Hitler (début)

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Publié le : jeudi 15 septembre 2011
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Hitler (début) un - deux - trois - quatre - cinq 1 [L’idéal serait que Hitler, Göring, Goebbels, Himmler portent des masques représentant leur vraie figure.] Munich. Hofbraukeller. Au fond de la salle, mais de côté, pour bien indiquer qu’il s’agit d’une petite salle, devant une double porte fermée, donnant sur une salle de réunion. Sur la porte, une feuille sur laquelle est inscrit, en lettres majuscules manuscrites et maladroites : Parti des Travailleurs Allemands. Hitler, en uniforme de caporal, allant et venant devant la porte. Hitler.– Nul. 40 millions d’Allemands, dans la dernière rangée, la rangée des unités, le zéro, c’est moi. Qu’est-ce que je fais ici ?… ... Le collège, mes études : lamentables : pas le plus petit bout du plus petit brevet… … Je me croyais un talent d’artiste, je me présente deux fois à l’Académie Viennoise des Beaux-Arts : refusé deux fois. ... La guerre se déclare entre l’Allemagne et la France. Je cours à Münich m’engager dans l’armée allemande, je crois me battre bravement : soldat, moins que soldat, soldat avec une petite tape sur l’épaule, méprisante, c’est bien mon garçon, tu t’es bien conduit : caporal. Non seulement caporal, mais pendant qu’au front on combattait d’arrache-pied, à l’arrière, les politiques signaient la capitulation. Triple défaite : cancre confirmé, artiste échoué, caporal vaincu… … Cependant, bien que n’étant rien, considéré par les autres comme rien, d’où vient que je ne me croyais pas rien ? Cette croyance, m’étais-je dit, vient bien de quelque chose… ... Des gens, de nom inconnu, de fortune nulle, sans diplôme, mais ambitieux, quelle est leur seule ressource, pour se faire un nom ? Faire de la politique. Faisons donc de la politique, c’est ce que je m’étais dit… ….Entrer dans un grand parti, SPD, KPD ? Sans relations ? Avoir pour avenir de coller des enveloppes, mettre des journaux sous bande, distribuer des tracts ? Le seul parti que je pouvais prendre, c’était de m’inscrire dans le plus petit des petits partis : d’où mon choix (montrant la porte) du Parti des Travailleurs Allemands. … … Maintenant, même eux. Parti des travailleurs ? Je ne suis pas même ouvrier. Lorsque je me sers d’un tournevis, je me fais une cloque dans la main, d’un marteau je me tape sur un ongle qui devient tout bleu, d’une pince je m’arrache un morceau de chair sanguinolent. Pas même un zéro, un zéro virgule zéro. Un zéro moins : du négatif. (il va vers la sortie) Toi et ta vanité, va-t-en avant que même les ouvriers te fassent honte. Il sort. La salle elle-même, derrière la double porte, mais elle n’occupe qu’un tiers de la scène, parce que c’est une petite salle. Au devant de la scène, de plain-pied, qui est une estrade, autour d’une table, le bureau du DAP composé de 6 membres, dont le Président Führer Drexler. Derrière, en contrebas, dans une demi-obscurité, la salle avec des chaises, avec au fond, la double porte. Drexler.– (se levant) Chers membres du parti ouvrier, 6 dirigeants, O adhérent, toute le monde est là. J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. A partir d’aujourd’hui, les choses vont changer : les 6 dirigeants du Parti vont avoir quelqu’un à diriger. Tous.– Non ? Le trésorier.– Un ouvrier ? Drexler.– Un caporal. Le trésorier.– (fronçant le sourcil) Un caporal ? Drexler.