exemple remar-
quable de cette espèce de pressentiment chez
un malade à Naumbourg. Le nommé Huft
tomba subitement malade d'Une fièvre gas-
trique. Il fit aussitôt appeler son médecin,
qu'il pria de le visiter très-souvent, mais de
1 KEMME , von der Heiterkéit des Géistes bey einigen Ster*
benden. Halle, 1774.
(21 )
ne pas lui prescrire de médicamens, puis-
qu'il mourrait infailliblement au dix-hui-
tième jour de sa maladie. Les parens et le
médecin cherchèrent à le détourner de cette
idée et à lui faire entendre la voix de la raison;
mais il sourit tranquillement et ne changea
pas d'opinion. Au septième jour je fus consulté
encore par sa femme, qui me fit appeler outre
son médecin ordinaire. Je visitai le malade; je
cherchai à le consoler, à lui inspirer du cou-
rage et à le détourner de l'idée de la mort.
Mais ni nos exhortations, ni celles de l'ecclé-
siastique , ne furent capables de combattre ce
fatal pressentiment. Le dixième jour il fit son
testament avec beaucoup de ferme té; il consola
lui-même sa femme, lui recommanda la force
de caractère dans le malheur; il fit appeler ses
enfans autour de son lit, et les exhorta à la
vertu : après quoi il attendit paisiblement
le jour de sa mort. Pour le tromper, nous
dérangeâmes sur sa montre l'aiguille indiquant
les jours du mois, croyant positivement qu'il
ne mourrait point le jour fixé. J'allai le voir
dans la matinée du i8 : son esprit était toujours
calme, et il me parlait fort raisonnablement
de divers objets. Je me gardai bien de laisser
échapper un mot relatif à la mort. Je pris
ce jour-là un intérêt particulier à examiner
(22)
les yeux du malade : je les trouvai vifs, à 1
vérité, mais n'ayant rien de dur nide fa
rouche ; ils avaient quelque chose de ce
leste , comme s'ils étaient déjà entovire
d'une brillante auréole ; le blanc était d'ui
jaune sale, et la pupille sensiblement di
latée.
Vers deux heures de l'après-midi Huj
devint plus inquiet ; il balbutiait. A troi
heures il me dit avec fermeté, et en sourian
avec tranquillité et confiance : « Bientô
« j'aurai cessé de souffrir a; et le même jour
avant le coucher du soleil, le malade expira
L'ouverture du cadavre ne fut point per
mise par sa femme, malgré nos instante
prières.
L'ingénieux TROXLER X s'exprime en ces ter
mes sur le sujet qui nous occupe : « Je fais
« dit-il, mention de cet état, qu'on a coh
« fondu à tort avec sa carricature ; état don
« le principe consiste dans un oubli du
« monde, dans un retour intérieur de l'ami
« et du corps, dans un ravissement d<
« l'esprit, et dans l'élévation de l'homme à
« l'infini. Dans cet état, le tout se résout
i Blicke in das TVesen des Menschen ; von S. 139—1421
Arau, 1812.
,(23)
« dans le principe originaire; l'opposition du
« passé et du futur s'évanouit, car il ne
(t s'agit plus que de l'éternité; celle de fin-
it térieur et de l'extérieur disparaît égale-
« ment, et se confond dans l'espace ; et
« l'homme saisit tout, non par l'intermé-
« diaire du monde, mais dans les causes
« premières.5>
Ces pressentimens, tant chez les personnes
en santé que chez les malades, nous parais-
sent devoir leur existence à des mouvemens
extraordinaires de contraction et d'expansion
dans la couche des nerfs optiques et dans
le nerf optique même, surtout devant l'en-
tonnoir, où les deux nerfs optiques forment
un ganglion, et à un certain mouvement
oscillatoire de polarité , qui produit une ex-
tase spirituelle et intuitive, et qui donne lieu
au pressentiment chez certains individus.
Car, si nous admettons que les facultés de
l'ame ont leur siège dans le cerveau, et que
ce n'est que là qu'elles puissent atteindre le
plus haut degré de perfection et y produire
une intuition particulière, pourquoi n'ad-
mettrions-nous pas aussi que la faculté du
pressentiment et des visions existe dans les
organes nerveux dont nous avons parlé ?
Nous avons été conduits à cette idée par le
( H )
rapport d'expansion et de contraction des
paupières, et surtout par la mimique si ex-
pressive et en quelque manière magique de
l'oeil même pendant le pressentiment.
En effet, de même que les yeux, dans leur
action mimique, offrent, par l'effet des mouve-
mens de l'ame, des regards particuliers déter-
minés par les oscillations du cerveau : de même
l'oeil d'un visionnaire doit représenter une
image subjective, parce qu'il existe, et que
l'on doit admettre dans la couche des nerfs
optiques, dans le nerf optique et dans le gan-
glion , une oscillation et une polarisation
extraordinaires. En conséquence, la faculté
représentative et tout ce qui détermine les
visions spirituelles et physiques, et les visions
elles-mêmes, agit sur l'oeil, et change la vue
plastique, les regards et leurs nuances, ainsi
que nous l'exposerons , dans le cours de
l'ouvrage même, d'une manière plus posi-
tive et plus circonstanciée.
