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Berkman (1870-1936) Prologue 1er acte - 2ème acte - 3ème acte - 4ème acte - 5ème acte Epilogue Prologue 1936. Nice. Un deux pièces Le mémorialiste,debout devant une table, sur laquelle est posée une rame de papier. Le mémorialiste.– (au public) Ceci est l’histoire d’un attentat d’un anarchiste et de sa prison.… ... Vous vous récriez. Quoi : un attentat ? D’un anarchiste? Qui dit attentat, anarchiste, dit terrorisme, destruction ruine, chaos. Comment pouvez-vous ?.. ..Attendez, attendez. A ces deux mots, je veux ajouter un troisième qui va vous les désamorcer, c’est : manqué. L’attentat a été manqué, l’anarchiste a été manqué. Non seulement, l’’attentat a été manqué, mais de son attentat manqué, l’anarchiste manqué a été la seule victime. N’êtes-vous pas maintenant tout à fait tranquillisé ? (s’asseyant, écrivant) « La scène se passe à New-York, dans le Bronx, dans l’arrière salle de La Hache » 1 Juillet 1892. New-York. Le Bronx. « La Hache », l’arrière salle, lieu de réunion de la section new-yorkaise de la fédération anarchiste. Entrent Goldman et Berkman, en col cassé. Goldman.– Qu’il y ait tant d’anarchistes à New-York… ... Que ces hommes ne se jugent pas supérieurs à qui que ce soit, même à femme. Qu’egales à eux, nous, femmes, n’ayons rien à craindre d’eux. Qu’eux, hommes devenus un peu femmes, nous femmes, nous devenions un peu hommes. Ils sont choux comme tout.. ... Je forme le vœu, qu’ils s’émasculent ...
Publié le : jeudi 15 septembre 2011
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Berkman (1870-1936) Prologue 1er acte - 2ème acte - 3ème acte - 4ème acte - 5ème acte Epilogue Prologue 1936. Nice. Un deux pièces Le mémorialiste,debout devant une table, sur laquelle est posée une rame de papier. Le mémorialiste.– (au public) Ceci est l’histoire d’un attentat d’un anarchiste et de sa prison.… ... Vous vous récriez. Quoi : un attentat ? D’un anarchiste? Qui dit attentat, anarchiste, dit terrorisme, destruction ruine, chaos. Comment pouvez-vous ?.. ..Attendez, attendez. A ces deux mots, je veux ajouter un troisième qui va vous les désamorcer, c’est : manqué. L’attentat a été manqué, l’anarchiste a été manqué. Non seulement, l’’attentat a été manqué, mais de son attentat manqué, l’anarchiste manqué a été la seule victime. N’êtes-vous pas maintenant tout à fait tranquillisé ? (s’asseyant, écrivant) « La scène se passe à New-York, dans le Bronx, dans l’arrière salle de La Hache » 1 Juillet 1892. New-York. Le Bronx. « La Hache », l’arrière salle, lieu de réunion de la section new- yorkaise de la fédération anarchiste. Entrent Goldman et Berkman, en col cassé. Goldman.– Qu’il y ait tant d’anarchistes à New-York… ... Que ces hommes ne se jugent pas supérieurs à qui que ce soit, même à femme. Qu’egales à eux, nous, femmes, n’ayons rien à craindre d’eux. Qu’eux, hommes devenus un peu femmes, nous femmes, nous devenions un peu hommes. Ils sont choux comme tout.. ... Je forme le vœu, qu’ils s’émasculent pas au point qu’ils ne soient plus hommes du tout. Qu’ils respectent notre esprit, mais qu’ils n’étendent pas leur respect au reste. Ce serait nous déshonorer, que nous honorer en tout. Berkman et Goldman vont s’asseoir sur deux chaises à l’écart. Berkman.–Hier soir, je n’ai pas fait preuve de beaucoup de délicatesse. Je n’ai guère eu d’égards à ton égard. Goldman.– Guère d’égards, c’est plus d’égards. Berkman.