– Qui a exercé ses travaux guerriers de 14 à 18… ...Ni Prussien, ni Berlinois. Pas même Bavarois. Autrichien… ... Mr le trésorier, je ne crois pas qu’on puisse faire tellement le difficile. (Il regarde sa montre) Drexler descend de l’estrade. On le voit apparaître au fond de la salle, ouvrir un des battants de la porte, sortir, rentrer, Hitler le suivant. Tous deux traversent la salle, montent l’estrade. Drexler.- (présentant) Adolf Hitler. Le DAP. (à Hitler) Nous sommes honorés, que parmi les 73 partis allemands, vous ayez choisi le 73 ème. Hitler.– Laissez-moi prévenir mon renvoi, Monsieur. Je n’exerce pas de métier. Je ne suis pas même ouvrier. La seule chose que je sache faire, c’est faire ce que font ceux qui ne savent rien faire : tuer. Offrir à mon pays d’adoption cette chose inutile, c’est la seule chose que j’aie su faire dans ma vie. (il recule pour descendre de l’estrade) Je retire ma candidature, avant que vous la retiriez vous-même. Drexler.– Que croyez-vous que nous pensons de nous, Mr Hitler ? Notre métier semble quelque chose de positif : conduire des locomotives, poser des ballasts, des traverses, des rails sur des coussinets entre des semelles, les fixer avec des tire-fonds, ça semble une chose tangible, à quoi nous nous raccrochons, certes, mais que nous savons, dans la machine générale du pays chose tout à fait accessoire. Les chemins de fer sont déficitaires, ils sont vus par l’Etat d’un mauvais œil, comme une charge non rentable pour son budget. Nous coûtons peu, mais nous rapportons moins que nous coûtons. Notre amertume n’est pas moins amère que la vôtre. … … Vous nous avez dit les raisons pour lesquelles vous ne pouviez pas adhérer au parti, ce sont ces mêmes raisons pour lesquelles nous voulons que vous y adhériez. (il lui tend la main) Bienvenue à vous. Hitler.– (à tous) Merci de tout coeur. (Il tend la main à tous et incline sa tête) Drexler .—Si vous permettez, passons à l’ordre du jour. (il prend un document sur la table) (Il lui fait signe de s’asseoir, Hitler s’assied) J’’ai l’intention de lire, lors de la réunion, notre programme électoral. (Il lui tend le programme, Hitler lit le programme en oblique, sous les yeux de tous.) Hitler.- (posant son programme sur la table) Parfait. Drexler.- (à tous) ... Cette nuit, j’ai fait un rêve si indécent, camarades, que j’ose à peine le confesser. Le trésorier.– Dis toujours. Drexler.– J’ai rêvé que le parti s’achetait une ronéo. 1er membre.– Qu’est-ce que c’est que ça ? Drexler.– C’est une machine qui utilise le procédé du pochoir. On tape un texte à la machine à écrire sur du papier paraffiné, le stencil, qui est percé. On pose le stencil sur un tissu encré d’une encre grasse, fixé sur un rouleau. On tourne le rouleau en présentant les feuilles une à une. On peut tirer jusqu’à 3 000 feuilles. 1er membre.– Le prix ? Drexler.– Machine, stencil, tubes d’encre, papier : il faudrait quadrupler ce mois-ci la cotisation. Le trésorier.– Aux voix. 1er membre.- Ma femme dirait non : je dis non après ma femme. 2ème membre.– Ma femme me laisse libre : je dis non pour elle. Le trésorier.– Comme trésorier, je suis trop souvent de ma poche : je dis non. (seuls Drexler et Hitler lèvent la main) La proposition est repoussée. Drexler.– Je me doutais que le rêve resterait un rêve… ... J’ai recopié notre programme électoral en 5 exemplaires, 1 pour chacun d’entre vous, avec pour tâche de le recopier en autant d’exemplaires qu’il pourra……(il distribue les exemplaires aux membres du bureau) Hitler.– … …Pardon. Serez-vous seul à parler ? Le trésorier.– Nous voulons limiter l’impact à la lecture du programme. Tout commentaire amortirait cet impact. Hitler.– Si quelqu’un voulait lui donner du relief ? Drexler.