La parole et la loi suivi de Les murs de nos villages

De
Ces créations collectives ont respectivement marqué la naissance de deux compagnies de l’Ontario français, le Théâtre de la Corvée et le Théâtre de la Vieille 17, en plus de signaler l’émergence de créateurs devenus aujourd’hui figures de proue de la scène artistique nationale. Comédie sociale divertissante et éducative, « La parole et la loi » porte sur un moment marquant de l’histoire ontarienne, soit la lutte contre le Règlement 17 qui interdisait l’enseignement en français dans les écoles de la province en 1912. Premier vrai succès de La Corvée (aujourd’hui le Théâtre du Trillium), cette pièce est créée en 1979. Pièce drôle et nostalgique, « Les murs de nos villages » raconte une journée dans la vie d’un village ontarien. Outre sa création par les membres fondateurs de la Vieille 17 en 1979, la pièce a été produite à de nombreuses reprises par des troupes communautaires et scolaires. L’ouvrage comprend une préface de Dominique Lafon, professeure à l’Université d’Ottawa, ainsi qu’un historique et une théâtrographie des deux compagnies.
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« Les créations collectives ont, en général, une vie éditoriale La Corvée
éphémère. » C’est ainsi que s’ouvre la préface de Dominique
Lafon, professeure à l’Université d’Ottawa, à cette réédition La parole et la loi
de deux création s collectives : La parole et la loi et Les murs
…de nos villages. Deux pièces qui ont, respectivement, mar qué
la naissance de compagnies emblématiques de l’Ontario
La Vieille 17français, le Théâtre de la Corvée et le Théâtre de la Vieille
17, en plus de signaler l’émergence de créateurs devenus
aujourd’hui figures de proue de la scène artistique nationale. Les murs de nos villages
Comédie sociale divertissante et éducative, La parole et la loi
porte sur un moment marquant de l’histoire ontarienne, soit
la bataille contre le Règlement 17 qui, en 1912, a inter dit
l’ensei gnement en français dans les écoles de la province.
Premier vrai succès de La Corvée, par laquelle elle « signait
[...] un joyeux faire-part de naissance », La parole et la loi
constitue « un hymne à la vie, non seulement d’une
communauté mais aussi d’une troupe qui refuse d’être assimilée,
sous peine d’extinction de voix, au discours unique de la
cause. » Brigitte Haentjens réalisait avec la pièce sa première
mise en scène au Canada.
Pièce drôle et nostalgique, Les murs de nos villages raconte
une journée dans la vie d’un village ontarien. Au fil des
quelque trente tableaux qui la composent, « [i]l s’agit moins
d’écrire l’Histoire, de s’en inspirer, que de créer la communauté,
de la donner à voir dans son évidence tranquille et non plus
dans ses efforts de survie. Pour quoi devrait-elle revendiquer
son existence, alors qu’elle est là, proche et riche des mille
et un petits riens du quotidien ? » Outre sa création par la
Vieille 17, la pièce a été produite à de nombreuses reprises
par des troupes communautaires et scolaires.
L’ouvrage comprend une préface de Dominique Lafon ainsi qu’un
historique et une théâtrographie des deux compagnies.
théâtre
19,95 $ théâtre
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La parole et la loi La Corvée
Les murs de nos villages La Vieille 17PdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 1
LA PAROLE ET LA LOI
suivi de
LES MURS DE NOS VILLAGESPdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 2PdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 3
LA PAROLE ET LA LOI
Une création collective du Théâtre d’la Corvée
Catherine Caron, Daniel Chartrand, Robert Colin,
Francine Côté, Madeleine LeGuerrier et Marc O’Sullivan
suivi de
LES MURS DE NOS VILLAGES
ou UNE JOURNÉE DANS LA VIE D’UN VILLAGE
Une création collective du Théâtre de la Vieille 17
Robert Bellefeuille, Hélène Bernier, Anne-Marie-Cadieux,
Roch Castonguay, Jean Marc Dalpé,
Vivianne Rochon et Lise L. Roy
Théâtre
Bibliothèque canadienne-française
Éditions Prise de parole
Sudbury 2007PdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 4
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
La parole et la loi : une création collective / du Théâtre de la Corvée; Catherine
Caron ... [et al.]. Suivi de Les murs de nos villages, ou, Une journée dans la vie d’un
village : une création collective / du Théâtre de la Vieille 17 ; Robert Bellefeuille ... [et al.].
ISBN-13 : 978-2-89423-181-4
I. Corvée (Troupe de théâtre) II. Théâtre de la Vieille 17 III. Titre : Murs de
nos villages. IV. Titre : Journée dans la vie d’un village.
PS8550.P37 2006 C842’.54 C2006-904626-3
Distribution au Canada : Diffusion Dimédia
Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole
appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture
françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture
contemporaine.
La Bibliothèque canadienne-française est une collection dont l’objectif est de rendre
disponibles des œuvres importantes de la littérature canadienne-française à un coût
modique.
La maison d’édition remercie le Conseil des Arts de l’Ontario, le Conseil des Arts
du Canada, le Patrimoine canadien (Programme d’appui aux langues officielles et
Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition) et la Ville du Grand
Sudbury de leur appui financier.