– Il y a eu un peu de violence. Goldman.– Ce que tu appelles violence, je l’appelle vivacité. Rien n’était plus flatteur, mon chéri. (elle l’embrasse) … … De mon esprit et de ma chair, c’était la chair qui était la moins sûre d’elle : tu lui as donné assurance. Cette part basse gémissait, suppliait qu’on s’intéresse à elle, je te sais gré d’avoir exaucé ma prière secrète. Berkman.– Qu’il y ait tant d’hommes pour si peu de femmes ne t’effraie pas. Goldman.- Ne me parle pas de malheur. Moins il y a de femmes, mieux je me porte. Berkman éclate de rire. Entre Fedya. Berkman.- (montrant Fedya à Goldman) Le 3ième de notre petit ménage à trois. (Fedya s’avance vers eux, Berkman fait les présentations) Emma Goldman, une compatriote. Fedya, peintre. Goldman.– Vous êtes peintre ? Vous vendez ? Berkman.– Vendez, vendez, pas assez pour pouvoir en vivre. Et l’artiste refuse de s’abaisser à gagner son pain à la sueur de son front. Il est subventionné par ses parents : voilà pourquoi il peint des futilités, des fleurs, des nus, des paysages.… … S’il se payait son art en gagnant son pain lui-même, son art saurait ce que vaudrait le pain. Fedya.- (à Goldman) Dépenser le principal de ses forces , à un gagne-pain le jour, et, harassé, seulement le solde le soir à la peinture, cela ne peut faire qu’un art à bout de forces. Goldman.– Vous avez raison, Fédya. Un artiste doit être artiste à temps plein. Berkman.– … … Bref, vous vous convenez l’un à l’autre ? Goldman.- J’ai tant voulu, dans ma vie, approcher un peintre, juge, si c’est le peintre qui m’approche. Fedya.- Comment celle à qui je ne déplais pas, me déplairait-elle ? Berkman.- (tenant la main, les deux posent leur main sur la sienne) Notre petite société coopérative est fondée. Entre Johann Most. Berkman.- (leur faisant signe de se taire) Johann Most. Que nos paroles cèdent la place à la sienne. Most se place contre le mur. L’assistance se tait. Most.– Je vous ai convoqués, mes amis, pour que vous sachiez que penser de l’affaire de la Homestead, près de Pittsburgh, et que dire aux ouvriers… … Pour vous résumer la chose, en une phrase, c’est la lutte d’un seul, Andrew Carnegie, propriétaire de la Compagnie des Fonderies et Aciéries Réunies, contre la multitude, le Syndicat des Travailleurs. Entre Carnegie et ses ouvriers, avait été signée une convention collective, selon laquelle les salaires étaient fixés conjointement par Carnegie et le Syndicat selon une échelle mobile, basée sur les cours du marché de l’acier. La Convention collective allait expirer, le syndicat avait proposé une nouvelle échelle des salaires, qui tiendrait compte à la fois de la hausse des prix du marché et de l’accroissement des bénéfices de la Compagnie. Vous connaissez Carnegie, comme il est soucieux de sa réputation de philanthrope. Pour ne pas être éclaboussé par le train de mesures qu’il voulait imposer, il transmet ses pouvoirs à un homme de main, Henry Clay Frick, et s’empresse de fuir au loin, dans un autre monde, l’ancien, en Ecosse. C’était bien vu , les gens ne pouvaient que se demander : est-ce qu’il sait seulement ce qui se passe ici ? s’il l’apprenait, les choses se passeraient autrement… .. Carnegie envolé, son remplaçant Frick décrète que l’ancienne échelle mobile des salaires est supprimé, que la Compagnie fixerait désormais les salaires elle-même, et que tous les ouvriers étaient mis à pied. En réponse, les ouvriers décident la grève générale