Eiâ ! Man-Maille !

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296274532
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Eïa ! Man. maille là!

Décembre J 959, vu par l'artiste martiniquais

Seitu.

DU MtME AUTEUR

Le cri antillais, poèmes, Ed. de l'Etoile., Paris., 1964. Ouvrage saisi à l'aérodrome du Lamentin., en juillet 1964, sur ordre du gouvernement. Boutou grand soir, poèmes, Ed. Saint-Germaindes-Prés, Paris, 1978.

Articles La pratique politique d'Aimé Nouvelle Optique, mai 1971. Césaire », in

(c

cc Aimé

Césaire, homme politique », in Etudes littéraires, vol. 6 n° 1, avril 1973.

Auguste Macouba

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Man-maille
Pièce en deux parties
Précédé d'un à-propos de

là!

René Depestre

Editions l'Harmattan 7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

@ L'Harmattan, I.S.B.N.:

1981

2-85802-173-2

A.PROPOS

Cet écrivain martiniquais nous offre remarquablement une fresque vivante de ces ghettos insulaires que sont, par le sang qui court, nos palpitantes Antilles, sauf Cuba où l'homme peut encore avoir un rendez-vous désaliénant avec la vie: il s'agit d'une pièce de grande qualité qui intègre avec force, dans un univers de haute poésie, des circonstances d'incandescente actualité . C'est la musique même de ce tiers monde américain qui apprend chaque jour que son avenir dépend uniquement de la violence de nos bras rassemblés. Dans cette pièce, la Caraïbe choisit virile~ ment ses vérités. Et cette opération ruisselle en fortes images, en grands boucans de mots justes qui ont magnifiquement raison. C'est tout un vieux dossier que cette pièce ouvre pour instruire le procès de nos maîtres. Je ne devine pas qui est l'auteur, mais je le vois en pleine possession de ses moyens, et la Martinique comme toute la Caraïbe haletante qui a besoin d'éponges pour étancher son sang - possède

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dans ce nouveau poète des poumons au grand souHle, et, s'il vous plaît, de toute beauté! Il Y a une sève bien antillaise qui monte dans ces pages avec pour notre santé des choses essen. tielles, des fraîcheurs fécondantes, comparables à la rosée que sut gouverner le cœur de Jacques Roumain, et que gouverne de nos jours celui d'Aimé Césaire, le martiniquais capital, dont le flux et le reflux de grande marée, dans la cité, peuvent être un objet de discussion ou même de contestation, mais qui demeure, par son œuvre en tous points admirable, celui qui a irrigué avec le plus de force fertilisante le ter.. reau accablé de nos Antilles! Chez l'auteur de cette pièce la négritude est ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, c'està-dire, une patience dynamique comme chez Césaire, une «fête de violence», une recherche passionnée de l'identité de l'homme à peau noire, identité que la colonisation a traînée dans la boue et le sang, et qui ne sait plus, depuis plus de trois siècles, la joie de courir les pieds nus, au matin, sur le sable de la vie, aux Antilles! Il est à mes yeux naturel que cette pièce, dans la quête qui est la sienne, soit offerte comme un volcan en pleine activité. N'est-ce pas aujourd'hui la seule manière d'être qui nous est laissée, après le pillage de notre Etre même, la seule 8

route qui monte à nous-mêmes, le volcan bien antillais ou africain, ou afroaméricain! Nous vivons, sans l'avoir voulu, l'âge des volcans de la négritude qui, soit dit en passant, profiteront des mêmes laves qui brûlent nos ennemis tradi. tionnels pour brûler aussi la négritude d'espèce vénéneuse qui prolifère autour de la première, et qui, avec les Duvalier et autres satrapes, fournit des alliés à la lâcheté, à la lésine, à toutes les servitudes qu'on colle à la peau des opprimés. Ce sont les réflexions qui me viennent à la première lecture de ce texte. Pour une véritable préface, il faudrait du temps, et un accord plus rigoureux et plus profond avec la belle parole de l'auteur de « ElA! MAN.MAILLE LA ! », avec le cri végétal qu'on entend entre les lignes, avec cette Martinique véhémente qui accuse, et si belle au milieu de ses anathèmes, si sensuelle au milieu de ses éclats, qu'on a envie de l'embrasser en pleine bouche et aux seins! Ce n'est qu'une simple impression de lecture, faite un dimanche de Cuba, sous l'œil d'un jeune bananier et au milieu des écluses d'une révolution où commen.. cent tous nos pays américains, tous nos cris, tous nos chants, nos révoltes, nos volcans, et le Che Guevara qui est le bien commun, la géo. métrie de notre avenir, qui a sorti ce continent 9

