1802 ou le dernier jour

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En 1802, se déroula dans les Antilles une tragédie humaine qui conduisit dans le sang au rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe et à l'indépendance d'Haïti deux ans plus tard, le 1er janvier 1804.


1802 ou Le dernier jour n'est pas seulement une pièce de théâtre historique, elle se veut aussi d'actualité. Ce huit-clos où s'entretiennent durant les cinq actes Napoléon Bonaparte, Toussaint Louverture et Louis Delgrès nous projette en effet en ce début de XXIe siècle où nombre de questions se posent à la Guadeloupe en terme de devenir. Elle montre par ailleurs une Guadeloupe solidaire d'Haïti et loin de la barbarie, appelle à une reconnaissance et une réconciliation des peuples.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844506429
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PREMIER TABLEAU
Sainte-Hélène, 4 mai 1821, minuit, demeure de Longwood, Napoléon, souffrant en robe de chambre, étendu sur le lit, délire. Il est hanté par le souvenir des années de guerre qui, au sortir de la révolution de 1789, ont conduit la France sur tous les champs de bataille. Le salon est orné de souvenirs de Joséphine, du roi de Rome et de Marie Louise. Sur le bureau, encombré de papiers et de livres, se trouve le réveil du grand Frédéric.
NAPOLÉON JE SUIS IcI l’ObjET dE TOUTES lES vExaTIOnS ET EllES nE cESSEnT dE gagnEr dU TErraIn. JE nE pEUx déSOrmaIS cOmmUnIqUEr avEc pErSOnnE, nI faIrE dE l’ExErcIcE, jE SUIS bannI danS lES déSErTS dE l’Océan, prISOnnIEr dE cE gEôlIEr anglaIS qUI SE prEnd pOUr Un gOUvErnEUr. A qUOI bOn TOUTE cETTE SUrvEIllancE ? CraInT-On EncOrE qU’à l’hEUrE dE ma mOrT jE m’échappE dE LOngwOOd ? (Il tousse, il hoquette. On entend frapper, Sir Hudson Lowe, le gouverneur de l’île de Sainte-Hélène pénètre dans l’apparte-ment de l’Empereur.)
SIR HUDSON LOWE QUEl TEmpS ! C’EST vEnT dE sIbérIE ! VIvEmEnT qUE cEla finISSE, Sa SanTé SE déTérIOrE, Il nE paSSEra paS lE prInTEmpS. (Le gouverneur prend place dans un fauteuil face à l’Empereur resté étendu sur son lit.)
NAPOLÉON PEnSE-T-On SérIEUSEmEnT, qUE jE pEUx échappEr aUx SOldaTS bOrdanT lE rIvagE, qUE jE dEScEndE lES rOcS à pIc, qUE jE mE jETTE à la nagE danS l’Océan, qUE jE franchISSE UnE prEmIèrE lIgnE dE baTEaUx, UnE SEcOndE dE vaISSEaUx dE gUErrE, rIdIcUlE, rIdIcUlE !
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(Puis apercevant Sir Hudson Lowe) JE vOUS lE dIS mOnSIEUr : VOS acTES nE vOUS hOnOrErOnT cErTaInEmEnT paS danS l’hISTOIrE !
SIR HUDSON LOWE JE nE SUIS pOUr rIEn danS lE SOrT qUI vOUS rEvIEnT ; vOUS avEz TISSé vOUS-mêmE vOTrE dESTIn à WaTErlOO. sachEz EncOrE qUE l’AnglETErrE SE dOnnE bEaUcOUp dE mal pOUr vOUS êTrE agréablE.
NAPOLÉON A WaTErlOO ! CE SOnT SOIxanTE-nEUf mIllE FrançaIS qUI OnT baTTU cEnT vIngT mIllE hOmmES ; la vIcTOIrE lEUr a éTé arrachéE EnTrE hUIT ET nEUf hEUrES ; 1 maIS par cEnT cInqUanTE mIllE hOmmES .
SIR HUDSON LOWE WEllIngTOn a lIvré baTaIllE parcE qU’Il SavaIT TOUS lES élémEnTS dE SOn côTé.