Œuvre en couverture et conception de la page de couverture : Olivier Lasser
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
Copyright © Ottawa, 2007 [1980] pour La parole et la loi © 2007 [1993 et 1983] pour Les murs de nos villages
Éditions Prise de parole
C.P. 550, Sudbury (Ontario)
Canada P3E 4R2
www.prisedeparole.ca
ISBN 978-2-89423-181-4 (Papier)
ISBN 978-2-89423-410-5 (Numérique)
ISBN 978-2-89423-802-8 (ePub)PdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 5
DU BIEN-FONDÉ DE LA RÉÉDITION
D’ŒUVRES FONDATRICES
Les créations collectives ont, en général, une vie éditoriale
éphémère. Conçu dans la fièvre de la parole improvisée avant que
d’être partagé, leur texte trahit l’hétérogène et le circonstanciel.
Très souvent, il fait l’objet d’une seule édition, n’est jamais
remonté, comme si sa fonction et sa pertinence restaient
tributaires de ses origines : parlerait-on de «créations collectives» pour
ne pas avoir à les qualifier de pièces, d’œuvres...Les plus célèbres
d’entre elles n’échappent pas à ce destin inachevé, limité à la
création sans espoir de diffusion ou de reprise. Après une
publication à chaud chez Stock en 1971 et 1972, 1789 et 1793 du
Théâtre du Soleil ne seront réédités qu’en 1990 et par la
compagnie. Les plus fameuses créations collectives québécoises, celles
du Grand Cirque Ordinaire par exemple, n’ont jamais été
publiées, sauf T’es pas tannée, Jeanne d’Arc?, spectacle créé en
1969 et qui, « reconstitué » par Guy Thauvette, a été publié pour
la première fois en 1991 aux Herbes rouges.
Ces quelques constats liminaires permettent de
souligner le caractère unique de la présente édition qui réunit deux
créations collectives dont les textes respectifs ont déjà fait l’objet
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de deux éditions chacun. La parole et la loi a été publiée en 1980
et 1984 (Prise de parole) et Les murs de nos villages, après une
première édition en 1983 aux éditions Maison, Centre culturel
La Ste-Famille, Rockland, a été rééditée en 1993 (Prise de parole).
Pour une fois, il semble que le texte ait survécu à
l’événement. Exceptionnelle, cette nouvelle édition dans la
Bibliothèque canadienne-française est aussi symbolique puisqu’elle
réunit les deux troupes emblématiques de l’Ontario français, le
Théâtre d’la Corvée et le Théâtre d’la Vieille 17, deux compagnies
nées à quelques années d’intervalle (respectivement en 1975 et
1979) dans l’effervescence communautaire initiée par la création
du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) en 1971 et relayée par les
tournées de La vie et les temps de Méderic Boileauen 1973 et de
Lavalléville deux ans plus tard. La production d’André Paiement
avait ainsi posé les balises de la future création ontarienne, qu’elle
libère des canons par la dérision (avec l’adaptation du Malade
imaginaire) et qu’elle recentre sur la communauté de Moé, j’viens
du nord ’stie à Lavalléville. Une autre influence d’André Paiement
se fera sentir dans la liberté spectaculaire des premières créations
collectives, qui établiront souvent en chansons le contact avec le
public pour chercher à recréer la communion festive des récitals
de CANO-Musique.
Trois des membres du collectif à l’origine de la création,
en décembre 1975, du Théâtre d’la Corvée avaient d’ailleurs été
impliqués dans l’action communautaire théâtrale comme dans
les activités du TNO. Jean-Marc Leclerc et André Legault ont
été animateurs pour Théâtre Action avant de monter, avec un
jeune comédien amateur, Daniel Chartrand, une production du
Roi des mises à bas prix de Jean-Claude Germain. Les trois
gagnent Sudbury pour participer à la production du Malade
imaginaire, y rencontrent Luc Thériault et décident de créer
un collectif auquel se joindra Évelyne Régimbald, qui vient de
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1Montréal . Leurs deux premiers spectacles L’Hiver Show et
Spectacle de Noël, joués pour les grévistes de l’usine E.B. Eddy à
Hull ou dans les autobus municipaux d’Ottawa, relèvent du
théâtre d’intervention. L’année suivante, en mai 1976, La Corvée,
à laquelle se joignent Catherine Caron et Ginette Beauchemin,
présente sa première création collective L’annonce faite à Vanier.
Le titre, à vue iconoclaste, signale plutôt le manifeste
(redoublé par le sous-titre Quand le labeur des uns fait l’honneur
des autres) et la prise de position pour et dans la communauté. La
presse locale ne s’y trompe pas qui annonce à son tour et avec
bienveillance les débuts de la troupe :
L’Annonce faite à Vanierest une série de vingt tableaux
décrivant rapidement diverses situations de la vie quotidienne
dont certains sont légers (les scouts, les fermiers), d’autres
amusants d’ingéniosité (les mimes en groupe de la souffleuse ou de
l’auto prise dans la neige), d’autres encore plus consistants [...]
... Cela reste une ébauche de théâtre d’engagement [...] mais
dans le contexte de Vanier, c’est tout à fait de mise.
Claude Gauthier, «Le Théâtre d’la Corvée: triple tour de
force», Le Droit [Ottawa], le vendredi 14 mai 1976, p. 21.
