L'Insomnie

De
D’un grand maître du comique de situation vient l’histoire hallucinante d’un pauvre diable qui n’a pas dormi depuis des mois et qui ne sait plus si sa vie relève du rêve ou de la réalité. Insomniaque, Gilles Boudin est prisonnier du tourbillon d’images qui s’animent devant lui. Hallucinations et personnages bizarres meublent ses nuits mouvementées. Existe-t-il une frontière entre le rêve et la réalité si l'on retrouve dans ces deux mondes les mêmes angoisses, les mêmes peurs et les mêmes fantasmes? « L'Insomnie » a été créée par le Théâtre de la Vieille 17 en 1994.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782894238523
Nombre de pages : 100
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Éditions Prise de parole
C.P. 550, Sudbury (Ontario)
Canada P3E 4R2
www.prisedeparole.ca

 

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Du même auteur

 

Épinal, théâtre, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2005.

Contes sudburois, avec Robert Dickson et al., théâtre, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2001.

À la gauche de Dieu, théâtre, Sudbury, Éditions Prise de parole, 1998.

Deuxième souffle, avec Dan Lalande, théâtre, Sudbury, Éditions Prise de parole, 1992.

L’inconception, théâtre, Sudbury, Éditions Prise de parole, 1984.

La tante, théâtre, Sudbury, Éditions Prise de parole, 1981.

Robert Marinier

L’Insomnie

Théâtre

Éditions Prise de parole
Sudbury 1996

Photos en page couverture et à l’intérieur : Jules Villemaire

Conception de la couverture : Le Groupe Signature

 

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

Copyright © Ottawa, 1996

 

Diffusion au Canada : Dimedia

 

 

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Marinier, Robert, 1954-

        L’insomnie

Théâtre

ISBN 2-89423-058-3

I. Titre.

PS8576.A66I57         1996     C842’ .54     C95-932413-5

PQ3919.2.M37I57     1996

 

ISBN 978-2-89423-058-9 (Papier)

ISBN 978-2-89423-335-1 (PDF)

ISBN 978-2-89423-852-3 (ePub)

Préface

Tout a commencé en 1992. Robert Bellefeuille, le directeur artistique du Théâtre de la Vieille 17, avait lancé une invitation à quatre créateurs, dont Robert Marinier : carte blanche pour créer un spectacle d’une vingtaine de minutes sur le thème de la nuit. La seule contrainte imposée, à part la durée du spectacle, était le lieu de l’action – une chambre de motel –, qui devait être commun aux quatre univers, puisque les différents spectacles seraient présentés au cours de la même soirée.

Le résultat, à caractère expérimental, serait joué quelques soirs à Ottawa et permettrait, par ce fait même, plus de liberté que la création d’une œuvre aboutie.

Une occasion rêvée pour… rêver, et vérifier des hypothèses de création sans contrainte de rentabilité.

L’expérience a eu un tel succès qu’elle a été renouvelée. D’abord en gardant la formule initiale de plusieurs spectacles dans un lieu unique au cours d’une même soirée. En français, puis en anglais. Ensuite, certains des créateurs ont décidé de poursuivre séparément leur travail.

C’est ainsi que Robert Marinier a pris la route avec son bout de « nuit », qu’il a développé d’insomnie en insomnie, qu’il a joué, critiqué puis retravaillé à plusieurs reprises avant que cela devienne l’objet théâtral que vous avez entre les mains, et qui est la quatrième version de L’Insomnie, produite en janvier 1996.

Robert voulait faire un one-man show depuis longtemps. (Ce n’est pas le dernier paradoxe d’un créateur qui aime beaucoup créer en groupe – en famille, devrais-je dire! –).

Le défi est de taille : faire un spectacle qui ne soit ni un spectacle de variétés – ceux-ci fonctionnant généralement par sketches sans continuité narrative – ni du « théâtre-solo » – monologue d’un seul personnage. Un spectacle destiné à être joué par une seule personne, mais qui développe une histoire qui se tienne de bout en bout, et contienne plusieurs personnages en relation les uns avec les autres.

Ça peut avoir l’air simple comme ça, vu de loin, mais c’est pas évident.

Il y a une tradition pour ce genre de spectacle : on pense en particulier à Rufus ou à Bernard Haller, des précédents illustres et peut-être des sources d’inspiration pour Robert. En Ontario, le one-man show théâtral puise ses racines principalement dans la tradition des conteurs, porteurs eux-mêmes de la tradition orale. Un conteur raconte son histoire tout en passant sans transition de la narration aux différents personnages qu’il joue, en changeant simplement de voix ou d’accent. Pas de décor, pas de costume, pas d’accessoire. Avec pour seuls outils la puissance suggestive des mots et de l’imagination des auditeurs.

Robert a toujours aimé les contes. Ceux de Ti-Jean en particulier. Il les a joués autrefois pour le Théâtre du Nouvel-Ontario et il a travaillé aussi à une adaptation radiophonique des contes rassemblés par le Père Germain Lemieux.

L’Insomnie est presque un conte pour adultes. Avec un Narrateur, seul en scène, qui crée l’univers et le décor, joue tous les personnages et qui entre ou sort de l’action à volonté. Plus l’action avance, plus le Narrateur semble s’impliquer émotivement dans l’histoire, plus il semble se rapprocher du personnage principal et fusionner avec lui. À la fin de la représentation, on ne sait plus qui est qui, de l’auteur, de l’acteur, du Narrateur et des différents personnages.

