L'Héritage

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« Dans L’Héritage, il y a une maison, froide, posée dans des champs nus qu’il faut traverser pour atteindre la ville. Dans la maison, il y a une famille, bourgeoise, riche à crouler sous les domestiques. Et dans une pièce, il y a un cadavre, celui du père. Dehors, il fait nuit. Il fera nuit toute la pièce. Koltès était un solaire à l’âme d’oiseau nocturne. Il a donné au fils de L’Héritage un nom insensé d’Indien à la Claudel, Pahiquial. Pahiquial a une mère, Anne-Agathe, un ami efféminé, Ariée, une "fiancée", Thérèse, et un désir de funambule qui danserait sur des braises. Une âme en feu, la haine du monde, l’envie féroce de tout jeter – l’héritage, la maison, la famille – pour se perdre dans la jungle de villes par lui imaginées. Pahiquial est fragile, Koltès incendiaire. Ses mots impolis, parfois insupportables, surgissent d’une nuit du refus qui deviendra gracieuse, dans ses pièces suivantes. » (Brigitte Salino, Le Monde)
L'Héritage, écrit en 1972, est paru en 1998.
Publié le : jeudi 11 septembre 2014
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EAN13 : 9782707330925
Nombre de pages : 80
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’héritage
LDE BERNARD-MARIE KOLTÈS
AFUITE À CHEVAL TRÈS LOIN DANS LA VILLE, roman, 1984.
QUAI OUEST, suivi de UN HANGAR, À L’OUEST, théâtre, 1985.
DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON, théâtre, 1986.
LE CONTE D’HIVER (traduction de la pièce de William
Shakespeare), théâtre, 1988.
LANUIT JUSTE AVANT LES FORÊTS, 1988.
LE RETOUR AU DÉSERT, suivi de CENT ANS D’HISTOIRE DE LA
FAMILLESERPENOISE, théâtre, 1988.
COMBAT DE NÈGRE ET DE CHIENS, théâtre, 1983-1989.
ROBERTOZUCCO, suivi de TABATABA et COCO, théâtre, 1990.
PROLOGUE ET AUTRES TEXTES, 1991.
SALLINGER, théâtre, 1995.
LESAMERTUMES, théâtre, 1998.
L’HÉRITAGE, théâtre, 1998.
UNE PART DE MA VIE. Entretiens (1983-1989), 1999 (“double”,
on 69).
PROCÈS IVRE, théâtre, 2001.
LAMARCHE,, 2003.
LE JOUR DES MEURTRES DANS L’HISTOIRE D’HAMLET, théâtre,
2006.
DES VOIX SOURDES, théâtre, 2008.
RÉCITS MORTS. UN RÊVE ÉGARÉ, théâtre, 2008.
NICKELSTUFF, scénario, 2009.
LETTRES, 2009.







OTÈS
L’héritage
LES ÉDITIONS DE MINUIT








B
ES ÉDITIONS DE MINUIT
7, rue Bernard-Palissy, 75006 Paris
www.leseditionsdeminuit.fr
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?Il y a bientôt dix ans disparaissait Bernard-Marie
Koltès. Depuis lors ont été publiés différents textes de
lui qu’il avait pleinement assumés de son vivant :
Roberto Zucco, Tabataba, Sallinger, Prologue et deux
nouvelles.
Nous prenons aujourd’hui la décision de faire paraître
des écrits datant d’une période précédente (1970-1974)
dont certaines versions plus ou moins authentiques
circulent. Il importait, pensons-nous, de faire connaître ces
inédits à partir des manuscrits originaux annotés et
corrigés par l’auteur.
Avril 1998
François Koltès