– Plus les sentiments sont puissants, Mr Hitler, plus les mots s’embarrassent au portillon de la gorge, et laissent la bouche muette. L’art de parler s’apprend. Hitler.– Vous êtes pour le peuple, à condition qu’il reste muet ? Drexler.- (à tous) Donnons droit au droit que Mr. Hitler revendique. Un ancien combattant peut nous rallier quelques uns de ses pairs. Le trésorier.—S’il se limite. Hitler.– Je me limiterai.(Drexler regarde le bureau, lève la main, tous lèvent la main avec lui.) Drexler.– Il est l’heure. Ouvrez la porte. Le 1er membre va ouvrir, et revient. Hitler prend sa chaise et s’asseoit de côté. Une dizaine de personnes entrent, et s’assiéent au petit bonheur. Cela fait une salle très clairsemée. Drexler.– (au bout d’un certain temps) Je crois que nous avons fait le plein. 2 ème membre.– Le plein du vide. De la salle, on entend une rumeur de conversations, des toux, des raclements de gorge, des bruits de chaise, des gens qui se mouchent, tout le temps que Drexler parle. Drexler.- (se lève, son programme électoral en main) Chers camarades, le parti des travailleurs allemands présente le programme électoral suivant : (il lit) 1. Création d’une grande Allemagne, regroupant tous les pays de langue allemande. 2. L’Allemagne aux seuls Allemands. 3. Abolition de l’esclavage par l’intérêt ; sujétion des puissances financières internationales à l’Etat. 4. Egalité de tous les citoyens. 5. Confiscation des profits de guerre. 6. Abolition des revenus acquis sans travail. 7. Nationalisation des monopoles industriels. 8. Participation des ouvriers aux bénéfices des entreprises. 9. Protection de la classe moyenne. 10. Obligation pour tous les citoyens d’accomplir leurs devoirs. 11. Réglementation de la presse. 12. Neutralité religieuse. 13. Le bien commun prime sur le bien de l’individu. 14. Réforme agraire : expropriation des sols sans indemnité. 15. Nationalisation des grands magasins et leur location par lots bon marché aux petits commerçants. 16. Création d’un pouvoir centralisé et fort. (au public, allant et venant) Camarades, à vous la parole. (silence) Si vous avez des explications à demander, nous sommes prêts à vous répondre.(silence)Ne craignez pas de lever la main. Long silence, avec la même rumeur. Hitler.- (se levant, sa voix naturelle est un peu éraillée) Si quelqu’un parmi vous, Allemands, se levait et me disait : qui es-tu, toi ? De quel droit prends-tu la parole ? Qu’est-ce que tu as de plus que moi ? Je lui répondrai : mon honneur, c’est de n’avoir et de n’être rien de plus que chacun de vous. Allemands, selon quel critère l’homme est-il apprécié dans notre République de Weimar ? Selon l’argent qu’il gagne : c’est l’argent qui fait qu’on vous appelle réussi, c’est l’argent qui fait qu’on vous appelle échoué. L’homme est-il loué pour son travail, pour ses talents, pour sa conscience professionnelle ? Non, pour l’argent qu’il sait faire. Quel est le seul savoir loué ? Le savoir vendre. Quelle est la seule profession prônée ? Vendeur. La qualité des qualités : savoir se vendre soi-même. Mieux encore que vendre, qu’est-ce qui est plus loué encore ? Escroquer, berner, duper. Quel est l’héros de roman moderne ? L’escroc. ... …Allemands, y a-t-il une industrie, hors l’allemande ? Une technique hors l’allemande ? Une chimie, une physique, une mécanique ? Une philosophie ? Une musique ? Une architecture ? Une peinture ? Une littérature ? Une poésie ? Hors l’allemande ? Des industriels plus industrieux, des ingénieurs plus ingénieux,des inventeurs plus inventifs, des ouvriers mieux ouvrant une œuvre plus soignée, que