Qu'on lise sur les pressentimens :
PLUTARCHUS, de defeatu oraculorum; totn. 2,0p. p. 196.
PET. PETITUS , de sybillis ; lib. 1, cap. 8, p. 3o.
A. H. FASCH, Diss. deproedictione mortis. Jen. 1686, 111-4.°
BAIER, Diss. deproesagiis animi. Jence, 1699.
Miscellanies collected by JOHN AUBRY; id est : Miscellanea
de singularibus dierum et locorum fatis , ostentis, ominibus,
somniis , visionibus, vocibus ac puhibus auditis, vaticiniis,
(*5)
miraculis, oraculis , etc. ; collecta à Jo. AJLBERICO. Lond.
1721 ; in-8." 16 B.
J. J. SUCRO, Ueber die Ahndungen. Brandenburg, 175g:
m-8.° 8 B.
CHR. FR. ËSCHENBACH , Obs. de cegra mortis diem proesa-
giente ; in dessen Observât, anat. chirurg. medic. rarior.
Ed. Alt. Rostoch. 1769; ire-8.° p. 445 — 447.
RUEDIGÊR, Phys. divin. I. I, cap. 4; sect. 4, §. 43.
SPINOZA, in Tract, theol. pol. cap. 2 , p. 28.
CHRISTIAN JUNCKER, de Mortibus ominosis.
WALCHS Philos. Lexicon. Vierte Ausg. iter Th. S. 160.
FRIEDR. HtjFELAND, ilber Sympathie. Weimar, 1811; £11-8,°
Nous passons sous silence les visions magné-
tiques dont HEINECKE , KLUGE , STIEGLITZ ,
ESCHENMAYER et autres, traitent fort au
long, ainsi que les visions dans les songes,
dont déjà HIPPOCRATE, GALIEN, FR. HOFF-
MANN, DARWIN,. LICHTENBERG, UNZER, MO-
RITZ, SCHUBERT et autres ont fait mention,
et nous nous attachons de préférence à con-
sidérer l'oeil sous le rapport physiognomo-
nique, mais en abrégé.
Si, en réfléchissant sur les travaux scien-
tifiques de quelques grands hommes, nous
trouvons que plusieurs d'entre eux se sont
efforcés de découvrir la propension aux vertus
ou aux vices, soit dans les traits du visage,
soit par la structure du crâne, et de fixer à
cet égard des règles et des préceptes systéma-
tiques; il faut convenir que nous nous sommes
3
toujours aperçus que l'on avait traité ces
objets trop isolément, puisque le grand et
immortel LAVATER, ainsi que le docteur GALL,
ont toujours attaché trop de valeur aux par-
ties isolées de leur objet, sans en embrasser
la totalité, et sans bâtir leur édifice sur les
bases de la critique et de la synthèse. J. CHR.
LICHTENBÈRG 1 dit avec raison, en parlant du
docteur GALL : « Il ne faut point disserter sur
« la forme extérieure de la tête, dans laquelle
«.habite un être libre, comme sur une ci-
« trouille, ni prétendre calculer les événe-
« mens qui dépendent de cet être, comme
« on calcule les éclipses. a
Remarquons, au sujet du Traité de phy-
sionomie de LAVATER , que cet auteur s'oc-
cupe non-seulement de l'expression plastique
que les mouvemens de lame opèrent sur les
traits du visage, mais qu'il entre aussi dans
quelques détails sur le tableau des yeux.
Cependant il nous paraît qu'il n'a eu que
peu d'égard, et en passant seulement, à la
nature et à la mimique de/yeux. S'il avait
mis à profit les observations d'ARisTOTE,
de POLÉMON , de PLINE, d'ApHRODisius, de
GALIEN , et surtout de PORTA 12, chez lequel
i Veber Physiogn.; in dessen verrn. Schrifi. 3. B., S. 5o8.
2 De hum.phys. J. B. PORT.E , Neap. I, IV, etc. Urs. MDCI.
in )
on trouve sur cet objet, depuis la page 371
jusqu'à 447 > un trésor de vérités ; ce grand
homme n'aurait point"traité de la mimique
des yeux si brièvement, et sous les seuls rap-
ports de l'histoire de la physionomie.
D'après notre manière de voir, on ne pourra
établir par la suite une physionomie scienti-
fique que lorsqu'on prendra l'oeil pour base,
qu'on partira primitivement de cet organe,
qu'on rattachera en même temps à la mimique
de l'oeil le tableau de la face et du crâne, et
qu'on jugera et appréciera ces données avec
un esprit philosophique. Ce n'est qu'à ces
conditions que des hommes pensans réussi-
ront à fonder et à établir une physionomie
rationnelle. Alors on se convaincra sans doute
que l'on peut reconnaître dans quelques yeux
humains ceux de quelques animaux, comme,
par exemple, l'oeil malin du renard dans celui
d'un homme malin, l'oeil de la brebis dans
celui de l'homme borné ou imbécille.
Plusieurs auteurs ingénieux ont déjà fait
mention, dans leurs ouvrages classiques, de
l'importance de l'oeil considéré conjointe-
ment avec la mimique du visage, et sous le
rapport des mouvemens de l'esprit et du ca-
ractère: telssontSALOMON, JÉSUS filsdeSiRACH,
GALIEN, PLINE, GICÉRON, MONTAIGNE, BACON,
( s8 ) .