La saison 1976-1977 voit la formation d’un second
collectif : Jean-Marc Leclerc, André Legault, Ginette Beauchemin
sont partis; Robert Colin, Francine Côté, Madeleine LeGuerrier
et Marc O’Sullivan constituent désormais, avec Catherine Caron
et Daniel Chartrand, le noyau dur de la troupe. Il sera à l’origine
des deux créations collectives suivantes : La patente ou L’union fait
la force et La parole et la loi,qui ne vont pas sans présenter une
même approche conjuguant histoire et revendication identitaire.
—————
1 Toutes les informations factuelles de ce texte m’ont été obligeamment
communiquées par Joël Beddows, dont l’ouvrage retraçant l’histoire des
troupes franco-ontariennes sera publié prochainement aux Éditions Prise de
parole. Qu’il en soit ici remercié.
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Si la première pièce porte sur l’Ordre de Jacques Cartier, société
secrète qui, de 1926 à 1963, s’est consacrée à la défense du « fait
français et catholique» contre l’assimilation et dans laquelle la
troupe voit «le moteur de nombreuses organisations qui militent
aujourd’hui», le texte du programme n’en précise pas moins le
lien que le spectacle veut établir entre histoire et actualité :
La Corvée est une jeune troupe de théâtre qui poursuit plusieurs
objectifs notamment la réalisation d’un théâtre de création et
d’identification reflétant la situation franco-ontarienne. Dans le
présent spectacle la troupe cherche autant à cerner les différents
climats socio-culturels dans lesquels a évolué la Patente qu’à
simplement raconter son histoire, car La Corvée ne veut pas
uniquement rapporter le fait historique ou le commenter, elle se
veut plutôt le reflet de la réalité franco-ontarienne.
Mais c’est bien avec une autre pièce historique, La parole
et la loi (1979), pièce portant sur la bataille contre le Règlement
17 — qui, en 1912, interdit l’enseignement en français dans les
écoles ontariennes — que La Corvée connaîtra son premier vrai
succès sanctionné par plus de 150 représentations. Pour la
première fois, la troupe rompt avec ce qui avait été jusque-là son
mode de recrutement, c’est-à-dire découvrir des talents locaux, et
s’adjoint la participation d’une Française nouvellement arrivée au
Canada, Brigitte Haentjens. La rencontre a eu lieu dans le cadre
du Festival de Théâtre Action de Sturgeon Falls et sera plus tard
décrite par la principale intéressée tout à la fois comme un coup
de foudre, une révélation et une initiation au communautarisme.
Quelle que soit la part de l’enluminure rétrospective destinée à
donner aux premiers balbutiements d’une carrière de metteure en
scène, dont on sait qu’elle est aujourd’hui consacrée, valeur de
pentecôte, il n’en demeure pas moins que cette rencontre fut
déterminante. Moins pour l’apport «professionnel» de Brigitte
Haentjens, dont la formation d’actrice, en marge de ses études
de pharmacie, se résumait à des ateliers chez Jacques Lecoq dont
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les stages étaient, dans les années soixante-dix à Paris, le
prérequis de la formation corporelle. Néanmoins, son influence
esthétique fut déterminante puisqu’elle allait libérer en quelque
sorte la troupe du naturalisme et de l’intimisme de L’annonce
faite à Vanier, spectacle écrit pour et par la communauté d’une
petite banlieue ouvrière d’Ottawa.
Pour ses premiers pas de metteure en scène, Haentjens
prit justement comme source d’inspiration 1789, la très célèbre
création collective présentée en 1970 par le Théâtre du Soleil sous
la direction d’Ariane Mnouchkhine. Ce spectacle mettait
doublement en scène l’Histoire, en l’occurrence la Révolution
française éponyme; ses différentes séquences, quelque peu
manichéennes, y étaient présentées et commentées par une troupe de
bateleurs ou de comédiens ambulants associant la dérision des
privilégiés à la dénonciation des malheurs du petit peuple. On
retrouve un même cadre tout à la fois polémique et stylisé dans
La parole et la loi,dont l’ouverture se fait en chanson alors que
«Tous les comédiens entrent en scène avec des valises contenant
les accessoires nécessaires aux changements de personnages» et se
présentent comme tels au public : «C’est nous la Corvée on s’en
vient vous jouer/Un show qu’on a monté à Vanier.» Cette
ouverture est redoublée par l’annonce d’un Monsieur Loyal, qui
nommera les différents personnages de la pièce.
On retrouvait ce même dispositif dans 1789 où un
conteur, en une sorte de prologue, présentait au micro les
personnages du Prélat et du Seigneur. De même, l’usage de masques
et de jeux de scène clownesques n’est pas sans rappeler certaines
scènes de marionnettes de la création française, comme
l’interpellation des spectateurs par des comédiens-narrateurs de la prise
de la Bastille. On sent l’importance prise par la mise en scène dans
les didascalies du texte publié, qui décrivent systématiquement
les enchaînements de séquence, telles :
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Elles figent puis sortent quand la scène suivante est commencée.
ou
Pendant le discours, les comédiens sont réapparus, l’air harassé.
Ils ont formé un cercle, dos à dos, en se tenant par les bras. À la
dernière réplique, ils commencent à tirer chacun de leur côté.
