Temps pascal

De
« Longtemps j'ai refusé d'imaginer que « Temps pascal » connaîtrait un jour la faveur d'une réédition. Il y avait belle lurette que je n'aimais plus ce roman, pourtant mon premier, dans lequel je ne voyais que l'essai gauche d'un écrivain mal armé pour l'aventure littéraire. J'avais même honte du titre, que je croyais pourtant avoir pondu dans un moment de fantaisie débridée et qui m'avait seulement valu de voir mon livre rangé parmi les ouvrages religieux dans les librairies. Audace qui avait tourné au ridicule.
Rééditer un premier livre, c'est accepter de se voir tel qu'on était jeune homme. On est d'abord pris d'un fou rire un peu gêné, comme lorsqu'on feuillette l'album de photos familial et qu'on se revoit les cheveux longs et en chemise d'enfant-fleur quétaine. Suit la vague honte qui nous fait tomber les bras à la relecture de nos premières lettres d'amour, dont la sincérité rachète rarement la mièvrerie et les fautes de français. Enfin, on est trompé par cet orgueil mal compris qui nous fait croire à tort qu'on a dépassé tout cela, qu'on est rendu ailleurs, etc. À tort parce qu'on aperçoit aisément dans un premier livre l'écrivain qu'on va devenir.
Non, il faut oser y croire, une réédition est riche de surprises agréables. »
Publié le : jeudi 20 décembre 2012
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EAN13 : 9782894235676
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BIBLIOTHÈQUECANADIENNE-FRANÇAISE
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Temps pascal
DU MÊME AUTEUR chez le même éditeur
Le Canon des Gobelins, nouvelles, 1995.
NOUVELLES. Nouvelles de la capitale – Le Canon des Gobelins BCF, 2001.
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,
Daniel Poliquin
Temps pascal roman
préface de Daniel Poliquin postface de Lucie Hotte
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Poliquin, Daniel Temps pascal: roman / Daniel Poliquin; préface de Daniel Poliquin, postface de Lucie Hotte. – 2e éd. (Bibliothèque canadiennefrançaise) Éd. originale : Montréal: Pierre Tisseyre, 1982. ISBN 9782895310433 1. Titre. II. Collection : Bibliothèque canadiennefrançaise (Ottawa, Ont.) PS8581.0285T45 2003 C843’.54 C20039054012
Diffusion au Canada : Dimédia
Ancrées dans le NouvelOntario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. La maison d’édition remercie le Conseil des Arts de l’Ontario, le Conseil des Arts du Canada, le Patrimoine canadien (programme Développement des communautés de langue officielle et Fonds du livre du Canada) et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
La Bibliothèque canadiennefrançaise est une collection dont l’objectif est de rendre disponibles des œuvres importantes de la littérature canadiennefrançaise à un coût modique.
Mise en pages : Alexandre Yergeau Correction des épreuves : Jacques Côté Œuvre photographique de la couverture : Christian Quesnel, « Porte de caveau à Bayeux », 2003 Conception graphique : Christian Quesnel Imprimé au Canada.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Cet ouvrage a été publié originalement aux Éditions du Nordir. Copyright © Ottawa, 2003 pour la version papier Copyright © Ottawa, 2012 pour la version électronique Éditions Prise de parole C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 www.prisedeparole.ca
ISBN 9782895310433 (Papier) ISBN 9782894236963 (PDF) ISBN 9782894235676 (ePub)
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Préface à la réédition du Nordir
ongtemps j’ai refusé d’imaginer queTemps pascalconnaîtrait un jour la faveur d’une réédition. Il y avait belle lurette que leqLuel je ne voyais que l’essai gauche d’un écrivain mal armé pour je n’aimais plus ce roman, pourtant mon premier, dans l’aventure littéraire. J’avais même honte du titre, que je croyais pourtant avoir pondu dans un moment de fantaisie débridée et qui m’avait seulement valu de voir mon livre rangé parmi les ouvrages religieux dans les librairies. Audace qui avait tourné au ridicule. Ce sont mes amis Lucie Hotte, François Ouellet, Robert Yergeau et Jacques Poirier qui m’ont fait changer d’idée. Je les remercie aujourd’hui d’avoir eu raison de mes hésitations. Rééditer un premier livre, c’est accepter de se voir tel qu’on était jeune homme. On est d’abord pris d’un fou rire un peu gêné, comme lorsqu’on feuillette l’album de photos familial et qu’on se revoit les cheveux longs et en chemise d’enfant-fleur quétaine. Suit la vague honte qui nous fait tomber les bras à la relecture de nos premières lettres d’amour, dont la sincérité rachète rarement la mièvrerie et les fautes de français. Enfin, on est trompé par cet orgueil mal compris qui nous fait croire à tort qu’on a dépassé tout cela, qu’on est rendu ailleurs, etc. À tort parce qu’on aperçoit aisément dans un premier livre l’écrivain qu’on va devenir. Non, il faut oser y croire, une réédition est riche de surprises agréables.
***
Les souvenirs sont les premiers au rendez-vous. Celui, entre autres, de ce beau jour d’avril, un Vendredi saint au soleil pâle. Dans ma promenade à rebours du vent, entre deux bancs de neige sale, je m’étais juré d’en finir avec mes velléités et d’être cet écrivain
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DANIELPOLIQUIN
dont je rêvais dès l’enfance. «Je me donne trois ans», que je m’étais dit avec la confiance de mes vingt-cinq années. Pour vaincre mes craintes, bien fondées, parmi lesquelles figuraient en bonne place la tentation du découragement et la hantise de la dérision, j’avais décidé de recourir à la technique éprouvée du traducteur que j’étais alors: fonctionner au quota, écrire une page par jour, soit 250 mots, et dans cent jours, j’aurais cent pages et 25 000 mots. Que je fini-rais par jeter, je le savais, mais qui me donneraient au moins une sorte de magma dont je finirais bien par faire de quoi. Et puis, qui sait, je trouverais peut-être des idées neuves en chemin, je me doterais d’une voix bien à moi, qui sait… Cent jours plus tard, je tenais mes cent pages; des idées et un style non, mais l’essentiel y était: j’écrivais. Le plus dur était fait: j’avais commencé. Résolution qui ne m’a jamais quitté pendant ces trois années, j’allais écrire un roman engagé. J’allais parler de ma patrie, l’On-tario français, espace littéraire alors peu peuplé et dont les artisans étaient des débutants dans mon genre: Hélène Brodeur, Jean Marc Dalpé, Doric Germain et Patrice Desbiens. Mon roman allait être ma réponse tardive au rapport Durham: j’allais prouver, dans le parler de chez nous, que l’Ontario français avait une histoire et une littérature; j’étais en ce sens un imitateur tardif mais bien inten-tionné des F.-X. Garneau et des Gaspé père et fils qui avaient voulu donner tort à celui qui avait osé dire que leur pays n’existait pas sur papier. À la différence que mon Durham à moi n’était pas le lord anglais des manuels d’histoire, mais des Québécois et des Franco-Ontariens en chair et en os qui ne croyaient pas dans l’avenir d’une culture française en Ontario et répondaient à nos velléités créatrices par des sourires amusés. J’allais leur montrer, moi… En marge de la revendication identitaire, je voulais mettre en scène un personnage qui véhiculerait toutes mes aspirations à la justice. Ce fut Léonard Gouin, qui voulut bien hurler à ma place toutes les aspirations naïves qui m’habitaient dans le temps. Quel-ques années auparavant, j’avais été choqué par la persécution des
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