et occupent l’usine. En réponse de cette réponse, Frick dépose plainte auprès des tribunaux pour prise de possession illégale de le propriété privée ; donnant suite à cette plainte, le juge des référés ordonne d’évacuer l’usine, ce que les ouvriers refusent. Pour exécuter la décision de justice, Frick engage 300 agents armés de l’agence Pinkerton : ils sont à la veille de donner l’assaut aux ouvriers retranchés. Voilà où en sont les choses. .. ..Je veux que vous disiez aux ouvriers qu’ils n’ont rien à attendre de l’Etat, mais tout d’eux-mêmes. .. .. On dit cet Etat démocratique, mais est- il démocratique un Etat de 30 millions d’habitants gouverné par 750 représentants ? … …Soit quelqu’un qui vit d’un salaire tout juste, à peine suffisant, comme tout le monde : cet homme du commun, obscur, anonyme, soudain, un beau jour, est élu. De l’obscurité où il était, le voilà soudain projeté en pleine lumière : comment veut-on qu’il ne soit pas aveuglé ? De l’impuissance où il était, le voilà soudain à la source du pouvoir : comment veut-on qu’il n’en soit pas ivre ? Il a beau dire : je ne serai pas comme les autres, je me souviendrai d’où je viens, je serai toujours celui que j’ai été, j’aurai sans cesse cela à l’esprit. C’est ne pas connaître l’habileté des corrupteurs : tout le monde est tellement gentil, vous fait tellement de grâces, on vous offre des cadeaux si bien choisis, on faits des compliments si justes et si rares, on vous dit si bien le bien que vous pensez de vous, et vous, de votre côté, cela fait tellement plaisir de faire plaisir. Dès le moment où les gens vous jugent comme une exception, vous ne tardez pas, à plus ou moins longue échéance, selon la durée de survie de votre lucidité, à vous juger vous-même comme une exception. Vous êtes bien de l’élite,, finissez-vous par vous dire, puisque j’ai été élu. La partie pourrie d’une poire est si délicieuse, les fruits pourris font des eaux-de-vie si suprêmes. Et on fermente si naturellement : il n’est besoin de rien faire, il suffit de se laisser reposer et on pourrit tout seul. Je prétends que les ouvriers ne peuvent rien attendre de l’Etat, parce que les représentants du peuple, dès qu’ils sont élus, loin de représenter le peuple, ne représentent plus qu’eux-mêmes. .. .. Quant aux ouvriers, quel ouvrier, dans sa famille, ou parmi ses proches, aime que quelqu’un lui fasse la leçon ? Lui dise à tout propos : à ta place, je ferais ? Lui souffle ce qu’il doit penser et faire ? Si les ouvriers sont jaloux de leur liberté et de leur indépendance dans leur vie privée, pourquoi ne le seraient-ils pas dans leur vie publique ? Si quelqu’un n’accepte pas l’autorité de ses proches, pourquoi accepterait-il celle de ceux qui sont éloignés ? Tous leurs acquis sociaux, les ouvriers ne les ont-ils pas conquis de leurs seules propres forces ?.. .. En conclusion de tout ceci, je voudrais que vous disiez aux ouvriers de la Homestead, qu’ils ne doivent compter que sur eux, et ne rien attendre de l’Etat, que donc ils poursuivent le combat, jusqu’à l’obtention de la victoire. J’ai parlé. Most se met de côté, pour indiquer qu’il a fini. Les anarchistes applaudissent et se lèvent. Goldman.- (applaudissant fort) Quel excellent plat. On goûte à la fois la nourriture de ses idées et l’assaisonnement de ses images. Tu as entendu quand il a parlé de la poire pourrie ? J’aimerais complimenter le chef, en cuisine. Berkman, entraînant Goldman, va vers Most. Berkman.