EËNESTI, HALLER, SULZER, WOLF, GELLERT,
et même LAVATER.
Les poètes, tant anciens que modernes, ont
toujours préconisé dans leurs chants le langage
des yeux, et ont cherché à immortaliser l'oeil
et sa mimique. Us ont saisi le beau de l'oeil
lui-même, et l'ame avec ses mouvemens nuan-
cés, telle qu'elle se peint dans l'oeil; dans leur
enthousiasme ils ont chanté les passions dans
la mimique de l'oeil, et ils ont mérité par là
des lauriers immortels. 11 suffit de nommer
ici HOMÈRE, SCHILLER, GOETHE, SHERIDAN, etc.
Les grands artistes plastiques prouvent éga-
lement, par leurs chefs -d'oeuvres, qu'ils ont
attaché la plus grande importance à bien
présenter l'oeil, dans lequel on reconnaît
pour ainsi dire toute l'étendue de leur génie.
Ils ont su mettre une expression particulière,
une-véritable vie, dans les yeux de leur sujet;
et, après des siècles entiers, l'observateur ne
petit s'empêcher de payer à l'auteur un juste
tribut d'admiration.
Pour démontrer ce fait, nous ne citerons
point des artistes de l'école italienne ou des
autres écoles étrangères; nous nous bornons
à quelques exemples de notre école alle-
mande, qui ne laisseront pas de doute sur
cette vérité.
(39)
Nous avons sous les yeux l'excellent por-
trait d'ALBERT DURER, fait, en i593, par cet
artiste lui-même, à l'âge de 52 ans. Dans
ce tableau, les yeux de l'artiste sont surtout
rendus avec une habileté admh'able. Son vaste
génie brille clairement dans ces grands yeux
bruns, perçans, qui sont si bien peints qu'ils
semblent vivre. Toutes les parties de l'oeil
montrent une exactitude «natomique, une
vérité et une perspicacité qui nous font con-
naître suffisamment le génie d'ALBERT DURER.
En un mot, ces yeux sont exécutés avec une
telle adresse, surtout en ce qui concerne la
répartition symétrique de la lumière et des
ombres, que l'on ne saurait assez les considé-
rer et les admirer, et que, plus on les regarde,
plus on désire s'y arrêter, ainsi que sur l'image
entière, afin d'admirer l'art de l'ancienne
école allemande, qui a atteint son plus haut
degré de perfection dans cet illustre artiste.
Un autre portrait, non moins célèbre, est
celui de Martin Luther, peint par LUCAS
KRANACH. On y admire surtout les yeux,
qui sont très-expressifs et inspirent le res-
pect. Le regard est ferme, et l'artiste a su y
imprimer une telle expression d'un saint
amour et de persévérance, qu'il est impos-
sible d'y méconnaître le caractère inébran-
(5o)
lable de ce grand homme. Un être sublime
et particulier semble animer ces yeux : ce
qui nous rappelle à la fois l'esprit immortel
de Luther, et le génie admirable de KRANACH.
Il a su donner à l'oeil droit une expression
particulière, qu'il avait réellement; il est un
peu plus contracté en comparaison de l'oeil
gauche, et son regard montre une perspica-
cité inébranlable, comme s'il voulait pénétrer
l'univers entier. Au reste, l'artiste a parfaite-
ment réussi à exprimer, dans toutes les parties
du visage et de l'ensemble, le caractère de
Luther.
ALBERT DURER n'a pas montré un moindre
génie dans le portrait de Jean-Frédéric le
Magnanime. Les grands yeux noirs, pour ainsi
dire parlans, de ce prince Arraiment infortu-
né, mais dont l'histoire, les souverains et les
peuples conserveront un éternel souvenir,
semblent pleins de vie; ils expriment la bien-
veillance, la clémence, une piété sans hypo-
crisie, un esprit tolérant, et néanmoins une
persévérance et une grandeur d'ame inébran-
lables. Au reste, l'artiste sut répandre sur toute
la physionomie la magnanimité, le courage et
l'expression, et une sévérité particulière sur
les lèvres, de sorte qu'on ne se lasse pas d'ad-
mirer avec enthousiasme ce précieux tableau.
(5i )
Finalement, il faut que nous fassions encore
mention d'un ouvrage rare, mais classique,
de REUSSNER 1, dans lequel on trouve des
gravures en bois inimitables des plus illustres
savans , poètes , philosophes et artistes de
l'Italie, de l'Allemagne et de l'Angleterre. Il
règne une expression incroyable dans les
yeux et les physionomies de ces portraits.
Mais nous invitons à examiner l'ouvrage
même dans les bibliothèques , et l'on se
convaincra que ces gravures sont d'une per-
fection , d'une beauté peu communes, et
qu'elles répondent à tout ce qu'on peut dé-
sirer de l'art. Ces excellentes gravures en bois
ont été dessinées et gravées par TOBIE STIM-
MER. L'éditeur de l'ouvrage en fait l'éloge
suivant : Similis plane thésaurus iconum plu-
rimarum, non modo bellica virtute, sed etiam
litterarum gloria illustrium virorum, ad vivum
expressorum in Museo Joviano adhuc cernitur ;
ex^quarum archetypo a nobili artifice TOBIA
STIMMER summa fide depictoe, et magno stu-
dio nec minore sumtu in publicum postea
i Icônes sive imagines vivoe, litteris Cl. virorum Italioe,
Groecioe, Germanioe , Gallioe, Anglioe, Ungarioe; exUypis
WaldMrchianis in lucem productoe : cum elogiis variis, per
NICOL. REUSSNERUM, J. C. et P. C. Basilcoe, apud Conr. Wald-
hirch. MDXIC.