Il y a là un souci de la mise en place commun aux
spectacles pour lesquels le texte n’est qu’un des éléments de la
partition scénique; le jeu de scène y fait plus que servir le texte, il s’y
substitue et est le véritable porteur de la signification, en
l’occurrence de la prise de position. Le succès de la pièce repose donc
sur cette rencontre entre la mémoire d’un spectacle qui a défini
pour longtemps les codes de la création collective et la mémoire
d’une collectivité. La présence de Brigitte Haentjens a aussi
permis une certaine autodérision qui dynamise le propos : c’est le
cas de la séquence intitulée NON! dans laquelle un comédien
(«qui s’accroche à un spectateur») exprime son ras-le-bol de la
mobilisation franco-ontarienne comme son désespoir de voir tous
les organismes qui la soutiennent subventionnés par le
gouvernement et affirme vouloir s’en aller à Montréal. La séquence
suivante, «La famille», opère une sorte d’échange entre la relative
défaite du présent et l’évocation de la victoire du passé. On y voit
le père du personnage désabusé de la séquence précédente
reprocher à ses enfants de s’angliciser pour céder à la culture
américaine ou à l’unilinguisme de leurs amis anglophones plus «cool »
que les petits francophones trop «square » et évoquer la lutte
victorieuse de son propre père contre le Règlement 17. La victoire de
1927 devient, ironiquement, le legs encombrant dont chaque
génération est tenue désormais d’assurer la postérité. Mais une des
dernières séquences de la pièce, qui reprend le titre NON, mais
au pluriel et pour dénoncer les refus de différents ministres,
montre bien qu’il s’agit d’une lutte toujours à recommencer,
comme celle de l’exploitation des femmes, qui sont toujours les
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grandes perdantes des luttes politiques auxquelles elles ont
pourtant pris une part décisive.
C’est sur cette habile actualisation du propos par la
symétrie des sujets que repose, en grande partie, la force d’un
spectacle non point fermé sur l’Histoire (comme l’était par ailleurs
1789, plus fasciné par son traitement que par ses leçons), mais
véritablement engagé dans la communauté comme «reflet de la
réalité franco-ontarienne», mandat qu’affirmait la troupe, on s’en
souvient, dès La patente. L’avant-dernière scène dépasse cette
mission sociale en renversant, par un remarquable procédé
carnavalesque, la dialectique de l’assimilation et de la survie. Chacun
des comédiens de la troupe enterre les symboles de
l’assimilation convoqués par Monsieur Loyal, mise à mort symbolique
qui se conclut sur des affirmations joyeusement performatives :
Loyal : On jette le Franco...
Troupe : ...On garde l’Ontarien.
Loyal : On jette la survie...
Troupe : ...On garde la vie.
Il n’est pas jusqu’à la chanson finale qui ne prenne ses
distances avec la performance, au sens spectaculaire du terme —
«On en fera plus des shows sur le passé» —, comme avec la
cause :
À force de chercher notre identité
On n’est plus capable, même de respirer
Parlez-nous plus d’assimilation
Ni de peuple en voie d’extinction.
Il s’agit bien d’un hymne à la vie, non seulement d’une
communauté mais aussi d’une troupe qui refuse d’être assimilée,
sous peine d’extinction de voix, au discours unique de la cause.
La Corvée signait là un joyeux faire-part de naissance, celui de
la pratique théâtrale dégagée de son devoir de mémoire, qui
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trouvera peut-être sa pleine réalisation dans son changement de
nom en 1988 pour Théâtre du Trillium, même si ce
changement repose sur une interprétation réductrice du mot corvée,
qui ne désignait pas, dans l’esprit des fondateurs, une obligation
contraignante, mais une action collective, une solidarité
constructive.
En 1979, c’est à la liberté affirmée dans la chanson finale
de La parole et la loi, à cette ouverture assumée que fait écho la
fondation, à Rockland, du Théâtre d’la Vieille 17 (qui, à
l’occasion de son déménagement à Ottawa en 1984, deviendra, capitale
oblige, le Théâtre de la Vieille 17). La vieille 17, c’est aussi le nom
par lequel on désigne l’ancienne route reliant, avec la construction
de la 417, Ottawa et Montréal, nom significatif puisqu’il établit,
au pied de la lettre, un lien entre le Québec et l’Ontario. Il faut
dire que deux de ses fondateurs, Robert Bellefeuille et Jean Marc
Dalpé, avaient déjà en quelque sorte eux aussi un pied au
Québec, formés qu’ils avaient été au Conservatoire de Québec.
Les deux autres membres de la nouvelle troupe, Roch Castonguay
et Lise L. Roy (qui avait remplacé Dominique Martel, victime
d’un accident de voiture), étaient originaires d’Hawkesbury et de
Haileybury (aujourd’hui devenu Temiskaming Shores). Lise L.
Roy avait, en outre, longtemps travaillé avec la Fabrik à Pantouf,
une troupe de marionnettes établie à Hearst. Comme leurs
prédécesseurs de la Corvée, ils s’étaient donné pour mandat d’inscrire
leur pratique dans «la région la plus pauvre de l’Ontario» en
conjuguant formation, animation et tournées pour «[...] non
seulement refléte[r] les gens de la place, mais [aussi] prendre
position pour [eux] ».
