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Oreste

De
84 pages

BnF collection ebooks - "IPHISE. Est-il vrai, cher Pammène, et ce lieu solitaire, Ce palais exécrable où languit ma misère, Me verra-t-il goûter la funeste douceur De mêler mes regrets aux larmes de la sœur ? La malheureuse Electre, à mes douleurs si chère, Vient-elle avec Egisthe au tombeau de mon père ? Le sang d'Agamemnon paraisse à ces côtés ? Serons-nous les témoins de la pompe inhumaine Qui célèbre le crime, et que ce jour amène ?"

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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Avertissement pour la présente édition

Voltaire va continuer d’opposer pièce à pièce à Crébillon, qu’on ose mettre en parallèle avec lui. Crébillon avait fait représenter son Électre le 14 décembre 1708, tragédie qui aurait pu plus justement s’intituler Oreste. Électre avait eu dans sa nouveauté quatorze représentations consécutives. La quatorzième représentation fut donnée le 12 janvier 1709. Le théâtre fut fermé à cause du froid excessif, et ne se rouvrit que le 23 janvier. Électre depuis lors avait eu beaucoup de succès, et avait reparu sur la scène à diverses reprises.

Crébillon, quand il avait fait jouer Électre, avait trente-huit ans. Il en avait soixante-dix-huit lorsque son Catilina fut représenté, le 12 décembre 1748. Catilina fut accueilli avec enthousiasme, et eut vingt représentations consécutives.

Ce furent ces deux tragédies que Voltaire entreprit de surpasser à la fois, en composant pendant l’année 1749 son Oreste et sa Rome sauvée ou Catilina. C’est à cette dernière qu’il songe d’abord. Il en trace l’ébauche en huit jours. Mais à peine a-t-il achevé cette ébauche que l’autre œuvre est commencée. Il écrit à l’abbé de Voisenon : « Je ne sais si Mme du Châtelet m’imitera, si elle sera grosse encore ; mais pour moi, dès que j’ai été délivré de Catilina, j’ai eu une nouvelle grossesse, et j’ai fait sur-le-champ Électre (Oreste). Me voilà avec la charge de raccommodeur de moules dans la maison de Crébillon. »

C’est Oreste qu’il présente en premier lieu aux comédiens, et cela peut aisément s’expliquer. Voltaire en donne d’abord une raison plausible dans une lettre à la duchesse du Maine : « Madame, en arrivant à Paris, j’ai trouvé les comédiens assemblés prêts à répéter une comédie nouvelle, en cas que je ne leur donnasse pas Oreste ou Rome sauvée à jouer en huit jours. Ce serait damner Rome sauvée que de la faire jouer si vite par des gens qui ont besoin de travailler six semaines. J’ai pris mon parti, je leur ai donné Oreste, cela se peut jouer tout seul. Me voilà délivré d’un fardeau. J’aurai encore le temps de travailler à Rome, et de la donner ce carême. » Il y avait aussi un autre motif, c’est que la représentation du Catilina de Crébillon était toute récente, que cette pièce avait obtenu un grand succès, et qu’il y avait une certaine imprudence à demander au public de se déjuger aussi vite, tandis que l’Électre datait de près d’un demi-siècle.

La représentation eut lieu le 12 janvier. Voltaire avait fait imprimer sur les billets de parterre les lettres initiales de ce vers d’Horace :

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.

« C’était sans doute, dit Collé, qui a inséré dans ses Mémoires le modèle de ces billets, c’était, sans doute, un petit coup de patte qu’il voulait donner à Crébillon sur sa versification qui, effectivement, n’est pas aussi correcte et aussi douce que la sienne, mais qui est plus mâle. Après la chute de la pièce, un plaisant du parterre trouva que ces lettres initiales voulaient dire : Oreste, tragédie pitoyable que monsieur Voltaire donne. »

Oreste fut, en effet, assez mal accueilli. La deuxième représentation dut être différée pour que l’auteur pût faire les corrections qui paraissaient nécessaires. Voltaire se mit à l’œuvre avec son ardeur ordinaire, ce qui faisait dire à Fontenelle : « M. de Voltaire est un homme bien singulier, il compose ses pièces pendant leur représentation. »

Il supprima un couplet de Mlle Gaussin (Iphise), qui avait semblé choquant ; il refit tout le cinquième acte.