( 32 )
prolatoe a PETRO PERNA , viro optimo et libra-
rio diligentissimo, etc.
L'on admire particulièrement l'expression
et la vie qui régnent dans le portrait d'Aris-
tote, dont les yeux attestent le génie de ce
grand homme. On remarque encore dans ce
même ouvrage , sous le rapport de l'expres-
sion dans les yeux , les portraits de Claude
Ptolêmée, d'Alexandre le mathématicien, du
Dante, de Pétrarque, Fracastor, Arioste, du
Titien , de Michel Ange, et nombre d'autres.
Puissent les artistes qui se plaisent à réflé-
chir, mettre à profit les idées que nous ve-
nons de développer ! puissent-ils étudier les
anciens chefs-d'oeuvre de la peinture avec
goût et sentiment; surtout reconnaître et
saisir l'oeil, comme, l'objet le plus important
et le plus caractéristique, comme la base de
l'expression de la physionomie !
Arrêtons-nous encore un instant sur la diffé-
rence qu'on observe, dans le tableau des yeux,
entre ceux de la femme et ceux de l'homme.
Chez la femme, la sensibilité prédomine en
général, et la raison lui est subordonnée;
tandis qu'au contraire, chez l'homme, c'est
la raison qui l'emporte sur la sensibilité, et
la force est plus prononcée : c'est pourquoi
l'oeil de la femme, surtout quand l'ame est
( 33)
calme, offre l'aménité, la douceur et l'ama-
bilité ; tandis que dans l'oeil de l'homme
règne la fermeté de caractère, la résolution,
un sérieux viril et la force. Mais, dans les agi-
tations ou les orages de l'ame, l'on aperçoit
aussi la plus grande vivacité mimique dans
l'oeil de la femme. Quand il est animé par la
colère, l'envie ou la manie de dominer, ni
l'esprit, ni la raison ne peuvent l'adoucir;
dans ces circonstances il se montre plus
effréné et plus terrible que l'oeil de l'homme,
et les furies infernales semblent avoir établi
leur séjour dans les yeux d'une femme do-
minée par ces passions.
Sans doute, dans ces deux sortes de ta-
bleaux mimiques des yeux, le tempérament,
l'organisation individuelle, le genre de vie
et l'éducation du sujet, ont une grande in-
fluence ; circonstance que le psychologue et
le médecin doivent observer avec discerne-
ment , afin d'y avoir égard.
(H)
AUTEURS.
Apliorismi Hippocratis, accurante Theodoro Jansonio
ab Àlmeloveen, Med.Doct, Amslel. cioiocLxxxr,
Hippocratis Coacoe proenotiones, proedicta et proeceptio-
nes. Nova editio, e typis Feugueray. Parisiis,
MDCCCXI.
Prosper Alpinus, de proesagienda vita et morte oegro-
tantium ; lib. 7. Venet. MDCI • in-^.°
Sim. Paul. Hilscheri Pr. de ocidis, sanitalis et mot-ho-
rion judicibus. Jen. 1745.
Herm. Paul. Juch, r. Schiitz, Diss. de oculis, ut signo.
Erford. 1748.
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z«-8.°
C G. Selle, Rudimenta pyretologioe melhodicoe ; edit. 3.
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Heinrich Nudow, ùber die Zeichendeutung des mensch-
lichen Auges in Krankheiten ; aus dem Lalein.
ùbersetzt; nebst einer Forerinnerung und einigen'
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( 35)
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( 36 )
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Wilh. Andr. Haase, ùber die Erkenntniss und Cur der
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das Auge in âsthetischer Hinsicht ; zum Bestem
nothleidender Armuth herausgegeben. Mit einem
Kupfer. Koestritz, 1817; in-8.° (Die trejflichen
Ideen ùber das Auge sind von dessen verstorbe-
nem Bruder, Friedrich Schottin.)
C. W« Hufeland, Erlauterungen seiner Zusàtze zu
Stieglitz Schrift ùber den animalischen Magnetis-
mus. Berlin, 1817 ; w-8.°
TABLEAU
DE LA
SÉMÉIOLOGIE DE L'OEIL.
Hulce lumen, et delectabile est oculis -videre soient.
ECCLES. II.
S- i-er
JLJ'OEIL est incontestablement le plus bel organe de
l'homme , et le sens le plus exquis, celui qui offre
la plus grande perfection organique. Les yeux sont
les Dioscures ï de l'homme. De même que l'oeil
du ciel, la gloire du firmament, le soleil, e'claire
toute la nature et répand l'éclat et la vie dans
les mondes, relève et vivifie les montagnes et les
valle'es, les plantes et les eaux : de même toute la
physionomie de l'homme est releve'e, vivifiée et
glorifie'e par l'oeil, ce chef-d'oeuvre de la cre'ation.