ACette pièce a été enregistrée en 1972, d’abord à
l’ORTF de Strasbourg dans une réalisation de Jacques
Taroni (avec les comédiens du Théâtre du Quai), puis
pour une émission de Lucien Attoun à France Culture
réalisée par Evelyne Fremy, avec Hubert Gignoux et
Maria Casarès.
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)*PAHIQUIAL, jeune héritier
et les habitants de la Maison :
ANNE-AGATHE, sa mère
ARIÉE
CONSTANTIN, maître des domestiques
THÉRÈSE
LES DOMESTIQUES
LE CADAVRE DU PÈRE DE PAHIQUIAL
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PARTIE
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=Incendies dans la ville.
Le glas, et Pahiquial qui court à travers les
champs.
Le glas, au fond du tumulte de la ville incendiée.
Pahiquial, qui regarde la lueur des feux, derrière
lui, et se remet à courir dans les champs.
Et le glas.
L’intérieur de la maison.
Le cadavre, au centre de l’immense pièce, autour
duquel s’affairent une multitude de domestiques.
Anne-Agathe est dans un fauteuil, au premier
plan, dos tourné, et les regarde avec impatience.
ANNE-AGATHE. – Ah, bon, bon, allons ; oui, très
bien. Comment? C’est cela, sortez. Bon, vous
entendez ? Allons, allons, mon Dieu ! Très bien,
sortez maintenant. Est-ce possible ! Qu’il est donc
difficile de se retrouver seule, de faire sortir les
domestiques d’une chambre à coucher. Vous
entendez ? Mais oui, c’est cela... Quoi donc ? Enfin, vous
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>out cela va changer, oui, car ce n’est
plus possible, voyez-vous. Non, je vous dirai plus
tard ; pour l’instant, sortez ; mais tout cela va
changer. C’est cela, c’est cela, allons. (Les domestiques
disparaissent.) Enfin, ils ont compris, enfin me voici
seule. Tout cela va changer. Trop nombreux, les
domestiques, et n’importe comment, et toujours là,
n’importe où, et le travail qui met du temps. Et puis
vraiment n’importe quoi. Pas un de bien, trop
nombreux pour être bien. Il y en a qui se parfument, je
l’ai senti tout à l’heure : il faudra qu’ils se lavent,
ou qu’ils quittent la maison. Et le visage grêlé : n’y
en a-t-il pas un qui a le visage grêlé, comme s’il avait
eu la maladie ? N’importe qui ! Les domestiques
visiblement malades seront renvoyés, ou on leur
tournera la face au mur. (Elle se tourne brusquement
vers l’avant, et commence à parler, très vite et très
bas, en se tordant les mains.) Ne comptez pas sur
moi pour des larmes. Je ne veux pas être une veuve
vêtue de souvenirs. Tout cela est de votre faute. Ne
voyez-vous pas à quel point vous avez été lâche, et
indigne, et égoïste, de me laisser seule au milieu
d’inconnus? (Temps.) Tant d’années maintenant
que je me fondais à votre ombre, que je respirais
votre souffle. Tout ce dont vous ne vous serviez pas
de moi, et qui est à présent atrophié. Voilà que vous
me laissez en partie mutilée et inerte, en partie
monstrueusement développée et avide de ce que
vous n’êtes plus là pour me donner. Vous m’avez
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cvirilité, et je reste, étrangère, dans une maison qui
n’a jamais été à moi, et que je n’ai traversée que
derrière votre dos ; avec tout à coup sur les bras des
choses et des choses et des gens que je ne connais
pas. (Temps. En se tournant vers lui :) Comment
voulez-vous que je lutte, comment voulez-vous que
je sauve la maison, que voulez-vous que je fasse,
aujourd’hui, que voulez-vous que je fasse ? (Elle
s’approche du cadavre.) Vous m’avez laissée seule, et
aveugle, et stérile – car me voici stérile, et je sens
votre absence plus lourde que toute votre existence.
(Elle le caresse du bout des doigts.) Vous avez l’air
cynique, maintenant plus que jamais. Pourquoi
êtes-vous toujours comme cela avec moi ? Mais
pourquoi êtes-vous mort? Vous avez fait cela
comme seul un homme peut le faire, bêtement,
mesquinement, par ironie, et sans rien me laisser. Mais
écoutez, à présent, écoutez jusqu’au bout ; vous
serez bien obligé aujourd’hui de me prendre au
sérieux, et je vous défie d’essayer de changer la
conversation. (Elle s’allonge doucement près de lui.)
Comment voudrais-tu que je n’aie pas peur ? Tu ne
peux pas ne pas comprendre cela. De quelque côté
que je me tourne, je suis entourée d’ennemis, dont
je ne connais pas les noms, et dont je ne vois pas le
visage, et puis, bien obligée de me débrouiller seule.
Mais je ne les connais pas, je ne les connais pas,
après tout, il fallait qu’ils meurent avec toi.
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