ceux d’Allemagne ? En tout savoir, en tout savoir-faire, l’Allemagne caracole en tête. Partout reconnus, pourquoi ne nous reconnaissons-nous pas nous-mêmes ? Si l’Allemagne est la première par la valeur, pourquoi n’est-elle pas en Europe la première en titre ? …(plusieurs applaudissements) Allemands, nous avons l’air tous ennemis les uns des autres, et pourtant ne nous sommes-nous pas tous parents ? Ne sommes-nous pas tous de la même race allemande. Cette race allemande, pour quelles qualités est-elle célèbre ? Invention, création, haute conscience professionnelle, amour du travail bien fait, volonté sans faille, énergie incessante, ses qualités ne sont-elles pas reconnues dans le monde entier ? Allemagne, pourquoi n’es-tu pas ce que tu es ? (au fur et à mesure qu’il parle, la rumeur qu’on entendait le salle se tait ; par la porte entrouverte, du monde afflue de la salle de la brasserie, s’entasse au fond, on n’entend plus qu’un profond silence) ... ...Que suis-je ? Ouvrier déshonoré comme vous, soldat trahi comme vous. Qui fabrique l’Allemagne, sinon l’ouvrier, le soldat ? Au lieu de se soucier de l’ouvrier et du soldat, que fait la démocratie ? Elle leur tourne le dos, elle tourne ses yeux ailleurs… … Allemands. C’est vous, en bas, l’Allemagne, qui ferez que l’Allemagne sera en haut. Souvenez-vous que c’est un petit moine allemand, qui a fait trembler sur ses fondations la Toute Puissante Eglise Catholique Romaine. Vous êtes petits, comme votre parti est petit : nous ne sommes rien, comme vous n’êtes rien. Et si vous, avec votre rien, et nous, avec notre rien, nous nous unissions, ne pourrions- nous pas être un peu quelque chose ?... … (Vifs applaudissements, Bravo) Drexler.- (bas, au trésorier) Tu as vu le monde qui afflue ? Il y a même des officiers. Hitler.—(au public) Si notre voix est écoutée, si nos sentiments sont partagés, si vos applaudissements sont sincères, vous voudrez que notre voix porte plus loin que vous. Ajoutez, s’il vous plaît, à notre voix un porte-voix. Si vous approuvez nos thèses, vous nous aiderez à acheter une ronéo pour les imprimer en grand nombre, pour qu’un plus grand nombre que le vôtre, en prenne connaissance. Si vous ne nous donnez rien, c’est que vous estimez que vous et nous, qui sommes rien, méritons d’être rien, devons rester rien. Vous seuls ferez que nous serons, si du moins vous, vous voulez être. Toute grande religion naît dans une petite brasserie, puis elle s’étend au quartier, puis à la ville, puis au land, puis au pays, enfin à la terre entière. Pour vous, soyez généreux. (vifs applaudissements) Hitler prend plusieurs chapeaux sur la table, en donnent aux 4 membres du bureau, ils descendent de l’estrade et font la quête, puis remontent sur l’estrade, Hitler au milieu, leurs chapeaux pleins de billets, qu’ils déposent devant le trésorier. La salle se vide. Le capitaine Röhm monte sur l’estrade à gauche, puis le capitaine Göring à droite. Röhm va à Hitler, lui ouvrant les bras. Hitler.- (claquant les talons et saluant) Mon capitaine. Röhm.– Repos. (l’embrassant) Mon petit caporal de mes deux. Mon sale petit cabot. Mon petit bâtard de corniaud. (au bureau) Qui aurait dit que cette petite quéquette de trois sous pouvait devenir cette trique ? Vous avez vu comme cette femelle de foule, fascinée, n’en pouvait détacher ses yeux ? (à Hitler) Dans quel fumier t’a poussé un tel joli talent, mon troufignon ? Hitler.– Un fumier, vous dites bien, mon capitaine : le fumier de la misère. Röhm.– C’est la misère qui t’a insufflé ce souffle-là ? Hitler.– Non la misère voulue, mais la misère subie, capitaine. Röhm.