Lorsque cet admirable organe est de'truit ou désor-
i C'est le surnom des deux fils de Jupiter , Castor et
Pollux. {Noie du Traducteur.)
( 38)
ganisé, la beauté du visage s'altère, toute son ex-
pression se perd , et la vie psychique , qui donnait
l'ame à la physionomie en lui imprimant des mou-
vemens varie's , s'éteint et disparaît.
S- *■
C'est dans l'oeil que se réunissent les trois élé-
mens de l'organisme; mais, en vertu de la struc-
ture individuelle de cet organe, l'élément ner-
veux y prédomine toujours : c'est dans l'oeil que
l'ame a proprement son siège ; c'est dans l'oeil
que se montre l'expression plastique des passions.
Les moindres mouvemens de l'ame , dans leur
naissance et dans leur maturité, sont perceptibles
à chaque instant dans l'oeil, et tout observateur
attentif trouvera cette importante vérité constam-
ment confirmée. L'esprit, la raison, le génie, la
pensée, et l'idée subite, ou l'éclair de l'ame,
toutes ces facultés intellectuelles ne se peignent-
elles pas dans l'oeil ? Demandez aux psycho-
logues , aux grands et vrais penseurs, si le gé-
nie, qui peut tout embrasser, n'est pas facile à
reconnaître dans le regard, et si la richesse des
idées ne brille pas clairement dans cet organe
divin? C'est pourquoi CICERON dit, avec autant
d'éloquence que de vérité : Nihil est difficiliuf,
quam a consuetudine oculorum mentis aciem
abducere. Ouvrez l'histoire des monarques, et
(39)
vous verrez que les grands rois portaient la gran-
deur de l'esprit empreinte dans leurs yeux : vous
ne trouverez d'exception que dans les cas où une
fureur digne des tigres, une tyrannie sans bornes,
ou le mécontentement de soi - même troublait
l'empreinte des rayons de l'esprit dans les yeux.
Le génie universel de /. César, n'était-il pas suffi-
samment exprimé dans son oeil ? Frédéric le
Grand n'écrasait-il pas tout par la foudre de ses
yeux? son génie transcendant n'étincelait-il pas
dans ses regards, comme une mer de feu ? Son
oeil annonçait d'avance ses volontés, et ses paroles
étaient, en quelque manière, les expressions plas-
tiques et sonores de son génie rare et extraordi-
naire ,• qui se peignait dans ses regards.
S- 3.
Il est incontestable que l'empreinte du génie
des grands hommes, même de ceux qui existent
dans la vie privée , se distingue évidemment dans
les yeux, comme un don des dieux. Considérez
l'oeil, aussi beau qu'éloquent, de notre Homère,
M. de GOETHE : l'on y voit briller un ciel étoile,
la sublime épopée, et les aimables chants lyriques.
Dans ma jeunesse déjà j'observais, j'admirais, avec
un profond respect, l'oeil céleste de SCHILLER,
le Shakespear allemand. L'on y voyait rayonner le
sublime d'Échyle, le beau de Sophocle, et fimnior-
( 4o )
tel d'Euripide. Son oeil était pour ainsi dire le'
médiateur entre son caractère pénétrant et son
esprit poétique ; c'est pourquoi il souriait quelque-
fois avec autant de douceur que la violette du
printemps, et s'enflammait d'autres fois comme un
éclair par l'inspiration de la Muse. Le merveilleux,
un mystérieux et profond ravissement, étaient
confondus dans l'oeil du favori du dieu de Délos.
Qui n'aurait pas été saisi d'étonnenient à l'aspect des,
yeux expressifs de nos philosophes modernes! Le
feu qui brillait dans l'oeil de FICHTÉ, annonçait
que ce philosophe était pénétré de la science par
excellence. Dans les yeux de SCHELLING on aper-
cevait l'infini de la nature, la profondeur de la-
pensée, et le vol inexplicable des idées. Quelle,
différence entre ces yeux et ceux des pseudo-
philosophes , dans lesquels on ne peut méconnaî-
tre l'affaissement, le défaut de vie et une véritable
faiblesse d'esprit : qualités qui se reproduisent
dans leurs verbeux écrits, vides de sens.
§• 4-
L'immortel PLATON paraît avoir déjà connu ces
rayonnemens de l'esprit dans les yeux; il en juge
de la manière suivante, d'après la traduction
de FICINUS : Sed ex omnibus faciei partibus
primi luciferi oculorum orbes coruscant, liac
causa dati. Lgnis certe illius, qui non urit
( 4* )
quidem, sed illuminando suaviler diem invehit
mundo, participes oculorum orbes dii fece-
runt. Intimum si quidem nostricorporis ignem,
hujus ignis germanum sincerumque, per oculos
emanare voluerunt, in quibus lenis conges-
tusque ubique ignis hujusmodi sit, sed per
eorum duntàxat solidiorem angustamque me-
dietatem ignis purior evolet, crassior vero
cohibeatur. Itaque, cuvi diurnum lumen ap-
plicat se visus radio, tune ea duo in ter se
similia concurrentia atque commixta, quo
oculorum acies diriguntur, ibi in unius jam
domestici corporis coheerent speciem, ubicun-
que videlicet tam intimi quam externi lumi-
nis fit concursus. Totum igitur hoc proptér
similitudinem„ passionem eandem sortitum,
cwn quid aliud tangit, vel ipsum ab alio
tangitur, motum hujusmodi ad corpus omne,
per que id ad animam usque diffundens, sen-
sum ejjficit, qui visus vocatur. At postquam
in noctem discesserit cognalus ignis, visionis
radius evanescit. PLATO in Timoeo, p. m. io56.
