L'Outragé

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Mais enfin, comment s’appelle-t-il ? Et qui est-il exactement ?

On le somme de se présenter, brièvement, si possible, et voilà que monsieur prend des airs outragés !

Avec lui, rien n’est simple, au contraire, il va même vous compliquer la vie.

Avec ces deux petits mots simples, son nom et son prénom, cet outragé va en faire des tonnes, et en alexandrins, s’il vous plaît ! Il ne manquait plus que ça !

Ce n’est pas là le pire, car monsieur se distingue. Il s’applique, dans un français désuet, à détailler sa généalogie…


Poésie burlesque, drôlerie loufoque, cette pièce en deux actes s’acharne à nous faire survoler les ans avec frénésie. Et comme l’annonce l’aboyeur de généralités :

« À faire des énallages, on ne sait qui est qui. D’ailleurs, qui est sûrement quelqu’un d’autre. »

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9789999989507
Nombre de pages : non-communiqué
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Première partie
Le pyrrhocore en chef fait irruption dans la pièce, il tient fermement par le bras un homme, et le pousse à s’asseoir face au bureau proche de la fenêtre. Assis derrière l’autre bureau, le pyrrhocore adjoint est penché sur un dossier et semble concentré. Les trois hommes vont marcher et s’asseoir tour à tour au fil de la conversation, remplissant l’espace. Le bruit des voix résonne et crée une vive animation. Le pyrrhocore en chef est un grand gaillard qui porte allè-grement la cinquantaine. Il n’est pas de ceux à qui on raconte des sornettes, et il rassure le présumé sur ce point en le lui rap-pelant souvent. Il a un style direct et entend se faire respecter. Le pyrrhocore adjoint est plutôt rustre, pour lui, le règlement, c’est le règlement, et son usage n’est pas de tourner autour du pot. Il est costaud, replet, le crâne un peu dégarni. Il bougonne dans son coin et soupire. Il prend des notes. L’outragé est le présumé coupable. Il est de taille moyenne, élégant, quoi que vêtu sobrement. C’est un gentil fanfaron. Il frise la quarantaine et affiche une santé physique et morale déconcertante dans ce contexte. Vif et impétueux, il se lève souvent de sa chaise, il veut convaincre de sa bonne foi. Le rideau tombe lors de la pause repas des pyrrhocores.
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L’ABOYEUR DE GÉNÉRALITÉSPremière entrée L’aboyeur se présente : Maxime Paraphe, né De La Fouillotière, grand aboyeur de généralités, à titre héréditaire : Transcrit pour la postérité, la fuite du temps, les élans dysthymiques, la jactance inutile, la poésie chimique, la mémoire à jamais ! Première généralité : Les dédicaces posthumes sont pure illusion. Ce sont des legs autoritaires qu’il faut considérer avec mesure. Deuxième généralité : Les émotions transitoires sont parfaitement transitoires. Qui peut expliquer l’impalpable ?LE PYRRHOCOREVous êtes arrêté pour avoir sur l’acmé Peinturé de cinabre les murs de l’armée. Mines anthropoïdes et faces acrocéphales Singent grossièrement et poussent la cabale, Au point qu’on vous alpague et que l’on vous ordonne De gésir chez nous, de passer aux aveux. Artiste dégoiseur qui prône et qui festonne, Des escobarderies tirées par les cheveux ! Misérable escobar, menteur casuiste, Cessez ces fantaisies de faiseur de bons mots. Nous sommes renseignés et déjà sur la piste De vos incartades quand vous étiez marmot. Donnez donc vos chaussures boucles et ardillon, Et dites sans détour vos noms et vos prénoms.
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L’OUTRAGÉSi contre le muret je ne m’étais cogné, Si je n’avais mimé de façon grotesque, Vos manières de courir qui sont burlesques, Et qu’à chasser ailleurs vous fûtes occupé, Je ne serais pas ce soir, même résigné, À narrer haut et fort ce que furent les miens Avant que je naquisse, dans les temps anciens. LE PYRRHOCOREJ’applique exclusivement le protocole. N’allez pas vous perdre en brumes bouillasseuses Pour me servir des souvenances vaseuses Et pariétales d’hommes cavernicoles ! L’OUTRAGÉMais je ne voudrais pas gâcher votre sommeil En décrivant comment je revins du Bantou. Soit, je fus sybarite, enfant de manitou, Doreur de manuscrits dans leur coffret vermeil, Parant de robes fauves les écrits poétiques, Grand avaleur de sabre, à Bago Yoma, Crieur de noms barbares, en tenue d’apparat, Sur le perron orné d’une illustre Didon En marbre blanc teinté de veines nacarat. Je peignais la truffe d’animaux fantastiques Sur les solives brunes en bois de Panama, Ou quelque Protomé opale ou céladon.
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