Les murs de nos villages, présenté en deux versions
successives au cours des saisons 1979-1980 et 1980-1981,
versions qui seront fusionnées aux fins de l’édition, est leur tout
premier spectacle. C’est, bien sûr, une création collective qui
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respecte les lois du genre et dont, forcément, la structure n’est
pas sans rappeler celle de La parole et la loi : même récit présenté
par un narrateur, agencé en séquences brèves, mais qui met ici à
contribution une sorte de virtuosité dans la polyvalence des
comédiens. Qu’on en juge : dans la première version, les quatre
comédiens fondateurs jouent près de quatre-vingt-dix rôles, les
six de la seconde (aux trois comédiens de la création
se sont ajoutés trois comédiennes, Hélène Bernier, Anne-Marie
Cadieux et Vivianne Rochon) se partagent les cent vingt rôles
des vingt-cinq tableaux.
La publication l’année suivante d’un recueil de poésie
signé par Jean Marc Dalpé sous le même titre autorise de voir
dans la production théâtrale la version scénique et collective
d’un thème très personnel dont il serait l’initiateur : un hymne
au quotidien des «gens d’ici» qui romprait avec la célébration
des héros des luttes franco-ontariennes. Il s’agit moins d’écrire
l’Histoire, de s’en inspirer, que de créer la communauté, de la
donner à voir dans son évidence tranquille et non plus dans ses
efforts de survie. Pourquoi devrait-elle revendiquer son
existence, alors qu’elle est là, proche et riche des mille et un petits
riens du quotidien qui constituent, c’est le sous-titre de la pièce,
«Une journée dans la vie d’un village»? La didascalie initiale
donne concrètement à voir cet être-là en confiant à un narrateur
le soin «[t]out en faisant l’introduction, [de] dispose[r] des
boîtes afin qu’elles soient déjà en place pour la scène suivante,
un peu comme si c’était lui qui donnait naissance au village».
Au-delà du souci de la mise en place précise propre au genre, se
joue ici un acte de naissance qui s’inscrit dans le prolongement
du faire-part final de La parole et la loi.
Les tableaux peuvent alors se succéder sans autre
prétention que de donner à voir, comme dans un miroir, les
menus faits et gestes d’une collectivité qui réunit enfants et
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grands-parents, que de tisser serré des évocations familiales comme
familières aux spectateurs. Le spectacle acquiert ainsi une sorte de
vertu plus cathartique qu’idéologique puisque seuls quelques
tableaux isolés évoqueront les périls qui menacent la cohésion
communale : la tentation de l’exil économique vers les plaines
(«Le déménagement»), les dangers de l’exil culturel vers la
capitale («Le souper»). L’anglicisation est gentiment tournée en
ridicule plutôt que condamnée dans «Les magazines», où une bande
d’ados légèrement caricaturés jusque dans leurs surnoms de
«couverture» (Seventeen, Superteen et Tiger Beat du titre de magazines
pour jeunes de l’époque), expriment naïvement leur fascination
pour la culture de masse américaine. L’humour confirme ici la
distance prise avec l’engagement aussi bien que la confiance en la
maturité d’un public avec lequel on peut désormais établir une
complicité au second niveau.
Certes, on trouve çà et là quelques restes d’enfance
théâtrale propres aux jeunes comédiens fraîchement émoulus de
leur école de formation. Que dire de cette didascalie initiale du
«Dîner», sinon qu’elle est d’abord une note de cours :
Cette scène est jouée en situation grossie (appelée également
situation sous-jacente).
[...] Le niveau de jeu utilisé ici défie l’écriture dramatique [sic].
On se retrouve devant un théâtre qui se transmet difficilement,
un peu comme c’est le cas pour d’autres théâtres tels que les
sketches de clowns, les bouffonneries...
On n’ose croire qu’il s’agit là d’un des exemples de
«professionnalisme» identifiés par le critique du Droit, Murray
Maltais, pour donner l’avantage à la Vieille 17 sur La Corvée au
terme d’une comparaison qui, pour être inévitable, n’en
demeurait pas moins stérile. Car la critique n’a pas eu raison de la
solidarité fondamentale de ces troupes qui, en dépit d’une
concurrence obligée, étaient alors engagées dans la même aventure
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exaltante : redonner un public au théâtre franco-ontarien mis au
monde par le TNO qui, après la disparition d’André Paiement
en 1978, semblait incapable de rejoindre le sien.
Symboliquement là encore, c’est le couple issu de la rencontre de ces deux
troupes, celui formé par Brigitte Haentjens et Jean Marc Dalpé,
qui redonnera au TNO son rayonnement emblématique.
Le caractère exceptionnel de cette nouvelle édition tient
moins au fait de rééditer les textes de deux créations collectives
par nature périssables, qu’à la volonté de les unir pour donner à
lire, dans le jeu des influences dont ils sont encore tributaires,
leur dimension radicalement novatrice et ainsi de consacrer le
travail de créateurs qui sont désormais les figures tutélaires de la
pratique et du répertoire franco-ontarien.
Dominique Lafon
Université d’Ottawa
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LA PAROLE ET LA LOI
Une création collective du Théâtre d’la Corvée
Catherine Caron, Daniel Chartrand, Robert Colin,
Francine Côté, Madeleine LeGuerrier et Marc O’SullivanPdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 18PdP_BCF_ParoleMurs_220107 22/01/07 10:46 Page 19
NOTES DU METTEUR EN SCÈNE*
Le Règlement 17, loi publiée en 1912, interdisait brutalement
l’enseignement en français dans les écoles de l’Ontario. Même si
la résistance que la population francophone de la province a
manifesté à l’égard de cette mesure trouvait ses fondements
essentiellement dans une attitude nationaliste et conservatrice,
elle demeure une page importante et exemplaire dans l’histoire
des luttes franco-ontariennes: tout ce qui s’est passé à cette
époque et depuis, jusqu’à l’actualité la plus récente, sert à prouver
que rien n’est jamais acquis pour une minorité au niveau de ses
droits fondamentaux, et pas davantage quand cette minorité a été
cofondatrice d’un pays.
