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Apprendre 36 : Tel était Molière

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298 pages
Une biographie inédite de Molière dans son époque.
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TEL ÉTAïT MOLïÈRE
Georges Poîsson
APPRENDRE
PRÉSENTATïON
Né en 1622, Jean-Baptîste Poquelîn est l’ané d’un marcand tapîssîer ; sa vocatîon de comédîen s’aIrme lors d’une rencontre avec Madeleîne Béjart. Ensemble, îls ondent, en 1643, la troupe L’ïllustre-héâtre. Malgré quelques succès, les débuts sont dîIcîles et Molîère, quî a désormaîs adopté ce nom de scène pour ne pas compromettre l’onorabîlîté de sa amîlle, est emprîsonné pour dettes en 1645. Fînalement, L’ïllustre-héâtre se déplace en provînce avec succès. Les années en tournée se prolongent jusqu’en 1658, moment où Molîère, désormaîs un des acteurs vedettes et écrîvaîn de la troupe, aspîre à se rapprocer de Parîs. Ayant obtenu la protectîon du duc d’Anjou, le jeune rère du roî, Molîère et ses compagnons jouent au Louvre devant Louîs XïV le 24 octobre 1658. Les voîcî autorîsés à s’înstaller au Petît-Bourbon. L’année suîvante, Molîère y met en scène sa premîère pîèce parîsîenne,Les Précieuses ridicules, et remporte un succès quî se renouvellera. Georges Poîsson rend compte dans cet essaî îstorîque des scandales, des dîsputes, et notamment de la censure deTartufe. Hîstorîen avant tout, îl y dévoîle les anecdotes et les zones d’ombre de l’omme de téâtre le plus célèbre de France.
“ACTES SUD – PAPïERS” Collectîon dîrîgée par Claîre Davîd
GEORGES POïSSON
Georges Poisson est historien. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dontCoderlos de Laclos ou l’Obstînatîon(Grasset, 1985 ; prix Goncourt de la biographie 1985). DU MÊME AUTEUR Fontaines de Paris, Le Centurîon, 1958 (épuîsé). Évocation du Grand Paris, Mînuît, 1960 (épuîsé). Île-de-France, pays du dimanche, Parîs, Arts et métîers grapîques, 1964-1965 (épuîsé). Moyen Âge en Île-de-France, Fayard, 1965 (épuîsé). Châteaux d’Île-de-France, Balland, 1968 (épuîsé). Le Val-de-Marne, Gallîmard, Mînuît, 1969 (épuîsé). Les Châteaux de la Loire, Alpa, 1972 (épuîsé). Inventaire des églises des Hauts-de-Seine, Fédératîon des socîétés îstorîques de la régîon parîsîenne, 1973-1975. Les Musées de France, PUF, “Que saîs-je ?”, 1976. Histoire des Grands Boulevards, Le Cadratîn, 1980 (épuîsé). Histoire et histoires de Sceaux, Câteau de Sceaux, 1981 (épuîsé). Dix siècles à Montort-l’Amaury, Vîlle de Montort-l’Amaury, 1983. Choderlos de Laclos ou l’Obstination, Grasset, 1985 ; rééd. 2004 (prîx Goncourt de la bîograpîe 1985). Monte-Cristo, un château de roman, CampLour, 1987 (épusé). De Maisons-sur-Seine à MaIsons-Laitte, Assocaton de sauvegarde et de mse en vaeur du parc de Masons-aîte, 1993. Les MaIsons d’écrIvaIns, PUF, “Que sas-je ?”, 1997. HIstoIre de l’archItecture à ParIs, Nouvee hstore de Pars, 1997 (épusé). La CurIeuse HIstoIre du VésInet, Ve du Vésnet, 1998. Cette curIeuse famIlle d’Orléans, Perrn, 1999. La Duchesse de Chevreuse, Perrn, 1999. MonsIeur de SaInt-SImon, Nouveau Monde, 2000. DIctIonnaIre des monuments d’Île-de-France, Hervas, 2000 (épusé). e Les Grands Travaux des présIdents de la V RépublIque, Pargramme, 2002 (épusé). Napoléon et ParIs, Taander, 2002.