– Monsieur Most. Une amie à moi, Emma Goldman aimerait vous dire comme elle a apprécié la façon que vous avez d’assaisonner vos plats avec les épices de vos images. Most.- (à Goldman) C’est vrai ? Vous avez apprécié ? Goldman.– C’est vrai. Most.– Les seuls vrais compliments sont ceux qui reconnaissent vos seuls vrais mérites.… … A compliment adressé, compliment retourné : le fond austère de notre doctrine ne peut être décoré par une plus jolie forme que celle de vos formes. Goldman.– (faisant une petite révérence) Mes formes vous sont reconnaissantes que vous les reconnaissiez. Most.- … (à Berkman ) Cette jeune personne se laissera-t-elle enlever à ce jeune homme ? Goldman.– Vous n’enlevez rien à personne, je m’appartiens. La propriétaire de ma propriété ne soulève aucune objection à votre offre de l’enlever. Most.- (à Berkman) Jeune homme ? Berkman.- Si j’étais anarchiste dans ma vie publique et non dans ma vie privée, je me blâmerais moi-même. … .. Il est temps que je retourne à l’usine. Most.- (à Goldman) Me ferez-vous l’honneur de partager mon repas, Emma ? Goldman.– Cet honneur que vous dites que je vous fais m’honore. Most.– Honorons-nous donc. Most et Goldman sortent. Berkman retourne auprès de Fedya. Berkman.- (à Fedya) Je te laisse souffrir les affres de la création artistique. Je m’en vais affronter la fatigue commune. Sort Berkman. Le Bronx. Un deux pièces. Fedya peignant. Entre Berkman, avec les courses. Berkman.- (à Fedya) La jeune fille de la maison aurait-elle l’obligeance de suspendre ses petits travaux d’aquarelle, et de prêter sa main délicate à éplucher de grossières carottes ? Fedya.– L’artiste vit d’art et d’eau fraîche. Il n’a nul besoin d’une cuisine recherchée. Un morceau de pain mangé sur le pouce la nourrit. Berkman.– Il est vrai que la demoiselle n’a guère à reconstituer les forces que des pouces qu’elle tourne. .. .. Que la jeune fille de la maison veuille bien excuser les triviales odeurs de viande rôtie, elles risquent d’alourdir l’éthéré de son inspiration. (Il va dans la cuisine) Fedya.–(haut) … ... Après réflexion, dans un élan populiste, l’artiste accepte de s’abaisser à partager avec le petit personnel et la cuisine et les odeurs de la cuisine. Qu’Alexandrine veuille bien prévenir Mademoiselle quand le repas sera prêt. Berkman.– (revenant, épluchant, debout devant la table, carottes et pommes de terre) Voilà une vessie bien trop gonflée. Qu’avec plaisir je ferais éclater la baudruche par une épingle bien placée. Fedya.– … Cette Emma Goldman, comment tu la classerais : jolie, belle, plutôt jolie, plutôt belle ? Berkman.– Disons : entre jolie et plutôt belle. Fedya.– Ses cheveux à la garçonne, d’après toi, ne virilisent pas trop sa féminité ? Berkman.– Au contraire. Sur ce fond masculin, sa féminité ressort d’autant mieux. Fedya.– Ses lunettes ne sont pas non plus un obstacle sur le nez de sa beauté? Berkman.– Au contraire. Elles ajoutent à son éclat le reflet de l’intelligence. Fedya.– Sa beauté, en somme, n’est pas pour toi contradictoire à son anarchisme ? Berkman.– Preuve est faite, avec elle, au contraire que la beauté peut n’être pas seulement belle, mais aussi anarchiste. Fedya.