–(à Drexler, sortant son portefeuille) Inscrivez-nous, moi et mes 20 000 SA, dans votre parti de merde. Drexler et le trésorier, avec Röhm, remplissent les feuilles d’adhésion. Le capitaine Göring fait un pas vers le groupe. Drexler.–(à Göring) Mon capitaine ? Röhm.–(à Göring) Capitaine ? Göring.– Je sollicite de Mr. Hitler, une audience particulière. Hitler va vers Göring, claque des talons et salue. Hitler.– Mon capitaine. Göring.- Pas de ça. C’est plutôt moi. (lui montrant les chapeaux pleins de billets, et les membres du bureau qui les comptent) Vous avez vu ? Toute l’assistance, jusqu’aux serveuses, Dieu sait pourtant qu’elles devraient être bronzées, y est allée, non de sa monnaie, mais de son billet. Tous ont eu le coup de fondre. Quel ne doit pas être celui pour lequel les pauvres acceptent de s’appauvrir ? Vous avez quelque chose en Allemagne que personne n’a. Vous êtes à partir d’aujourd’hui pour moi le premier, je veux être pour vous votre second. Hitler.- (tendant la main) Vous êtes désormais mon second. Gôring va vers Drexler et le trésorier pour s’inscrire. Göring.– Je m’inscris à votre parti. (Il sort son chéquier) Permettez-moi de lui faire un don. (Il remet son chèque au trésorier, qui regarde le montant, admire, le montre à Drexler, qui admire aussi, et s’incline devant Göring, pour le remercier) Hitler.–(s'adressant à tout le bureau)Notre prochaine réunion, si vous voulez bien, se fera à la Festsaal du Cirque Krone, dans une semaine. Le trésorier.– C’est un vêtement bien trop large pour nos petits publics. Il va flotter sur lui. … … Je propose que nous mettions cela aux voix. (Les autres membres du bureau hésitent) Hitler.– Dans votre programme, article 16, vous voulez à la tête de l’Etat un pouvoir centralisé et fort, et vous vous perdez à voter à la majorité. Si vous étiez conséquents, vous éliriez à la tête du parti, quelqu’un à qui vous donneriez les pleins pouvoirs, et qui serait responsable devant vous. Qui s’offre ? (personne ne lève la main) Je me permets de faire acte de candidature. (A la suite de Röhm et de Göring, qui approuvent et applaudissent, les membres du bureau lèvent la main.) Drexler.– Je vous cède ma place. Je donne au bureau ma démission. Hitler.– Restez l’architecte, Führer, je ne revendique que d’être le maçon. .. … (au trésorier) Avec la ronéo, vous achèterez des tubes d’encre rouge : que les affichettes annonçant cette réunion au cirque Krone soient couleur sang de bœuf. Röhm.– Pour le cirque Krone, il va falloir vous armer, Mr Hitler : les communistes ne manqueront pas de jouer les agitateurs. (se tournant vers la salle, criant) Poulet. La voix d’Himmler.– Jawohl. Himmler, en costume civil étriqué avec cravate en diagonale, monte l’estrade, se présente à Röhm, claque des talons et se met au garde à vous. Röhm.-… … (se tournant, présentant Himmler à Hitler) Heinrich Himmler. (Hitler et Himmler se serrent la main) Il n’a l’air de rien, c’est vraiment le petit jeune quelconque. il est le premier à le dire, n’est-ce pas poulet ? Himmler.– (claquant des talons, se mettant au garde à vous) Jawohl, capitaine. Röhm.- Mais dans le genre quelconque, c’est un jeune homme rare. Il professe pour moi un vrai culte. N’est-ce pas, poulet ? Himmler.– (claquant les talons, la main au front) Jawohl, capitaine. Röhm.– J’avais marché dans ce à quoi tu penses. Il a décrotté ma botte dans mon dos, pour que la vue de lui décrottant mes bottes de leur crotte, n’offense pas mes yeux. Il chierait pour moi, si cela se pouvait. La perle. Pour couronner le tout, il est bénévole. Il gagne son pain, il est éleveur de poulets. Hitler.