Il écrit à Mlle Clairon (Électre) plusieurs lettres qu’on trouvera dans la correspondance, pour lui donner des conseils sur son jeu. Il se plaint vivement à la duchesse du Maine, qui s’est dispensée d’assister à la première représentation. Il la supplie de paraître à la deuxième, le lundi 19 janvier.

La deuxième représentation eut lieu, et le résultat en fut plus favorable. Jamais Voltaire ne déploya plus d’énergie, plus de passion pour faire réussir une de ses œuvres. Il dirigeait, dit-on, lui-même ses partisans, il animait le parterre, criant : « Battons des mains, mes chers amis ; applaudissons, mes chers Athéniens ! » Tantôt, dans le foyer, il jurait que c’était la tragédie de Sophocle et non la sienne à laquelle on refusait de justes louanges ; tantôt, dans l’amphithéâtre et plongeant sur le parterre, il s’écriait : « Ah ! les barbares, ils ne sentent pas la beauté de ceci ! »

C’est Collé, l’auteur de la Partie de chasse de Henri IV, qui nous le montre se démenant de la sorte, et Collé, il est vrai, est un adversaire décidé. Il ajoute que l’auteur d’Oreste renouvela ces efforts à toutes les représentations : « Enfin, un jour, dit-il, il a poussé la chose jusqu’à insulter un nommé Rousseau parce qu’il avait les mains dans son manchon, et qu’il n’applaudissait pas. Ce dernier lui répondit assez ferme, mais sagement, et point aussi vertement qu’il aurait pu. »

L’anecdote s’est trouvée confirmée d’autre part. « L’on ne raconte pas, dit M. G. Desnoiresterres1, comment s’engagea la dispute, mais avec Voltaire les choses allaient bon train. “Qui êtes-vous ? criait le poète hors de lui. – Rousseau, répondait la partie adverse. – Rousseau ; quoi Rousseau… ? – Le petit Rousseau…2” Voltaire ne réfléchissait pas qu’il empêchait le spectacle, et sans doute était-il loin d’avoir fini, lorsqu’une grande femme à l’air viril, se dressant de toute sa hauteur, lui dit d’une voix de stentor : “Si vous ne vous taisez pas, je vais vous donner un soufflet ;” ce qui le mit en fuite, et fit rire toute la salle. Cette virago, habituée dans son ménage à parler sur ce ton, était l’hommasse Mme Le Bas, la femme du célèbre graveur, qui, du reste, n’était point inconnue à notre poète. »

Il y a de l’exagération sans doute dans tout ce que raconte Collé de la conduite de Voltaire en cette circonstance, mais il y a aussi une part de vérité. La lutte était des plus vives. Voltaire l’avait dit à d’Argental : « Je sais bien que je fais la guerre, et je la veux faire ouvertement. Loin de me proposer des embuscades de nuit, armez-vous, je vous en prie, pour des batailles rangées, et faites-moi des troupes, enrôlez-moi des soldats, créez des officiers…3 »

Aucune autre pièce de Voltaire ne souleva, d’autre part, plus de railleries, d’épigrammes, de quolibets, de turlupinades. L’historiette de Polichinelle, que nous avons racontée à propos de Mérope4, fut renouvelée avec aggravation. Oreste, dans sa nouveauté, eut neuf représentations, la dernière le 7 février 1750.

Remis au théâtre en 1762, Oreste obtint un succès complet, grâce surtout à la manière supérieure dont Mlle Clairon interpréta alors le rôle d’Électre. Cette tragédie disparut ensuite de la scène pendant plus de vingt ans. Mme Vestris, qui remplaça Mlle Clairon, fit de vains efforts pour obtenir qu’on reprît cette pièce. Brizard, qui avait un rôle brillant dans Palamède (d’Électre) et un médiocre dans Pammène (d’Oreste), écarta obstinément la reprise d’Oreste. Oreste toutefois fut joué pour quelques débuts, entre autres pour celui de Mlle Raucourt, et toujours avec succès. L’œuvre de Voltaire eut, comme la plupart de ses pièces, une sorte de renouveau après la Révolution. « L’effet du théâtre, dit Laharpe, a confirmé par degrés une justice d’abord refusée ; et, dans les dernières représentations d’Oreste, toutes les beautés en ont été vivement senties, et l’impression en a été beaucoup plus grande que n’est depuis longtemps celle d’Électre. »

1Voltaire à la cour, p 359.
2On désignait sous ce nom Pierre Rousseau, auteur de plusieurs comédies.
3Lettre du 23 août 1749.
4Voyez Théâtre, tome III, page 174, note 2.
Avertissement des éditeurs de l’édition de Kehl

Cette pièce est une imitation de Sophocle, aussi exacte que la différence des mœurs et les progrès de l’art ont pu le permettre. Elle fut jouée en 1750 avec beaucoup de succès. L’auteur fut seulement obligé d’en changer le dénouement1.

