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Les Lois de Minos

De
72 pages

BnF collection ebooks - "TEUCER : Quoi ! toujours, cher ami, ces archontes, ces grands, Feront parler les lois pour agir en tyrans ! Minos, qui fut cruel, a régné sans partage ; Mais il ne m'a laissé qu'un pompeux esclavage, Un titre, un vain éclat, le nom de majesté, L'appareil du pouvoir, et nulle autorité. J'ai prodigué mon sang, je règne, et l'on me brave."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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Avertissement pour la présente édition

Le père de Sophonisbe était M. Lantin, celui des Pélopides M. Durand, celui des Lois de Minos fut M. Duroncel, tous jeunes gens débutant dans la carrière tragique, que Voltaire prenait sous sa protection, sans toutefois convaincre personne de leur existence. Il écrit à d’Argental le 19 janvier 1772 : « Il y a vraiment dans ce drame je ne sais quoi de singulier et de magnifique qui sent son ancienne Grèce, et si les Welches ne s’amusent pas de ces spectacles grecs, ce n’est pas ma faute ; je les tiens pour réprouvés à jamais. Pour moi, qui ne suis que Suisse, j’avoue que la pièce m’a fait passer une heure agréable dans mon lit, où je végète depuis longtemps. »

Et le 5 février, il reprend : « Ce qui me plaît de sa drôlerie, c’est qu’elle forme un très beau spectacle. D’abord des prêtres et des guerriers disant leur avis sur une estrade, une petite fille amenée devant eux qui leur chante pouilles, un contraste de Grecs et de sauvages, un sacrifice, un prince qui arrache sa fille à un évêque tout prêt à lui donner l’extrême-onction ; et, à la fin de la pièce, le maître-autel détruit, et la cathédrale en flammes : tout cela peut amuser ; rien n’est amené par force, tout est de la plus grande simplicité ; et il m’a paru même qu’il n’y avait aucune faute contre la langue, quoique l’auteur soit un provincial. »

Il pensait encore que les Lois de Minos seraient bien reçues du chancelier, qui devait s’y reconnaître comme dans un miroir, mais la pièce prêtait à des allusions de plus d’une sorte. « Il y a encore des gens, dit-il, qui croient que c’est l’ancien parlement qu’on joue. Il faut laisser dire le monde. » Ailleurs : « Vous verrez bien que le roi de Crète Teucer est le roi de Pologne Stanislas-Auguste Poniatowski, et que le grand-prêtre est l’évêque de Cracovie ; comme aussi vous pourrez prendre le temple de Gortine pour l’église de Notre-Dame de Czenstochova. » Enfin on aurait pu croire que le poète avait songé à la Suède, quand Gustave III accomplit en quelques heures une révolution qui, du moins, ne coûta pas une goutte de sang. « C’était le roi de Pologne, dit Voltaire à d’Alembert, qui devait jouer le rôle de Teucer, et il se trouve que c’est le roi de Suède qui l’a joué. »

Toutes ces circonstances pouvaient être favorables à la tragédie, et l’auteur comptait sur un succès pour lui faciliter un voyage à Paris ; mais ses espérances cette fois encore furent déçues. Les Lois de Minos furent imprimées par un libraire parisien nommé Valade, sur une copie fautive et falsifiée. Valade tenait cette copie de Marin, secrétaire général et censeur royal sous M. de Sartines. Voltaire fut obligé de désavouer publiquement cette édition. La tragédie ainsi divulguée, les comédiens ne mirent aucun empressement à la transporter sur la scène, et, en fin de compte, ne la jouèrent point.

« Il semble, dit Laharpe, que Voltaire, dans les Lois de Minos, ait voulu revenir au sujet qu’il avait manqué dans les Guèbres, et consacrer à la tolérance civile une seconde tragédie… La scène est en Crète, sous le règne de Teucer, successeur de Minos ; celui-ci, législateur de Crète, a établi la coutume d’immoler tous les sept ans une jeune captive aux mânes des héros crétois. C’est en conséquence de cette loi, regardée comme inviolable, qu’Astérie, faite prisonnière dans la guerre que les Crétois ont contre les Cydoniens, doit être sacrifiée dans le temple de Gortine. Les Cydoniens sont des peuples du nord de la Crète, encore sauvages, tandis que ceux de Minos sont civilisés ; et il entre dans le dessein de l’auteur d’opposer les vertus naturelles de ces Cydoniens, simples et grossiers, aux mœurs superstitieuses et cruelles des Crétois policés. Teucer les abhorre, ces mœurs ; il pense en vrai sage ; il voudrait abolir des lois inhumaines et sauver Astérie. Mais son pouvoir est limité par les archontes, et subordonné à la loi de l’État.