NAPOLÉON WEllIngTOn a gagné pOUr la SEUlE raISOn qUE mES généraUx avaIEnT pErdU qUElqUE chOSE dE cETTE aUdacE qUI lEUr avaIT valU TanT dE glOIrES danS lES campagnES paSSéES. NEy pErdIT hUIT hEUrES avanT dE SE rEndrE En avanT dES QUaTrE-BraS ; mOn avanT-gardE n’arrIva à WaTErlOO qU’à SIx hEUrES dU SOIr, SOIT TrOIS hEUrES dE rETard. enTrE-TEmpS, ClOIET,VIllOUTrEyS, ET BOUrmOnT avaIEnT déSErTé, ET éTaIEnT paSSé à l’EnnEmI.
SIR HUDSON LOWE La pOSITIOn dE MOnT-saInT-JEan éTaIT STraTégIqUE, EllE rEndaIT TOUTE rETraITE dE l’arméE anglaISE ImpOSSIblE, cE fUT la raISOn dU SUccèS dE WEllIngTOn !
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LAsCAsAs,Mémorial de Sainte-Hélène, edIT. l’inTégral, p. 444.
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NAPOLÉON L’eUrOpE plEUrEra bIEnTôT la pErTE dE mOn EmpIrE, car EllE EST danS lE plUS grand dangEr ; EllE pEUT êTrE à chaqUE InSTanT InOndéE dE COSaqUES ET dE tarTarES. eT vOUS, AnglaIS, vOUS AnglaIS, vOUS plEUrErEz bIEnTôT vOTrE vIcTOIrE dE WaTErlOO.
SIR HUDSON LOWE VOUS dEvrIEz vOUS rEpOSEr BOnaparTE, vOUS vOUS faITES dU mal à rESSaSSEr aInSI dES maUvaISES pEnSéES.
NAPOLÉON JE pOSSédaIS la mEIllEUrE arméE qUI fûT jamaIS, cEllE d’AUSTErlITz. QUaTrE jOUrS m’EUSSEnT SUffiT pOUr mE TrOUvEr danS LOndrES !
SIR HUDSON LOWE CE qU’Il y a dE paThéTIqUE avEc vOUS, c’EST qUE vOUS parlEz TOUjOUrS à l’ImparfaIT dU SUbjOncTIf, jamaIS aU préSEnT, ET c’EST là TOUT vOTrE chagrIn. AvEc dES SI On mETTraIT ParIS En bOUTEIllE !
NAPOLÉON LES ObSTaclES qUI m’OnT faIT échOUEr SOnT TOUS vEnUS dE la naTUrE : danS lE MIdI, c’EST la mEr qUI m’a pErdU ; ET c’EST l’IncEndIE dE MOScOU, lES glacES dE l’hIvEr qUI m’OnT pErdU danS lE nOrd ; aInSI TOUTE la naTUrE, ET rIEn qUE la naTUrE, a éTé l’EnnEmIE d’UnE régénéraTIOn UnIvErSEllE, cOmmandéE par la naTUrE mêmE !
SIR HUDSON LOWE LES prOblèmES dE la PrOvIdEncE SOnT InSOlUblES !
NAPOLÉON sachEz, mOnSIEUr, qUE SI j’EUS vOUlU mE réfUgIEr En AUTrIchE, aUprèS dE mOn bEaU-pèrE, j’EUS pU lE faIrE,
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car Il nE pOUvaIT SOUS pEInE d’ImmOralITé nOn SEUlEmEnT mE rEfUSEr SOn EmpIrE, maIS EncOrE, Sa maISOn, Sa famIllE.
J’En cOnvIEnS !
SIR HUDSON LOWE
NAPOLÉON sI, TOUjOUrS cOmpTanT mES InTérêTS pErSOnnElS, jE mE fUSSE ObSTIné à lES défEndrE En FrancE avEc lES armES à la maIn, nUl dOUTE qUE lES allIéS nE m’EUSSEnT accOrdé, par TraITé, UnE fOUlE d’avanTagES, pEUT-êTrE mêmE dU TErrITOIrE !