§.5. • ' -
De même que la force innée de l'esprit se
peint distinctement dans l'oeil, de même on y
remarque aussi le manque et la pauvreté de l'es-
prit. L'oeil de l'homme sans esprit est terne ; ses
4
(.43 )
regards sont lents et fréquemment tournés du
même côté : en un mot, il manque de vie et
de feu. C'est pourquoi MARC PALINGÈNE dit,
avec tant de force et de vérité : '
Has species menti (capitis namque arce suprema
Mens habitat, solioque sedet regaliter alto)
Ostendunt oculi ; nunc prudens Ma sagaxque
Cognoscit rem, cujus adest formalis imago.
S- 6-
C'est ici le lieu de parler de l'effet des affec-
tions de l'ame, ou des passions, sur l'organe de
la vue. Les passions naissent primitivement dans
le sensorium commune, et rejaillissent de là,
dans le même moment, sur les yeux, dont elles
augmentent ou diminuent les fonctions et l'éclat,
suivant qu'elles exercent une action plus ou moins
débilitante sur l'organisme entier, ou sur ses
parties.
§•7-
La joie, dit l'ingénieux GUERRES , anime et
colore le visage, enflamme les yeux, et les rend
brillans ; le pouls se développe ; la chaleur que
les artères portent à toutes les parties du corps,
augmente ; les sécrétions deviennent plus abon-
dantes, etc. La joie se prononce dans l'oeil par un.
doux éclat, qui se répand sur l'albuginée et la cor-
née, et qui, par suite de la dilatation de l'iris, occa-
(45)
sionée par l'abord du sang , communique à la
pupille un air particulier, plus facile à sentir qu'à
décrire. Un rayon divin brille dans l'oeil animé
par la joie, et les autres parties de la face de-
viennent plus expressives. La joie est facile à
reconnaître dans l'oeil, et tout observateur exact
y distinguera aussi, sans beaucoup de peine, la
joie interne, ou le contentement de l'ame.
§• 8.
L'amour heureux se montre dans l'organe de
la vue d'une manière assez analogue à la joie : il
rayonne avec douceur, et anime voluptueusement
les parties de cet organe; l'iris paraît comme
plongé dans l'eau ; le ravissement se peint dans
la pupille, et une langueur voluptueuse entoure
la cornée et la conjonctive : de là vient qu'on
dit ordinairement de ces yeux qu'ils sont ivres
d'amour. Il faut que nous fassions encore men-
tion du langage des yeux entre les amoureux,
objet digne de l'attention du psychologue. L'amour
qui brille dans leurs yeux excite les sens, et les
sensations qui en naissent passent réciproquement
des yeux de l'un dans ceux de l'autre : c'est
pourquoi ils paraissent, dans ces momens, tantôt
pleins de feu, tantôt remplis de douceur ; ils se
portent en avant ou de côté, ou se fixent avec
ardeur sur l'objet aimé ; ou, comme le dit
( 44 )
Chrysippe dans PLUTARQUE , IV (de placitis
Philos, cap. i5) : perfunduntur ex oculo radii
ignei.
Un autre philosophe décrit les effets de l'amour,
dans l'organisme et sur l'oeil, de la manière sui«
vante : Amor vulgaris est fascinatio qucedam.
Quidmirum, si patefactus oculus et intentus
in aliquem radiorum suorum aculeos in ad-
stantes oculos jaculatur, atque etiam cum
aculeis istis, qui spirituum véhicula sunt,
sanguineum illum vaporem, quem spiritum
nuncupamus, intendit? Hinc vlrulentus acu-
leus transverberat oculos : cumque a corde
percutientis mittatur, hominis perculsi proe*
cordia, quasi regionem propriam repetit, cor
vulnerat, inque ejus duriori dorso hebescit,
reditque in sanguinem. MARS. FICINUS, com-
mentarius in PLATON. Conviv. cap. LV.
C'est dans l'oeil que l'amour célèbre son
triomphe, et VALLERIOLA, obs. 7, lib. 2, peint
admirablement la sympathie amoureuse des yeux,
en ces termes : Hic spiritus incensus, et jam
amatce rei specie agitatus, cor exagitat,-.in-
Jlammat, uritque nimio motu atque caloris
oestu; dum vehementer potiri re amata amans
desiderat, dumque vicissim Ma nitentes in
illum oculos convertit, adeoque mutuo ad-
spectu amantes visorios utrinque manantes-
' ( 45 )
radios complicant et eommiscent, annon ad-
spectu amatorio prcecordia spirituali telo vi-
gent, et una cum adspectu mutuo alter alte-
rius amorem combibet ?
Oui ; l'amour a mis dans l'organe divin de l'oeil
la mimique la plus éloquente et la plus 1 signi-
ficative , que se rappelleront sans doute tous
ceux qui, dans l'âge d'or de la vie, aimèrent
ou furent aimés.