Pendant ce conflit d’autorité, il arrive qu’Astérie est reconnue pour la fille de Teucer, qui avait été enlevée par les Cydoniens et nourrie chez eux. C’est précisément la fable des Guèbres. La même méprise que nous y avons vue n’est pas mieux placée dans les Lois de Minos. Datame, jeune Cydonien, amant d’Astérie et qui vient pour payer sa rançon, la voit conduire par des soldats qui sont ceux à qui Teucer a confié le soin de la défendre. Il se persuade tout le contraire. Il prend les défenseurs d’Astérie pour ses bourreaux, et se jette avec toute sa suite sur les gardes de Teucer et sur ce prince lui-même. Le dénouement, au lieu d’être amené par l’autorité suprême, comme dans les Guèbres, est amené par la force, mais nullement motivé. Teucer, dont le pouvoir semblait jusque-là restreint dans des bornes si étroites, se trouve tout à coup maître absolu. C’est l’armée qui a fait cette révolution ; mais il fallait la préparer et la fonder. Teucer brûle le temple de Crète, et abolit les sacrifices humains ; le grand-prêtre est tué, comme dans les Guèbres, et Datame, le soldat cydonien, épouse la fille du roi. »

Ce qu’on remarque le plus dans cette pièce et dans presque toutes celles du même temps, c’est l’esprit philosophique de l’auteur, devenu celui de tous les personnages. Ce sont, en réalité, plutôt des thèses sous forme dramatique que de véritables pièces de théâtre.

Avertissement de Beuchot

La tragédie des Lois de Minos, commencée le 18 décembre 1771, était achevée le 12 janvier 17721. Suivant son usage, l’autour y fit ensuite des changements. Il n’avait, au reste, composé la pièce que pour y mettre des notes2. Pour ces notes il avait profité3 du poème du roi de Prusse, intitulé la Pologniade, ou la Guerre des confédérés4 ; c’était déjà ce poème qui lui avait donné l’idée de sa tragédie5. Tout en la donnant sous le nom d’un jeune avocat, qu’il appelait Duroncel6, il espérait qu’elle lui vaudrait la permission de revenir à Paris7.

Un manuscrit que possédait Lekain fut vendu à Valade, libraire de Paris, qui en donna une édition en janvier 1773. Voltaire fut d’autant plus contrarié de cette publication qu’il faisait alors imprimer son ouvrage à Genève. D’ailleurs, dans l’édition de Valade8, des vers avaient été changés ou ajoutés par le marquis de Thibouville9, qui probablement était aussi l’auteur de la seule note que l’on trouve dans l’édition de Paris. L’édition de Genève n’était pas encore achevée le 17 mars ; mais elle dut paraître peu de temps après. C’est un volume in-8° de plus de quatre cents pages10, contenant, outre la dédicace et les notes qui paraissaient pour la première fois, plusieurs morceaux en vers ou en prose qui ne sont pas tous de Voltaire11. Une réimpression fut bientôt faite à Lausanne avec quelques différences12.

Voltaire avait fait imprimer sa tragédie après l’avoir retirée au moment où les Comédiens français, à cause des débuts de Mlle Raucourt, différaient de la mettre à l’étude. Il espérait, en la dédiant au maréchal de Richelieu, que ce seigneur n’oublierait pas la promesse qu’il lui avait donnée de la faire jouer aux fêtes pour le mariage du comte d’Artois13. Mais il ne paraît pas que le premier gentilhomme de la chambre ait tenu parole. Et c’est sans doute pour cela que la dédicace est supprimée dans l’édition in-4° et dans l’édition encadrée. Voltaire avait, en 1755, dédié à Richelieu l’Orphelin de la Chine14.

Ce n’est guère qu’aux pièces représentées qu’il appartient d’être parodiées. Mais les Lois de Minos firent du moins naître une brochure. L’abbé du Vernet, auteur d’une Vie de Voltaire15, publia des Réflexions critiques et philosophiques sur la tragédie au sujet des Lois de Minos ; 1773, in-8° de 51 pages.