–(intéressé) Eleveur de poulets ? Himmler.— Je sélectionne des mâles reproducteurs, j’élève les poules en batterie, j’incube les œufs dans une couveuse artificielle, je calcule la nourriture. Je cherche la production optimale. Röhm.- (en riant) En tous cas, il ne s’est pas sélectionné lui-même, hein, poulet ? Himmler.- (claquant des talons) Jawohl, capitaine. Röhm.– Je t’affecte à la protection de Hitler. Tu lui choisiras une équipe de SA pour faire son service d’ordre. Himmler.– (rectifiant sa tenue) A vos ordres, capitaine. Hitler.- (au bureau) Une tâche attend chacun : achat de la ronéo, des stencils, de tube d’encre rouge, du papier, de pinceaux à colle, de colle ; dactylographie sur stencil ; tirage ; collage des affichettes. Je veux ne voir aucune affichette sur de la propriété privée, que sur du meuble ou du bâtiment public. … … N’économisez pas la colle, collez bien sur les bords, pour que l’affichette soit difficile à décoller. A la semaine prochaine. Mr Himmler (il lui fait signe de le précéder). Hitler sort avec Himmler, suivi de Röhm et de Göring, qui se regardent d’un œil noir. Drexler distribue les tâches, tous, affairés, sortent. Festsaal du Cirque Krone, qui occupe toute la largeur de la scène. Au devant de la scène, sur une estrade, la table pour le bureau du parti. La salle est derrière la table, en contre-bas, plongée dans une demi-obscurité, on entend que son vide est vaste. Entrent Hitler, et 6 SA qui se tiennent mal. Hitler.– … … Vous vous êtes regardés ? Avachis, épaules basses : tenue de défaite. Croyez-vous que je veuille être défendu par des gens d’avance battus ? (les SA, gênés rectifient tant bien que mal leur tenue) (d’une voix autoritaire) En ligne. Garde à vous. Tête, épaules : droites. Bras: le long du corps. Pieds : ouverts à 45°. Les yeux : à cinq pas devant vous. (les SA ont rectifié leur tenue) Je vous veux bandés comme des arcs. Je vous veux revolver armé, le doigt sur la détente, prêts à vous tirer … … Des communistes vont venir semer la zizanie. Quel est votre devoir ? Faire régner l’ordre. Dès le premier cri, foncez dans le tas. Chargez. Cognez. Pensez aux coups que vous donnez, non à ceux que vous recevez. Lorsque vous en recevez, redoublez d’en donner. Faites comme si vous ne sentiez rien, et vous ne sentirez rien. Attaquez, ne cessez d’attaquer. Se défendre, c’est craindre pour soi, aussi poussez-les, eux, à la défense. Cognez, jusqu’à ce que vous n’ayez devant vous qu’ordre et silence. Sur ma main, jurez votre foi. Dites : je jure ma foi. Les SA.– (les mains sur la main de Hitler, qui les regarde les yeux dans les yeux) Je jure ma foi. Hitler .– Trois à droite au fond, trois à gauche au fond. Les SA descendent l’estrade et se placent en contrebas. Entre le bureau du parti, qui serre la main de Hitler, va s’asseoir. Drexler fait un signe à un membre, qui va au fond ouvrir la porte de la salle : bien du peuple entre et se précipite pour trouver une place. Hitler s’assied au côté de la table. Le bruit des chaises s’éteint. Drexler se lève. Drexler.– Le parti des ouvriers allemands vous souhaite la bienvenue. Je donne la parole à celui que vous attendez d’entendre : Mr Adolf Hitler. Hitler se lève. Un silence religieux se fait. Hitler.