Rappeler quelques souvenirs à ceux qui ont vécu ou
entendu parler de ces quinze années de batailles, mais surtout
toucher un public plus jeune, peu concerné par l’histoire des
luttes scolaires, aborder aussi la situation et les attitudes actuelles
des Franco-Ontariens de manière critique ou autocritique, tels
étaient quelques-uns des objectifs de La Corvée en montant La
parole et la loi.
—————
* Cette note figurait dans l’édition de 1980 de La parole et la loi.
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Le texte qui vous est présenté ici n’est ni la pièce d’un
dramaturge ni une œuvre de littérature. C’est le produit d’un
travail théâtral. Comme tel, il fait partie des éléments du
spectacle, au même titre que l’aspect visuel ou rythmique. Aussi
surprenant que cela paraisse, la rédaction du texte de La parole et la
loi a constitué la dernière étape, presque la plus facile, de notre
travail. L’écriture véritable ne s’est pas faite sur une feuille de
papier, mais bien sur scène, en création collective, ce qui signifie
que tous, comédiens et metteur en scène, ont participé à la
création et à l’élaboration du spectacle.
Devant la multiplicité et la complexité des événements
historiques, sur le plan juridique, politique et religieux, il fallait
trouver des moyens théâtraux pour transmettre sans ennuyer et
éviter le piège de l’exposé didactique, pesant et savant... Nous
avons donc «improvisé», à partir de chaque événement, chaque
aspect qui nous paraissait important, afin d’inventer des scènes,
d’en cerner contenu et forme. Après avoir ainsi élaboré un certain
nombre de tableaux, il a fallu chercher leur enchaînement,
trouver cohérence ou contraste, ligne dramatique et fil conducteur. Il
restait alors à improviser encore, pour repréciser chaque scène et
être finalement capables de la transcrire sur papier.
Ce processus de création est souvent éprouvant et parfois
très insécurisant : il exige beaucoup de la part des participants,
tout en laissant un certain nombre d’incertitudes quant au résultat
final.
Bien sûr, nous avons pris des libertés avec l’histoire, en la
schématisant, condensant, raccourcissant. Avec les événements,
en les transposant souvent. Avec les personnages historiques, en
ne respectant ni psychologie ni réalisme. Bien sûr, La parole et la
loi n’est pas un document objectif, dans la mesure où il reflète les
positions et les attitudes du groupe qui l’a créé. Ces libertés nous
étaient nécessaires, parce que nous faisions du théâtre et non pas
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une thèse de doctorat, et aussi parce que nous voulions regarder
passé et présent sans mélodrame, sans complaisance, et avec
humour... de préférence!
Brigitte Haentjens
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La parole et la loi, création collective du Théâtre d’La Corvée,
a été créée le 14 mars 1979
sur la scène du Théâtre Penguin, à Ottawa, par les comédiens :
Catherine Caron, Daniel Chartrand, Robert Colin, Francine
Côté, Madeleine LeGuerrier et Marc O’Sullivan.
Texte : Les comédiens et Brigitte Haentjens
Mise en scène : Brigitte Haentjens
Musique : Normand Thériault et Robert Colin
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Chanson du début
Tous les comédiens entrent en scène avec des valises
contenant les accessoires nécessaires aux changements de
personnages.
1
C’est nous la Corvée on s’en vient vous jouer,
Un show qu’on a monté à Vanier.
On a écrit des paroles, d’la musique pis du son,
On l’a mis en scène, vous verrez, c’est pas long.
2
On est ben content d’vous voir à soir,
On va vous la raconter, notre histoire,
Des temps présents, des temps passés,
Des faits connus, puis des choses cachées.
3
On a loué un char puis on est partis,
On a laissé nos chums puis nos maris,
Nos femmes, nos enfants, même nos vêtements,
On est icitte, on est à nom de la localité.
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4
On a pris la route, à travers l’Ontario,
On mange d’la poussière pour vous montrer not’ show.
Attachez bien vos ceintures fléchées;
Dans un instant, ça va commencer.
Les comédiens restent en place, sauf Monsieur Loyal qui
s’avance vers le public.
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Introduction de Monsieur Loyal
Personnages: Monsieur Loyal. Les autres comédiens se
présentent, en saluant avec masque ou élément de costume,
chaque fois que Monsieur Loyal nomme les différents
personnages de la pièce.
MONSIEUR LOYAL
(D’un ton grandiose.) Bonsoir, mesdames et messieurs. Bienvenue
à nom de localité où nous présentons, pour votre divertissement
et votre érudition, la toute dernière et la plus récente création
collective de La Corvée, La parole et...
TOUS
La loi!
MONSIEUR LOYAL
Ce soir, vous aurez le plaisir et la chance de voir ces jolies
demoiselles et ces beaux jeunes hommes jouer et recréer, par la
magie de l’illusion théâtrale, l’histoire de notre histoire!