1 Lettre à d’Argental, du 19 janvier 1772.
2 Lettres à Marmontel, 23 octobre 1772 et 29 mars 1773 ; à Laharpe, 22 janvier et 29 mars 1773 ; à Mme du Deffant, 29 mars 1773.
3 Lettre au roi de Prusse, du 29 mars 1773.
4 Ce poème en six chants est dans les Œuvres posthumes de Frédéric II. Dans son Épître dédicatoire au pape Clément XIV, le royal auteur lui déclare avoir voulu peindreSes prélats crosses et mitrés,Jusqu’à ses pouilleux tonsurés.
5 Lettre au roi de Prusse, du 5 décembre 1772.
6 Lettres à Vasselier, 2 et 28 mars 1772 ; à Richelieu, 25 mai 1772.
7 Lettre à Richelieu, du 1er février 1773.
8Les Lois de Minos, ou Astérie, tragédie en cinq actes, par M. de Voltaire : à Genève, et se trouve à Paris chez Valade, 1773, in-8 de ij et 65 pages. Voltaire désavoua hautement cette édition dans une Déclaration que le Mercure de 1773 a publiée.
9 Lettres à Thibouville, 8 et 22 février 1773.
10 Il est intitulé les Lois de Minos, tragédie, avec les notes de M. de Morza, et plusieurs pièces curieuses détachées ; 1773, in-8° de XVJ et 396 pages, plus les faux titre, titre et errata.
11 C’est ainsi qu’on trouve dans ce volume le poème du marquis de Chimène (c’est de cette manière que Voltaire écrivait le nom du marquis de Ximenès), ayant pour titre : Les lettres ont autant contribué à la gloire de Louis XIV qu’il avait contribué à leurs progrès.
12Les Lois de Minos, tragédie, par M. de Voltaire, avec les notes de M. de Morza, et plusieurs pièces nouvelles détachées du même auteur ; à Lausanne, chez François Grasset et Cie, 1773, in-8° de XVJ et 170 pages. On a supprimé, dans cette édition, les morceaux qui ne sont pas de Voltaire, et quelques-uns qui sont de lui.
13 Ce comte d’Artois a été roi de France sous le nom de Charles X.
14 Voyez Théâtre, t. IV, page 295.
15 1786, in-8° souvent réimprimé. L’édition posthume de 1797 est très augmentée.
Épître dédicatoire

À Monseigneur Le Duc de Richelieu

Pair et maréchal de France, gouverneur de Guienne, premier gentilhomme de la chambre du roi, etc.

Monseigneur,

Il y a plus de cinquante ans que vous daignez m’aimer. Je dirai à notre doyen de l’Académie1, avec Varron (car il faut toujours citer quelque ancien, pour en imposer aux modernes) :

Est aliquid sacri in antiquis necessitudinibus.

Ce n’est pas qu’on ne soit aussi très invariablement attaché à ceux qui nous ont prévenus depuis par des bienfaits, et à qui nous devons une reconnaissance éternelle ; mais antiqua necessitudo est toujours la plus grande consolation de la vie.

La nature m’a fait votre doyen, et l’Académie vous a fait le nôtre : permettez donc qu’à de si justes titres je vous dédie une tragédie qui serait moins mauvaise si je ne l’avais pas faite loin de vous. J’atteste tous ceux qui vivent avec moi que le feu de ma jeunesse m’a fait composer ce petit drame en moins de huit jours, pour nos amusements de campagne ; qu’il n’était point destiné au théâtre de Paris, et qu’il n’en est pas meilleur pour tout cela. Mon but était d’essayer encore si l’on pouvait faire réussir en France une tragédie profane qui ne fût pas fondée sur une intrigue d’amour ; ce que j’avais tenté autrefois dans Mérope, dans Oreste, dans d’autres pièces, et ce que j’aurais voulu toujours exécuter. Mais le libraire Valade, qui est sans doute un de vos beaux esprits de Paris, s’étant emparé d’un manuscrit de la pièce, selon l’usage l’a embellie de vers composés par lui ou par ses amis, et a imprimé le tout sous mon nom, aussi proprement que cette rapsodie méritait de l’être2. Ce n’est point la tragédie de Valade que j’ai l’honneur de vous dédier ; c’est la mienne, en dépit de l’envie.

Cette envie, comme vous savez, est l’âme du monde : elle établit son trône, pour un jour ou deux, dans le parterre à toutes les pièces nouvelles, et s’en retourne bien vite à la cour, où elle demeure la plus grande partie de l’année.

Vous le savez, vous, le digne disciple3 du maréchal de Villars dans la plus brillante et la plus noble de toutes les carrières. Vous vîtes ce héros qui sauva la France, qui sut si bien faire la guerre et la paix, ne jouir de sa réputation qu’à l’âge de quatre-vingts ans.

Il fallut qu’il enterrât son siècle pour qu’un nouveau siècle lui rendît publiquement justice. On lui reprochait jusqu’à ses prétendues richesses...

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