de l'hibernation et du rituel des dogmes politiques pseudo-marxistes, pour restituer à ellemême l'imagination révolutionnaire. Je salue donc cette pièce comme elle est offerte à notre ferveur et à l'aventure de notre esprit, « la voile en plein vent de l'histoire nouvelle» des Antil.. les et de tout le tiers monde américain. Je ne sais si ces mots jetés en vrac peuvent remplacer l'impossibilité où je suis d'écrire, par faute de temps, la préface que mérite ce livre, mais je remercie vivement l'auteur pour son geste et je lui souhaite un public digne de sa poésie et de ses colères.
RENÉ DEPESTRE.

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DECEMBRE 1959

Les événements relatés par la pièce d'Auguste Macouba sont réels et., la population de Fort-deFrance les a connus., vécus., et surtout ne les a pas oubliés. Et l'auteur a écrit ces trois jours. Il nous est apparu donc important de faire un travail de théâtralisation de ces événements., de développer le contour des personnages et surtout de préciser le lieu de l'action donné par deux personnages bien connus dans l'histoire de la colonisation de la Martinique. Je cite: Beslin d'Esnambuc et Joséphine Tascher de La Pagerie plus connue comme Joséphine de Beauharnais. En effet., ces deux statues sont encore sur la Savane de Fort-de-France et sont les témoins « vivants )) du vécu du peuple foyalais. Aussi, décembre 1959 est incontestablement une date de départ de la conscience martiniquaise car les émotions de ces journées ont provoqué les premiers mots d'ordre d'indépendance nationale. II

C'est à compter de cette date que les partis politiques de la Martinique ont reconsidéré leur mot d'ordre basé alors sur l'assimilation, que les Martiniquais ont pris conscience de leur environnement et de leur situation puisque à cette époque Fidel Castro était porté chef de la Révolution cubaine. Et j'ai évidence niquais exprimé l'auteur été marqué par cette pièce qui met en le premier mouvement des jeunes Martidans la recherche de leur identité, par le lyrisme et la force poétique de qui en fait un volcan.

Décembre 59, titre choisi pour mon adaptation à la scène, est un grand mouvement de violences, d'espoir et de cris de la jeunesse martiniquaise face à l'impuissance des partis traditionnels. La Savane, qui est scéniquement l'espace de la pièce, est un lieu d'oppression et d'étouffementparadoxe frappant - où une clocharde, qui est la voix populaire, raconte, vit et pleure les événements. Cette femme est aussi la voix de « l'histoire nouvelle )), celle qui se fait tous les jours. Nous a vons donc interprété les « voix de l'histoire ancienne)) par les statues de Beslin d'Esnambuc et de Joséphine de Beauharnais, couvertes de la moisissure du temps. Et, la jeunesse qui explose, battue par les forces de répression, tuée par le colonialisme, porte la pièce dans le mouvement. 12

Notre travail de comédiens est basé sur le mouvement. Mouvement du texte, gestuel et expression des émotions. Ce type de travail a été présenté par le Groupe théâtre Existence, dans un montage intitulé Pays Menace, extrait des poèmes - affiches Boutou grand soir d'Auguste Macouba, pour la Carifestaà Cuba en 1979. Roger ROBINEL Comédien réalisateur du Groupe Théâtre Existence

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