Pendant les prochaines 75 minutes, l’infâme Règlement 17
renaîtra, devant vos yeux, des cendres du passé et vous serez les
témoins du combat épique qu’ont livré nos valeureux et héroïques
ancêtres.
Oui, chers spectateurs, un combat épique, acharné, ensanglanté,
une lutte sans merci qui a ravagé l’Ontario pendant 13 ans!
Anglais contre Français, catholiques contre protestants, catholiques
contre catholiques!
Ce soir, vous connaîtrez les forces motrices derrière cet immense
carnage : l’économie, l’éducation, la politique et même la religion.
Ce soir, vous pourrez voir les auteurs de ce conflit : d’un côté,
monseigneur Fallon, le fanatique, qui a semé chez les Irlandais
une peur et une haine irraisonnées des Canadiens français. Son
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allié, Whitney, le premier ministre et son cabinet d’orangistes,
qui utilisaient leur pouvoir pour anéantir les francophones.
Et de l’autre côté, venant d’Ottawa, travaillant au Conseil
scolaire séparé d’Ottawa, l’homme qui défia le Règlement 17, notre
grand héros, vous ne le connaissez peut-être pas... Sam Genest.
(Applaudissements.) Avec Sam à sa place habituelle, c’est-à-dire
en tête du peuple franco-ontarien, les adversaires de Fallon,
l’armée des ombres, le clergé!
Deux comédiens chantent : «Dies irae, dies illa».
Mesdames et messieurs, La Corvée s’est fait un devoir de ne pas
oublier celles qui ont protégé les écoles et qui ont continué à
enseigner en français, malgré les forces noires de l’oppression,
celles sans qui tout aurait été perdu. Mesdames et messieurs, les
femmes canadiennes-françaises et les institutrices!
Applaudissements tassés.
Bienvenue, mesdames et messieurs, bienvenue à... nom de
localité. Bienvenue au plus grandiose spectacle jamais entrepris par
La Corvée...
TOUS
La parole et la loi!
Ils sortent, sauf trois comédiens qui forment un chœur.
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Attention
Trois personnes
Attention!
Ça s’en vient!
Ils vont tout préparer.
Attention! Ça s’en vient!
Les pions sont sur l’échiquier.
Ça mijote, ça complote, ça parlotte. (bis.)
Ils ont peur que l’Ontario
Devienne complètement français
Ils ont peur qu’en Ontario
Il y ait plus rien que des étrangers.
Ils disparaissent tandis que se montre l’Orangiste.
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L’Orangiste
Personnage : L’Orangiste (masque)
ORANGISTE
Nous, les Orangistes, les détenteurs de l’héritage britannique, nous
étions ici les premiers, LES PREMIERS! Et nous serions très
heureux de voir les étrangers, comme par exemple les Canadiens
français, retourner d’où ils viennent, c’est-à-dire au Québec! Oui,
il y a une centaine d’années, quand les bonnes terres ont
commencé à manquer au Québec, une masse de fanatiques s’est mise
à immigrer chez nous, en ONTARIO. Oh, il y en avait déjà bien
sûr quelques-uns, mais jusque-là, ce n’était rien d’inquiétant. Ces
énervés se sont dirigés dans le Sud, puis dans l’Est et, en fin de
compte, ils se sont rendus jusque dans le Nord. Et ça se multiplie
vite, ces catholiques-là, ça devient dangereux.
Ici, les maîtres, c’est nous. Ces gens-là nous dérangent. Il faut
trouver des moyens pour nous en débarrasser. Ce sera peut-être
long, mais nous y parviendrons.
Et ce n’est pas tout. En même temps, une famine de patates éclate
en Irlande. Et les Irlandais décident de venir... où ? où ? Encore en
Ontario. Encore d’autres catholiques! Ces têtes rouges ont fait le
même trajet que les Français, et les deux races se sont retrouvées
aux mêmes places.
Les comédiens entrent en deux groupes hostiles.
C’est comme ça que tout a commencé : ils ont beau être tous de
foi catholique, les Canadiens français et les Irlandais n’arrivent
même pas à s’entendre!
Les deux groupes sont face à face. L’Orangiste se fond à
l’un des groupes.
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Les bûcherons
De chacun des deux groupes sort un comédien pour aller à
l’avant-scène. L’un joue un Canadien français, l’autre un
Irlandais. Ils coupent du bois ensemble, se lancent des
injures sans se comprendre, chacun dans sa langue. Une
dispute éclate sur la manière de couper et, finalement, le
Canadien français décide de l’arbre lui-même.
L’Irlandais lui donne des conseils, puis des ordres et, peu
à peu, se transforme en gros patron du bois. Il finit en
disant :
...And, as our company firmly believes in equality for all, we
have decided to appoint as honorary board members one
Indian, one woman, and one French Canadian.
Il sort. Le Canadien français reste sur place pendant la
scène suivante, comme s’il entendait intérieurement toutes
les paroles.
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L’usine
Tout au long de la scène, chaque comédien fait un geste
mécanique de travailleur à la chaîne.
UN
L’entends-tu chialer, lui, il a pas arrêté depuis à matin.
DEUX
Ben, il a une job à faire, puis il la fait.
