Nouveau devisement du monde

De
« Voir n’est point commun. La vision est la conquête de la vie. On voit toujours plus ou moins comme on est. Le monde est plein d’aveugles aux yeux ouverts sous une taie, en tout spectacle c’est leur cornée qu’ils contemplent… Un beau voyage est une œuvre d’art, une création. Un homme voyage pour sentir et pour vivre. Il se fait chaque jour plus riche de ce qu’il découvre…

On ne voyage que pour faire une conquête ou pour être conquis… Quel voyage fera-t-on si l’on ne se propose de conquérir la beauté qui est tout ce qu’on aime ? »


André Suarès,

« Le Voyage du Condottière ».
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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EAN13 : 9782350737188
Nombre de pages : 160
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Portugal
« Não vai o pensamento aondo o corpo não vai.»
[Où le corps ne va pas la pensée ne peut aller]
José Saramago, Les Poèmes Possibles.
« La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas et que je donne aux choses en échange du plaisir qu’elles me donnent ».
Fernando Pessoa
« La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes. Ce que nous voyons n’est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes ».
Fernando Pessoa
Voyager, ne pas voyager
Je suis fait d’un corps modiIé Jusqu’à ses racines, mis à nu Comme lumière dans l’eau claire. Ce que je vois me transperce, Je deviens prisme d’un rêve. Lumière blanche est ce que je vois, Lumière le fond obscur de moi-même. Je sais des propos rapaces Mordant les mots comme des proies, D’autres ayant l’éclat des étoiles. Pour les uns tout est pareil, Sottise le risque d’un corps Offert aux vents du large, Aux abîmes des cimes, A la prouesse des découvertes. Pour d’autres la « curiosité 1 Sœur des alouettes » c’est l’appel Profond du ciel et de la mer, L’inIni de la terre à parcourir, Echapper à l’enfermement de soi, Bocal sans transparence Où s’étiolent les sensations. De ma fenêtre je vois la rue, Vide et menteuse Sans espace pour une pensée 2 Pour atteindre « la dimension de ce que je vois » Croire, désirer Que se tendent les voiles, Que se redressent les chemins, Qu’une voix soit une autre voix, Que m’habitent échos et soufes Que cloisons barrières s’effondrent. Conquis je pourrai parler.
1. Fernando Pessoa « Le livre de l’intranquillité ». 2. Alberto Caeiro, hétéronyme de Pessoa, « Poèmes païens ».
1
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Ria d’Aveiro
Je ne rêve pas je suis debout Face à la douceur aigre du vent Un soleil presque blanc Peint des chemins d’eau 1 Eblouit les proues colorées des barques Immobiles jouets d’enfants Fait surgir du fond de l’onde D’étranges paquets d’algues Ria oublieuse de ses berges Si peu soucieuse de ses fonds Où dorment des corps tortueux Dans l’ignorance des plages Il n’y a dans l’air Qu’un rare soufe L’horizon est la ligne de ottaison D’un ciel de gaze et d’écume Derrière les voiles grises Et la charge des goémons Les lointains s’exténuent
1. Ce sont des barques à fond plat, les moliceiros (de moliço, algue) dont la proue recourbée en col de cygne est peinte de couleurs vives. Elles servent à recueillir les goémons (ou varechs) utilisés comme engrais.
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Réveil à Lisbonne
Lentement l’éclat lusitanien De la mer entre dans la chambre, Joue avec le soleil hésitant A la fenêtre, où rode Un regret de la nuit.
La rumeur de l’Alfama Dans les ruelles éveille Les hirondelles – rue São Pedro – Monte déjà jusqu’aux toits 1 L’odeur du poisson des varinas
Le songe furtif de la nuit S’efface, De mouvantes géométries Dessinent au plafond d’énigmatiques Figures, appellent à l’agitation matinale.
Dans la fuite du silence Et l’indécision du corps Le matin éclate.
e 1.Marchandes de poissons du début du XX s.
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Le Douro
Depuis la Serra do Marão on ne peut Que descendre, le fruit D’un vinho verde à la bouche, Vers l’éclat d’une eau brillante ; Le Douro dans le contre-jour C’est un miroir où les vignes Jouent avec les nuages mélancoliques ; Parfois les pentes nues, les Plateaux déserts sans fumées, Aimeraient qu’on leur dise Les courses et les périples 1 De Fernão de Salrosa , Si les îles ont encore des mains assassines ; Et hurlent-ils encore les océans lointains ? Personne ne parle ni ne se plaint, Le vent impose le silence ; Sans amertume le euve court à la mer, Si riche de ses sources, Accompagné du vol des mouettes Jusqu’à sa mort renouvelée.
1. Village natal de Magellan.
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