-.. .. Sois franc, si à l’utilitaire de son anarchisme ne se joignait pas la futilité de sa beauté, est-ce que tu en serais tombée amoureux ? (Berkman se tait) Si tu étais le parfait anarchiste amoureux des indigents, que tu te piques d’être, tu devrais ne t’éprendre que des femmes démunies de tout attrait, et tomber amoureux en exclusivité d’une femelle particulièrement bancroche, une grognasse, un saucisson, une cagnasse, un boudin, un cageot. Sacré cagot. Berkman.– Bon. Ca va, hein. Entre Goldman, qui, ayant peine à garder l’équilibre, se plante et ne bouge plus. Goldman.– Un problème pratique se pose à mon pied : il cherche le sol et ne le trouve pas. Quand, par chance, il le trouve, il n’est pas sûr que c’est lui, et quand il croit que c’est lui et qu’il s’aventure, c’est le sol qui ne croit plus à mon pied, Pour dire la vérité, je ne sais plus bien si c’est le sol qui se dérobe à mon pied, ou si c’est mon pied qui se dérobe au sol… … Quelqu’un serait-il assez aimable de m’avancer une chaise, dont il voudra bien auparavant éprouver la solidité, et la poser sur un morceau de sol, dont il voudra bien auparavant éprouver la fermeté ? Berkman.– Voilà une jeune anarchiste, qui est tout à fait noire. Fedya avance une chaise derrière Goldman, Goldman, avec hésitation s’asseoit. Goldman.– Ne me parlez pas. J’ai une panne de courant. Veuillez attendre que l’électricité soit rétablie.. .. Quel pinard, Dieu de Dieu, quel pinard. Lourd, épais, long, profond, avec dans le corps un arrière goût de mûre à punaise… … Il était si bon en bouche, que chaque fois que le verre quittait ma bouche, ma bouche courait après lui... … Qu’est ce que j’ai pu picoler, Dieu de Dieu, qu’est-ce que j’ai pu picoler… … Le festin m’a plu, il n’y a pas à dire, mais c’est le vin qui m’a ému. … ... C’a été un tel philtre, qu’il nous a transmutés : Mr Most m’a parlé de la Commune de Paris et de Louise Michel, dont je n’avais jamais entendu parler : par l’effet de ce vin magique, je ne connaissais qu’elles ; de Schiller et de Heine, dont, bécasse, j’ignorais jusqu’au nom : miracle de la bibine, c’étaient mes auteurs de chevet. Mr Most, lui, plus il était pris de vin, plus il était enjuponné de moi. Complètement soul, il a été amoureux fou. Son domino a fait tomber le mien, j’ai été aussi amoureuse folle de lui, qu’il l’était de moi. Nous sommes devenus, l’espace d’un dîner, complètement ivres l’un de l’autre. Berkman.– Vous avez dîné où ? Goldman.– Comment, vous avez dîné où ? Berkman.– Oui. Vous avez dîné où ? Goldman.– A Terrace Garden, ma chère. Berkman.– Avec quel argent ? Goldman.– Comment, avec quel argent ? Avec l’argent qu’il gagne avec ses articles à la Freiheit. Berkman.– La Freiheit, qui est le journal du mouvement, est déficitaire. Vous avez nocé avec les cotisations des anarchistes, oui. Qu’un administrateur du mouvement détourne ses maigres fonds pour offrir des festins dans des restaurants de luxe à de jeunes femmes, quel anarchiste peut l’admettre ? A la prochaine assemblée, je demanderai que soient nommés 2 commissaires aux comptes, aux fins de faire un rapport sur les recettes et les dépenses de l’exercice écoulé. Goldman.– Tu ne feras pas cela. Berkman.– Je ferai cela. Goldman.- Mr Most n’est que le voleur, c’est moi la receleuse : le receleur est plus coupable que le voleur. Mais si le receleur bénéficie du produit du vol, sans qu’il sache que c’est un vol, est-ce qu’il est coupable ? … … Sacha, les festins sont les seuls mausolées du passé qui restent debout. Veux-tu m’anéantir celui-là ?... … Au sujet de la grève des Aciéries Carnegie, apprends la suite de la partie . Frick avait gagné la 1ère manche : suite à la décision de justice, il avait engagé 300 privés armés pour chasser les grévistes. Les grévistes ont gagné la 2ième manche : ils ont fait prisonniers les 300 privés. Berkman.