TROIS
Ah! ben là, il y a pas de doute, il l’a fait! Mais il me semble que
c’est toujours les mêmes qui les ont, ces jobs-là. Nous autres, on
est nés pour un p’tit pain.
QUATRE
Parle pour toi. J’ai pas l’intention de travailler sur la ligne pour
longtemps.
UN
Icitte, mon gars, si t’es pas anglais, tu travailles sur la ligne.
DEUX
(En riant :) Maudit, tu lis pas les journaux? Avec la nouvelle
constitution à M. Trudeau (Un rit.), le français va être assez égal
avec l’anglais que tout le monde va être bilingue dans vingt ans.
TROIS
Ouain, ben, les seuls bilingues que j’ai vus à date, c’était les
Français. Penses-tu que son papier va changer quelque chose?
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QUATRE
Ça va être la loi! (Un rit.) Puis ris pas! Je suis d’accord avec
M. Trudeau, moé. On va arrêter d’être anglais puis français,
puis on va tous être canadiens.
UN
Tu commences déjà à penser comme un boss...
QUATRE
Je te le dis, moé, tu vas voir, il va y avoir autant de boss français
que de boss anglais avant longtemps. Quand on va avoir
travaillé icitte depuis assez longtemps, peut-être que toi puis moi,
on sera boss.
Ils figent. Deux comédiennes vont à l’avant-scène. Les
autres sortent.
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TABLE DES MATIÈRES
Préface :
Du bien-fondé de la réédition d’œuvres fondatrices . .005
La parole et la loi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 017
Notes du metteur en scène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 019
Chanson du début . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 023
Introduction de Monsieur Loyal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 025
Attention . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 027
L’Orangiste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 028
Les bûcherons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 029
L’usine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 030
Les deux petites filles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 032
Les Sœurs 033
Sermon de Monseigneur Fallon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 037
Whitney et Fallon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 039
La secte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 041
Les journaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 0043
Règlement 17 et Davis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 044
Congrès de l’ACFÉO . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 046
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La messe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 050
L’éloge, la maladie, les solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 053
L’épique 058
NON ! 066
La famille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 069
Chanson de la victoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 074
Scène des non . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 076
La disco . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 078
Le français... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 079
Les femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 080
Les chevaux 085
L’enterrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 087
La chanson de la fin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 090
Les murs de nos villages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 091
Préface à la deuxième édition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 095
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 099
Le réveil . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Le petit gars au magasin chez Ménard . . . . . . . . . . . . . . . 105
Le gilet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
Les goûters . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Les Ingolas 110
Le téléphone 113
L’autobus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
Le dentiste 115
Rita ou L’ode à la waitress . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
La rue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .122
Le garage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Le déménagement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
L’enterrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
La ferme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Le barbier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
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Le dîner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
La ronde des carrosses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
Le club de l’âge d’or . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181
Another World . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
Les enfants d’école . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
Le souper . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
Les magazines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
Les jeunes du coin 246
Le bingo . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 261
L’hôtel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274
La fouineuse à sa fenêtre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282
Finale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 284
Théâtre d’la Corvée : historique et théâtrographie . . . . . . . . 289de la Vieille 17 : historique et . . . . . 3092,14 cm
(0,8425 po)
« Les créations collectives ont, en général, une vie éditoriale La Corvée
éphémère. » C’est ainsi que s’ouvre la préface de Dominique
Lafon, professeure à l’Université d’Ottawa, à cette réédition La parole et la loi
de deux création s collectives : La parole et la loi et Les murs
…de nos villages. Deux pièces qui ont, respectivement, mar qué
la naissance de compagnies emblématiques de l’Ontario
La Vieille 17français, le Théâtre de la Corvée et le Théâtre de la Vieille
17, en plus de signaler l’émergence de créateurs devenus
aujourd’hui figures de proue de la scène artistique nationale. Les murs de nos villages
Comédie sociale divertissante et éducative, La parole et la loi
porte sur un moment marquant de l’histoire ontarienne, soit
la bataille contre le Règlement 17 qui, en 1912, a inter dit
l’ensei gnement en français dans les écoles de la province.
Premier vrai succès de La Corvée, par laquelle elle « signait
[...] un joyeux faire-part de naissance », La parole et la loi
constitue « un hymne à la vie, non seulement d’une
communauté mais aussi d’une troupe qui refuse d’être assimilée,
sous peine d’extinction de voix, au discours unique de la
cause. » Brigitte Haentjens réalisait avec la pièce sa première
mise en scène au Canada.
Pièce drôle et nostalgique, Les murs de nos villages raconte
une journée dans la vie d’un village ontarien. Au fil des
quelque trente tableaux qui la composent, « [i]l s’agit moins
d’écrire l’Histoire, de s’en inspirer, que de créer la communauté,
de la donner à voir dans son évidence tranquille et non plus
dans ses efforts de survie. Pour quoi devrait-elle revendiquer
son existence, alors qu’elle est là, proche et riche des mille
et un petits riens du quotidien ? » Outre sa création par la
Vieille 17, la pièce a été produite à de nombreuses reprises
par des troupes communautaires et scolaires.
L’ouvrage comprend une préface de Dominique Lafon ainsi qu’un
historique et une théâtrographie des deux compagnies.
théâtre
théâtre
PdP_cBCFParoleMurs_140130.indd 1 14-01-30 09:57
La parole et la loi La Corvée
Les murs de nos villages La Vieille 17

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