SIR HUDSON LOWE J’En cOnvIEnS, TOUTE chOSE cOnSIdéréE.
NAPOLÉON JE nE l’aI paS vOUlU, j’aI vOUlU chErchEr aSIlE aUprèS d’Un payS danS lEqUEl jE crOyaIS lES lOIS TOUTES pUISSanTES, chEz Un pEUplE dOnT pEndanT vIngT anS j’avaIS éTé lE plUS grand EnnEmI, qU’avEz-vOUS faIT ? POUrqUOI lES rOIS qUI m’OnT prOScrIT n’OnT-IlS paS OSé déclarEr OUvErTEmEnT ma mOrT ! unE fin prOmpTE EûT mOnTré plUS d’énErgIE dE lEUr parT qUE la mOrT lEnTE à laqUEllE On mE cOndamnE !
SIR HUDSON LOWE LE gOUvErnEmEnT faIT TOUS SES EffOrTS pOUr adOUcIr vOTrE SITUaTIOn, lE vaISSEaU qUI arrIvE dE LOndrES pOrTE Un grand nOmbrE dE mEUblES aInSI qUE dES cOmESTIblES qUI vOUS SErOnT agréablES.
NAPOLÉON QU’aI-jE à faIrE dE vOS mEUblES, dE vOS cOmESTIblES ET aUTrES rOUErIES, jE SUIS Un SOldaT, ET pOUr avOIr pOSSédé Un TrônE
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ET dISTrIbUé dES cOUrOnnES, jE n’aI pOInT OUblIé ma cOndITIOn prEmIèrE, mOn canapé, mOn lIT dE campagnE mE SUffiSEnT !
SIR HUDSON LOWE VOTrE dEmEUrE ET TOUT cE qUI l’accOmpagnE SOnT dU mOInS UnE aTTEnTIOn.
NAPOLÉON VOUS avEz faIT parTIr lE dOcTEUr o’ Méara qUI m’avaIT éTé dOnné par lE COnSEIl. DEpUIS mOn éTaT n’a faIT qU’EmpIrEr ! ChaqUE jOUr jE SEnS la mOrT SE rapprOchEr. JE vOUS aI prIé dE m’abOnnEr aU MOrnIng ChrOnIclE ET aU sTaTEman, vOUS n’En avEz rIEn faIT. J’aI dEmandé dES nOUvEllES dE mOn filS, dE ma fEmmE, jE dEmEUrE SanS répOnSE ; l’îlE EST TrOp pETITE pOUr mOI ; lE clImaT n’EST paS lE nôTrE, cE n’EST nI nOTrE SOlEIl, nI nOS SaISOnS, TOUT IcI rESpIrE l’EnnUI mOrTEl. JE SUIS maladE ET n’ESpèrE plUS dE gUérISOn.
SIR HUDSON LOWE JE vOUS aI déjà prOpOSé lES SErvIcES dU dOcTEUr BaxTEr, vOUS lES avEz rEfUSéS ; jE SUppOSE dOnc qUE vOUS allEz bIEn. MaIS vEnOnS-En à l’ObjET dE ma vISITE : dEUx mESSIEUrS, qUI SE fOnT appElEresprits arrIvEnT par la frégaTE dE LOndrES ; IlS OnT dEmandé à vOUS parlEr.
NAPOLÉON DESespritsqUEllE EST cETTE nOUvEllE plaISanTErIE ?
SIR HUDSON LOWE LE prEmIEr répOnd aU nOm dE tOUSSaInT, tOUSSaInT LOUvErTUrE, lE SEcOnd à cElUI dE DElgrèS, LOUIS DElgrèS ! Malgré lES cIrcOnSTancES, ET vOTrE SanTé j’aI aUTOrISé lEUr vISITE ;
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IlS vOUS TIEndrOnT cOmpagnIE, vOUS qUI n’avEz cESSE dE vOUS plaIndrE dE la mIEnnE.