Contrairement à l’aspect rigoureux, systématique de l’histoire, qui est construite comme un cauchemar avec la logique propre aux rêves et aux hallucinations, qui procède par associations à partir d’éléments réels, la création du spectacle s’est faite de façon apparemment anarchique. Puisque Robert était à la fois auteur et acteur, il se promenait sans cesse d’un rôle à l’autre, obligé de concevoir comme un auteur, tout en étant simultanément et parfois brutalement confronté par l’acteur qui expérimentait sur le terrain. Certaines hypothèses ont ainsi été refusées ou au contraire inventées sur la scène même.

L’Insomnie s’est donc écrite debout, dans ce va-et-vient permanent entre la table d’écriture et la salle de répétition. C’était parfois au tour de l’acteur de se tanner de telle ou telle scène, obligeant l’auteur à la remanier. Parfois, c’est le public qui a servi de baromètre. De plus, des interlocuteurs et interlocutrices de l’extérieur sont venus commenter et analyser les différentes versions, en vue d’aider Marinier à démêler les problèmes d’écriture des problèmes d’interprétation.

Le plus étonnant, finalement, c’est que dans cette œuvre, Robert ait accepté de perdre le contrôle sévère qu’il exerce normalement sur sa création pour laisser émerger les images, les personnages inscrits dans l’inconscient et les laisser aller sans volonté préétablie. C’est ce qui fait la force de L’Insomnie.

On retrouve dans cette pièce certaines des caractéristiques propres à l’univers de Robert, en particulier son amour pour une mécanique sophistiquée et pour une gymnastique très mentale, deux éléments déjà présents dans La tante et L’inconception. Des personnages ou des situations qui déraillent complètement, mais dans un cadre parfaitement plausible, un peu à la manière de certains univers de science-fiction. Ici, comme dans L’inconception, on joue avec l’espace-temps, le futur antérieur se mêlant au passé dans un glissement subtil qui fait que le spectateur hallucine tout autant que le personnage principal.

Ces références à la science – laquelle fait partie, on s’en doute, de ses passions personnelles –, ne sont pas nouvelles chez Robert. Peut-être le cadre scientifique n’est-il, pour l’auteur, qu’un alibi qui lui permette de mettre en scène un délire.

Cette tendance au délire, déjà présente dans les pièces précédentes, est ici moins verbale que mentale. Ce faisant, Robert Marinier développe, pour l’emmener plus loin, la dynamique de l’oppression psychologique : des personnages installent entre eux des relations de type victime/bourreau, les rôles pouvant éventuellement s’intervertir.

Dans L’Insomnie, un Boudin rejetté et mal-aimé autant de ses collègues que de ses enfants, est victime de tous et, surtout, de lui-même puisque c’est lui qui – par l’artifice du rêve – invente ses bourreaux. On est très proche du délire paranoïaque avec complexe de persécution que Robert détaille de façon magistrale, à la façon d’un spécialiste.

À partir d’un problème concret de vie quotidienne – l’insomnie – et d’un contexte de vie banal, truffé de références et de clins d’œil à l’actualité sociale, Marinier bâtit un monde fantastique où s’enchevêtrent la réalité et la fiction pure. Réalité du malaise qui devient angoisse et puis phobie. Fiction de l’ensemble qui semble finalement avoir été rêvé.

Marinier a l’astuce de transformer un procédé narratif utilisé en fiction (le flash-back) en trouble psychologique, ce qui lui permet de faire vivre son personnage à la fois dans le passé et dans le présent (réel ou rêvé), et dans la réalité – racontée par le Narrateur – comme dans la fiction, puisque certains flash-backs sont des rappels d’événements n’ayant jamais existé…

On reconnaît bien là les signes de l’intelligence au service de l’imagination – à moins que ce ne soit l’inverse –, qualités toutes deux bien présentes chez Marinier.

Visiblement, L’Insomnie est non seulement du Marinier pure laine, mais c’est peut-être son œuvre la plus personnelle, la plus intime. Certainement la plus attachante.

À cause du cadre même de la pièce – l’insomnie –, qui est pour chacun de nous, à des degrés divers, une situation familière.

À cause, peut-être, de la vraie détresse qu’on sent chez Boudin, une détresse qui en fait un personnage terriblement vulnérable, une sorte de mal-aimé, de mouton noir, qui se sent toujours déplacé où qu’il soit, et qui fait toujours exactement ce qui va le perdre. Un vrai personnage tragique, qui semble balloté par son destin sans jamais le maîtriser, personnage d’affiliation chaplinesque ou keatonienne en face duquel on hésite entre les rires et les larmes.

Description clinique d’un malaise précis ou fable sur l’oppression – certains pourraient même dire métaphore d’une condition sociale –, Robert Marinier réussit, sur une trame qui emprunte à la bande dessinée des personnages bien définis et colorés, et à Bugs Bunny sa tradition humoristique, à installer un malaise : comme si les vrais ressorts étaient d’ordre psychanalytique plutôt que réaliste.

L’Insomnie est peut-être tout simplement un vrai conte pour grandes personnes.

Des grandes personnes avec des problèmes d’identité et de rejet, ce qui peut les empêcher de vivre, mais surtout de… dormir.

Brigitte Haentjens

février 1996

 

P.S. L’auteur se dégage de toute responsabilité en cas de perturbations graves du sommeil pouvant être occasionnées par la lecture de ce livre avant le coucher.

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