Guide des maisons d’hommes et de femmes célèbres, Pierre Horay, 2003. L’Aventure du retour des cendres, Tallandier, 2004. Maintenon, Norma, 2006. Le Retour des cendres de l’Aiglon, Nouveau monde, 2006. Sacha Guitry, Timée, 2007 (épuisé). L’Élysée, histoire d’un palais, Pygmalion, 2008. Édition critique desSouvenirsde la princesse Pauline de Metternich, Tallandier, 2009. SaintSimon, Sceaux et ÎledeFrance, Société SaintSimon, 2009. Combats pour le patrimoine.Souvenirs 19482008, Pygmalion, 2009. Le Comte de Chambord, Pygmalion, 2009. La Grande Histoire du Louvre, Perrin, 2013. ViolletleDuc, Picard, 2014. © ACTES SUD, 2014 ISSN 02980592
ISBN 9782330033446
T M E ÉTAïT OïÈRE
Georges Posson
Apprendre 36
E PAVïON DES SïNGES
ï eXste dans Pars, dans e quarter des Haes, deuX masons nataes de Moère. a pus spectacuare se trouve 31, rue du Pont-Neu, mmé-datement au sud du nouveau jardn des Haes : à, un buste de ’écr-van trône en centre de açade, entouré de masques de théâtre et sougné d’une arge nscrpton ndquant un auX eu et une ausse date de nas-sance (1620). Récemment, es moérstes ont at apposer sur ’autre empacement, mantenant conïrmé, une plaque donnant toutes réérences, prouant que c’est au 95, rue Sant-Honoré, à l’angle de la rue des Velles-Étues, aujourd’hu rue Saual, que naqut en 1622 Jean-Baptste Poqueln, ïls d’un marchand matre tapsser, établ là depus deu ans. Certans, à l’époque ou aujourd’hu, ont écrt “Pocqueln”, mas Molère lu-même a toujours sgné sans utlser de c : l aut, nous semble-t-l, écrre les noms de amlle comme le asaent ceu qu les portaent. Méter tradtonnel dans cette amlle orgnare de Beauas, qu por-tat comme armes (rappelons qu’armores ne sgnïe pas noblesse) cnq arbres de snople, réparts sur une butte du même, alluson au orêts d’Écosse dont serat enue la lgnée. La perte de tous les papers de Molère empêche de dre s’l a jamas aîché ce blason.
Le père, l’oncle, les deu grands-pères de notre homme étaent tous bour-geos, marchands tapssers, proesson egeant échoppe, ateler, magasn (meubles et tapsseres), logement, le tout habtuellement dans un espace e resserré. C’est seulement au XIX sècle (rue Réaumur, notamment) que les commerçants pourront s’étaler, mas même sous Lous , époque d’hab-tat restrent, la proesson egeat un certan olume. Or, l’actuel 95, rue Sant-Honoré, étrot corps de bâtment reconstrut en 1803, ne mesure pas plus de deu mètres de large. l aut donc admettre que l’emprse des lots a été modïée, et le plan de Bullet, qu nous donne l’aspect du quarter à l’époque suante, n’ndque pas le tracé de la mason Poqueln.
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Stuée près des Halles de l’époque, dans un quarter commerçant, elle état dte “Pallon des snges” parce que présentant à l’angle des deu rues un poteau corner sculpté d’un oranger sur lequel grmpaent sept jeunes snges se passant des ruts. Ce poteau sculpté, Aleandre Lenor en a publé une reproducton au tome  de sonMusée des monuments rançais(Gul-lement, 1801). L’aat-l recuell dans son musée, dont l aurat dsparu par la sute, brûlé comme bos de chaufage par un employé nconscent ? e Ce nom de pallon parat un peu moderne pour le xvii sècle, là où l’on attendrat ogs, mas  Igure depus 1529 dans es pèces d’archves. Cees-c décrvent un corps d’hôte à deuX pgnons comprenant un rez-de-chaussée, surmonté de tros étages, desservs par une vs, à chambres et garde-robes, comportant chemnées, et grener au-dessus. Au rez-de-chaussée état a boutque de Jean ïï Poquen : deuX comp-tors, des pèces de serge, des tapsseres de Fandres ou de Rouen que ’on dérouat par terre devant e cent, des aunes de drap, pèces de utane, pannes et veours, brocarts et brocatees, mas auss des mateas, tra-versns, sanges. À côté, une cusne-sae à manger. Devant a porte, on voyat souvent statonner, trée par un âne ou un muet, a carroe d’un coporteur venu proposer des tapsseres d’Aubusson ou des tssus brodés. Au premer étage, une chambre avec garde-robe chaufée (à chemnée) et chambrette au-dessus de a cusne. e deuXème étage état oué, e trosème servant d’ateer. En bordure de cour, des gaeres sur es tros étages servaent sans doute de magasns. ï aat au matre tapsser des stocks, car  pouvat proposer à sa centèe non seuement des tentures et tapsseres, mas des meubes, des mrors de Vense et même des tabeauX à ’hue destnés à compéter e décor : on amerat, dans cette branche d’actvté, connatre es goûts de Poque-n ou de sa centèe : se portaent-s vers e stye de Poussn ou vers ceu de Caravage ? Dans a cour, des “prvés”, une écure pour es deuX juments de a ma-son. Cee-c, hors dépendances, occupat au so quatre-vngt-tros de nos mètres carrés, et ’on se demande comment Poquen arrvera à y caser a nchée qu va survenr, mas ’habtat popuare ou bourgeos de ’époque est restrent. “S j’étas à votre pace, dra Sganaree, j’achèteras une bee tenture de tapssere, de verdure ou à personnages, que je eras mettre à sa chambre pour u reare ’esprt et a vue.” C’est dans ’œuvre de Moère une des rares ausons à ’ambance commercae de son enance, une autre
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étant le célèbre “Vous êtes orère, monseur Josse…” Mas l’auteur s’nté-resse à la mentalté de ses personnages plus qu’à leur actté.