– A quel prix ? Goldman.– Il y a eu quelques pions de sacrifiés. Berkman.– De quel côté ? Goldman.– Du côté ouvriers. Berkman.– Tués ? Blessés ? Combien ? Goldman.– Tués. 9. Berkman.– 9 ouvriers : 9 pions ? Tu prends une grève pour une partie d’échecs ? .. .. Un patron traite ses ouvriers de chair et de sang, comme une marchandise dont il fait baisser le prix, comme du fer et du charbon, les ouvriers ont le malheur de se conduire en hommes, le patron les tue, et la petite jeune fille,de son balcon, trépigne et applaudit au spectacle ? .. ..Qu’a décidé de faire Most ? oldman.– Il a dit qu’il ne resterait pas à ne rien faire, qu’il se mobilisait et montait au front. Berkman.- (allant avec la porte) Il ne sera pas seul. Goldman.- (se levant, le suivant) Sacha. Tu ne seras pas seul à ne pas le laisser seul. Berkman.- (revenant, disposant les carottes, les pommes de terre sur la table, à Fédya) .. .. Commémore l’événement : peins une nature morte. Sortent Berkman et Goldman. Le bureau de Most à la Freiheit. Most, écrivant. Entrent Berkman et Goldman. Berkman.- Mr Most. Mr Most. Most.- (l’arrêtant de la main) Coup de vent, ne fais s’envoler tous mes mots. Berkman.– Frick en a assassiné 9. Most.– Tu ne sais pas le pire. Non seulement 9 se sont sacrifiés, mais leur sacrifice a été inutile. Le gouverneur de l’état a promulgué la loi martiale et requis l’emploi de la force armée. 8 000 hommes de la garde nationale ont évacué l’usine, Frick a licencié tous les ouvriers. Jamais aucune défaite n’a été plus complète.(Il reprend son stylo) Berkman.– Qu’avez-vous décidé de faire ? Most.– Que crois-tu ? Le drapeau tombé, je le ramasse et le brandis à mon tour. Berkman.- Je vous suis. Commandez, j’obéis. Most.– Tu ne servirais à rien. Aucune plume ne porte de coups plus mortels que la mienne. Berkman.– Vous parlez d’articles ? Most.– Tu l’as dit. Berkman.– C’est tout ce que vous ferez : des articles ? Most.– Tu l’as dit. Berkman.– Les grévistes livrent une bataille qui leur coûte 9 morts, et vous alignez quelques lignes dans un journal anarchiste confidentiel, qui n’a pour lecteurs que des anarchistes ? Most.– Connais le pouvoir de l’imprimé. Tu coules une goutte d’encre sur un buvard, la goutte hésite un instant, et enfin le papier poreux la boit, et la tache s’étend sur tout le buvard. Berkman.– Ne risquer que sa langue, comme vous faites, est-ce que c’est risquer quelque chose ? Risquez-vous qu’on vous la coupe ? On ne vous demande même pas de répondre d’elle. Seuls de vous, les mots que vous lancez par la fenêtre, s’aventurent à la cantonade, mais vous, vous prenez bien garde de refermer la fenêtre soigneusement. Vous appelez ça vous engager ? Most.– Que penses-tu que je devrais faire ? Berkman.– Vous vous rappelez Prince, qui est dans le quartier de haute sécurité de la prison de Pittsburgh ? Après son attentat, comme il a défilé dans les rues, avec sa pancarte ? .. .. Un attentat, Mr Most. Most.– Terroriser la population, bien sûr, faire perdre à l’anarchisme en un coup toutes ses lentes et patientes avancées dans l’opinion publique. Plutôt que se servir de sa tête, casser des têtes. On a 22 ans peut-être, mais on n’a pas encore ses dents de sagesse.
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