§•9-
L'amour malheureux ne se peint pas moins fidè-
lement dans l'oeil; mais, pour apprécier l'expres-
sion de cette passion dans le regard, il faut que
l'observateur porte aussi son attention sur les par-
ties qui environnent les yeux, et qu'il sache les
juger comparativement avec ces organes. Le front
de l'amant malheureux est le siège d'une froideur
particulière; les paupières supérieures sont forte-
ment inclinées sui^ l'oeil ; la tristesse et le désir de
revoir l'objet aimé appesantissent les paupières; les
cils sont en repos et tournés en bas, comme s'ils
étaient les interprètes des souffrances de l'ame. L'oeil
soulève avec timidité les paupières ; le chagrin,
la douleur de l'ame, le manque d'espoir et les
regrets , sont visibles dans la cornée et la con-
jonctive. L'iris, chez les amans malheureux, est
plutôt resserré que dilaté, de sorte que la pupille
( 46 )
paraît plutôt petite que ronde et élargie : les mou-
vemens de l'oeil sont lents et abattus.
§• i°-
Examinons maintenant la représentation plas-
tique de la pudeur dans l'oeil. D'abord, par la
surprise qui s'y joint ordinairement, la pudeur
produit une exaltation des propriétés vitales dans
les organes du corps ; le sang se porte davan-
tage vers la poitrine et le visage : de là vient la
rougeur qui colore les joues. L'oeil s'ouvre, et
s'agrandit d'abord par l'effet de la surprise : mais
bientôt il se concentre ; il se baisse vers la terre,
et les paupières reposent avec une modeste dou-
ceur sur l'oeil à demi couvert, qui les écarte avec
timidité. L'innocence et la modestie siègent ami-
calement sur l'oeil, et, établissant leur séjour dans
l'iris et sur toute la physionomie, ils y répandent
une harmonie admirable.
§• »!•
La peur se manifeste dans l'oeil par diverses
nuances : elle cause tantôt le trouble, l'illusion
et la faiblesse ; tantôt le frisson, le tremble-
ment des membres, des palpitations de coeur,
etc. Dans l'oeil même on observe l'inquiétude
et l'instabilité ; il paraît agrandi ; il se meut
(47)
brusquement d'un côté vers l'autre ; l'iris offre
une tension jointe à une oscillation réciproque
et extraordinaire; des regards fixes alternent avec
des regards mobiles ; la pupille est plutôt agran-
die que resserrée ; l'étonnement, mêlé de frayeur
et d'anxiété , se peint dans l'oeil ; les paupières
sont plus retirées que de coutume ; les cils sont
plus recourbés et tournés vers les paupières; et
c'est avec raison que FROMMANN dit à ce sujet :
In valescente melu sub palpebris turbidi re-
fugium quoerunt.
L'affliction et le désir de se revoir, passions
qui attaquent vivement le moral et le physique ,
se peignent dans les yeux par des regards abat-
tus. L'oeil paraît trouble ; ses mouvemens sont
lents, les regards tristes, la cornée comme cou-
verte d'un nuage; l'albuginée est d'un bleu
aqueux ; la pupille est plus dilatée, et les vais-
seaux de l'iris offrent une couleur brune rou-
geâtre. Si la tristesse parvient à son comble, l'on
voit survenir la crise bienfaisante des larmes.
Mais, si la tristesse passe au désespoir ou à
l'espoir chimérique, cette lutte de l'ame se mani-
feste dans les yeux par des regards farouches
( 48 )
et convulsifs ; l'iris et ses vaisseaux deviennent
plus rouges, et le blanc de l'oeil est brillant et
rayonnant.
S- »4-
Nulle affection de l'ame n'est plus prononcée
dans l'oeil que la colère : elle s'y peint, pour
ainsi dire, comme un démon infernal ; des
torrens électriques jaillissent des yeux, qui res-
semblent alors à un ciel orageux traversé par
les éclairs, ou à un ouragan qui brise les ro-
chers et déracine les chênes, et répand la crainte
et la terreur dans toute la nature. Dans ces accès
de colère l'oeil étincelle ; les humeurs de l'oeil
dilatent la cornée; un feu sauvage entoure l'iris;
la pupille est plus rélrécie ; le blanc de l'oeil est
brillant, et ses vaisseaux sont gorgés de sang.
L'oeil, dans cet état, semble vouloir tout dévo-
rer, écraser ou foudroyer. Les autres parties de
la face portent aussi l'empreinte de cette pas-r
sion indomptable : le visage devient rouge ; les
lèvres se tuméfient; les muscles de la face se
contractent et entrent en convulsions ; la tête
s'échauffe et devient brûlante, etc.
GUERRES décrit parfaitement les effets de la
colère en disant : « La colère fait gonfler les
« veines ; les yeux étincellent et font jaillir des
« flammes; le visage devient rouge et brûlant;.