La tapssere, méter de Jean Poqueln, état en ogue dans le Pars de l’époque. Verdures tssées dans des atelers amlau d’Aubusson ou de Fel-letn, dfusées par des colporteurs, on les utlsat comme tenture ou reê-tement, ore cache-msère, que l’on découpat sans scrupule (comme plus tard le paper pent) au dmensons des paros ou des portes, et en are commerce état rentable. Jean Poquen état u-même Is d’un précédent Jean Poquen, matre tapsser, et d’Agnès Mazue, Ie, sœur et tante de voons du Ro. Jean ïï Poquen pratquat u-même e voon, e cornet, e uth, a gutare et a lûte, et Jean-Baptste apprendra à en jouer. Toute sa ve, a musque accom-pagnera Moère. Nous savons peu de chose de ce père. Assez, tout de même pour ne pas u attrbuer queques trats de M. Jourdan n d’Harpagon. Nous n’avons pas de portrat de u, et c’est beaucoup supposer que de u vor e vsage arge de son Is, des bras pussants habtués à remuer meubes ou baots d’étofes, ’eXpresson tantôt amère, tantôt sévère du négocant. Au Pavon des snges, Poquen accuet e 27 avr 1621, après eur marage à Sant-Eustache, sa jeune emme Mare Cressé, ee auss Ie d’un matre tapsser dont nous parerons. Marage étab sur des bases tradtonnees et sogneusement convenues. Chacun des deuX épouX, tous deuX âgés de vngt ans, apportat à a communauté un acqut de deuX me vres tournos en argent comptant, marchandses (c’est e onds de commerce de Poquen), meubes (es deuX ames ont dû y contrbuer) et trousseau, apport tradtonne et obgatore d’une jeune marée, on-guement brodé et garn en sorée depus ’enance. Cet argent que Moère saura gagner par son verbe et son jeu, mas dont  combattra dansL’Avaree rôe qu’on u donne.
a mère de Jean-Baptste savat sgner son nom, ce qu n’état pas de grande réquence dans ce meu. Ee possédat une Bbe (ce n’est pas sgne de protestantsme) et un Putarque, qu u servat peut-être, comme  est dt dansLes Femmes savantes, à dérosser e nge. Son nventare après décès révéera des cotons en more brante, en gros de Napes, en ratne de Forence, du nge de corps en toe décate,
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mas auss des bjou témognant de l’asance du ménage, résultat du succès de leur commerce et peut-être résere en cas de coup dur. Toute sa e, Molère sera entouré de emmes portant à la os de ras joyau et des bjou de théâtre. Stôt marée, la jeune Mme Poqueln s’empressa de remplr ce qu’on désgnat comme son premer deor, contnuer la lgnée, et c’est dans la chambre du premer étage qu’elle donna nassance à notre Jean-Baptste : nous pouons magner la scène grâce à une estampe contemporane d’Abraham Bosse. L’enant ut baptsé le 15 janer 1622 à Sant-Eustache, parosse de la amlle, le grand-père Poqueln étant parran, comme de coutume. Églse battant neue, que nous errons souent jalonner l’estence de notre homme. Les assstants à la cérémone purent donc or, tel qu’l se montre aujourd’hu, le splendde ntéreur du monument, domné au matre-autel par le retable du supplce de sant Eustache, dont la parte basse Igure encore dans e monument. Cérémone céébrée avec ’apparat modeste convenant à un bourgeos ben consdéré. es autres marchands tapssers étaent à, à a os sodares et concurrents. es onts baptsmauX devaent se trouver à ’entrée de ’égse, dans a parte de ’édIce qu sera reconstrute à ’ntatve de Cobert. Ans n’avons-nous pus ’empacement où ut baptsé Jean-Baptste Poquen, n ceu où ut enterré Moère. Jean-Baptste ut suv en sX ans par cnq rères et sœurs, en partcu-er er un second Jean, baptsé e 1 octobre 1624 et que nous rencontrerons souvent. Nous gnorons tout des rapports, sans doute normauX, entrete-nus dans cette nchée dont certans membres ne vont jamas réapparatre à nos yeuX.
Magré e pett nombre de pèces d’archves, nous pouvons nous are une dée de cette bourgeose marchande ben ancrée en son époque, Idèe à son ro, à ses convctons et à son mode de ve. Cathoque par tradton, dans e mode mneur, ee est journeement et honnêtement domnée par ’argent, ceu qu’on gagne, ceu qu’on dépense avec parcmone, ceu qu’on accumue, ceu qu’on at ructIer. Au ond, on pourrat déInr cette ame par es contrares de ceuX que Moère montrera sur scène. Ee ne comporte n auX dévots, n auX nobes, n avares, n préceuses ou bas-beus. eurs aquas ne sont pas des canaes. Sau accdent eXceptonne,
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