NAPOLÉON LE général tOUSSaInT LOUvErTUrE ET lE cOmmandanT DElgrèS, lES nègrES à épaUlETTES dOréES ! FOUS OU démIUrgES-marTyrS afrIcaInS ! La vOIlà la vraIE caUSE dE vOS malhEUrS ; c’EST vOUS sIr LOwE, lES AnglaIS ! AvEc vOTrE fOUTU ESprIT dE SUpérIOrITé ; SI vOUS n’avIEz paS vOUlU dOmInEr lES mErS ET y SOUmETTrE nOS navIrES à Un OcTrOI, la FrancE nE SEraIT SanS dOUTE jamaIS EnTréE danS lE jEU cOlOnIal.
SIR HUDSON LOWE tOUT danS l’ExagéraTIOn BOnaparTE, vOyEz cOmmE vOUS nE jUrEz qUE par l’AnglETErrE. C’EST à crOIrE qUE vOUS nOUS EnvIErEz TOUjOUrS !
NAPOLÉON POUrqUOI avOIr alOrS pOrTé vOS fOrcES SUr saInT-DOmIngUE dèS la prOclamaTIOn dU décrET dU 16 plUvIôSE En prOmETTanT aUx cOlOnS d’y cOnSErvEr TOUTES lES lOIS rElaTIvES à la prOprIéTé.
SIR HUDSON LOWE Par saInT-GEOrgES ET lE rOI edOUard, l’AnglETErrE avaIT Un InTérêT majEUr à cE TraITé, c’éTaIT UnE chancE pOUr nOUS d’EnlEvEr saInT-DOmIngUE ET, dE maInTEnIr l’ESclavagE à la BarbadE ET à la JamaïqUE. QUI a lE pOUvOIr lE gardE !
NAPOLÉON il ESSayE ! NOS fOrcES éTaIEnT TrOp OccUpéES
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avEc la gUErrE dE VEndéE pOUr S’OppOSEr à vOTrE TyrannIE. C’EST malgré nOUS qUE nOUS avOnS laISSé lES défEnSES dE saInT-DOmIngUE ET dE la GUadElOUpE aUx nOIrS.
SIR HUDSON LOWE LES rappOrTS qUI parvEnaIEnT dES cOlOnIES faISaIEnT la parT bEllE à tOUSSaInT. incOnTESTablEmEnT Il éTaIT à la haUTEUr dE Sa mISSIOn. NOUS OccUpIOnS alOrS TOUT lE payS qUI SéparE lE NOrd dU sUd. tOUSSaInT, nOUS chaSSa d’abOrd dE saInT-Marc, Il prIT saInT-Raphaël, saInT-MIchEl, pUIS Il chaSSa lES eSpagnOlS dE HIncha. 2 ilS mEnaIEnT déjà dES OfficIErS SUpérIEUrS dE prESTIgE . BEaUcOUp dE blancS rEvEnUS SUr lEUr habITaTIOn l’adUlaIEnT, TEl lEUr SaUvEUr.
NAPOLÉON JE SaIS, saInT-DOmIngUE aUraIT SUccOmbé SanS tOUSSaInT, la FrancE nE pOUvaIT y EnvOyEr aUcUn SEcOUrS. MaIS cEla nE lUI dOnnaIT paS lE drOIT dE SE prOclamEr gOUvErnEUr à vIE ! VOUS l’avEz dIT, lE pOUvOIr nE SE parTagE paS !
SIR HUDSON LOWE Par saInT-GEOrgES ET la rEInE ! N’y aUraIT-Il qUE vOUS SUr TErrE pOUr avOIr lE drOIT dE vOUS prOclamEr prEmIEr cEcI, prEmIEr cEla !
NAPOLÉON tOUSSaInT avaIT éTé graSSEmEnT rEmErcIé ET hOnOré ; lE DIrEcTOIrE, l’a faIT général dE dIvISIOn ET l’édUcaTIOn dE SES EnfanTS fUT dE SUITE prISE En chargE par la naTIOn. QUEllE rEcOnnaISSancE nOUS a-T-Il vOUé En rETOUr ?
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MOySE, DESSalInES, ChrISTOphE, DErOUlEaUx, ClErvEaUx, DUmEnIl, MaUrEpaS, BOnavEnTUrE.
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