– … Dans un corps, dans un organisme, y a-t-il un membre, un organe, ou la main, ou le rein, ou le poumon, ou le cerveau, plus honorable ou plus méprisable, l’un que l’autre ? Existe-t-il des fonctions de membres, des fonctions d’organes accessoires ? Ne sont-elles pas toutes essentielles, également ? Faire, respirer, digérer, penser ne sont-ils pas des fonctions, toutes également fondamentales ?... … Un homme se fait une blessure à un doigt : est-ce que la tête ne laisse pas tout en plan, et ne court pas au chevet de ce doigt ? Toute la tête inquiète porte tous ses soins à ce doigt blessé, à cet œil rougi, à cet abcès dans le dos, à ce mal de tête, à cette grippe, n’a de cesse qu’il soit guéri, pour qu’enfin corps et tête puissent à nouveau vaquer à leurs travaux. Pourquoi le gouvernement n’apporte-t-il pas tous ses soins à ses citoyens chômeurs ? … (vigoureux applaudissements, quelques cris se font entendre)... Et qui est seul juge, pour décider de la priorité à donner à l’un ou l’autre organe, à l’une ou l’autre fonction, sinon la tête ? Pour décider, de même, de la priorité à donner à tel ou tel problème social, du soin à apporter à telle ou telle classe sociale, ne faut-il pas à ce grand organisme de l’Allemagne, une tête, seule, qui décide ? La voix d’un communiste.- (fort) Je ne veux qu’une tête à ma tête : la mienne. Je n’en veux pas d’autre. (quelques applaudissements, bruits de pas, bruits de chaises) (plus fort) Je ne veux pas être le morceau d’un tout, je fais un tout à moi tout seul. La voix d’un socialiste.—Les hommes sont inventifs, créatifs dans la mesure où ils ne sont pas moutonniers. Leur voix est couverte par le bruit d’une violente bagarre, le bruit s’éloigne, les portes claquent, le bruit se fait. Hitler.- (poursuivant) … … … Allemands. Qu’est-ce qu’un démocrate ? Celui qui veut l’égalité pour les autres, certes, mais pas pour lui. Nous sommes tous d’acharnés égalitaires, mais enfiévrés d’ambition dans la même proportion. Nous voulons que tous soient égaux, à l’exception d’un seul : nous. Et quoi de plus naturel ? Y a-t-il un sentiment plus légitime que l’ambition ?... ...Seulement, isolé chacun, à se battre seul contre tous, n’est-ce pas un combat perdu d’avance ? Si on ne peut pas se distinguer seuls, ne faut-il pas passer par se distinguer, tous, et tous se distinguant, en tous, se distinguer chacun ? Au lieu de perdre ses forces à se battre avec ses égaux en vain, ne vaut-il pas mieux unir ses forces à celles des autres, et triompher enfin tous, et, donc, chacun ? Petit, seul, on a beau faire tous ses efforts pour se hausser, on ne se hausse guère. Mais un ajouté à un, ajouté à un, et ajouté à un, cela ne nous fait-il pas de plus haute taille ? Chaque Allemand accru de chacun d’Allemagne, ça ne fait-il pas une belle troupe ? Chacun, seul, fait une petite Allemagne ridicule, mais tous, ensemble, ça ne fait-il pas une Allemagne, que l’on prend enfin au sérieux ? Peut-on être fier d’être Allemand, si on n’est pas fier de l’Allemagne ? Que puis-je, moi Allemand, faire d’honorable, si l’Allemagne est humiliée ? Ne faut-il pas d’abord établir ma fierté d’Allemand, avant d’établir ma fierté d’homme ? (vifs applaudissements) Nous ne sommes rien seuls ? Soyons quelque chose, tous. Etre grand tout seul pour personne ne se peut, être grand à tous se doit, et justement pour le plus petit. Dans la salle de bal, celui qui est seul, tout attristé, fait tapisserie : celui qui conduit la farandole, au passage, invite celui qui est seul, et celui qui est seul,la joie au cœur, rejoint la farandole, et, avec elle, en chantant et dansant, parcourt les salles. (vifs applaudissements) Il n’est pas bon d’être seul, deux valent mieux qu’un, mais tous valent mieux que deux. Une assemblée sans président, chacun crie de son côté, on ne s’entend plus, c’est un capharnaum, le président entre, parle de sa voix puissante, et