Crébilion était censeur des pièces de théâtre : M. de Voltaire fut donc obligé de lui présenter sa tragédie. « Monsieur, lui dit Crébilion, en la lui rendant, j’ai été content du succès d’Électre ; je souhaite que le frère vous fasse autant d’honneur que la sœur m’en a fait. »

À la première représentation, on applaudit avec transport au morceau imité de Sophocle. M. de Voltaire s’élança sur le bord de sa loge : « Courage, Athéniens ! s’écria-t-il, c’est du Sophocle. »

On verra, en lisant les variantes, que l’auteur a retranché d’éloquentes déclamations pour mettre plus de mouvement dans les scènes ; qu’il s’est écarté du génie du théâtre grec pour ne plus suivre que le sien.

1Oreste fut joué à Paris, pour la première fois, le 12 janvier 1750. Voltaire y assista en loge grillée. La pièce avait été lue en novembre 1749, chez le comte d’Argental. À la première représentation, un récit fait par Mlle Gaussin choqua les spectateurs, qui le trouvaient déplacé dans la bouche d’une femme, et la représentation ne fut achevée qu’avec peine. Voltaire, rentré chez lui, s’occupa de faire un nouveau cinquième acte. Il changea le récit, fit quelques corrections dans les premiers actes ; tout était fini à minuit. Les rôles furent bientôt remis aux acteurs, et la seconde représentation eut lieu le 19 avec des changements ; ce qui dérouta les ennemis de l’auteur. Cependant sa tragédie n’eut que neuf représentations. Collé, dans ses Mémoires, I, 148, a donné le modèle des billets de parterre du 12 janvier.On donna aux Marionnettes une parodie dans laquelle il y avait, dit Fréron, d’assez bons traits contre la pièce et contre l’auteur. Les Lettres de Bourge d’Asnerie, pour le sieur Arouet de Voltaire, réimprimées dans les Mémoires de Collé, tome Ier, page 158, et dans les Mémoires pour servir à l’histoire de la Calotte, tome VI, page 145, parurent peu après Oreste. Voltaire y est proclamé conseiller traducteur ordinaire et extraordinaire des auteurs anciens et modernes, à l’usage de nous et des nôtres. Un petit volume intitulé Voltaire âne, jadis poète, en Sybérie, de l’imprimerie volontaire, 1750, petit in-8° de 39 pages, contient : 1° les Lettres (de Bourge d’Asnerie) ; 2° la Petarade, ou Polichinel auteur, pièce qui n’a point encore paru en foire, et qui n’y paraîtra peut-être jamais : c’est une espèce de parodie d’Oreste ; 3° Dispute entre Voltaire et Rousseau, dialogue en vers ; 4° trois épigrammes.Voici la liste des autres écrits qui furent publiés à l’occasion d’Oreste : I. Dissertation sur les principales tragédies anciennes et modernes qui ont paru sur le sujet d’Électre, etc. On peut voir à la suite d’Oreste cette Dissertation, et la note que j’y ai ajoutée. II.Précis des Électres, in-8° de 32 pages. III.Lettre à M. de V*** sur la tragédie d’Oreste, petit in-8° de 16 pages. IV.Électre vengée, ou Lettre sur la tragédie d’Oreste et d’Électre, par M. le M. de C., in-12 de 23 pages. V. Réflexions sur la tragédie d’Oreste, où se trouve placé naturellement l’essai d’un parallèle de cette pièce avec l’Électre de M. de C. (Crébillon), in-12 de 47 pages, attribue au chevalier de La Morlière. VI.Parallèle des quatre Électre de Sophocle, d’Euripide de M. de Crébilion et de M. de Voltaire (par Gaillard), 1750, in-12 de 124 pages. VII.Lettre à madame la comtesse de *** sur la tragédie d’Oreste de M. de Voltaire, et sur la comédie de la Force du naturel de M. Néricault-Destouches, in-12 de 36 pages. L’auteur est Lieudé de Sepmanville. VIII.Justification de la tragédie d’Oreste par l’auteur, in-12 de 28...
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