(49)
« les lèvres tremblent ; la bouche se couvre
« d'une écume produite par la sécrétion plus
« abondante de la salive; le coeur bat avec vio-
« lence ; la respiration est accélérée, et le lait
« de la nourrice devient, par l'effet de la co-
« 1ère, un poison pour l'enfant. »
S- l5-
L'envie est encore une passion qui se prononce
fortement dans l'oeil. Elle naît dans l'imagination
ou dans l'ame, et acquiert sa maturité dans le
caractère ; elle attaque primitivement la sensibilité
de l'homme, et ses dangereux effets s'étendent se-
condairement sur les systèmes végétatif et irritable
de l'organisme. L'envie se peint autour des yeux et
dans les yeux mêmes, ainsi que sur toute la face.
Les sourcils et les paupières, plus resserrés, perdent
leur liberté«t leur mobilité : l'oeil est, pour ainsi
dire, rentré en lui-même et fixé vers la terre ; il
ne peut supporter les regards d'autrui : en certains
momens il paraît vouloir tout dominer, et tourne
tantôt ses regards librement autour de lui, tantôt
il ne se porte sur les objets qu'avec un cer-
tain effroi. Mais ces symptômes ne sont à re-
marquer que lorsque l'envieux a quelque espoir
qui flatte sa passion : ce moment est-il passé,
l'oeil redevient ombrageux, jaloux; la pupille est
plus resserrée que dilatée, et l'iris paraît d'un brun
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rouge dans les yeux noirs, et d'un rouge clair dans
les yeux bleus. Ces phénomènes attestent l'augmen-
tation d'activité du système sanguin dans l'iris,
activité produite par l'humeur hargneuse et infer-
nale qui domine le sujet. Le blanc de l'oeil est
jaunâtre , sale, mat, et souvent trouble. Aussi
PALINGÈNE dit fort bien :
Improba pestis
Diffundens sese totos contaminât artus,
Proesertimque oculos angit.
Cet oeil envieux poursuit l'homme content, à
cause de son contentement; l'homme heureux,
pour son bonheur même : c'est pourquoi il ne
jette que des regards furtifs sur les autres hommes;
il est sombre, et ne se repose pas sur les ob-
jets avec celle liberté et cette aisance qui sont
le partage de l'homme heureux ou livré à la joie.
Ce reflet du caractère ne permet aucune dissi-
mulation des sentimens. L'envie montre l'enfer
dans l'oeil, tandis que la joie y fait apercevoir
un ciel serein. OVIDE, le chantre romain, a
parfaitement caractérisé l'envie dans les vers sui-
vans :
Pallor in ore sedet, macies in corpore toto;
Nusquam recta acies; livent rubigine dentés,
Pectora felle virent, lingua est suffusa veneno;
Risus abest, nisi quem visi movere dolores:
Nec fruitur somno, vigilantibus excita curis ;
( fr )
Sed videt ingratos, intabescitque videndo
Successus hominum, etc.
§• »6.
Le tableau que nous venons de tracer de l'oeil
de l'envieux ne présente des traits aussi hideux que
lorsque la passion l'emporte absolument sur la
raison , et qu'elle devient la disposition cons
tante, prédominante, et habituelle du caractère.
Lorsqu'au contraire elle ne se montre que passa-
gèrement et dans certaines circonstances de la
vie, son expression n'est point aussi remarquable
dans l'organe de la vue ; car alors, la raison con-
servant son libre cours, il peut se faire que cette
passion soit excitée par des motifs justes et raison-
nables , et domine accidentellement l'homme même
sur lequel la raison a le plus d'empire. Cherchons à
éclaircir le fait par un exemple. Si un ami éclairé
de la patrie et du peuple découvre un écrivain sco-
laslique à tête carrée, qui attaque les droits des
peuples et mine leur liberté individuelle par des
sophismes trompeurs, ou qui, par rapport à leurs
opinions religieuses et politiques, voudrait les rayer
de la liste des nations ; si, dis-je, un homme d'es-
prit veut s'élever contre un tel fanatique et réfu-
ter ses principes anti-philosophiques par des rai-
sonnemens puisés dans le droit naturel, et qu'il
se voie prévenu par un autre philanthrope dans
( 5a)
la défense des droits imprescriptibles des peuples;
si alors il sent s'élever "dans son coeur quelques
mouvemens d'envie pour avoir été privé de l'occa-
sion de porter la parole dans une si belle cause,
gardons-nous de confondre celte envie vertueuse
avec l'envie criminelle que nous avons décrite et
qui se peint d'une manière si frappante dans les yeux.
Il paraît que DÉMOSTHÈNE, dans son Oraison pour
Ctésiphonle, avait la première en vue, lorsqu'il dit :
Quis omnium mortalium nescit, vivos omnes invi-
dia aliqua laborare, alias majore, alios minore ?
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Semblable aux affections de l'ame, la pratique
des actions vertueuses ou criminelles se peint
également d'une manière bien ostensible dans l'or-
gane de la vue. Le voleur et l'assassin portent
dans les yeux l'habitude du crime ; la misanthro-
pie est peinte au naturel dans l'oeil du tyran, et"
la mauvaise conscience, ou plutôt le doigt de
Dieu, est visiblement prononcée dans cet organe.
Un tel oeil ne jette que des regards sombres et
furtifs au travers des paupières mal assurées, et
nulle dissimulation ne vient à bout de convertir
les regards d'un tyran en ceux de la bienveillance'
et de la liberté ; car la prédominance du mal sur
le bien reparaît involontairement dans Y oeil, et
annonce le crime et la perversité. L'expressioa

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