le silence aussitôt se fait… (court silence) Au début de la vie, le jeune se demande : qu’est-ce que je vais faire ? Des études ? Quelles études ? A quoi bon ? Il y a plus de diplômés que de places. N’est-ce pas une grande désolation d’avoir un diplôme et de ne pas trouver de place ? N’est-ce pas une plus grande désolation encore, d’être diplômé, de trouver une place, et d’y être cloué toute sa vie ? … …(court silence) .. … Que fait la République ? Elle défend les faibles contre les forts. Que sont les faibles ? Gens d’obéissance : l’obéissance est la raison des gens qui ne raisonnent pas. De qui l’Allemagne a-t-elle besoin ? D’une élite de gens ambitieux, assoiffés de pouvoir, d’honneurs, d’argent, qui veulent une vie proportionnée à leurs talents. Que se propose le Reich auquel je pense ? D’offrir à cette élite un champ d’action. Le Reich fera l’inverse de ce que fait la République, il défendra les forts contre les faibles… Allemands, osons être à nouveau les barbares, que nous étions. Qu’est ce que c’est être barbare ? C’est ôter de soi toute compassion. Qu’est-ce que c’est compassion ? C’est souffrir avec le faible. Mais celui qui souffre avec le faible, non seulement n’aide le faible en rien, mais encore se nuit, par ce qu’il se fait faible lui-même. (vifs applaudissements)… … Le vrai péché des catholiques, Allemands, c’est d’avoir inventé le péché originel, d’avoir fait de l’homme un pécheur de naissance. Dès la naissance, l’Eglise nous plie à battre notre coulpe, demander pardon. Le pli est à la fin si bien pris, le caractère est si bien acquis, que mûrs et vigoureux, nous continuons à demander pardon. C’est sur ce peuple à genoux, que l’Eglise a établi sa puissance. Avec le fer chaud de votre caractère, Allemands, repassez ce mauvais pli. Quel est le plus grand péché du monde ? De manquer d’assurance en soi. Ne vous laissez pas attaquer par cette lèpre.… A quelles époques, l’Allemagne a-t-elle été à son plus haut ? Au 1er Reich, fondé par Othon le Grand. Au 2ème Reich, fondé par Frédéric le Grand, l’un et l’autre souverains absolus. Qui font les Etats forts ? Les chefs d’Etat forts. Ne croyez-vous pas que le temps est venu de fonder le 3ème Reich ? Le temps a passé, le peuple mûri a remplacé la noblesse. C’est au peuple à élire pour chef celui d’entre les siens, qui se dégagera lui-même de lui. Le peuple l’élira, et il sera responsable devant lui. Tel est le programme de notre parti. Votez pour vous, Allemands, votez pour nous. Il s’écarte, tonnerre d’applaudissements, trépignements, cris Hitler, Vive le Parti National Socialiste. Hitler tourne le dos vers le bureau. Le bruit s’éloigne peu à peu, s’éteint. Hitler fait deux gestes à droite et à gauche vers la salle, montent les 6 SA, aux habits déchirés, aux coquarts, bosses, nez qui saignent. Hitler.- (aux SA) Bleus, coquarts, nez qui saignent, poings foulés, ce sont vos médailles. Je suis fier de vous. Je vous nomme ma garde. (Il serre leurs mains en les regardant droit dans les yeux) Rompez. Sortent les SA. Monte l’estrade à droite Gôring, qui applaudit. Gôring.– Enfin est venu celui que l’Allemagne n’espérait plus. Cet obscur caporal, cet inconnu, ce quelconque, ce n’importe qui, c’est lui l’homme rare. (Il va à Hitler,lui serre la main de la main gauche, et de la main gauche lui presse le bras) De la salle, on entend la voix de Röhm. La voix de Röhm.– Hitler. Fini les paroles, aux actes. (Röhm monte l’estrade, et apparaît) Ritter von Kahr, le ministre-président de Bavière prépare un putsch royaliste. Il veut
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